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Les filantes de mer

 


 

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(En fond sonore, sur le lecteur Deezer en colonne de droite, cliquez sur "La dernière étoile filante")


Il y a fort longtemps, dans la lactée brillante,

Deux étoiles filantes jouaient amoureusement.

 

Grandes expertes en voltige,

Elles enchaînaient jusqu'au vertige

Boucles, vrilles et retournements.

 

On les disait issues des Perséides,

Mais elles erraient sans autre guide

Que l'envie d'égayer le firmament.

 

Dans leurs figures téméraires,

Elles frôlèrent la planète annulaire

Qu'elles saluèrent en passant.

 

Puis, en l'éclair d'un saut de puce,

Elles firent les yeux doux à Vénus

Qu'elles embrassèrent goulûment.

 

Plus loin, une boule d'un bleu intense

Les attira dans une nouvelle danse

Qu'elles entamèrent immédiatement.

 

L'éclat de ce bleu si vif et si précieux

Leur parut tellement délicieux

Qu'elles en perdirent l'entendement.

 

Et c'est ainsi que deux étoiles filantes

Plongèrent dans l'eau scintillante

Pour y rester éternellement.

 

De célestes à marinières, de filantes à étoiles de mer,

Il y a fort longtemps,

Deux étoiles s'aimèrent dans les eaux tièdes des océans.

 

 

 

 

©Alaligne

 

 

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Par Alaligne - Publié dans : Comptines
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(Sur le lecteur Deezer en colonne de droite: les joies de la cuisine de Joe Dassin)

Le macaron de Nancy doit sa renommée à deux soeurs converses (chargées de tâches domestiques) de la communauté des Dames du Saint Sacrement de Nancy.

Lors du décret de suppression des congrégations religieuses (5 avril 1792), Catherine GRILLOT et Elisabeth MORLOT se trouvèrent dans l'obligation de quitter leur communauté. Elles furent accueillies dans la famille GORMAND, au 10 rue de la Hache à Nancy. Pour participer aux frais qui chargeaient cette famille, elles eurent l'idée de fabriquer des petits gâteaux et d'aller elles-mêmes commercialiser leur production sur les marchés et aussi faire du porte à porte.

Le macaron aurait été apporté en France par des cuisiniers italiens, à l'époque de la Renaissance.
"Le Macarone", en vénitien, veut dire "pâte fine" et serait en fait cousin de macaroni.

En Lorraine, on commence à en parler à propos de Catherine, la fille du Duc Charles III et de Claude de France, fille de Catherine de Médicis. Celle-ci avait amené avec elle ses cuisiniers novateurs italiens lorsqu'elle épousa Henri II et devint reine de France.

En 1624, elle fonda un monastère à Nancy selon la règle de Saint-Benoit, donnant l'exemple d'humilité et de patience, n'hésitant pas à faire les tâches domestiques les plus dures en y ajoutant des mortifications les plus sévères.


Sa santé se délabra. Dom Calmet écrit que "La faiblesse de son estomac ne lui permettait plus que d'absorber 2 oeufs frais avec des poudres digestives, jamais de fruits, ni de confitures."


Alors que la "faiblesse de son estomac" la condamnait à mourir d'inanition, un petit gâteau confectionné par les soeurs converses lui permit de survivre. C'est ce délicieux petit macaron que les deux soeurs Catherine GRILLOT et Elisabeth MORLOT fabriquèrent.

Quoi qu'il en soit, la guérison de Catherine de Lorraine intervint.

A base d'amandes broyées, de blanc d'oeuf et de sucre de canne, sa recette était déjà connue à Remiremont.


"Les soeurs Macarons" conservèrent le secret de sa fabrication et le commercialisèrent.

Catherine GRILLOT étant décédée, Elisabeth MORLOT transmit le secret à une de ses nièce, Elisabeth MULLER.

Le secret fut ensuite transmis au fils, puis aux générations suivantes des époux MULLER.

De 1854 à 1876, la maison fut dirigée par Elisabeth MULLER
De 1876 à 1903, par Hector MOINEL
De 1919 à 1935, par Alfred MOINEL
De 1919 à 1935, par Georges MOINEL
De 1935 à 1966, par Georges APTEL
De 1966 à 1991, par Roger APTEL
Depuis 1991, par Jean-Marie GENOT

En 1952, la Ville de Nancy a honoré les soeurs macarons en donnant leur nom à la partie de la rue de la Hache où pris naissance la fabrication du "Macaron de nancy".

