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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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Mes romans

histoire

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 10:07

 

Michel Butor,

M. Butor (2)

Michel Butor est né le 14 septembre 1926, dans la banlieue de Lille, à Mons en Baroeul.

Troisième d'une fratrie de sept enfants, fils d'un employé des Chemins de fer du Nord qui était également passionné de dessin, aquarelle et gravure sur bois, Michel fera des études de lettres et de philosophie à Paris, où la famille s'installe dès 1929.

Est-ce la profession du père qui donnera au jeune Michel le goût des voyages?

Ce qui est certain c'est que jeune professeur au lycée Mallarmé de Sens, il profite d'une réforme de l'enseignement égyptien pour traverser la Méditerranée avec un certain nombre de licenciés ès lettres, et se retrouve professeur dans la vallée du Nil entre les pharaons et les ermites. Puis il saisit une opportunité de devenir lecteur à l'université de Manchester en Angleterre.

Passionné par l'écriture il publie aux éditions de minuit son premier roman en 1954 "Passage de Milan".

Mais c'est en 1957 avec la sortie de "La Modification" ouvrage récompensé par le prix Théophraste Renaudot, que Michel Butor rencontre la notoriété. Grand lecteur de James Joyce, de John dos Passos, de Kafka, grand amateur de peinture abstraite, sa vision de la poétique du roman fait de lui l'un des représentants du courant du "nouveau roman" au même titre que Marguerite Duras, Alain Robbe Grillet et Nathalie Sarraute.

Sa curiosité intellectuelle, toujours alimentée par un incessant besoin de bouger le conduira en Grèce, en Suisse où il rencontre celle qui deviendra son épouse, aux Etats-unis, au Japon, en Australie et en Chine.

Cette curiosité s'accompagne d'une capacité d'expérimentation pour représenter le monde que l'on retrouve dans tous ses ouvrages, qu'il s'agisse de Mobile, grand ouvrage fait de collages divers (encyclopédies américaines, descriptions d'automobiles, articles de journaux, etc.), de récits de voyage (série Le Génie du lieu ), de récits de rêves (Matière de rêves), ou de ses très nombreuses collaborations avec des peintres, des musiciens et photographes contemporains (recueillies dans la série des Illustrations).

Ce fabuleux chantre des oeuvres croisées a pris sa retraite en 1991 et vit désormais dans un village de Haute-Savoie.

 

 

L'écriture de Michel BUTOR

M. Butor (2)

Cette courte dédicace au stylo à bille bleu, au trait particulièrement appuyé (voir plus bas un scan du dos de la page où l'on discerne le foulage du papier), à la dimension des lettres petite, au geste rapide et assuré montre le désir d'un homme décidé à agir sur le monde qui l'entoure.

S'engager, prendre part et parti lui sont indispensables pour avoir le sentiment de sa propre existence.

Le pôle cérébral très développé (écriture petite, rapide, simplifiée, stylisée) indique une capacité à prendre position, donner son opinion et témoigne d'un désir d'infléchir le cours des événements en ayant le courage d'affirmer ses opinions et d'en assumer les conséquences.

La ligne de base en mappemonde de la première phrase et la sinuosité des lignes suivantes, alliées à la pression particulièrement forte, sont la trace graphique d'une volonté d'être l'instigateur autant que l'acteur de ses projets, tout en acceptant les influences extérieures, en s'adaptant et en laissant libre cours à l'inattendu et à l'improvisation.

En effet, le mouvement qui anime l'écriture, le blanc dans les mots, la rapidité et la mobilité de la ligne de base, permettent d'éviter que la tendance naturelle à creuser, approfondir un sujet, ne limite le champ de perception, d'investigation et d'ouverture sur l'extérieur.

 

M. Butor (2)

Foulage au dos de la dédicace

 

 

Une citation de Michel BUTOR:

« Faire de la peinture, ou de la littérature, ce serait donc bien apprendre à mourir, trouver le moyen de ne pas mourir dans la sottise de cette mort que les autres avaient en réserve pour nous et qui ne nous convient nullement. »

(Répertoire V)

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 14:40

 

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A mon père qui aurait eu cent ans cette année et qui nous a quittés le 9 mai 2000, cette poésie de Victor Hugo qu'il nous apprit dans notre enfance et qui résonne encore à mes oreilles...


 

 

 

 

Après la bataille


 

 

 

Mon père, ce héros au sourire si doux,

Suivi d'un seul housard qu'il aimait entre tous

Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,

Parcourait à cheval, le soir d'une bataille,

Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.

Il lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruit :

C'était un Espagnol de l'armée en déroute,

Qui se traînait, sanglant, sur le bord de la route,

Râlant, brisé, livide et mort plus qu'à moitié,

Et qui disait : " A boire ! à boire ! par pitié !"

Mon père, ému, tendit à son housard fidèle

Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,

Et dit : " Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé !"

Tout à coup, au moment où le housard baissé

Se penchait vers lui, l'homme, une espèce de Maure,

Saisit un pistolet qu'il étreignait encore,

Et vise au front mon père, en criant : Caramba !

Le coup passa si près que le chapeau tomba,

Et que le cheval fit un écart en arrière.

" Donne-lui tout de même à boire ", dit mon père.

 


 

 

      Victor Hugo


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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 16:16







Soupault et l'écriture automatique



Philippe Soupault est un poète français, né à Chaville le 2 août 1897, décédé à Paris le 12 mars 1990.

Avec ses amis André Breton et Louis Aragon il participe à l'aventure Dada, qu'il considère comme une « table rase nécessaire », pour ensuite se tourner vers le surréalisme, dont il est un des principaux fondateurs avec André Breton. Avec ce dernier, ils ont en effet écrit le recueil de poésie Les Champs magnétiques en 1919, selon le principe novateur de l'écriture automatique. Ce recueil de poésie peut être considéré comme une des premières oeuvres surréalistes, alors que le mouvement ne se lancera vraiment qu'en 1924 avec le premier Manifeste du surréalisme d'André Breton.


Il est cependant exclu du mouvement surréaliste en 1926, pour motif de « trop de littérature », alors que le mouvement surréaliste s'engage dans la cause communiste.


Il est resté fidèle à sa manière à l'écriture automatique.

Sa poésie est depuis le début très cosmopolite et ouverte aux mouvements d'avant-garde. Soupault fut aussi journaliste, critique, essayiste, producteur à la radio (en compagnie de Paul Gilson) et il est l'auteur de nombreux romans.

Il dirigea Radio Tunis de 1937 à 1940, date de son arrestation par les pro-vichystes. Il réussira à s'enfuir vers Alger.


 



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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 10:53




André Malraux

 

1901-1976




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André Malraux est né le 3 novembre 1901 au pied de la butte Montmartre. Deux ans plus tard ses parents se séparent et le jeune Malraux sera élevé par trois femmes, sa mère, sa grand-mère et une tante épicière à Bondy. Dans ses Antimémoires (1967) il évoquera son enfance en ces termes : " Presque tous les écrivains que je connais aiment leur enfance, je déteste la mienne". Il n'aimait guère, non plus, que l'on fouille ce "tas de petits secrets" qu'est la vie d'un homme... Aussi s'emploiera-t-il à brouiller les pistes concernant sa propre existence.


Il existe néanmoins suffisamment d'éléments pour tenter de le faire...


À l'âge de 14 ans, il entre à l'école supérieure de la rue Turbigo (le futur lycée Turgot), période durant laquelle il fréquente déjà assidûment les bouquinistes, les salles de cinéma, de théâtre, d'expositions, de concerts.

Doué d'une grande curiosité et d'une mémoire prodigieuse, il devient "chineur" pour un libraire-éditeur parisien, et s'immisce ainsi dans les milieux littéraires et artistiques de l'avant-garde.

En 1918, il n'est pas admis au lycée Condorcet et abandonne ses études secondaires, il n'obtiendra jamais son baccalauréat ce qui ne l'éloignera pas de la littérature, bien au contraire. Il fréquente les milieux artistiques de la capitale et publie ses premiers textes dès 1920 : petits essais de théorie littéraire, comptes rendus critiques et premières proses

 Malraux se passionne pour la peinture cubiste. Un grand marchand de tableau, qui est aussi éditeur, Kanhweiler, éditera en 1921 le premier livre de Malraux : Lunes en papier.


Puis il rencontre Clara Goldschmidt, riche héritière d'une famille allemande émigrée. Il l'épouse en 1921 et décide de placer la fortune de son épouse dans des actions d'entreprises minières mexicaines. Les cours chutent et le jeune couple est ruiné. L'idée farfelue de se rendre en Indochine pour y voler des statues khmères et les revendre à un collectionneur afin de se reconstituer un capital germe dans son esprit. Nouvel échec : le couple est arrêté à Phnom Pen et André Malraux écope de trois ans fermes. Sa femme, bénéficiant d'un non-lieu rentre en France et parvient à le faire libérer grâce au soutien de grands écrivains français et d'un arrangement diplomatique.

En 1930, dans  le roman La Voie royale, il s'inspirera de ces péripéties.


Impressionné par la vie coloniale, il repart pour l'Indochine et y fonde un journal d'idées anticolonialistes : L'Indochine enchaînée.


Revenu en France, il publie ses premiers romans : La Tentation de l'Occident en 1926, Les Conquérants en 1928 , La Voie royale en 1930, prix Interallié.

La condition humaine lui vaut le prix Goncourt en 1933.


Dès cette même année 1933, il milite contre le fascisme et le nazisme, puis rejoint les républicains espagnols à partir de 1936. Il monte de toutes pièces l'escadrille España et en prend le commandement comme colonel, jusqu'en 1937. Après s'être inspiré de son combat pour écrire le roman L'Espoir, publié en décembre 1937, il tourne le film « Espoir, sierra de Teruel » en 1938, puis s'engage en 1939, à la déclaration de guerre.


