Colette
Est-il encore besoin de présenter la grande Colette ? Internet abonde de sites sur l'écrivain, tous largement
pourvus de biographies, d'anecdotes, de récits, d'extraits de ses écrits et de bibliographies. Essayez...
Vous verrez...
Je me bornerai donc à quelques lignes pour tracer le parcours exceptionnel de la « rate », surnom que lui avait
donné son ami Georges Wague, avant de vous présenter son écriture manuscrite.
Née à Saint-Sauveur en Puisay le 28 janvier 1873, Sidonie-Gabrielle est la fille d'une famille que l'on appelerait
aujourd'hui "reconstituée".
Sa mère Sidonie et son père le capitaine Jules-Joseph Colette forment un ménage heureux et leurs quatre enfants nés de lits
différents passent en Bourgogne des journées ponctuées bien sûr par les études mais aussi par les jeux. « Gabri » adore partir en escapades avec ses frères et protecteurs, le
grand Achille - futur médecin de campagne et garant des vieux jours de ses parents - et Léo - le Sylphe musicien promis au notariat. Les pique-niques dominicaux sur la berge de l'un des
nombreux étangs proches de Saint-Sauveur sont pour la famille prétextes à étaler la nappe sur l'herbe, déballer pâté de campagne, poulet rôti et pain bis, quatre-quarts et confitures, pendant
que le Capitaine entonne ses airs favoris en jetant des regards amoureux sur son épouse, Sido, qui de son côté garde un œil inquiet sur la progéniture.
Sido, mère de Colette
Cette mère qui avait épousé en premières noces, un notable fortuné, mais éthylique et malade mental, Jules Robineau-Duclos, eut de ce
premier mariage une fille, Emélie Juliette et un fils, Edme Jules Achille.
Confrontée à la brutalité et à la vulgarité de son mari, elle vécut un véritable enfer et lorsque quelques
semaines avant la mort de son époux, elle fit la connaissance du nouveau percepteur de Saint-Sauveur, immédiatement elle fut séduite par cet homme « aux terribles yeux de chat » de belle et
souple allure, malgré cette jambe de bois qu'il tenait d'une grave blessure reçue à la bataille de Melegnano, en Italie, du temps où il était officier dans l'armée
impériale.
Les Colette se démarquent de leurs compatriotes, par la fréquence de leurs
lointains déplacements : Paris mais aussi Lyon, Toulon, Bruxelles (où Sido avait de la famille), Ostende, etc.
L'été 1889 est ainsi l'occasion d'une visite au Paris de l'Exposition Universelle. Lors de ce séjour, le Capitaine revoit l'un
de ses anciens camarades de Saint-Cyr, Jean-Albert Gauthier-Villars, désormais riche éditeur dont le fils, surnommé Willy, fait sur Gabri une très forte
impression !
Séduite par ce noceur, elle l'épouse le 15 mai 1893.
Auteur de romans populaires, c'est un viveur parisien qui fait également travailler à son profit une équipe de
« nègres ». Il introduit Colette dans les cercles littéraires et musicaux de la capitale. Ayant rapidement perçu les dons d'écriture de sa jeune épouse, Willy l'engage à écrire
ses souvenirs d'école, qu'il signe sans vergogne de son seul nom. Ce sera « Claudine à l'école », bientôt suivi d'une série de Claudine (La maison de Claudine, Claudine à Paris,
Claudine en ménage, etc).
Epoux volage, Willy, devient l'amant de Marie-Louise Servat, femme de l'un de ses collaborateurs, et lui donne un fils,
Jacques Henry Gauthier-Villars. Baffouée, jalouse, Colette se libère peu à peu de sa tutelle, et, encouragée par son ami Georges Wague, commence une carrière dans le music-hall où elle présente
des pantomimes orientales dans des tenues suggestives, au théâtre Marigny, au Moulin-Rouge et au Bataclan. Elle noue des amitiés féminines et en 1907, fait scandale en se produisant au
Moulin Rouge aux côtés de Mathilde de Morny, surnommée Missy, déguisée en homme.
C'est la fin du mariage avec Willy dont elle se sépare en 1906, puis divorce en 1910.