 

 

 

Voici donc la recette manuscrite de ma grand-mère maternelle Léonie:


 



C'est simple et délicieux!!!

 

 


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Lors d'une interview de Dustin Hoffman, la journaliste dont je n'ai pas réussi à déterminer la nationalité exacte emploie des termes en anglais inappropriés sur lesquels l'acteur rebondit pour notre plus grand... fou rire....

"Cut" en anglais devient en français "taillé" ou "coupé"
"Pike" veut dire "pique" (en réalité, la journaliste emploie une fois pike, ou pipe, tout aussi incongru qui veut aussi dire "tuyau" alors qu'elle veut parler de "muscle".
Dustin joue enfin sur le mot "pike" qui désigne également en anglais un "brochet", puis "bass" qui désigne un bar, et enfin "perch" qui désigne une perche (le poisson et l'instrument).

Tout ce méli-mélo donne le grand moment d'hilarité qui suit:








Amusez-vous bien!


Par Alaligne - Publié dans : Coups de coeur
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Un grand coup deImage Hosted by ImageShack.us



Pierre Daninos
écrivait dans Les vacances à tout prix: "Le farniente est une merveilleuse occupation. Dommage qu'il faille y renoncer pendant les vacances, l'essentiel étant alors de faire quelque chose.
"


C'est bien ce qui m'est arrivé pendant ces quelques jours de congés. Et devinez à quoi j'ai occupé ces longs après-midi, enduite de crème solaire, bercée par le ressac,  les cheveux lissés par un vent de nord-ouest?
Je vous le donne en mille... Non, toujours pas d'idée? Lire... of course...

Et parmi tous les livres emportés au risque de me faire épingler à l'embarquement pour excès de poids de bagages, les trois petits petits trésors concoctés par Erik Orsenna:

La grammaire est une chanson douce
Les Chevaliers du subjonctif
La révolte des accents


J'avais recueilli sur le net quelques informations et critiques de lecteurs sur ces trois ouvrages destinés (?) à la jeunesse, censés leur donner l'amour de la langue française et tache hautement plus périlleuse, l'amour de la grammaire. Si le premier livre semble avoir déclenché l'engouement des lecteurs, les deux derniers sont parfois éreintés. Eh bien! je vous le dis tout de go... juste des petits bijoux littéraires.

Trois livres à mettre d'urgence au programme de l'Education nationale dès l'entrée en sixième. Non seulement ils sont intelligents, drôles, bien écrits (on peut s'y attendre sous la plume d'Orsenna), mais également emplis d'une poésie et d'un amour fou pour la langue (les langues), la musique (musique au sens propre et musique des mots) et l'humanité.


Pas un seul instant, je ne me suis ennuyée à suivre les aventures de Jeanne et de son frère Thomas.  Merveilleusement illustrés, ces trois petits albums démontrent à l'évidence que l'on peut aborder des thèmes réputés  rébarbatifs avec la grâce, la légèreté et la finesse d'un chardonneret élégant.

Lorsque un grand écrivain vous explique que le subjonctif, temps du doute et de tous les espoirs, ne peut-être que le temps du verbe aimer... comment ne pas fondre de plaisir...

Alors, n'hésitez pas un seul instant et cliquez sur le très joli site d'Erik Orsenna ci-dessous pour vous aussi, vous embarquer non pas pour Cythère mais pour les îles du bonheur et parfois du malheur de la grammaire, le tout avec le sourire.




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Belle découverte!



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En farniente ICI





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Le philosophe Alain... toujours d'actualité...



Dans la grande prairie


5 juin 1909


 

 

 





Platon a des contes de nourrice, qui ressemblent, en somme, à tous les contes de nourrice, mais qui, par certains petits mots jetés comme en passant, retentissent au fond de nous-mêmes, et éclairent subitement des recoins mal connus. Tel est ce récit d'un certain Er, qui avait été pris pour mort après une bataille, puis revint des Enfers une fois que l'erreur fut reconnue, et raconta ce qu'il avait vu là-bas.


