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  • : Ecritures à la loupe
  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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Mes romans

histoire

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 13:06

 

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La guerre des crêpes

 

 

Deux crêpes dans des poêles tiédissaient doucement

Qu’un beurre identique enrobait de son onguent.

Tout aurait dû les flatter et leur plaire,

Elles devaient être complémentaires.

 

Oui, mais voilà, l’histoire en voulait autrement

Car ces deux là, se détestaient cordialement.

 

La plus grande était brune et exhalait une odeur sauvage,

Se flattait de ses origines sarrazines d'un autre âge.

Fille de Sarah et des peuples nomades, graine des Maures

Elle était fière, et rêvait de sa lointaine Afrique du nord.

 

La plus petite était blanche et sentait le pré mouillé,

Plus fragile, ses tendres graines se semaient à la volée.

Des vastes plaines fertiles de sa douce Normandie

Elle gardait le souvenir de la caresse de la pluie.

 

La noiraude n’avait goût que pour les épices

Et du sel et du poivre, elle faisait ses délices;

La blondinette se régalait de sucre et de miel

Une goutte de rhum et elle grimpait au ciel.

 

La première s’étalait sans façon sur un billig à l’antique

Et attendait qu’on la retourne d’un geste précis et énergique.

La seconde, toute dentelée, n’espérait que le moment divin

Où elle sauterait dans les airs d’un gracieux revers de la main.

 

Trop de différences pour mettre leurs cœurs à l’unisson,

Trop d’œillères pour tenter la moindre conciliation.

Il fallut qu’elles fussent mangées par un grand glouton

Pour ne plus faire qu’une, dans une ultime communion.

 

 

 

 

©Alaligne

 

 

 

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 11:22

spectre

 

III

 

 

Peu à peu les fumées qui s’étaient réfugiées en une grande troupe désordonnée sur le vaste toit pentu de la maison du maire s’élevèrent dans le ciel, comme une seule et même orgueilleuse colonne, puis, après quelques secondes d’hésitation, se séparèrent, tourbillonnèrent en tous sens sous les yeux stupéfaits de mon cantonnier pour enfin s’amalgamer en cinq groupes compacts qui prirent lentement des formes humaines. Il les vit se déplacer, certaines s’asseoir avec précaution sur les tuiles luisantes, d’autres continuer à errer jusqu’à se figer enfin dans des pauses étudiées. À la lumière froide et lugubre de la lune, il n’eut pas de difficultés à reconnaître dans les cinq silhouettes des concitoyens qu’il avait l’habitude de croiser et pour lesquels il rendait à l’occasion de petits services. La première qui retint son attention était vêtue d’une longue cape dont la capuche était ramenée sur le front. Juste quelques mèches folles dépassaient, cachant une partie du visage. Aucun doute possible, il n’y avait que la veuve Marthe pour oser encore porter des vêtements de deuil à l’ancienne. À quelques pas d’elle, de profil, la forme ventripotente dont les plis adipeux débordaient d’un ample pantalon tombant en accordéon sur de rustiques galoches ne pouvait être que l’incarnation fumeuse d’Augustin, le propriétaire de l’auberge du village. Un peu plus loin, adossé au conduit d’une cheminée, il reconnut la posture désinvolte du fils du maire, le jeune et séduisant Blandin, tandis qu’à ses côtés, en tenue légère, les guiboles écartées en une attitude équivoque, se lovait Moune, la fille du père Baillou. Enfin, au centre de ces spectres, maître Cormaillon, le notaire, se tenait comme à son habitude, la tête rentrée dans les épaules, les mains serrées, les genoux à demi fléchis.