En novembre 1939, il est admis dans une unité de chars de combat basée à Provins, où il reste jusqu'au 14 mai 1940. La défaite, une évasion d'une ferme après s'être déclaré volontaire pour aider aux moissons, puis plus rien... jusqu'en 1943 où il entre sous le nom de colonel Berger dans la résistance, après l'arrestation par les allemands de ses deux demi-frères.


Il s'est entre temps remarié à Josette Clotis dont il aura deux fils, Gaultier et Vincent.


Arrêté par les Allemands à Gramat le 22 juillet, il est transféré de prison en prison jusqu'à Toulouse) pour des interrogatoires au terme desquels il aurait été l'objet d'un simulacre d'exécution. Libéré par un coup de force des frères Angel, du groupe de Jean-Pierre Vernant, il se retrouve libre quand les Allemands quittent la ville, le 19 août.


Fin août 1944, séjournant à Paris, il rencontre Ernest Hemingway. En septembre, il forme la brigade Alsace-Lorraine, qui réunit d'anciens maquisards alsaciens et lorrains réfugiés dans le sud-ouest. À la tête de la brigade, Malraux reçoit la reddition de la première unité allemande en zone sud, puis participe dans les Vosges et en Alsace à la campagne de la première armée française, notamment lors des prises de Dannemarie, de Strasbourg et de Colmar. Le 15 mars 1945, la brigade est dissoute.


C'est alors qu il rencontre le Général de Gaulle. Une grande admiration réciproque se crée entre les deux hommes. Malraux accepte de devenir son conseiller technique à la Culture et devient un éphémère ministre de l'Information de novembre 1945 à janvier 1946.


Pour André Malraux débute une collaboration avec le Général qui sera sans failles. Il est à ses côtés au RPF, s'occupe de la propagande entre 1947 et 1954 et deviendra lorsque le général sera au pouvoir, Ministre d'Etat chargé des Affaires culturelles de 1959 à 1969.

Le militant révolutionnaire s'est mué en militant gaulliste. Sa diction magnétique et haletante résonne pour longtemps dans toutes les mémoires : l'oraison funèbre de Braque et le transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon...






Il publie en 1951 La Voix du Silence, La Métamorphose des dieux à partir de 1957 et les Antimémoires  en 1967.


Mêlant politique de prestige et œuvre sociale, il crée les Maisons de la Culture, le système "d'avance sur recettes", en juin 1959 pour aider la création cinématographique.


Pour Malraux, l'œuvre d'art, comme la civilisation, est éphémère et mortelle :

« Nous croyons savoir depuis quelques siècles que l'œuvre d'art survit à la Cité et que son immortalité s'opposerait à la misérable survie des dieux embaumés, or ce qui apparaît c'est la précarité de la survie artistique, son caractère complexe » (Malraux, 1972). Parce que l'art est éphémère, il faut redonner à l'œuvre sa voix, la rendre à nouveau présente. Dès 1935, dans son discours au congrès international des écrivains, il déclare : « Toute œuvre est morte quand l'amour s'en retire » (Malraux, 1996, p. 123). Parce que « l'œuvre d'art n'est pas seulement un objet mais une rencontre avec le temps », elle a besoin de nous pour revivre de notre désir, de notre volonté : « L'héritage ne se transmet pas, il se conquiert » (p. 123). Le domaine de la culture est la vie de ce qui devait appartenir à la mort. Si « l'un des objets de la culture, c'est l'ensemble des résurrections », (Malraux, 1972, p. 278), c'est parce que les statues de nos cathédrales ou les statues de la Grèce ne sont pas ce qu'elles étaient pour ceux qui les sculptaient. Par ailleurs pour lui, comme pour Baudelaire, c'est le lecteur qui fait le poème ou comme le déclarait Marcel Duchamp : « Ce sont les regardeurs qui font le tableau ». Cela explique ses actions en faveur du plus grand accès possible de la « masse » à la Culture.


Lorsque le général de Gaulle quitte le pouvoir, il en fait de même, fidèle jusqu'au bout à son engagement. En 1970, il publie les Chênes que l'on abat, un dernier hommage au général de Gaulle disparu, dont il était resté le plus proche des compagnons et l'une des rares personnes admise auprès de lui jusqu'à sa mort.


Sa vie aura été marquée par de cruelles épreuves personnelles : il a perdu, pendant la guerre, ses deux demi-frères, Claude et Roland, engagés dans des réseaux britanniques du SOE et morts en déportation, puis Josette Clotis, décédée en novembre 1944 happée par un train. Enfin, ce sont ses deux fils qui meurent ensemble en mai 1961 dans un accident de voiture.

Lui-même n'a-t-il que de peu échappé à un attentat de l'OAS le 7 février 1962, à son domicile de Boulogne-Billancourt.


Remarié en 1948, à Madeleine, la veuve de son demi-frère Roland mort en déportation, il s'en sépare en 1966, et vit alors auprès de Louise de Vilmorin jusqu'à la mort de celle-ci en 1969, puis auprès de la nièce de Louise, Sophie de Vilmorin.


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Louise de Vimorin (à gauche sur la photo) et André Malraux



André Malraux décède le 23 novembre 1976, d'une congestion pulmonaire à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil.

Dans le cadre de la célébration du 20e anniversaire de sa mort, et à l'instigation de Pierre Messmer, les cendres de Malraux ont été transférées au Panthéon en 1996.


On lui a souvent attribué la phrase « Le siècle prochain sera religieux ou ne sera pas », qui semble en fait une citation non littérale de ce propos authentique : « Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu'ait connue l'humanité, va être d'y réintégrer leurs dieux. »





Et son écriture :





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Petite écriture alerte, rapide, inclinée, au bic bleu foncé, à l'appui différencié, étalée, à la continuité très inégale (nombreuses levées de plume et quelques trous dans les mots - cf le mot "hommages"), aux finales à peine equissées pour certaines (certains "e" et certains "s" sont à peine lisibles), comportant des combinaisons, des jambages très variés (étayés, pendants, remontants), sur une ligne de base souple et tenue, interlignes espacés et mise en page  aérée et progressive. Signature conforme à l'écriture, mais montante et soulignée.


Maturité et réflexion chez un André Malraux,  parfaitement conscient de ses compétences et parfaitement déterminé à jouer un rôle de premier plan. Les capacités d'analyse, de prise de recul, la lucidité intellectuelle et la vivacité de la pensée s'expriment avec spontanéité et naturel dans son graphisme.


Le tempérament inquiet, sur le qui-vive est combattu par une extrême concentration et une rigueur d'analyse. Pourtant, l'enthousiasme, l'emballement, l'aptitude également à ressentir les choses avant tout le monde et avec une sensibilité intellectuelle exacerbée, scandent l'écriture et expliquent dans un climat général de mesure, de contrôle et de discrétion, des coups de coeur et des coups de gueule, des impulsions et des initiatives hardies.


Pressé par le temps, inquiet de ne pas en avoir assez pour mener à terme l'ensemble des projets qui alimentent sa détermination et son goût de l'action, sa vision large et prospective, il essaie néanmoins de faire la part des choses, de ramener les faits, leur importance, les problèmes qu'ils suscitent à leur juste proportion. Le "chaud" et le "froid" soufflent donc en permanence et en parfaite symbiose sur cette écriture plus complexe que la simplicité apparente des formes ne le laisserait supposer.








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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 10:33
Il y a des livres que l'on aimerait n'avoir jamais lus surtout dans un genre littéraire que l'on apprécie.
J'aime en effet les polars, les thrillers, les romans noirs.



Tout commence ainsi:

Un récent encadré dans le journal le Parisien m'informe qu'une dédicace d'un auteur de thrillers se tiendra dans quelques jours à deux pas de chez moi.
Le nom de l'écrivain ne me dit rien, mais je passe à la bibliothèque de ma petite commune pour vérifier si l'un de ses livres est disponible. La charmante bibliothécaire me rassure aussitôt: "Oui!"
Un seul livre, le premier, noté 5/5 par de précédents lecteurs et ajoute-t-elle "Un livre qui a reçu le prix du roman policier du Livre de poche en 2008!".

Comment ai-je pu passer à côté d'une telle merveille? J'emprunte aussitôt le bouquin et informe ma bibliothécaire de la sortie d'un second ainsi que de la séance de dédicaces, puis je reviens chez moi, bichonnant le pavé d'Albin Michel et salivant d'avance.

C'est là, malheureusement que tout se corse...
485 pages ne me font pas frémir, mais 485 pages d'une histoire racoleuse, bourrée d'invraisemblances, de clichés, de personnages caricaturaux, écrite dans un style désespérement pauvre sans l'excuse d'une mauvaise traduction, c'est beaucoup demander à mes neurones.
Pour faire simple et résumé, prenez tous les ingrédients à la mode: reality show où dix personnes acceptent de dévoiler leurs secrets les plus intimes, psychopathe, sur fond vaguement mystique, puis situez votre intrigue aux Etats-Unis pour faire exotique, agitez en tous sens et livrez une fin improbable.

Résultat: ça marche...
Editeur séduit (qui ne corrige même pas les coquilles dans le texte)
Lecteurs au rendez-vous et prix au final.
Les larmes me montent aux yeux car si le livre est effectivement truffé de faux suspenses, de rebondissements hautement prévisibles, de références à des séries télévisées et des jeux vidéos, comment ne pas penser que c'est justement cela qui a tant plu aux lecteurs?



Tout continue ainsi:

Effondrée, je me demande si je vais quand même aller à la séance de dédicaces qui se déroule le samedi suivant. J'hésite, puis me décide  à rencontrer l'auteur afin de compléter ma collection d'écritures.