Voici quelle était l'épreuve la plus redoutable. Les âmes, ou ombres, ou comme on voudra, sont conduites dans une grande prairie, et on leur jette devant elles des sacs où sont des destinées à choisir. Ces âmes ont encore le souvenir de leur vie passée ; elles choisissent d'après leurs désirs et leurs regrets. Ceux qui ont désiré l'argent plus que toute chose choisissent une destinée remplie d'argent. Ceux qui en ont eu beaucoup en cherchent davan­tage encore. Les voluptueux cherchent des sacs pleins de plaisirs ; les ambitieux cherchent une destinée de roi. Pour finir, chacun trouve ce qu'il lui faut, et ils s'en vont, avec leur nouveau destin sur l'épaule, boire l'eau du fleuve Léthé, ce qui veut dire le fleuve Oubli, et partent de nouveau pour la terre des hommes, afin de vivre selon leur choix.


Voilà une singulière épreuve et une étrange punition, qui est pourtant plus redoutable qu'elle n'en a l'air. Car il se trouve peu d'hommes qui réfléchissent sur les véritables causes du bonheur et du malheur. Ceux-là remontent jusqu'à la source, c'est-à-dire jusqu'aux désirs tyranniques qui mettent la raison en échec. Ceux-là se défient des richesses, parce qu'elles rendent sensible aux flatteries et sourd aux malheureux ; ils se défient de la puissance, parce qu'elle rend injustes, plus ou moins, tous ceux qui en ont ; ils se défient des plaisirs, parce qu'ils obscurcissent et éteignent enfin la lumière de l'intelligence. Ces sages-là vont donc retourner prudemment plus d'un sac de belle apparence, toujours soucieux de ne point perdre leur équilibre et de ne point risquer, dans une brillante destinée, le peu de sens droit qu'ils ont conquis et conservé avec tant de peine. Ceux-là emporteront sur leur dos quelque destinée obscure dont personne ne voudrait.


Mais les autres, qui ont galopé toute leur vie après leur désir, se régalant de ce qui leur semblait bon, sans regarder plus loin que l'écuelle, ceux-là que voulez-vous qu'ils choisissent, sinon encore plus d'aveuglement, encore plus d'ignorance, encore plus de mensonge et d'injustice?  Et ainsi ils se punissent eux-mêmes, plus durement qu'aucun juge ne les punirait. Ce millionnaire est maintenant dans la grande prairie, peut-être. Et que va-t-il choisir?  Mais laissons les métaphores ; Platon est toujours bien plus près de nous que nous ne croyons. Je n'ai aucune expérience d'une vie nouvelle qui suivrait la mort ; c'est donc trop peu de dire que je n'y crois pas ; je n'en puis rien penser du tout. Je dirais plutôt que la vie future, où nous sommes punis selon notre propre choix, et même selon notre propre loi, c'est cet avenir même où nous glissons sans arrêt, et où chacun développe le paquet qu'il a choisi. Et il est très vrai aussi qu'au fleuve Oubli nous ne cessons de boire, accusant les dieux et le destin. Celui qui a choisi ambition n'a pas cru choisir basse flatterie, envie, injustice; mais c'était dans le paquet.




5 juin 1909


Pour en savoir plus sur Alain : ICI



 

 

 


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Secret story in may


 

 

 

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Bon week-end...


Par Alaligne - Publié dans : Coups de coeur
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Maxime Chattam



Il sait de quoi il parle... et lorsqu'il évoque Harris mais surtout Denis Lahanne dans la vidéo ci-dessous, on comprend mieux son style et son parcours...

Au cours de son enfance, le jeune Maxime fait de fréquents séjours aux États-Unis : sa première destination en 1987 est Portland dans l'Oregon, ville qui inspire son premier roman. Durant son adolescence, souhaitant devenir acteur, il prend des cours de comédie au Cours Simon à Paris. Il obtient des rôles pour la télévision et la publicité.

Cette passion est vite abandonnée pour revenir à son premier amour : l'écriture. En 1988, il passe quelque temps dans la jungle thaïlandaise. Le journal qu'il écrit alors est sa première expérience avec l'écriture. Il la poursuit au début des années 1990 avec ses premiers essais littéraires d'abord inspirés de Stephen King et notamment du film Stand By Me tiré de la nouvelle "Le Corps" dans le recueil de nouvelles Différentes Saisons. C'est lors d'une répétition en 1995 pour le spectacle Angélique, Marquise des anges de Robert Hossein auquel Maxime Chattam participe qu'un des comédiens, Pierre Hatet, lui suggère d'écrire pour le théâtre. Il écrit alors "Le Mal" qu'il ne publie pas. Il ébauche son premier roman, "Le Coma des mortels", fable humoristique sur la solitude, racontant un mois dans la peau d'un jeune homme plongé dans le coma, suite à un accident qui s'avère être une tentative de meurtre.