 

Si les formes étaient réalistes, dépourvues de toute ambiguïté, la réunion de ces cinq personnages en un même lieu avait de quoi surprendre le pauvre vieux Jules, mon ami cantonnier. Il était bien placé, lui, si souvent par monts et par vaux, l’oreille toujours tendue pour récolter les commérages dont il régalait au zinc des  « Demoiselles » ses compagnons de lampées, pour savoir que ces cinq là, n’entretenaient pas que de paisibles et amicales relations de voisinage. S’il y avait en effet, dans une région de quelques kilomètres carrés, des gens qui nonobstant leur différence d’âge et de statut social accumulaient rancoeurs et petitesses, c’était bien ces cinq là. Tenez, par exemple… la Marthe, si revêche et plus pingre qu’Harpagon lui-même, ne tenait aucun des quatre en haute, voire même en basse estime. Son veuvage n’avait fait qu’accroître un tempérament aigre et envenimer une langue de vipère. Elle détestait le genre humain. Un vieux contentieux l’opposait à Augustin au sujet d’une minuscule bande de terrain longeant la rivière, les deux revendiquant sa propriété et son usage pour l’arrosage respectif de leurs potagers. La Marthe se prévalait haut et fort, à qui voulait l’entendre, d’une prescription trentenaire. Le notaire après avoir consulté le cadastre et étudié les titres de propriété avait conclu qu’Augustin en était le propriétaire. Cela lui avait valu la haine indéfectible de la veuve qui ne manquait jamais une occasion pour attaquer en cachette sa probité et ses compétences. Chose d’autant plus facile que le notaire n’était pas tout blanc, loin de là… jugez-en : expert en dessous de table et ventes furtives à la bougie, se prêtant avec une disposition naturelle et remarquable aux prête-noms, maître Cormaillon avait accumulé une fortune personnelle que jalousaient beaucoup de paysans de la région. Roués comme le sont nos bons chrétiens d’agriculteurs berrichons, ils n’entendaient pas que leur notaire en fit de même. C’était par ailleurs un homme secret, fouineur, précautionneux et le dernier rejeton d’une famille dont la particule avait été décapitée sous la Terreur mais dont le nom amputé inspirait encore à défaut de respect, une crainte certaine. Parfaitement au fait des passe-droits dont avait bénéficié le fils Blandin pour occuper la présidence d’une coopérative agricole, informé des tractations du père auprès de ses relations personnelles pour assurer au rejeton de substantiels dividendes dans une fabrique de porcelaine à Limoges, averti de la kyrielle de prêts accordés avec empressement par la banque locale au jeune homme dépensier, le notaire pensait tenir toute la famille du maire sous son emprise et pouvoir au gré de ses besoins récolter ci et là quelques miettes du gâteau en maniant adroitement la menace. Il considérait Blandin junior comme un blanc-bec, dénué de jugeote, voire plutôt niais. Celui-ci, de son côté, n’avait que mépris pour le notaire qu’il surnommait « Le Rat », mépris qui s’étendait, soyons clair, à tous ceux dont l’âge dépassait la quarantaine et qu’il prenait, sans exception, pour des bouseux et d’anciens collabos. Un court stage dans les locaux du Berry républicain lui avait en effet appris l’histoire des journaux locaux depuis la « Dépêche du Berry », porte-voix officiel de la France de la collaboration jusqu’aux petites parutions des journaux clandestins comme le « Paraboche », « l’Emancipateur » ou « En avant » pendant la guerre. Ayant trouvé, caché dans le grenier maternel, deux exemplaires de « l’Emancipateur », il s’était forgé la certitude, sans se donner la peine d’approfondir ses recherches, d’être né dans une famille de résistants. Et si son père, rarement questionné, restait vague sur le sujet, il en concluait à de la modestie et de la pudeur. Ses seules passions étaient les voitures de sport, rouges et décapotables et les filles, qu’il préférait faciles et bien roulées. Bien roulée, c’était assurément le cas de la Moune, une donzelle de dix-huit ans dont l’éducation sentimentale puisait ses racines dans la lecture assidue des romans photos de « Nous Deux » et de « Confidences ». Fille unique, couvée par sa mère et étroitement surveillée par son père, elle avait développé un art extrême de la dissimulation pour échapper à leur vigilance et se livrer à son occupation favorite : allumer les garçons du canton. La très vague ressemblance entre le fils Blandin et son acteur fétiche Franco Gasparri avait assuré au fils du maire, une place privilégiée dans le cœur de la Moune. Belle et sotte, elle avait tout pour lui plaire, mais l’élevage des Baillou battait de l’aile et il manquait à Moune une dote conséquente pour le rendre éperdument amoureux.