Colette et Missy
Colette, Missy et trois amis au Crotoy
Après son divorce, Colette a une brève liaison avec Auguste-Olympe Hériot, rencontré à la fin de 1909, puis se lie avec
Henry de Jouvenel, politicien et journaliste, qu'elle épouse en 1912. Son second mari l'incite à donner quelques billets et reportages au journal Le Matin, dont il est le rédacteur en chef. De
ce mariage naîtra une fille, Colette Renée de Jouvenel, dite «Bel-Gazou».

Le bel Auguste-Olympe Hériot
Elle reprend la plume de plus belle et publie « « L'Entrave », « Mitsou », « Chéri », « La Chambre éclairée », « Le Blé en herbe »,
« Contes des mille et un matins », « Duo », « La Seconde » , « La vagabonde » , « L'envers du music-hall », « En tournée »,
etc. « Chéri » paraît en 1920 pour devenir l'année suivante une pièce à
succès.
Elle divorce d' Henry de
Jouvenel en 1923.
Promue en 1928 officier de la Légion d'honneur, élue le 9 mars 1935 à l'Académie royale de langue et de littérature
françaises de Belgique, elle épouse le 3 avril de cette même année Maurice Goudeket.
C'est la consécration lorsque en 1936, elle est promue commandeur de la Légion d'honneur.
Elle enchaîne toujours les ouvrages : « L'Enfant et les Sortilèges », « La Naissance du
jour », « La Treille muscate », « Le Toutounier », « Trois... Six... Neuf... » etc.
Pendant la deuxième guerre mondiale son mari juif est arrêté par les allemands, mais Colette arrive à le faire
libérer.
« Gigi » paraît en 1944.
De graves crises d'arthrose finissent par l'immobiliser en 1945.
Elle est élue à l'unanimité à l'Académie Goncourt en 1945 et c'est allongée sur son lit qu'elle reçoit le jeune
Jean-louis Bory qui vient de recevoir le prix tant convoité. Elle devient présidente de cette même Académie en 1949. En 1953, elle est élevée à la dignité de grand officier de la Légion
d'honneur et reçoit la médaille du National Institute of Arts and Letters.
Au faîte de sa gloire, elle s'installe avec son mari au Palais Royal à deux pas de son ami Jean Cocteau. C'est chez elle,
dans ce lieu qu'elle adore, qu'elle décède le 3 août 1954.
En dépit de sa réputation sulfureuse et du refus, par l'Église catholique, des obsèques religieuses, Colette est la seule
femme à avoir eu droit à des funérailles nationales et ce, dans la cour d'honneur du Palais-Royal. Elle est enterrée au cimetière du Père-Lachaise à Paris.
Son écriture :
Quoi de plus "moderne" de plus spontané et naturel que l'écriture de Colette sur cet exemplaire de la fin de Chéri datant de 1926?
L'écriture au mouvement coulant, étalée sur l'horizontale, à tendance liée, en guirlande, nous renseigne sur la capacité de Colette à vivre en accord avec avec le milieu dans lequel elle évolue
et avec les personnes qui l'entourent.
Utiliser au mieux ses possibilités, les exploiter en souplesse, s'adapter sans se laisser déstabiliser et sans efforts superflus, sont le reflet d'une bonne connaissance d'elle-même, d'une
confiance en soi suffisament nourrie d'une estime de soi acquise dès l''enfance.
Une nature expansive, qui donne d'elle-même tout en exigeant beaucoup d'espace et de public. L'avenir ne fait pas peur et la curiosité d'esprit, l'adaptabilité sont là pour l'accompagner dans
son envie instinctive d'élargir sans cesse son horizon, découvrir et entreprendre. La réceptivité, la sensibilité bien présentes dans le graphisme montrent le besoin intime d'une recherche
d'accord, de conciliation avec l'entourage.
Mais derrière cette adaptabilité, cette ouverture au monde et aux autres, se profile également dans l'emploi quasi systématique de la guirlande, dans la présence d'une certaine
pression déplacée (plus visible sur d'autre documents non reproduits ici), dans les barres de "t" surplombantes et parfois en avant de la lettre, une propension à ignorer les contraintes et les
exigences de règles ou de lois dont elle n'hésite pas à prendre le contre-pied.
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