Ayant abandonné la comédie, il exerce quelques petits boulots avant de reprendre des études de lettres modernes. Il écrit Le Cinquième règne à cette époque puis fin 1999, il est engagé à la FNAC au rayon "Livres policier", ce qui le met en contact avec les maisons d'Editions. Excellent vendeur, Maxime Chattam se fait remarquer et propose en lecture son premier Polar aux plus gros fournisseurs de la FNAC. Michel Lafon lui donne sa chance. Il a 25 ans à peine ! "Le Cinquième règne" est publié bien plus tard, en 2003, sous le pseudonyme de Maxime Williams. Ce roman mêle la traque d'un tueur en série à un thème récurrent de la littérature fantastique - la découverte d'un grimoire magique par une bande d'enfants et les affrontements de groupuscules pour en avoir la possession - le livre est couronné par le prix du roman fantastique du Festival de Gérardmer.


Très vite, il se fascine pour les romans policiers mais, conscient des connaissances qu'il faut avoir pour ce genre d'écrits, il suit une formation en criminologie pendant un an à l'université de Saint-Denis. Durant cette année il apprend les rudiments de la psychologie criminelle, de la police technique et scientifique et de la médecine légale.


Début 2000, il s'attelle à la rédaction de L'âme du mal qu'il achève à l'automne 2001 et qui est publié en 2002 par Michel Lafon. Suivent In Tenebris et Maléfices.


Il présente "L'âme du mal" à Michel Lafon, un éditeur orienté exclusivement vers les thrillers américains. Cet éditeur décide de miser sur lui. Signé du pseudonyme de « Chattam », en référence à une petite ville de Louisiane, le livre crée la surprise et conquiert rapidement un public. Des critiques saluent ce jeune auteur français qui, pour eux, renouvelle de façon spectaculaire le genre, rompt avec la tradition du polar à la française.


"L'âme du mal" raconte l'enquête menée par Joshua Brolin, transfuge du FBI au sein de la police de Portland en Oregon, aidé d'une jeune étudiante en psychologie. Un tueur abattu semble avoir ressuscité, mutilant ses victimes de manière rituelle, laissant des indices issus de la Bible Noire. Grâce à ce premier roman, Maxime Chattam convainc son éditeur de le laisser vivre de sa plume. Il désire écrire une trilogie sur le mal, dans laquelle le personnage de Brolin serait le fil conducteur. Plus abouti, le deuxième volet, "In Tenebris" (2003), plonge le lecteur dans les ténèbres de New York. Une femme retrouvée scalpée et traumatisée soutient qu'elle revient de l'Enfer. Aidée de Joshua Brolin qui a démissionné de la police, l'officier Annabel O'Donnel mène l'enquête. Mais devant la multiplication des crimes, ils abandonnent vite la simple piste d'un tueur en série : le tueur n'agit pas seul. Dans "Maléfices" (2004), Brolin et O'Donnel se trouvent confrontés à un serial killer qui momifie ses victimes dans de la soie d'araignée. À travers ces trois livres qui peuvent se lire séparément et qui fournissent trois définitions du tueur en série, Maxime Chattam a souhaité traiter le thème du mal du point de vue le plus réaliste. Quand L'âme du mal évoque le rôle de la famille dans la genèse du monstre, In Tenebris, lui, met en avant la société de consommation. Avec "Maléfices" qui constitue une fin d'histoire, renaît une certaine forme d'espoir.


Chaque tome de la trilogie représente une saison. L'automne pour L'âme du mal, l'hiver pour In Tenebris et enfin le printemps avec Maléfices comme dans la vie du héros de la série, Joshua Brolin.


Maxime Chattam sait utiliser les ficelles du thriller américain qu'il a assimilées : courts chapitres, tension permanente, rebondissements, scènes d'horreur, héros émouvants qui conservent une part de mystère, structure cinématographique... Dans un souci de réalisme, il confronte les dernières technologies de la police scientifique à des enquêtes que tout désigne de prime abord comme impossibles. Le but est de créer des atmosphères angoissantes et efficaces. Ses situations, avec des effets de miroir, laissent entrevoir de multiples dénouements potentiels.