Pile à l'heure, un bel homme au sourire charmeur entre dans la librairie où déjà dix femmes l'attendent. Grand, décontracté, il paraît au mieux de sa forme. Une commerciale d'Albin Michel est présente et le salue chaleureusement. Pas à dire, il assume avec talent  mais aussi simplicité son rôle d'auteur de best seller, se plie avec grâce aux demandes de ses lectrices, y compris aux miennes.
Je repars donc sur une excellente impression et mets tous mes espoirs dans cette seconde lecture.



Tout finit ainsi:

Navrant! Si les phrases ne sont plus parfois réduites à un sujet, un verbe et un complément, il n'en reste pas moins un "style" toujours aussi pauvre. Côté racoleur, cette fois-ci nous naviguons dans les eaux troubles de la pédophilie et ce dans une Amérique nettement moins bien décrite que dans le guide du routard. L'auteur persiste et signe en accumulant les rebondissements rocambolesques, les détails inutiles, les invraisemblances et termine comme dans son premier livre sur une "chute" qui tombe (principe même d'une chute) dans le grand n'importe quoi. A fuir, même sur une plage...



Tout se poursuivra ainsi:

Le prochain livre sortira en 2010.

Ai-je oublié quelque chose?

Sans doute le nom de l'auteur et le titre des livres... Pseudo: Patrick Bauwen... L'oeil de Caine et Monster

Voili, voilà, c'est dit.





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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 12:27




Louis Pauwels

 

1920-1997




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Pour présenter cet écrivain-journaliste, j'ai préféré plutôt qu'une biographie traditionnelle, reproduire dans cet article des extraits du discours prononcé par Henri Loyrette à l'INSTITUT DE FRANCE - ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS, le mercredi 10 novembre 1999.




Il y a des hommes que la mort livre tout préparés, la notice nécrologique dûment calibrée, soigneusement apprêtés pour un grand sommeil et un éternel oubli. Il y a des hommes que la mort nous présente défigurés, méconnaissables, pas beaux à voir ; défigurés par la haine qu'on leur voue comme par l'admiration d'un petit troupeau d'adorateurs. Louis Pauwels est de ces derniers.(...) On déplorera qu'une carrière aussi diverse, contrastée, aventureuse, soit réduite à son ultime phase. Louis Pauwels est donc mort à droite, très à droite, pour certains fascisant et antisémite. C'est ainsi que la plupart le voient aujourd'hui ; c'est ainsi qu'il se savait vu, tour à tour blessé de cette caricature et fier d'être ainsi méconnu. Oublié, en effet, le romancier, le poète, l'essayiste. Oubliées les prises de positions courageuses contre la peine de mort et le soutien apporté à Robert Badinter, face à un lectorat qui ne réclamait pas tant de mansuétude. Oubliés les avatars d'une vie exceptionnelle qui fit de cet enfant pauvre un journaliste et patron de presse redoutés. Souvent il reconnaissait avoir tout fait pour susciter cette réserve ou cette détestation, citant volontiers Saint-Simon : «mon estime pour moi-même a toujours augmenté dans la mesure du tort que je faisais à ma réputation.»

Il se charriait lui-même, s'amusant d'être devenu «l'idole des bourgeois». Mais il savait aussi le malentendu qui l'opposait à son public : «L'ironie de ma position, écrivit-il peu de temps avant sa mort, c'est que j'étais souvent au Figaro en opposition avec les gens qui m'approuvaient. Leurs raisons n'étaient pas les miennes. Ils pensaient à tort que je défendais leurs privilèges. J'étais frappé de leur manque d'intérêt pour la culture. Ils n'en acceptaient et n'en retenaient que ce qui les confortait dans leur statut de bourgeois.»

Mais le tort qu'il fit constamment à sa réputation était d'abord fidélité à ses engagements ; car il demeura intact et invariable, uniquement soumis à la quête de sa vérité. C'est ce que je reconnais avec admiration, moi qui ne partage ni la plupart de ses idées politiques, ni ses goûts artistiques, ni même ses choix littéraires ; mais j'aimerais avoir sa force d'âme, son courage, son opiniâtreté. Cette défiguration de Louis Pauwels était d'autant plus facile que le personnage apparaît contradictoire. Il est soucieux de reconnaissance sociale et l'avoue ; il est heureux de ses succès et de ses relations ; mais il n'a pas de mots assez durs contre cette bourgeoisie dans laquelle il s'est fondu et à laquelle il reproche, je le cite, «d'estimer que toute politique n'est jamais qu'un prolongement de l'économie, que les idées ont peu d'importance, que le culturel est la part du pauvre.»


A peine a-t-il conquis une position qu'il la regarde avec méfiance, soudain mal à l'aise, déjà soucieux de changer de place. C'est ainsi qu'il n'est jamais là où on l'attend et qu'il trompe son monde non par roublardise ou malhonnêteté mais parce que très peu l'ont suivi dans son cheminement. Il le constate avec une certaine amertume : « J'ai érigé une figure de moi où je loge malaisément parce que je m'y vois vu étranger par des esprits qui me sont proches.» Cet homme, si soucieux d'établissement, s'est toujours trouvé dans une situation instable. Il sait aussi le prix qu'il a payé pour en arriver là ; ce qu'il appelle la «revanche sociale» et qu'il considère indubitablement comme un des moteurs de son existence, lui a coûté cher : «Je suis devenu l'homme que je suis en envoyant à la mort mes jeunes féeries.» Il sait aussi ce qu'il a sacrifié au journalisme, une vocation d'écrivain mise pour de longues années entre parenthèses. Car Louis Pauwels, on l'a oublié, est d'abord un romancier. C'est par un roman, l'admirable Saint Quelqu'un qu'il se fait connaître en 1946. C'est pour redevenir romancier qu'il quitte avant l'heure le Figaro Magazine et ses ultimes efforts seront pour le roman quand, gravement malade, il dicte les derniers chapitres de ses Orphelins. Il n'est pas inutile de le rappeler quand aujourd'hui le roman est aussi galvaudé, humilié, quand il entre si communément dans ce qu'on appelle un «plan de carrière», simple produit destiné à faire croire que le tout venant médiatique, l'homme politique, le journaliste ont, à défaut d'un style, un cœur ou un sexe.
(...)
Au lendemain de la guerre, Saint Quelqu'un fixe donc l'univers d'un jeune homme de vingt-six ans, une banlieue grise, uniforme, atelier et dortoir des pauvres, en marge d'une ville lointaine et inaccessible. C'est là qu'il a grandi, c'est là que son esprit reviendra constamment jusqu'à la fin de ses jours.

(...)

 Louis Pauwels est né Louis Bouju le 2 août 1920 et de tout petit milieu.

(...)

Tout, son éducation, son histoire, ses goûts, rattachent Louis Pauwels au XIXème siècle. Sa mère est ouvrière typographe, d'une famille parisienne depuis plusieurs générations. Un soir d'automne, à la sortie de l'école elle dit à son fils qui venait d'avoir sept ans que son père, le Gustave Bouju dont elle était la femme, n'était pas son vrai père ; que son père était un bourgeois belge, du nom de Pauwels, d'une riche famille gantoise et qu'elle avait naguère épousé. Le déracinement, la trop grande différence sociale avaient rapidement conduit cette union au naufrage. Elle était donc rentrée chez elle, dans ce milieu ouvrier dont elle était issue, et où elle s'était remariée avec Gustave Bouju, ouvrier tailleur. Et c'est ainsi qu'à l'âge de raison, Louis Bouju, dans son tablier noir à boutons rouges, devint Louis Pauwels. Toujours il se reverra sur le chemin de la rue Blomet, écoutant terrifié cette confession : « Longtemps, dire mon nom que j'appris si tard dans l'épouvante fut un tourment. Je déclarais mon identité avec un sentiment de gêne et d'étrangeté. Ce jour-là, tenant ma mère par la main, je fus déraciné et replanté de biais.» Il se retrouvait ainsi, et définitivement, entre deux, entre deux milieux, entre deux cultures, «un hybride, comme il le dira, familial et social», rattachant à ses origines flamandes son appétit de vivre et sa robustesse comme son amour pour les peintres de ce pays. Mais toute sa vie, il resta tourné vers Athis-Mons, vers Juvisy, vers cette banlieue indécise où il avait grandi ; toute sa vie surtout il garda la mémoire de son beau-père, rappelant son souvenir et ses leçons, l'homme qu'il a le plus aimé, le plus admiré. Rendre hommage aujourd'hui à Louis Pauwels c'est d'abord, comme il l'aurait voulu, rendre hommage à Gustave Bouju, ouvrier tailleur, autodidacte, d'origine très modeste. «c'était un mystique romantique, précise Louis Pauwels, un socialiste lyrique, humaniste et visionnaire, disciple de Jaurès et de Hugo. Il a renoncé à enfanter lui-même pour mieux se consacrer à moi. Il fut mon véritable père, celui du cœur et de l'esprit.»

Cette révélation brutale le divisa à jamais il se vit écartelé entre ce père d'esprit qui le tirait, disait-il, vers le ciel et le surnaturel et le père de sang qu'il ne voulut jamais rencontrer mais qui l'entraînait vers la terre, la matière épaisse, ce qu'il appelle «les profondeurs biologiques.» Rien que de très banal que ce tiraillement de l'âme et du corps, cette aspiration à un bien suprême toujours contrecarrée par les appétits ordinaires. Mais ce fut chez Louis Pauwels une vraie souffrance, portée quotidiennement comme un cilice et qui, ressassée, exaspérée, produite de livre en livre, guida sa vie. C'est, en effet, à cette fracture initiale, que l'on doit cette quête d'unité qu'il ne pouvait trouver qu'en Dieu, ce cheminement étrange et erratique qui le mena de la discipline sévère de Gurdjieff au tardif refuge dans un catholicisme qu'il adapta à son usage. C'est aussi ce qui aiguisa son ambition et son désir de parvenir. Parvenir n'est pas le mot juste car il n'eut jamais rien d'un parvenu mais distant, élégant, s'habillant avec recherche, aimant les belles étoffes et les parfums, dandy peut-être jusque dans ce qu'il cultivait à merveille, le plaisir aristocratique de déplaire. Il voulut s'établir, illustrer son nom, ce nom qu'il s'était si difficilement approprié. C'est ce qu'accomplit son élection à l'Académie des Beaux-Arts et il en était justement fier.