 

 

à suivre...

 

 

©Alaligne

 


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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 12:17

II

 

 

 

Autant dire qu’il l’avait bien cherché. Lorsque l’on est choisi dès sa prime enfance pour devenir l’étalon reproducteur d’une basse-cour, il vaut mieux mettre du cœur à l’ouvrage et se livrer aux débordements sexuels que l’on attend de vous : forniquer de l’aube au coucher du soleil, sans jamais rechigner à la tâche. Mais voilà, ce coq là ne l’entendait pas de cette ouïe. Une seule poule bénéficiait de ses faveurs, et il n’affichait que dédain pour le restant de la volaille. Cela avait eu pour conséquences fâcheuses de hâter la mort de la poule élue, définitivement épuisée par les débordements de son amoureux emplumé et de ruiner l’espoir du père Baillou de devenir le premier producteur de poules noires du Berry. Un comportement  aussi sélectif, chez un animal réputé pour avoir autant de jugement dans ses attirances sexuelles qu’un jeune bonobo en quête de paix sociale, avait semé le doute dans l’esprit du paysan. Bien plus que le manque à gagner d’un élevage qui tardait à prendre de l’ampleur, c’est la certitude de ne pas avoir introduit un coq, mais un follet dans la basse-cour, qui l’avait décidé, ce fameux soir de novembre, à sortir son grand couteau.

 

Les follets sont connus pour prendre souvent l’apparence d’un coq à la crête rouge écarlate et, comme la plupart des farfadets et des trolls, de ne pouvoir prononcer trois fois de suite le même mot. Or celui-ci ne savait enchaîner de suite que deux cocoricos. Le père Baillou, ne pouvait donc que se rendre à l’évidence et en sacrifiant la bête, il ne songeait qu’à la prospérité de sa ferme, à l’épanouissement de ses gallinacés et à son propre repos. À son repos tout autant qu’à sa gourmandise, car sa femme ne l’avait point gâté d’un jau au sang depuis belle lurette ; le coq serait donc coupé en morceaux, puis flambé, son sang mis à cuire à feu doux avec de la crème épaisse, un jaune d’œuf et mélangé au foie pilé, de manière à en faire une sauce tout aussi onctueuse que goûteuse. Un pâté de pommes de terre, rehaussé de pointes d’ail et de tranches de lard, transformerait bientôt le plat de base en un repas de fête. Il y a des coqs qui se feraient eunuques pour finir ainsi.

 

Le décollement de la tête se fit d’un seul geste, comme certains savent sabrer une bouteille de champagne au nouvel an. Belzébuth, c’était le nom du coq, funeste présage, n’eut guère le temps de regretter sa courte vie sur terre. Il battit des ailes, sans grande conviction, avant de rendre l’âme.


Le père Baillou préleva dans la bassine sacrificielle quelques gouttes de sang d’un rouge aussi étincelant que celui de jeunes branches d’aulnes fraîchement coupées. Il les dispersa dans l’enclos en marmonnant quelques vieilles formules destinées à écarter le diable de ses précieuses poulettes et referma doucement la porte du poulailler, le cœur en paix, avec le sentiment d’avoir accompli de la bonne et belle besogne.

 

Pourtant, sans le savoir - l’eut-il su qu’il serait allé aussitôt à confesse – ces quelques gouttes de sang étaient assurément d’origine démoniaque et c’est à ce moment précis que les choses commencèrent à prendre un cours bizarre et que la magie se mit en branle.

 

Alors que la pleine lune se jouait de l’obscurité en baignant le bourg d’une lumière froide et aveuglante, tandis que peu à peu les lourds volets de bois se refermaient sur l’intimité de villageois pressés de se lover sous des draps bassinés, un léger murmure envahit les ruelles, glissa sur les pavés luisants, serpenta le long des murs, escalada la façade d’une demeure médiévale. Il fut rejoint dans sa course vagabonde par d’autres voix aux tonalités différentes, tant et si bien, qu’engrossé de tous ces sons, il enfla jusqu’à devenir un brouhaha infernal. Une odeur âcre de fumée se glissa dans les anfractuosités des pierres, s’insinua dans les interstices des tuiles et la nappe grise volatile s'étendit et forma un coussin douillet sur les toits de la ville où les voix vinrent enfin se rassembler.