Il fait partie de cette nouvelle génération d'auteurs français de romans policiers influencés par la culture américaine et revendiquant, en ce qui concerne les États-Unis, la puissance d'un imaginaire collectif (romans, série télévisées, films): Jean-Christophe Grangé, Laurent Botti, Alec Covin, Franck Thilliez..




Par Alaligne - Publié dans : Coups de coeur
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Nouvelle: 2ième partie (2/2)

(texte déposé et protégé ©)

 

 

  ( sur le lecteur Deezer en colonne de droite, vous pouvez écouter la version originale de la chanson "it's murder" qui est citée dans cette nouvelle)

 


Dehors, la pluie a cessé de tomber. Derrière le volant de sa Traction 7 C, le commissaire Guillaume perd patience. Pourtant l'indic du brigadier Lemoine avait été formel : un tel rassemblement de nerveux de la gâchette ne pouvait se terminer qu'en bain de sang. Attendre la bavure... Guillaume a trop d'expérience pour y croire. La pègre sait se faire discrète et ranger les flingues au vestiaire les soirs de nouba. Bien sûr, coincer Rocca ou Battestini, il bosse dessus depuis des mois. Il en rêve. Mais cette nuit, sans l'insistance pressante du préfet de police, il serait au pieu, lui et la moitié de sa brigade. Le super flic a la vue qui se brouille à force de scruter le numéro 66. Pas de mandat et quand bien même... Le Bricktop's a une réputation hors de tout soupçon : aucun trafic, pas de prostitution. Pire ! Un lieu où des têtes couronnées viennent régulièrement s'encanailler et s'exercer aux charmes des onomatopées « skatées ». Il ne manquerait plus qu'un lord ou une duchesse se soit fourvoyé dans ce mini Harlem parisien, et justement ce soir. Le siège de la bagnole lui brise les fesses. Si rien ne bouge dans l'heure qui suit, il abandonnera la planque. Dans le rétroviseur, il aperçoit Monnier sous le porche du 52 allumer une cigarette. La lueur du briquet découpe le profil du flic avec une étonnante netteté. Ses yeux se ferment... Trop de sommeil en retard... Un coup de coude dans les côtes le ramène à la réalité. Berger, assis à ses côtés, lui désigne la porte du 66 qui s'entrouvre et régurgite ses noctambules.


Un groupe de six mecs se fraye un passage, puis une femme engoncée dans de la zibeline soutenant un homme aux jambes en flanelle. Berger siffle entre ses dents : il a reconnu au centre de la grappe humaine, Rocca et dans la silhouette de l'ivrogne, Battestini. Les caïds sont entourés de leurs fidèles lieutenants, tous aussi frais et luisants que des peaux de harengs. Ils semblent hésiter sur la direction à prendre. Des bribes de corse mélangées à de l'argot parviennent jusqu'aux oreilles des flics. Les truands se détachent peu à peu de l'entrée du cabaret et avancent en titubant dans la direction de Guillaume. Rocca zigzague sur le trottoir. Il s'arrête à la hauteur d'une juvaquatre, garée à une dizaine de mètres de la voiture du commissaire. Manifestement, il est pris d'une incoercible envie de pisser. Ses nervis s'esclaffent comme des potaches en bamboche et le mettent au défi d'atteindre d'un jet puissant les essuie-glaces du véhicule. Le commissaire n'en croit pas ses yeux ! Là, devant lui, à portée de menottes, Rocca déboutonne sa braguette et vise le pare-brise. Les sbires, l'encouragent et, chacun son tour, ils se lancent de nouveaux défis : la calandre, un rétroviseur... tout y passe. Battestini que la fraîcheur du soir dégrise, les rejoint et tente d'en faire autant. Erreur fatale : il inonde d'un jet fumant, les Weston du caïd. Le visage de Rocca se fige puis l'injure suprême jaillit de sa bouche: « Luchesu ! ».