(...)

Son dernier roman, Les Orphelins, prend acte de ces joies et de ces succès mais gâchés par l'incompréhension qui l'oppose à son fils ; ce fut là, tout autant que les attaques et les calomnies, la cause d'une douleur incessante.Dans Les Orphelins, le héros admire chez sa fille «la capacité à se hisser» qu'il oppose à l'attirance de son fils pour tout ce qui est obscur, ce qui grouille, ce qui nuit. Cette «capacité à se hisser» fut incontestablement une des vertus de Louis Pauwels et permet de résumer ainsi sa vie jusqu'au lendemain de la guerre.

(...)

C'est entre 1946 et 1955 que Louis Pauwels publia l'essentiel et le meilleur de son œuvre romanesque, Saint Quelqu'un, Le Château du dessous, L'Amour monstre. Il récidiva, vingt ans plus tard en 1976, avec Blumroch l'admirable, dialogue philosophique plus que roman, et en 1994 avec Les Orphelins, ouvrage passionnant parce que largement autobiographique mais qui n'a pas, à mes yeux, la qualité des livres des années quarante et cinquante. L'écriture en est âpre, volontairement sèche, toujours tendue et forte, souvent d'une grande violence. Rien de tiède, rien de mou, rien d'humide. Il refuse ce qu'il appelle le «lisse», cherche les combinaisons inusuelles, n'élime jamais les rugosités. Aucun de ses livres ne ressemble aux autres et jamais il ne reproduit une formule à succès.

(...)

Au début des années 1950, Louis Pauwels était donc un écrivain non plus prometteur mais déjà reconnu. C'est alors qu'il entreprend une carrière de journaliste qu'il poursuivra, on le sait, sa vie durant et qui est, avec son œuvre romanesque, un de ses titres de gloire. Il serait trop long de détailler tout ce que fit Louis Pauwels dans ce domaine. Rappelons, seulement pour souligner l'ampleur de ses moyens et la diversité de ses talents, qu'il collabora à Carrefour, au Figaro littéraire, à l'Aurore, à Paris Match, qu'il devint à vingt-neuf ans rédacteur en chef de Combat, puis de l'hebdomadaire Arts et de Marie-France, qu'il fut éditorialiste à Paris-Presse, chroniqueur à RT.L., qu'il produisit à la télévision le magazine culturel «En Français dans le texte» et qu'enfin il fonda et dirigea, à la demande de Robert Hersant, Le Figaro Magazine et Madame Figaro. A cette débordante activité de journaliste, il faut rattacher celle d'éditeur. Il participe à la création de la «Bibliothèque mondiale», première édition de poche des classiques, fonde avec François Richaudeau et Jacques Mousseau, le Club des amis du Livre qui édite et diffuse par correspondance les textes les plus importants de l'hermétisme et de l'ésotérisme, lance en 1961, la revue Planète et, en 1973, «Question de», cahiers trimestriels de recherche littéraire et spirituelle.

Cette énumération souligne une des qualités principales de Louis Pauwels, son insatiable curiosité. Par le journalisme, il touche aux sujets les plus divers ; et cette occupation, avec ce qu'elle a de toujours immédiat et d'incessant, comble le besoin d'activité d'un homme qui avoue que se distraire l'ennuie et qui ne sait pas ne rien faire. Le journalisme lui permettait aussi d'être de plain-pied avec son époque, de s'intéresser aux grandes idées comme aux petits faits du jour et rien ne pouvait mieux lui convenir : aller de l'avant, préfigurer l'avenir quand tant d'autres gardent les yeux fixés sur un passé nostalgique. Il combattit cette attitude qu'il considérait néfaste et réactionnaire, s'attaqua à la sinistrose ambiante - le mot est de lui et fit florès - donna l'exemple d'un optimisme non pas béat mais nécessaire parce que créatif. (...)

Mais ces ressources du journalisme avaient aussi leurs revers et il les dénonça régulièrement, en particulier à la fin de sa vie quand, abandonnant ce métier, il voulut prendre du recul et se consacrer à l'écriture. Car être journaliste, c'est aussi être englué dans l'instant, ne pas voir loin et ne pas prendre de recul.

 (...)

Cette tyrannie du moment qui, pour lui, signe le journalisme mais aussi les attaques multipliées, la pression constante le conduisirent à des réflexions tardives et désabusées. «J'aurais bien aimé n'être qu'un artiste» répétait-il ; ce qui voulait dire : je n'ai pas été assez fidèle à ma vocation d'écrivain ; mais aussi : j'ai trop sacrifié au quotidien, gagner sa vie, se laisser rattraper par la politique. «Et c'est ainsi, concluait-il, qu'un homme né pour vivre à distance s'engage dans le combat au jour le jour.»

(...)

Louis Pauwels nous demande donc de dissocier le journaliste de l'écrivain qu'il fut précédemment et de pardonner au polémiste en considération du romancier et de l'essayiste. Je crois qu'il a tort et toute sa trajectoire montre, au contraire, la pertinence des moyens qu'il choisit pour s'exprimer et leur constante interaction. Ainsi la revue Planète est naturellement issue du Matin des Magiciens, reprend et développe les mêmes questions mais sur des modes différents. Le Figaro-Magazine n'est pas seulement une tribune contre le socialisme et l'étatisme mais, en faisant une large place aux arts et aux sciences, témoigne de la curiosité et des goûts anciens de Louis Pauwels et de la place prépondérante et égale qu'il accorde à ces questions dans sa vie et ses ouvrages. Il est un autre caractère frappant des publications qu'il dirigea, c'est leur beauté, je veux dire la qualité des images, le soin apporté à la mise en page et sa nouveauté, la volonté très marquée d'une revue l'autre, de produire de beaux objets.

(...)
Ce n'était pas pour Louis Pauwels préoccupation de journaliste mais fidélité à des prises de position anciennes et toujours soutenues. A la Libération, en effet, Pauwels qui, à la suite de tant d'autres en ce siècle, défendait la culture populaire, participa à la fondation de «Travail et culture». A cette association subventionnée par l'Etat et qui reprenait bien des aspirations du Front populaire, collaborèrent Pierre-Aimé Touchard, Pierre Schaeffer, Charles Dullin, André Bazin, Jean-Louis Barrault... Il y avait deux grandes idées, rappelle Pauwels : que le théâtre cesse d'être un lieu -clos pour élites, que le peuple en retrouve le chemin ; que la créativité artistique devienne l'expression naturelle du peuple. Pour servir la première idée, nous remplissions des salles, par des billets à prix réduits et une propagande auprès des syndicats et dans les usines. On organisait des débats avec les metteurs en scène et les artistes, avant et après le spectacle, pour des salles d'étudiants et d'ouvriers. Pour servir la seconde idée, on formait des animateurs qui initiaient les gens à la peinture spontanée, au chant, à la danse, à l'expression corporelle... C'était une importante organisation. Nous avions des milliers d'adhérents. Nous avons aussi fondé le premier grand cinéclub avec Bazin.»

(...)
  L'éclectisme de Louis Pauwels est d'autant plus admirable que ses goûts artistiques furent limités. En littérature, il pouvait énumérer comme proches et vénérés les noms les plus divers Céline, Flaubert, Montherlant, les Stoïciens, Alphonse Allais, San Antonio, Ambrose Bierce, Chesterton. Mais la musique ne le touchait pas du tout et en peinture, outre son amour atavique pour la peinture flamande, il s'intéressait surtout à des artistes qui gravitaient dans sa mouvance, ce qu'il appela le réalisme fantastique où j'ai du mal à voir autre chose qu'un succédané du surréalisme et à quelques maîtres et amis contemporains, au premier rang desquels Labisse et Trémois. Et Salvador Dali bien sûr. Il admire le Catalan, fasciné par le personnage plus que par l'artiste ; à l'été 1967, il le voit longuement à Port Lligat : «Nous étions seuls. Nous causions. Il peignait. Nos thèmes étaient ses passions mentales.» De ces entretiens sortit un ouvrage Dali m'a dit, fondamental pour la connaissance du peintre qui le considérait «le meilleur livre jamais écrit sur moi.»

(...)

A côté du romancier, du journaliste, il faut donc considérer le chercheur; et c'est seulement après l'avoir peint sous ces trois espèces que le portrait de Louis Pauwels paraîtra achevé. Les avatars de cette quête peuvent paraître déroutants, des leçons de René Guénon à la discipline sévère de Gurdjieff, aux mystères ésotériques jusqu'à la conversion tardive. Mais il en a résulté deux ouvrages importants qui ont plus fait pour la réputation de Louis Pauwels que l'ensemble de ses autres écrits. Le premier est une vie de Monsieur Gurdjieff qu'il publia en 1954 au sortir de cette expérience. C'est un livre étonnant et l'un de ses meilleurs ; c'est, en effet, un modèle de biographie, exact, documenté, disposant des témoignages divers et contrastés, exhumant des sources inédites, mêlant toujours à propos les considérations générales à la précision des faits. L'autre est le fameux Matin des Magiciens qui fut, en 1960, un considérable succès de librairie - deux millions d'exemplaires vendus - et devint avec le lancement dans la foulée -de la revue Planète un véritable phénomène de société. Cette «introduction au réalisme fantastique» - c'est là son sous-titre - fut écrite en collaboration avec Jacques Bergier que Pauwels avait rencontré cinq ans plus tôt et qu'il vénérait. C'est Bergier qui allait organiser et orienter les lectures dispersées de Pauwels et canaliser les influences les plus diverses Rimbaud, Ramakrishna, Guénon, Gurdjieff, André Breton et les surréalistes.