 

Nul humain ne se rendit compte du phénomène, tout le monde devait dormir à cette heure, sauf mon ami cantonnier qui revenait de son pénible travail, l’échine courbée, la besace vide, éreinté et fourbu. Que le bougre se soit arrêté peu de temps auparavant en remontant la côte au petit bar « Aux Demoiselles », ne peut expliquer qu’il ait eu en arpentant les rues de la cité, des hallucinations. Je le crois sur parole et s’il avait l’habitude sur le chemin du retour, de s’accouder au comptoir et d’y savourer une ou parfois deux fillettes de vin gris, je l’ai vu tenir droit sur ses jambes et garder toute sa tête après l’absorption de quantités d’alcool beaucoup plus importantes. Ivre, il ne l’était pas. Enfin, pas totalement… Sans doute aurait-il dû se méfier de l’enseigne de l’estaminet, car chacun sait dans le Berry que « les Demoiselles » ont plus d’un tour dans leur sac, mais chacun sait également qu'elles restent inoffensives, à condition de ne pas les provoquer. Qu'avait-il donc fait ou dit  pour mériter l'un de leurs sortilèges? Je ne le saurai jamais, il est resté muet sur le sujet. Pourtant ce qu’il allait voir et entendre en cette nuit de pleine lune, ainsi que les semaines qui suivirent, resterait gravé dans sa mémoire jusqu’à son trépas. C’est donc à peu près sain de corps et d’esprit, juste un peu coloré par le rosé de la piquette, qu’il fut le témoin involontaire de ce qui suit…

 

à suivre...

 

 


 

 

©Alaligne

 


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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 16:44

I

 

 

La tentation est grande, au moment où je trempe ma plume dans l’encrier, d’écrire sur la page blanche, cette phrase tant de fois lue et tant de fois prononcée : il était une fois…

 

Libre à vous de penser que l’usage d’une plume Sergent Major et d’un vieil encrier m’autorise l’emprunt de cette phrase à Charles Perrault et que des fées vont bientôt au fil de ces pages agiter leur baguette magique sous le nez de dragons crachant de la lave. 


Il vous est également autorisé d’imaginer - un lecteur a presque tous les droits - que j’inscris ces mots sur un antique grimoire, aux pages jaunies et à la tenace odeur de moisi. Mais il serait pourtant dommage qu’emportés par cette même imagination, vous attendiez des lignes qui vont suivre un catalogue de recettes magiques, de pratiques sulfureuses. Non, je ne vais pas vous livrer la quintessence d’un savoir ésotérique que j’aurais, toujours selon votre fantaisie, accumulé tout au long d’une vie bien remplie d’alambics et de cornues fumantes. Désolé de vous décevoir, je n’ai nul talent divinatoire, pas le moindre globule rouge de Nostradamus ne coule dans mes veines et si j’habite une contrée peuplée de fades, de pierres-sottes et de meneux de nuées, je vous assure avoir les pieds bien calés sur le plancher des vaches, la tête qui raisonne à l’endroit et non à l’envers.

 

Tout ce que je m’apprête à vous conter, je le tiens d’un cantonnier, pardon… d’un « Agent de travaux des Ponts et Chaussées » aujourd’hui disparu, qui venait, il y a fort longtemps, reposer ses os usés par de laborieux travaux départementaux, dans un fauteuil Voltaire auprès d’un feu de cheminée dans ma demeure et réchauffer ses entrailles assoiffées du vin épicé que j’avais coutume de lui préparer.