Battestini, la biroute à l'air, a les yeux qui lui sortent de la tête. Que lui, l'aîné d'une fameuse famille corse se fasse traiter devant sa régulière, de journalier émigré ! Le sang reflue à sa tête. Il se redresse et pointe l'index gauche vers la poitrine du trafiquant. Tout le monde a compris la signification du geste, même la starlette qui s'époumone : « Non, Dominique, pas ça ! ». Les hommes de mains se séparent et resserrent les rangs. Seul, en retrait des deux groupes, Marco, le fidèle de Rocca, plonge le bras à l'intérieur de sa veste. Cliquetis de holsters...


Une bande-annonce en noir et blanc s'imprime dans le cerveau du commissaire: les malfrats dans un remake corse de L'ennemi publique, avec Joseph Rocca dans le rôle de James Cagney. Il se tasse dans son siège, croise les doigts, le palpitant en alerte. Des perles de sueur glissent sur son front pendant qu'il espère le bruit sec d'une détonation. Berger s'énerve et lui réclame un ordre. Il imagine l'inspecteur Monnier prêt à intervenir et le reste de la brigade aux abois. Au lieu de cela, le patron hésite... Le crachat d'un browning le décide enfin à agir. Les portières de la Traction claquent. Les flics, arme au poing, se ruent sur les truands. Guillaume entend dans son dos Monnier aboyer un ordre sec. Des flics surgissent de tous côtés et les pavés résonnent sous la ruée des godillots. Puis tout s'arrête. Dans le noir, le commissaire cherche une forme humaine gisant dans la rue. Rien. Il s'approche à moins de deux mètres de Rocca qui, sourire narquois aux lèvres, lève les bras mollement au ciel.


-  Ah, c'est vous commissaire ! ... on traîne ce soir dans Pigalle ? On allait s'en jeter un dernier au Monico. Je vous y inviterais bien, le taulier est un ami, mais paraît qu'il n'aime pas la poulaille... Et là, vous débarquez avec toute la basse-cour. Une autre fois peut-être ?


Guillaume a une furieuse envie de lui casser la gueule. La fouille commence... les holsters sont garnis mais les revolvers sont froids. Adossée à la carlingue de la juvaquatre, la fille à la zibeline sanglote. Des traces de khôl se mêlent à un filet de sang sur sa joue enflée. Elle tremble des mains et à ses pieds gît un objet qui luit. Guillaume le ramasse : un Puppy à canon jais et crosse de nacre. La souris chiale de plus belle. Ça casse l'ambiance... Flics et truands, les uns, arme au poing, les autres, bite rabattue, ont l'air gênés. Battestini tente de refermer maladroitement sa braguette. Il a beau avoir les neurones embrumés, l'haleine chargée et une trace humide de vomis sur son oxford blanche, il prend l'initiative.


-  Ben ma poulette, tu laisses tomber ton flingue, un beau pétard de collection ! Qu'est-ce qu'il foutait dans ton sac ? Je t'ai déjà dit... c'est pas un jouet, le coup part tout seul... Tu t'rends compte que t'aurais pu te faire mal... P'tête même tuer quelqu'un !


La fille hoquette de plus belle, jette ses bras autour du cou de son mac et lui demande pardon.

Le commissaire Guillaume enrage. Il se jette sur le mac, lui saisit un bras qu'il replie à angle droit dans le dos. Battestini laisse échapper un grognement de douleur pendant que le policier en profite pour le ceinturer et lui passer les menottes. Sonnés, hagards, les autres comparses se laissent tour à tour neutraliser par les flics sans coup férir. Monnier qui ne digère pas une nuit humide passée en embuscade s'en prend au lieutenant de Rocca et lui décoche un coup de genoux dans les parties. Marco s'effondre en poussant un râle. Le commissaire tente de calmer le jeu et demande à un jeune gradé d'aller chercher le panier à salade garé dans une rue adjacente.

Rocca ricane et apostrophe Guillaume.


-  Arrêtez votre cirque ! Vous ne pouvez pas nous foutre en cabane. D'ailleurs, on peut savoir de quoi on est coupables ?


 - Juste cinq bites à l'air en plein Paris, exhibition, ivresse sur la voie publique, outrage aux bonnes mœurs, permis de port d'arme à vérifier et accessoirement, confusion entre une voiture appartenant à un policier et un urinoir... article 222-32 du code pénal... laisse-moi réfléchir Rocca... disons un an ferme assorti d'une amende... pas vrai Berger ?