(...)
Dans le Matin des Magiciens, Pauwels repose une question qu'il avait déjà posée au moment de l'expérience Gurdjieff : «Est-ce que cette immense et folle ambition de comprendre que je promène comme en dépit de moi-même à travers toutes les aventures de ma vie, ne pourrait être, un jour, entièrement et d'un seul coup satisfaite?» Alors il avait cru que les exercices rythmiques accompagnés de musique, les techniques de respiration et de concentration mentale prônés par le maître pour, je cite Pauwels, «amener l'individu à Etre, à se rappeler à lui-même, à refuser tous les automatismes, à être conscient et en état d'éveil», lui apporteraient cette réponse. Elle ne vint pas ; et à danser tel un derviche sur une musique de Gurdjieff, Louis Pauwels faillit perdre un œil et tomba à quarante-huit kilos. Il ne porta cependant jamais un regard négatif sur cette expérience. Gurdjieff, avouait-il, l'avait un peu détruit et un peu construit mais surtout lui avait enseigné une discipline et une ascèse ; les exercices spirituels pour être efficaces doivent être pratiqués avec l'acharnement et la constance d'un virtuose travaillant son instrument.

C'était trente ans plus tard, en novembre 1982. A Acapulco, des cocotiers, des flamants roses, la piscine à cascade d'un grand hôtel à l'heure de la sieste. Il ne tomba pas mais il fut jeté à terre : «On m'a poussé, répétera-t-il». Et cette chute, ce corps brisé et bientôt ficelé sur un brancard furent les signes d'une conversion : «J'eus sourdement et peu à peu la conviction d'avoir à me relever dans un tout autre état intérieur.» Il est difficile de mesurer l'efficacité de la grâce. Et Pauwels, proclamé catholique, a pris de singulières libertés avec le dogme, aménageant le Credo et le Notre-Père, niant la résurrection des morts. Peut-être, après avoir tant erré, a-t-il adopté le Dieu des Chrétiens, le mien, le vôtre, par commodité, parce que, homme, dit-il, «d'un sang, d'un sol, d'un passé, d'une langue», il l'avait en quelque sorte sous la main et qu'il était inutile de chercher plus loin. En tout cas il fut apaisé et considéra désormais son passé non pas comme autant d'incarnations, successives, incomplètes et désordonnées, mais comme l'effort persévérant d'une «âme bonne, droite, une et unie» selon la formule de Marc Aurèle qu'il aimait tant. (...)

Il a soixante-cinq ans et rend une dernière visite à Salvador Dali sur le point de mourir. Et ce grand vieillard enveloppé dans une longue robe blanche, la bouche distendue, une sonde dans la narine, articule péniblement après un très long silence : «l'âme est immortelle.» Il est lui-même proche de la mort. Deux attaques successives l'ont brisé. Il ne peut plus lire ni écrire, réapprend peu à peu, remplissant de mots des cahiers d'écolier.

C'est ici que je vous retrouve, cher Louis Pauwels. Nous avions jusque là si peu en commun, ni les origines, ni l'éducation, ni les convictions. C'est ici que je vous trouve enfin. Dans la patience, dans l'étude et la recherche. Vous repartez à zéro, vous recommencez à épeler le monde, vous combattez jusqu'au bout. Ainsi je vous vois. Ainsi je vous aime. Peut-être vous êtes-vous souvenu de ce que vous imploriez à la fin des voies de petite communication : «Je me hâte maman. Je recommence tout. Je redemande enfance.» Vous avez été tristement exaucé car, en dépit des honneurs, en dépit du soin des hommes et de la miséricorde de Dieu, nous basculons toujours «sans clous et sans sapin, sans couvercle, sans cierges.» Et c'est ainsi que, le 28 janvier 1997, vous vous êtes retrouvé tout uni et tout nu, dans la lumière crue du Jour.


*****


Pour comprendre la virulence de certains de ses éditoriaux, voici le fameux "Monome des zombis" du Figaro Magazine du 6 décembre 1986, qui fit beaucoup réagir en son temps... (suite aux manifestations étudiantes contre la loi Devaquet):


« Il y a cependant de l'authentique dans ce qui pousse étudiants et lycéens à manifester. On ne s'est pas assez avisé de la dégradation de notre environnement culturel dans les années 1980.


Ces jeunes avaient entre 8 et 14 ans en 1981. Ce sont les enfants du rock débile, les écoliers de la vulgarité pédagogique, les béats de Coluche et Renaud nourris de soupe infra idéologique cuite au show-biz, ahuris par les saturnales de "touche pas à mon pote", et, somme toute, les produits de la culture Lang.


Ils ont reçu une imprégnation morale qui leur fait prendre le bas pour le haut. Rien ne leur paraît meilleur que n'être rien, mais tous ensemble, pour n'aller nulle part. Leur rêve est un monde indifférencié où végéter tièdement. Ils sont ivres d'une générosité au degré zéro, qui ressemble à de l'amour mais se retourne contre tout exemple ou projet d'ordre.


L'ensemble des mesures que prend la société pour ne pas achever de se dissoudre : sélection, promotion de l'effort personnel et de la responsabilité individuelle, code de la nationalité, lutte contre la drogue, etc., les hérisse.


Ce retour au réel leur est scandale. Ils ont peur de manquer de moeurs avachies. Voilà tout leur sentiment révolutionnaire. C'est une jeunesse atteinte d'un sida mental. Elle a perdu ses immunités naturelles ; tous les virus décomposants l'atteignent.


Nous nous demandons ce qui se passe dans leurs têtes. Rien, mais ce rien les dévore. Il aura suffi de cinq ans pour fabriquer dans le mou une telle génération. Serait-ce toute la jeunesse ? Certainement pas. N'ayant pas à courtiser les minus, osons dire que c'est la lie avec quoi le socialisme fait son vinaigre. »


******


Créé en 1998, le Prix Louis Pauwels récompense annuellement un essai sur des questions de fond de société, en mémoire du journaliste.


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En bonus: 1/ Une courte vidéo de Louis Pauwels:







2/ La chanson Le Matin des magiciens de 1969 par le groupe Magic Circus...:))












Et son écriture (?):








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Je vous avoue avoir un petit doute quant à la signature sur cette dédicace de Saint quelqu'un, édité en livre de poche. N'ayant en ma possession aucun autre écrit manuscrit de Louis Pauwels pour garantir l'authenticité de cette écriture, je m'abstiendrai pour une fois de faire "l'esquisse d'un avant-projet de début d'analyse graphologique"... Désolée... ;))


Le premier arrivé au bout de cet article... je lui offre le champagne... (attention interrogation écrite pour vérifier...)





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7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 16:47

  


Patricia Highsmith

   

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Patricia Highsmith (19 Janvier 1921 - 4 Février 1995) est un auteur américain connu pour ses thrillers psychologiques, qui ont été adaptés plus d'une douzaine de fois au cinéma. A titre d'exemple, Strangers on a Train, « L'inconnu du Nord-Express », est à l'origine de trois films dont le plus connu est celui d'Alfred Hitchcock en 1951. En plus de sa célèbre série sur le meurtrier Tom Ripley, elle a écrit de nombreuses histoires courtes, souvent macabres, satiriques ou teintées d'humour noir. Highsmith a su s'imposer comme un grand auteur, récompensé par deux Edgar Allan Poe Awards pour L'Inconnu du Nord-Express et Mr Ripley, qui reçoit également le Grand prix de littérature policière. Elle est nommée Chevalier des Arts et Lettres en 1990. La biographie que lui consacre François Rivière porte en titre sa vision de la vie : Un long et merveilleux suicide.


Essayons de la connaître un peu mieux :


Patricia Highsmith, de son vrai nom Mary Patricia Plangman est née dans les faubourgs de Fort Worth, Texas. Mary Highsmith, sa mère, divorce de son père cinq mois avant sa naissance. Elle est élevée en premier par sa grand-mère maternelle dans la ville de New York (une époque qu'elle décrira plus tard comme son «petit enfer»), puis  par sa mère et son beau-père, qui étaient tous les deux des créateurs publicitaires. La jeune Patricia entretient des relations intenses et compliquées avec sa mère et son beau-père, homme que bien des années plus tard elle essayera de gagner à sa cause dans les multiples confrontations qui l'opposaient à sa mère. Selon Patricia Highsmith, sa mère lui aurait avoué qu'elle avait tenté de se faire avorter en buvant de l'essence de térébenthine. Il semble qu'elle n'ait jamais résolu tout au long de sa vie cette relation amour-haine qu'elle a romancée dans sa nouvelle Le Terrapin, où un jeune garçon  poignarde sa mère à mort.


Sa grand-mère lui enseigne à lire à un âge précoce. Dès lors, elle se plonge avec délice dans l'immense bibliothèque de ses parents. À l'âge de huit ans, elle découvre le livre de Karl Menninger,  L'esprit humain, et est fascinée par les études de cas de patients atteints de troubles mentaux comme la pyromanie et la schizophrénie. En 1942 elle sort diplômée du Barnard College, où elle a étudié la composition de texte en anglais, la dramaturgie et de la nouvelle.  En dépit de grandes aptitudes en peinture et en sculpture, elle choisit l'écriture comme moyen d'expression. Elle arrête ses études à 21 ans et travaille d'abord dans la publicité, comme ses parents, puis devient scénariste de bandes dessinées. Sa première nouvelle, L'Héroïne, est publiée en 1944 dans la très élégante Harper's Review, à mi-chemin de Vogue et de Paris-Match.