 

Point de grimoire, non plus ; c’est sur un cahier d’écolier à petits carreaux que je vide ma mémoire, ou plutôt la sienne, pour la simple et bonne raison que je dispose d’un stock de cinq cents cahiers vierges, modestes reliques d’une vie consacrée à tenter d’alphabétiser. Oui, ne vous en déplaise, j’aime entendre l’acier crisser sur la surface du papier, et je n’ai jamais pu m’habituer à la raideur d’un Bic et encore moins à la froideur d’un feutre, soit-il à gel, en nylon, à la pointe extra-fine, fine, moyenne ou large... Ces instruments glissent, alors qu’il faut qu’une plume bataille, livre une lutte sans merci pour trouver les mots justes, traduire les sentiments avec finesse, décrire les situations simples comme les plus compliquées. Il faut qu’elle interpelle son maître, lui brise le poignet pour tester sa résolution à aller au bout de son récit. Mon cantonnier n’aurait guère apprécié que je me serve d’un ordinateur. D’ailleurs, il est décédé bien avant que je n’en fasse l’acquisition. Ce qu’il m’a confié est trop étrange,  pour que je prenne le risque qu’un hacker vienne violer mon disque dur, lire ce texte à mon insu et le diffuser sur internet. Pourquoi pas le signer de son nom, par-dessus le marché ? Remarquez, je ne vois guère ce qui pourrait dans cette histoire l’intéresser. Il ne trouvera ici, rien de ce qui le fait saliver sur la toile. Et s’il aime l’univers des mangas, les films d’Hayao Miyazaki, que je ne dédaigne pas, loin de moi cette pensée, il risque d’être rapidement déçu par l’univers que je tente de ressusciter.


Tiens, je n’avais pas envisagé cette possibilité ! Si je commence mon récit par « il était une fois », et que je sois un jour dans l’obligation de le transformer en tapuscrit, tout pirate informatique laissera vite tomber son chapardage. Trop ringard ? Tant mieux ! Et puis, j’aime bien cette formule qui traduit exactement le doute dans lequel je suis immanquablement plongé lorsque je feuillette mes notes prises lors des interminables monologues de mon vieil ami et confident. Les a-t-il réellement vécus ou les a-t-il rêvés ? Par prudence, étant donné le contenu délicat de certaines des révélations qui émailleront ce texte, et mon incapacité à en assurer la véracité, je suis contraint de changer les noms des lieux et des protagonistes. Certains d’entre eux ont engendré une descendance procédurière ; je suis bien placé pour le savoir,  la plupart d’entre eux ayant râpé leur fonds de culotte sur les bancs de mon école !

Employons donc cette formule toute faite, qui laisse la place au doute, au merveilleux et au cruel…

 

Il était une fois, un petit village du Berry niché sur un éperon de granit, au cœur de la contrée du Boischaut qui surplombe une vallée profonde où le bocage dense et sinueux épouse les courbes naturelles d’une rivière. À le voir ainsi perché, vigie de pierre sur la mer verte des haies, des buissons sarmenteux, des roches moussues, surveillant nonchalamment les troupeaux de chèvres rousses paissant au pied des cormiers séculaires, guettant le vol des canards sauvages, serpentin aérien qui projette son ombre sur les chemins creux, on a le sentiment que la vie à cet endroit s’est figée à jamais. On pense à ceux qui s’y établirent en des temps immémoriaux et chaque tertre de terre, possible cachette d’une précieuse sépulture, avive nos sens tandis que les vers d’Hésiode affleurent à notre bouche : "Ils vivaient comme des dieux, le coeur libre de tout souci… Lorsqu'ils mouraient on eut dit qu'ils tombaient endormis." Tandis que ses toits se pressent les uns contre les autres en une mosaïque carmin et ocre brune, ses terrasses cascadent, lourdement chargées de plantes médicinales et lorsque l’on tend l’oreille, avec juste ce qu’il faut de finesse, il est possible d’entendre le murmure discret du ruisseau que nous nommons traîne et les plaintes des martes, ces esprits mâles et femelles qui poursuivent de leurs imprécations fluttées les laboureurs des champs de la plaine. Si les lourds murs de granit de nos demeures s’appuient et se confondent aux remparts de l’ancienne cité médiévale, c’est pour concentrer leurs forces et dresser un mur inviolable à la Grand’bête ou chien blanc dont le seul souffle décime les hommes et les troupeaux. C’est là que tout commença une tiède soirée de novembre quand le coq noir du père Baillou se fit couper la tête.

(à suivre)...