L'inspecteur éclate de rire et confirme à l'intéressé que la juvaquatre est bien la sienne. Le caïd ne sait plus quoi penser. Lui, un dab respecté, tomber pour outrage aux bonnes mœurs ? Foutaises...

On entend couiner la porte du Bricktop's d'où s'échappe un grand échalas esquissant deux pas de swing. C'est Antonelli.


-  Alors, on se le prend ce verre au Monico ?


Le gars n'a rien vu, rien entendu et son invitation, il la lance à la volée.


 -  Une autre fois, peut-être ? Mais si tu veux rejoindre tes potes, il reste de la place dans la limousine.


Le commissaire lui désigne le fourgon Citroën qui s'arrête dans un grincement d'essieux au niveau des flics. On gueule, on se débat, la zibeline s'accroche à la portière, mais le fourgon engloutit fissa sa cargaison de viande frelatée et redémarre cahin-caha en direction de la Place Blanche. L'adrénaline retombe...


Il flotte. Guillaume remonte le col de son imperméable, ferme les yeux et esquisse un mince sourire en entendant le hululement de la sirène dans le petit matin.


Serrage de pognes... les policiers se séparent et leurs silhouettes noires se dissolvent dans la lueur blafarde de l'aube naissante.

Les mille et une putes du quartier vont pouvoir retourner l'esprit tranquille, au turbin.

 

FIN

 

 

© Alaligne

 


Par Alaligne - Publié dans : Contes et nouvelles
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Nouvelle: 1ère partie (1/2)

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  ( sur le lecteur Deezer en colonne de droite, vous pouvez écouter la version originale de la chanson "it's murder" qui est citée dans cette nouvelle)


La rue de Pigalle est déserte. La pluie glacée laque les pavés disjoints. Un panneau publicitaire, veuf de plusieurs lettres affiche son slogan aussi clairement qu'un rébus directement sorti des pages de l'Almanach Vermot. Le "j" et le "f" y pendent lamentablement, comme les testicules d'Enoch Poznali, dit La Volga, après son exécution. Les flonflons du Front populaire ne feront pas, ce soir, chavirer le cœur du quartier interlope. Inutile de chercher sous une porte cochère, dans l'embrasure d'un hôtel de passe, les appâts d'une putain aux jambes gainées de soie.


Un œil attentif, scrutant les encoignures noires pourrait surprendre quelques silhouettes furtives, un pan d'imperméable, deux ombres discutant dans une tire, la flamme d'un briquet à essence.


Une oreille, tout aussi attentive, percevrait derrière les volets clos du cabaret, au numéro 66, les éclats de voix et résonances de la grande messe des marlous de la Butte.


Ce soir, les malfrats ont troqué casquettes canailles et vestes à carreaux pour leur tenue de deuil : alpagues noires, oxfords blanches, vernis et crocos. Leurs poules, nippées en bourgeoises, ont sagement enfermé quelques mèches rebelles dans des turbans de velours noir, pincés par des diams de chez Mauboussin. Un unique requiem pour tout ce beau monde: Le Bricktop's va fermer définitivement ses portes ! Les plus fines gâchettes et les meilleures gagneuses se coudoient au zinc déjà poissé par des débords de Veuve Cliquot.

Les « Corses » ont investi l'endroit dès minuit et faisant taire les rivalités ordinaires, se croisent, s'embrassent, se tapent sur l'épaule comme de francs compaings. Rocca-Serra chuchote dans l'oreille d'un Battestini qui tente de tenir à distance une blonde platine, emmaillotée dans un fourreau Lanvin. On sort les havanes et dans la plus totale confiance, on batifole sur les mérites comparés du trafic d'héroïne et de la traite des blanches. Il n'y a guère que deux ou trois lieutenants qui gardent l'œil, refusent d'un geste sec les coupes pétillantes. Deux accords plaqués sur un Gaveau modern style donnent le signal de la fête. Le pianiste est un black qui a cédé aux charmes de la capitale et refusé de suivre le Duke en tournée. Humour ou provocation ? Il entame « It's murder » et le swing couvre petit à petit les rires et les conversations. Qui aurait pensé que le Bricktop's prendrait en cette ultime soirée d'agapes des allures de Savoy avec cette faune trempée dans la bonne gâche ? Les guiboles s'agitent, les décolletés se trémoussent, les bouchons sautent à la fréquence d'une salve de mitraillette. Le pianiste enchaîne les bœufs et fait crépiter sous ses doigts les touches d'ébène et d'ivoire.