Vivant à New York et au Mexique entre 1942 et 1948, elle écrit pour les éditeurs de bande dessinée, au rythme de deux histoires par jour pour la somme de 55 $ la semaine. Pour les éditions Nedor comics, elle écrit les histoires du sergent Bill King et participe à Black Terror.  Pour « Real Fact, Real Heroes et True Comics », bande dessinée de l'époque, elle brosse les portraits d'Einstein, Galilée, Barney Ross, Edward Rickenbacker, Oliver Cromwell, Sir Isaac Newton, David Livingstone et bien d'autres.  De 1943à 1945, elle travaille pour Fawcett Publications, et livre les scripts de personnages comme le Golden Arrow, Spy Smasher, Captain Midnight, Crisco et Jasper. Quand en 1955 elle rédige The Talented Mr. Ripley, l'un des personnages, Frederick Reddington, victime d'une escroquerie, est un artiste créateur de bande dessinée, ce qu'elle considère comme un pied de nez à l'ancienne carrière qu'elle vient d'abandonner.  


Suite à une suggestion de Truman Capote, elle réécrit son premier roman, Strangers on a Train, « L'inconnu du Nord-Express » dans le cercle très fermé du Yaddo writer's colony à Saratoga Springs.



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le Yaddo writer's colony




Le succès du livre est d'abord modeste lors de sa sortie en 1950, mais lorsque Hitchcock (ayant caché son identité pour ne payer les droits d'adaptation qu'une somme dérisoire)  l'adapte au cinéma en 1951, la carrière et la réputation de Patricia Highsmith sont littéralement catapultés en avant. Bientôt, elle devient connue et reconnue comme un écrivain aux romans dérangeants, pleins de mystères psychologiques, à l'humour grinçant, le tout servi par une prose étonnante. Elle développe dans la plus grande partie de son œuvre le fantasme selon lequel ceux qui nous entourent ont sous une façade de comportement parfaitement normal des problèmes psychologiques et des tendances meurtrières. Ne disait-elle pas elle-même : "N'importe qui peut assassiner. C'est une question de circonstances, cela n'a rien à voir avec le tempérament!. Quiconque. Même votre grand-mère ".


Elle aborde également le thème de l'homosexualité dans de nombreuses nouvelles et plus franchement dans The Price of salt ainsi que dans A summer idyll qui sera publié après sa disparition. Mais on retiendra surtout Carol, publié en 1953 sous le pseudonyme de Claire Morgan et qui tirera à environ un million d'exemplaires,  première histoire homosexuelle se terminant bien et flagrant plaidoyer en faveur des lesbiennes.


Les anti-héros de ses livres sont soit compromis moralement par le jeu des circonstances, soit délibérément asociaux.  Ce sont souvent de jeunes hommes émotionnellement instables, tuant sous le coup de la passion, ou plus simplement meurtriers afin de se sortir d'un mauvais pas, toujours aussi prompts à échapper à la justice qu'à se soumettre à la loi. La lecture des œuvres de Kafka, d'Henry James et de Dostoïevski joue un rôle significatif dans ses ouvrages. 


Le personnage récurrent de Tom Ripley, dandy bisexuel, amateur d'art et faussaire, criminel cynique mais attirant, est présent dans cinq de ses romans parus de 1955 à 1991. René Clément en 1956 dans Plein Soleil, offrira à Alain Delon l'occasion d'interpréter le personnage, repris en 1995 dans un film d'Anthony Minghella par Matt Damon. En 1977, c'est Wim Wenders qui adaptera Ripley's Game dans le film « L'ami américain ». Enfin en 2002, sous son titre original, Liliana Cavani le fera également en donnant à John Malkovich le rôle principal.



     





 


Quelques films tirés des oeuvres de Patricia Highsmith



                                         





La vie privée de Patricia Highsmith ressemble peu ou prou à celle de ses personnages (meurtre mis à part). Alcoolique, ne supportant guère une relation plus de quelques petites années, elle fut traitée par certains de ses proches de misanthrope et de femme cruelle. A la compagnie des humains, elle préfère de loin, celle des animaux, en particulier des chats. Ce qui la conduit à proférer ce genre de phrase : "Mon imagination fonctionne beaucoup mieux lorsque je n'ai pas à parler aux gens."

L'un de ses « amis »,  Otto Penzler aura cette phrase assassine : "Je n'ai jamais compris comment un être humain pouvait être aussi méchant. C'était une femme dure, cruelle, que l'on ne peut aimer et qui n'aime personne".  D'autres amis et connaissances ont été moins caustiques dans leurs critiques, comme Gary Fisketjon, qui publiera certains de ses romans : « Elle a été dure, très difficile ... mais elle avait son franc-parler, était « sèchement drôle », et l'on prenait beaucoup de plaisir en sa compagnie. "









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                  Otto Penzler   et   Gary Fisketjon





Elle ne s'est jamais mariée mais a multiplié les aventures avec les deux sexes. En 1949, elle vit quelques temps avec l'écrivain Marc Brandel, puis de 1959 à 1961 partage son existence avec Marijane Meaker qui racontera leur relation dans le livre A Romance of the 1950s.







Accusée d'antisémitisme après son franc soutien à la libération de la Palestine, cela ne l'a guère empêché d'avoir des amis juifs comme Arthur Koestler et d'admirer l'œuvre de Kafka et de Samuel Bellow. On l'accusa également de misogynie après la sortie de son recueil satirique de nouvelles, Little Tales of Misogynie. Fervente adepte des idéaux démocratique de son pays, elle reste critique face à la réalité de l'histoire des Etats-Unis du 20ième siècle et de sa politique étrangère en particulier.  En 1963, elle quitte l'Amérique et s'installe en Europe où elle restera jusqu'à la fin de sa vie. Elle se pose un temps en Cornouailles, puis en France dans les années 1970. L'écrivain - admirée par Graham Greene - se retire alors en Suisse dans une maison isolée proche de Locarno, dans le canton du Tessin au climat méditerranéen. Elle poursuit son œuvre, vivant toujours seule car elle ne supporte pas la moindre présence humaine quand elle écrit, fouille toujours plus profond les tourments de l'âme de ses êtres de fiction apparemment ordinaires, mais plus sûrement effroyables. Cette exploration l'intéresse bien plus que les intrigues criminelles. "Je n'ai aucun goût pour les romans de détection", rappelait celle qui jamais ne lut Conan Doyle ou Agatha Christie.

Patricia Highsmith s'éteint le 4 février 1995, à 74 ans, victime d'une leucémie.

La romancière, qui a publié 22 romans et 7 nouvelles a légué aux Archives littéraires suisses une collection de plus de 250 textes inédits ainsi qu'une fortune estimée à environ 3 millions de dollars à la Yaddo writer's colony où elle avait débuté sa carrière d'écrivain en 1951.







Son écriture :


 



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Démesure et contradiction?


En découvrant cette courte dédicace, j'ai eu le même choc que pour celle de James Ellroy.

Les auteurs "noirs" américains auraient-ils un goût particulier pour les feutres noirs épais et baveux?

Si Ellroy "équilibrait" son graphisme par l'emploi systématique des capitales d'imprimerie, Patricia Highsmith n'y recourt qu'en tout début de dédicace pour reprendre ensuite sa graphie habituelle, d'où le constat génant d'une inéquation entre la largeur du trait et la taille des lettres. Le prénom devient difficile à lire ainsi que le nom qui s'écrase en zone médiane après le "H" monumental.


En tout cas une écriture très différente de celle que j'ai trouvé dans le fonds des archives littéraires suisses:



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Sur ce cahier on est frappé par la fluidité de l'écriture, sa tendance au filiforme, la conduite du tracé souple à molle, la non-tenue de ligne sur justement du papier ligné et le non respect de la marge. Ecriture flottante, très en prise avec le "feeling", la quasi absence de contraintes, l'aspect général "bateau ivre".


Seule la liaison assez soutenue des lettres entre elles et le blanc inégal entre les mots assument la cohérence des mots et donc leur entité.


La dédicace de facture "écriture d'apparât" veut impressionner celui à qui elle est destinée. Patricia Highsmith y force le ton et sa nature.  Elle s'y montre plus ferme et décidée que sur le manuscrit. Encore fallait-il que la signature soit à l'égal du reste...  C'est là que l'écrasement de la zone médiane nous renvoie à l'écriture du manuscrit.


Alors, me direz-vous! misanthrope, cruelle, méchante?


La dominante d'oralité qui saute aux yeux sur le manuscrit montre une pleine capacité à vivre selon son bon plaisir sans se soucier un seul instant de ses partenaires, de ce qu'ils pensent ou ressentent... De là à conclure à de la préméditation dans ses actes, il n'en est nullement question.

Echapper à leur emprise, échapper aux us et coutumes, enfreindre la règle, vivre selon ses penchants quoiqu'il en coûte, naviguer en eaux profondes... alors là oui sans aucun doute...




Et pour ceux et celles qui comprennent l'anglais voici une interview où elle s'exprime sur la nature sexuelle de Ripley!




 








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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 11:10

  


Henri Troyat

   

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Romancier, historien et biographe français d'origine russe, Henri Troyat de son vrai nom Lev Aslanovitch Tarassov  (ou Levon Aslan Torossian en arménien)  est né le 1er novembre 1911 à Moscou.


Ses parents sont de riches commerçants d'origine arménienne installés dans la Russie tsariste.


La Révolution d'Octobre les contraint à tout abandonner. Après un long périple, ils s'installent à Paris, en 1920. Le petit Lev a alors 9 ans. Grâce aux leçons de français - reçues du temps de l'opulence auprès d'une gouvernante suisse - le jeune Tarassov entre au lycée Pasteur de Neuilly et passe ensuite une Licence en Droit à l'Université de Paris. En 1935, après avoir été naturalisé français, il intègre des emplois administratifs, devient rédacteur à la Préfecture de Seine, mais, parallèlement à sa profession officielle, il se consacre à l'écriture.


Le succès le guette très tôt.