 

 

©Alaligne

 


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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 16:47

 

 

 

Jack-o’-lantern, Jack O’Lantern ou Citrouille-lanterne  est un personnage traditionnel de la fête d'Halloween :

c'est une  citrouille évidée et éclairée de l'intérieur avec une bougie dans laquelle un visage souvent grimaçant a été découpé. Il nous provient d'un vieux conte irlandais que je me suis amusée à mettre en rimes...

 


 

.

jack-la-lanterne.jpg

 

 

 

 

 

 

Jack l'irlandais, dit la lanterne


 

Oyez, oyez, braves gens, la triste histoire

De Jack l’irlandais, qui aimait tant boire !

 

Jack était méchant et ne pensait qu’à lui-même,

Jurait comme un ivrogne, proférait des blasphèmes.

Un soir dans une taverne, il bouscula le diable

Qui, furieux de l’injure, réclama son âme pitoyable.

 

Avant d’aller en enfer, l’ivrogne exigea un dernier verre

Et le diable, peu méfiant, pour lui offrir une bière

Se transforma en une pièce de six pence de son choix

Que Jack enferma dans une bourse à serrure en forme de croix.

 

Piégé, le diable accorda au buveur dix années supplémentaires

Et Jack le libéra, bien heureux d’échapper au sinistre enfer,

Pourtant au terme du délai, leurs chemins de nouveau se croisèrent…

 

 Satan s’apprête à mener Jack vers son lieu de supplices,

Quand celui-ci, avisant un pommier, use encore de malice :

« Vois-tu cette pomme, tout en haut de la branche ? »

Demande l’ivrogne en feignant la mine la plus franche.

 

« Accorde-moi ce dernier repas, avant mon sinistre trépas,

Ensuite, juré, craché, je te suis... tu peux croire en moi !»

 

Le Malin qui, au fond de lui, n’était pas un mauvais diable,

Grimpe prestement à l’arbre pour cueillir le fruit délectable.

Jack avec son couteau grave une nouvelle croix dans le tronc

Ne laissant à notre Lucifer prisonnier, d’autre solution,

Que de lui promettre, et ce, pour l’éternité, l’absolution.

 

Bien des années plus tard, Jack meurt de son ivrognerie

Et monte au ciel, persuadé d’avoir sa place au paradis.

Hélas, Dieu lui refuse même l’accès du purgatoire,

Tant sa vie dissolue et ses vices sont notoires.

 

Il frappe aux portes de l’enfer pour y trouver un ultime refuge,

Mais le démon lui rappelle les conséquences de son subterfuge :

 

« Je ne peux prendre ton âme, je l’ai juré pour l’éternité,

Retourne d’où tu viens et cesse enfin de m’embêter ! »

 

Dehors une bise glaciale fait frissonner Jack dans la nuit noire.

Il grelotte, gémit, verse des larmes, se plaint au diable de ne rien voir :

 

« S’il faut repartir, puis-je au moins avoir de quoi éclairer ma route ? »

 

Le diable, en grand seigneur des ténèbres, fait preuve d’une aimable écoute,

Prend une bougie qu’il place au fond d’une citrouille afin de la protéger du vent,

Puis, la donne à Jack pour lui éviter d’errer dans l'obscurité, aveuglément.

 

Et c’est depuis ce temps là, que l’on voit dans les rues, les nuits d’Halloween,

La lumière orange d’une âme en peine, chassée par les goules et la vermine.

 

 

 

 

 

 

©Alaligne

 

 


 

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 11:03

 

Jean_Richepin.jpg

 

 

Jean Richepin (1849-1926)

 

 

Jean Richepin est né en Algérie le 4 février 1849 à Médéa. Fils d'un médecin militaire, petit-fils de paysans, il fit de brillantes études au Lycée Napoléon, au lycée de Douai et au Lycée Charlemagne, puis entra à l'Ecole normale supérieure qu'il quitta avec le grade de Licencié es lettres en 1870.  1870, année charnière dans sa vie, puisqu'il s'engagea cette année-là dans un corps de francs-tireurs qui suivit les mouvements de l'armée de Bourbaki pendant la guerre franco-allemande. De 1871 à 1875, il mena une vie de bourlingueur, gagnant sa vie comme professeur "libre", matelot, portefaix et débardeur à Naples ainsi qu'à Bordeaux. Après avoir écrit, en 1871, dans La Vérité et le Corsaire, il débuta en 1873 au théâtre de la Tour-d'Auvergne une carrière à la fois d'acteur et d'auteur dramatique, avec l'Etoile, pièce écrite en collaboration avec André Gill.