Du grand jus... une soirée de ribouldingue à ingurgiter jusqu'à la nausée tout ce que la boîte contient d'alcool et de tord-boyaux.

A quatre heures du mat' on éteint les lumières. Ada, la taulière, a prévenu : ce sera du jamais vu... Antonelli en profite pour faire admirer à Battestini la montre qu'il porte au poignet gauche. Les aiguilles fluorescentes d'une Panerai Radiomir affichent dans l'obscurité quatre heures et deux minutes. A peine un murmure d'étonnement de la part du malfrat ; il est tellement cuit que la montre aurait bien pu se transformer en horloge parlante ! On réclame le silence... Les lourds rideaux rouges du fond de la salle s'écartent et quatre balèzes hissent à bout de bras une énorme pièce montée d'un mètre soixante de haut, couronnée d'une dizaine de fontaines d'artifice enflammées. Les oh ! les ah ! fusent au milieu des claquements de mains. Nouvelle tournée de champagne dès le rallumage des loupiottes. Battestini vomit sur le fourreau de sa blonde. Deux gars fendent la foule, le soutiennent et l'entraînent vers les toilettes. La fille, choquée, s'effondre en larmes sur les genoux du pianiste. Rocca grimace. Il ne tient pas à ce que la fête dégénère et que l'alcool aidant, les luttes de clans refassent surface. La trêve est fragile et trop de cadavres sur les ardoises. Les flics n'attendent qu'un dérapage, le crachat indiscret d'un revolver pour jeter leurs filets ; il le sent, il le craint, mais le champagne a ramolli ses sens. Place au plaisir et tournée générale! Chocs des verres et cul sec ! Il cherche du regard Marco, son fidèle bras droit, qui tangue maintenant dans les bras d'une grosse rouquine à deux automnes de la retraite.

Que son Rudolph Valentino de service arbore un sourire béat devant cette vieille masse de gélatine, « désembulle » quelques uns de ses neurones. Il est temps de quitter les lieux. Pas besoin de consignes, de gestes particuliers, il suffit qu'il se lève pour que le message à ses lieutenants soit clair. Enfin, se lever... c'est là le problème. Il s'y prend à trois fois, sous le rire hystérique de la femme de Battestini, une starlette, dont le seul haut fait de plateau, se résume à trois répliques insipides dans le dernier film de Duvivier, Pépé le Moko. La main en forme de clapet, il lui fait signe de la boucler et retombe avachi une nouvelle fois sur son siège. La fille doit non seulement être idiote, mais aveugle, car elle rigole de plus belle. La claque part : empreinte de chevalière sur la joue et boucle d'oreille qui valse à trois mètres. Ada s'approche de Rocca, le regard assassin. Il faut avouer qu'elle préfère de loin ses « lovely parties » avec Cole Porter, la compagnie de Scottie, d'Eliot ou d'Ernest H, à celle de ces truands qui transforment son cabaret select en vomitoire et en officine de tabassage. Peu impressionnée par le caïd qui peine à garder l'équilibre, son tempérament afro-américain mâtiné d'une pointe d'écossais s'apprête à frapper fort. Le sourire crispé aux lèvres, un soupçon d'accent virginien dans une voix graillonneuse, elle lui demande en insistant sur chaque syllabe de « calter » au plus vite. Le nœud papillon en soie blanche de Rocca tressaute. Sa pomme d'Adam en dit long sur l'estime qu'il porte à cette ex-guincheuse métisse devenue en quelques années la coqueluche du Tout Paris huppé. Si la chaloupeuse tient à lui faire perdre la face, c'est perdu d'avance car il sait que le flouze la ramènera à de meilleurs sentiments. D'un claquement de doigts, il avise son avocat - homme d'affaires - comptable, un juif polonais répondant au sobriquet de « l'artiche ». Pas besoin de lui faire un dessin : une épaisse liasse de billets s'abat sur la table. Ada soupire, hausse les épaules et empoche. Antonelli qui a observé la scène, se rapproche de Rocca et lui suggère de finir la nuit au Monico où Alix Combelle officie à la clarinette. Une dernière coupe de champagne scelle le compromis. Peut-être la coupe de trop...

(à suivre)...

 

 

© Alaligne

 


Par Alaligne - Publié dans : Contes et nouvelles
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