A l'âge de 24 ans il reçoit le prix du jury populiste 1935 pour son premier roman Faux Jour. Sa connaissance et son amour de la littérature française, de Flaubert et de Zola en particulier, transparaissent dans ses premiers écrits ainsi que la nostalgie d'une Russie que les récits de ses parents et ses souvenirs d'enfance ne cesseront toute sa vie d'alimenter.


En 1938, âgé de 27 ans, son cinquième roman, l'Araigne, est couronné par le prix Goncourt.


Dès lors, au rythme d'environ un livre par an, Henri Troyat devenu un écrivain populaire entraîne ses lecteurs non seulement dans de grands cycles romanesques comme Que la terre durera (3 tomes, 1947-1950), Les semailles et les moissons (5 tomes, 1953-1958), La lumière des justes (5 tomes, 1959-1963), Les Eygletière (3 tomes, 1965-1967), Les héritiers de l'avenir (1968-1970) ou encore Le Moscovite (3 tomes, 1974 à 1975), mais également dans de magistrales biographies de personnalités russes telles que  Dostoïevski, Pouchkine, Tolstoï, Gogol, Catherine la Grande, Alexandre 1er, Ivan le Terrible et enfin Tchekhov, Tourgueniev, Gorki, Marina Tsvetaeva, Boris Pasternak et celles d'auteurs français comme Guy de Maupassant, Emile Zola, Gustave Flaubert, Paul Verlaine, Charles Baudelaire, Honoré de Balzac, Alexandre Dumas, etc.


Au total, il est l'auteur d'une centaine d'œuvres - une soixantaine de romans, une trentaine de biographies, deux pièces de théâtre ainsi que des essais et autres récits de voyage. Certaines de ses œuvres furent adaptées au cinéma.

 
        




     
                                                

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Élu membre de l'Académie française en mai 1959, Grand-Croix de la Légion d'honneur, Commandeur de l'ordre national du Mérite et Commandeur des Arts et des Lettres, son œuvre prolifique s'achève en 2006 par son dernier roman La traque.


Celui qui avait l'habitude d'écrire debout devant son pupitre, chose qu'il abandonna sur le tard, s'éteint à Paris dans la nuit du 2 au 3 mars 2007, à l'âge de 95 ans.


Dans une interview donnée à un journaliste du Loiret.com (il habitait alors la commune de Bromeilles) à la question : Ecrire, c'est aussi une solitude. Cela ne vous pèse pas ? Henri Troyat répondait :


« C'est une solitude que j'aime, de plus en plus, parce que dans ma vie, hélas, je suis maintenant solitaire. L'écriture me permet de penser à autre chose qu'à mes soucis personnels. Je m'évade. Au fond, il y a dans tout écrivain et surtout dans tout romancier l'enfant qui ressort, l'enfant qui a besoin de se raconter des histoires et d'en raconter aux autres. Je pense que pour être écrivain, il faut avoir une énorme somme de naïveté car il est nécessaire de croire à ses personnages. Il faut être un peu dévissé pour ça. »



Son écriture :


 



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Ambivalent? Vous avez dit ambivalent?


L'écriture d'Henri Troyat est à ce titre assez exemplaire: Le mouvement cabré avec des lettres souvent (mais pas toujours) inclinées à gauche coexiste (mais pas toujours) avec un étalement des mots sur l'horizontale. La courbe et la guirlande massivement présentes coexistent avec de brusques raidissements dans la liaison (regarder attentivement le mot "regard"). Les finales courtes, parfois à peine esquissées, coexistent avec de très longues, fines et acérées ( comparer la fin de "pour" et la fin de "par"). Les appuis de pression sont souvent distribués "au petit bonheur la chance".

La signature elle-même reproduit avec intensité ce "dialogue" (?) qui anime l'écriture. Pour coexister, c'est presque un modèle du genre...


Cher Monsieur Troyat, votre écriture me laisse à penser que vous deviez être une personne, pour ceux et celles qui ont "traversé" votre vie, fort déconcertante. Devait-on se fier à votre sens de la communication, votre goût des rencontres et des échanges lorsque l'on constate qu'il n'y a pas plus secret que vous sur tout ce qui vous touche de près? Devait-on partager vos emballements, vos élans de coeur lorsque l'on sait à quel point vous aviez des difficultés à ne pas tout centrer sur vous-même?

Devait-on se fier à l'apparente sérénité que votre visage arborait au-dessus de la table tandis que votre jambe sous la nappe tambourinait le plancher? Comment devait-on prendre ces compliments et ces encouragements, lorsque vous étiez en train de concocter une réplique bien sentie et cinglante? Comment anticiper la réaction qu'une phrase même anodine pouvait déclencher?


Ce qui est sûr et qu'ont dû constater ceux qui vous ont côtoyé au quotidien, c'est que votre détermination à suivre les objectifs que vous vous fixiez était inébranlable et que les "hésitations" que parfois (disons plutôt rarement) vous exprimiez ou ressentiez n'étaient que les frémissements d'une pensée toujours en éveil et non la marque d'un doute profond.


Cérébral et jouisseur à la fois, déroutant dans de nombreux comportements, votre écriture ne donne-t-elle pas à voir toute l'ambiguïté d'une  hypothétique "âme slave" qui se nourrirait du rire et des larmes en  de fulgurants instants, jouerait du romantisme et du rationnel pour mieux garder secrets ses sentiments?





 


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23 novembre 2008 7 23 /11 /novembre /2008 11:30


Jean Giraudoux




 

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Pour mieux comprendre l’homme, l’écrivain et le politique, j’ai emprunté à Wikipédia en coupant quelques passages (!) cette très intéressante biographie :

 

Hippolyte Jean Giraudoux nait le 28 octobre 1882 à Bellac Haute Vienne dans une famille  de fonctionnaires.

Il se fait remarquer très tôt par ses résultats scolaires. Reçu premier du canton au certificat d'études en 1892, il entre en octobre 1893 comme boursier au lycée de Châteauroux, qui porte aujourd'hui son nom, où il fait sa première communion en juin 1894 et est interne jusqu'à son baccalauréat en 1900.


Bachelier de philosophie, il poursuit ses brillantes études en classes préparatoires au lycée Lakanal de Sceaux pour tenter le concours littéraire de l'École normale supérieure; il termine sa seconde année de khâgne avec le prix d'excellence et obtient le premier prix de version grecque au concours général en 1902. Reçu 13e sur 21 à l'École normale supérieure de Paris, il accomplit son service militaire puis entré ensuite à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, dans la section lettres où il se passionne pour la culture allemande. Après l'obtention, avec la mention « bien », de sa licence de lettres à la Sorbonne en juillet 1904, avec un mémoire sur les Odes pindariques de Ronsard, il passe, sur les conseils de son maître Charles Andler, dans la section d'allemand en novembre.

 

Ayant obtenu une bourse d'études, il s'inscrit alors à l'université de Munich. Durant l'été 1905, il est le répétiteur du fils du prince de Saxe et de Paul Morand à Munich. Il voyage en Serbie, en Autriche-Hongrie et à Venise en Italie. En 1906, il obtient sa maîtrise et fait, durant l'été, un séjour linguistique en Allemagne. Après un échec à l'agrégation d'allemand, il se rend aux États-Unis, de septembre 1907 à mars 1908, avec une bourse pour l'Université Harvard. À son retour, il entre à la rédaction du journal Matin et prépare le concours des Affaires étrangères, auquel il échoue en 1909. La même année, il publie son premier livre, Provinciales, remarqué par André Gide. En juin 1910, reçu premier au concours des chancelleries, il devient élève vice-consul à la direction politique et commerciale du ministère des Affaires étrangères ; il assure le convoiement de la valise diplomatique à Constantinople, Moscou, puis Vienne. Par ailleurs, il fait la connaissance de Rosalia Abreu , une jeune héritière cubaine dont le frère Pierre est un ami de Giraudoux, et pour laquelle il éprouve une passion non partagée.

 

Promu attaché au bureau d'étude de la presse étrangère en septembre 1912, il devient vice-consul de 3e classe en 1913. La même année, il fait paraître chez Grasset L'École des indifférents et entame une liaison avec Suzanne Boland, mariée au commandant Paul Pineau, mais séparée de son mari.

 

Mobilisé en 1914, il est blessé à deux reprises, à la bataille de la Marne en 1914, aux Dardanelles en 1915, et fait chevalier de la Légion d'honneur. Convalescent, il entre au bureau de la propagande du ministère des Affaires étrangères grâce à Philippe Berthelot, avant de participer à une mission militaire et diplomatique à Lisbonne en août-novembre 1916. Puis il prend part à la « mission Harvard », qui le conduit aux États-Unis en avril-août 1917.

 

Cependant, il continue d'écrire, faisant paraître Retour d'Alsace, Août 1914 en 1916, Lectures pour une ombre en 1917, Amica America et Simon le pathétique en 1918.

   

Après la guerre, il s'éloigne de l'Allemagne. Démobilisé en 1919, il devient secrétaire d'ambassade et dirige le service des œuvres françaises à l'étranger (1920) puis le service d'information et de presse au Quai d'Orsay (fin octobre 1924).

 

Suzanne Boland lui donne un fils, Jean-Pierre, le 29 décembre 1919. Ils se marieront en 1921, Suzanne ayant divorcé l'année précédente. La même année paraît Suzanne et le Pacifique, roman suivi en 1922 par Siegfried et le Limousin, qui se voit décerner le prix Balzac, et en 1924 par Juliette au pays des hommes. En 1926, il est fait officier de la Légion d'honneur.

 

En 1927, il se fait placer hors cadre à la disposition de la Commission d'évaluation des dommages alliés en Turquie, où il reste pendant sept ans. Ce poste lui laissant beaucoup de temps libre, il en profite pour écrire ses premières pièces de théâtre. La connaissance de Louis Jouvet en 1928 stimule en effet sa création théâtrale avec le succès de Siegfried (1928), adaptation théâtrale de son roman Siegfried et le Limousin, d'Amphitryon 38 (1929) et d'Intermezzo (1933).

 

À la fin de 1931, il entame avec Anita de Madero une liaison qui s'achève en 1936 par le départ et le mariage en Amérique du Sud de la jeune héritière Argentine.

 

En juin 1932, il est chargé de mission au cabinet d'Édouard Herriot, président du Conseil, qu'il accompagne lors de la conférence de Lausanne.


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En 1934, il est nommé inspecteur général des postes diplomatiques et consulaires. Devant la montée des périls en Europe, il écrit La Guerre de Troie n'aura pas lieu, ayant pour thème le cynisme des politiciens et la différence entre l'histoire telle que les dirigeants la montrent au peuple et telle qu'elle se passe réellement. En 1936, Jean Zay lui propose la direction de la Comédie-Française, mais il la refuse. La même année, il devient commandeur de la Légion d'honneur.


 

Le 28 avril 1939, il rencontre dans un studio de la radio, lors d'un entretien sur Ondine, Isabelle Montérou, jeune journaliste avec laquelle il entame une liaison qui dure jusqu'en novembre 1943.

 

Devant la montée des périls, Giraudoux s'engage en politique. Lors du remaniement ministériel du 29 juillet 1939, il est nommé par Édouard Daladier « commissaire général à l'information » et prononce ses Messages du Continental, contre la guerre hitlérienne. Le 21 mars 1940, lors de la formation de son gouvernement, Paul Reynaud le remplace par Ludovic-Oscar Frossard, nommé ministre de l'Information, et il devient président d'un « conseil supérieur de l'information ».


 

Il publie, à la veille de la guerre, un important essai politique, recueil d'articles et de conférences : Pleins pouvoirs (Gallimard, 1939), dans lequel, notamment, prenant modèle sur les États-Unis, il demande l'adoption d'une politique d'immigration, afin, non « d’obtenir dans son intégrité, par l’épuration, un type physique primitif, mais de constituer, au besoin avec des apports étrangers, un type moral et culturel ».

 

Devant la débâcle de juin 1940, il suit le gouvernement à Bordeaux, avant de s'installer auprès de sa mère à Vichy. Nommé directeur des Monuments historiques à l'automne 1940, il fait valoir ses droits à la retraite en janvier 1941et commence deux écrits inspirés par la défaite, qui ne paraîtront qu'après sa mort, le second étant resté inachevé : Armistice à Bordeaux 1945, et Sans Pouvoirs 1946, édités l'un et l'autre à Monaco.


 

Commissaire général à l'information sous Daladier, sa situation pendant l'Occupation est complexe et son rôle contrasté :

 

    * Sa passion pour la culture allemande existe de longue date : « Tous ceux qui aiment le travail, la musique, l'étude sont exilés d'Allemagne. Nous qui aimons Dürer, Goethe, nous sommes exilés d’Allemagne »; mais il l'a délaissée depuis quelques années, à l'époque, et Ondine (1939) constitue un « adieu » à l'« âme franco-allemande ».

    * Dans Armistice à Bordeaux, il s’oppose, phrase par phrase, au second discours de Pétain, refusant l'expiation nationale.

    * Il a refusé le poste de ministre de France à Athènes proposé par Vichy après l'armistice du 22 juin 1940 mais entretient des relations personnelles avec plusieurs membres du nouveau gouvernement.

    * Son fils Jean-Pierre a rejoint Londres dès juillet 1940 et s'est engagé dans les Forces navales françaises libres.

    * D'après le témoignage de Gérard Heller, qui l'a rencontré en juillet 1941, « Giraudoux perdit vite confiance dans les bonnes intentions du maréchal Pétain » et « avait très tôt communiqué à Londres des informations sur l'activité intellectuelle clandestine en France ».

    * En 1942, alors qu'il loge à Paris, il affirme « l'impossibilité d'une véritable rencontre entre les deux cultures tant que durerait la guerre ».

    * La même année, un journaliste collaborationniste lui reproche d'avoir, dans ses fonctions de commissaire général à l'information, accepté de « seconder les Juifs dans "leur" guerre ».

    * On lui propose de quitter la France. Il refuse, arguant de la nécessité de livrer en France une « lutte d’influence avec l’Allemagne »;

 

Sa participation à la lutte contre l'occupation allemande au sein de la Résistance reste encore débattue. En décembre 1943, il aurait projeté de « participer à sa façon à la Résistance ».

 

Il poursuit ses travaux littéraires avec L'Apollon de Bellac, Sodome et Gomorrhe ou La Folle de Chaillot dont le rôle d'Aurélie est écrit pour Marguerite Moreno, et, devenu directeur littéraire chez Gaumont, participe à des adaptations cinématographiques, qu'il s'agisse de La Duchesse de Langeais de Balzac pour Jacques de Baroncelli ou des Anges du péché pour Robert Bresson.


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Après la mort de sa mère en 1943, sa santé se dégrade. Jean Giraudoux meurt le 31 janvier 1944, à l'âge de soixante et un ans, selon la version officielle, à la suite d'un empoisonnement alimentaire, mais, plus probablement, d'une pancréatite.

 

Quelques jours après son inhumation, qui a lieu le 3 février dans un caveau provisoire du cimetière de Montmartre, Claude Roy fait courir le bruit, au café de Flore, qu'il a été empoisonné par la Gestapo. Louis Aragon le reprend à son compte dans « Ce soir » le 20 septembre 1944 : « Pourquoi ? Pas seulement parce que c’est le plus français de nos écrivains, mais certainement aussi pour son activité résistante gardée très secrète et que, pour ma part, j’avais devinée durant le dernier entretien que je devais avoir avec lui cinq jours avant sa mort ». Une biographie explorant la question lui est consacrée par Jacques Body en 2004.

 

Il est enterré au cimetière de Passy à Paris.

 

Giraudoux antisémite?

 

Se fondant sur plusieurs citations tirées du chapitre « La France peuplée » de Pleins pouvoirs, voire, dans certains cas, sur des extraits de répliques d'Holopherne dans Judith, plusieurs auteurs considèrent que Giraudoux était antisémite.

 

Pour son biographe Jacques Body, en revanche, « Giraudoux antisémite, Giraudoux vichyste, c’est devenu l’antienne des ignorants. » Selon lui, de Pleins pouvoirs, « son plaidoyer pour une politique d’immigration et pour le droit d’asile », on a fait, « cinquante ans plus tard, un bréviaire xénophobe et raciste, à coup de citations tronquées. ». Il considère que, chez Giraudoux, « l'appartenance à une patrie marque un homme, mais par la culture, non par des contraintes naturelles ou sociologiques. Giraudoux croit à la patrie, pas à la race. »

 

Pierre Charreton, de son côté, relève que, si Giraudoux défend l'avènement d'une « politique raciale » et d'un « ministère de la race », pour lui, le terme de « race », « aujourd'hui empoisonné, voire tabou », mais « employé sans précaution jusqu'au milieu du siècle, parfois certes dans un sens proprement raciste, mais aussi dans une acception proche du terme "peuple" », renvoie à un « habitus », un ensemble de valeurs et de comportements partagés sur un territoire, et non à une référence ethnique. Giraudoux, rappelle-t-il, défend l'idée que « la race française est une race composée. (...) Il n'y a pas que le Français qui naît. Il y a le Français qu'on fait ». Le but d'une « politique raciale », selon lui, n'est pas de retrouver un « type physique primitif », mais de « constituer, au besoin avec des apports étrangers, un type moral et culturel ». De même, il relève que l'auteur éprouve un « choc désagréable » en découvrant sur une pancarte ou une affiche l'inscription : « La France aux Français », jugeant que cette phrase, au lieu de « l'enrichir le dépossède ».


Son écriture:


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Elégante, fine, au trait léger, l'écriture de Jean Giraudoux s'exprime dans la courbe, les arabesques, les traits lancés. L'imagination s'y dévoile tout autant que la prise de conscience d'une destinée qui se veut hors du commun, d'une distinction naturelle et d'un comportement élitiste.


L'aspiration à l'excellence se traduit dans l'élévation vers le haut de certaines lettres, le prolongement des "p", l'inclinaison légère et régulière.


La forme soignée en particulier dans l'en-tête "A Daniel Rops", signe l'attachement aux valeurs traditionnelles, le sens des usages, une civilité ultra rodée.


La tenue de ligne, en particulier sur la signature hyperliée et la barre du "t" de sympathique exécutée en un tracé convexe, la forme du"s" de "souvenir"  montrent deux choses sur deux plans différents: d'une part, le rôle stimulant des idées  qui se coulent sans problème ensuite dans l'action, d'autre part un goût  et une tendance spontanée à prendre sous sa coupe, dominer certes les situations mais également les gens.


Le texte centré, bien mis en valeur renforce cette dernière interprétation.



Pour en savoir plus sur Jean Giraudoux, je vous recommande de lire le livre de Jacques Body couronné par le prix 2005 de l'Académie française et publié chez Gallimard... que vous pouvez commander en ligne ICI


Jacques Body est également l'auteur de l'excellent article Wikipedia que vous venez de lire (à quelques modifications près, apportées par mes soins).




 




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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 09:52


Interview Graphologie






Le sixième extrait vidéo de l'interview que j'ai donnée à
 www.questionsdemarche.com 
a été effectué à partir de l'une des trois écritures que la journaliste
 avait amenées avec elle pour l'occasion, écriture que je ne connaissais pas.

Le thème à débattre concernait la motivation d'un candidat:

Peut-on évaluer la motivation d'un candidat?

L'exercice en "live" ne fut pas trop difficile et cerise sur le gâteau
j'ai deviné à qui appartenait cette écriture


Ces vidéos ont été effectuées en "one shot"
 et les questions ne m'avaient pas été soumises au préalable.



 

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