 

Il s'est rendu célèbre dans les cénacles du quartier latin par une passion effrénée d'indépendance, par des théories sociales affirmées, par des excentricités et par l'effervescence d'un "sang touranien" qui disait-il, circulait dans ses veines, par sa vigueur mais aussi par son habileté dans de nombreux sports et par sa beauté virile. Il y noue des relations amicales avec Léon Bloy,  l'humoriste Sapek, le poète Maurice Rollinat, le romancier Paul Bourget et surtout le poète et caricaturiste Raoul Ponchon, rencontré dans les salons de la maîtresse de Charles Cros, Nina de Viallard, et qui deviendra son ami inséparable.

 

En 1876, il conquit un large public avec sa Chanson des Gueux et se fit par la même occasion de redoutables ennemis. En 1876, suite à la dénonciation du Charivari, le poème fut saisi et Richepin condamné à un mois de prison qu'il dut purger à Sainte Pélagie et 500 francs d'amende pour outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs. Le résultat de cette condamnation, on l'imagine sans peine étant donné son caractère, fut qu'il s'attacha plus que jamais à "démolir les préjugés" et à défendre la cause des humbles et des opprimés.

 

Non content de collaborer à des journaux littéraires comme "L'Illustration"  en tant que chroniqueur, où il dénonca les horreurs de la guerre 1914-1918  soutenu par son ami Paul Verlaine qui lui dédia "Dédicaces" et au Gil Blas, il écrivit des études de moeurs, des romans, des poèmes et des drames, des contes fantastiques comme "Cauchemars" (1892) ou "Le coin des fous"( 1921) .

 

Dans ses romans, il recherchait l'étude des "sensations curieuses et des anormalités psychologiques" selon les expressions de l'époque. Citons Les Morts bizarres (1876), Madame André (1878), La Glu (1881), Miarka la fille à l´ourse (1883) ou encore Les Braves Gens (1886).

 

Voyageur infatigable pour l'époque il parcourut  l'Angleterre, l'Italie, la belgique, la Hollande, le Danemark, la Suède, l'Allemagne, la Suisse, l'Espagne, l'Algérie et le Maroc, où il vécut quinze jours sous la tente, dans l'intérieur du pays.

 

Ce révolté et cette "grande gueule" fut élu à l'Académie française le 5 mars 1908.

 

Jean Richepin est mort à Paris le 12 décembre 1926 et a été enterré à Pléneuf-Val-André dans les Côtes d'armor où il venait régulièrement passer la saison d´été dans sa maison La Carrière en compagnie de son ami Raoul Ponchon.


 

tombeau richepin

 

 

Voici l'une de ses "poésie-chanson" tirée du recueil La Bombarde:


Trois petits oiseaux dans les blés


 

Au matin se sont rassemblés

Trois petits oiseaux dans les blés.


Ils avaient tant à se dire

Qu'ils parlaient tous à la fois,

Et chacun forcait sa voix.

Ca faisait un tire lire,

Tire lire la ou la.
Un vieux pommier planté là

A trouvé si gai cela

Qu'il s'en est tordu de rire.


A midi se sont régalés

Trois petits oiseaux dans les blés.


Tout en chantant dans les branches

  Leur joyeux turlututu,

Ils mangeaient mangeras-tu

Et lâchaient des avalanches

De caca cataractant.

Ils en faisaient tant et tant

Que l'arbre tout éclatant

Etait plein d'étoiles blanches,

 

A la nuit s'en sont allés

Trois petits oiseaux dans les blés

 

Chacun rond comme une caille,

Ils zigzaguaient, titubant,

voletant, roulant, tombant;

Ils avaient tant fait ripaille

Que leurs ventres trop gavés

Leur sembaient de lourds pavés;

Si bien qu'on les a trouvés

Ce matin morts sur la paille.

 

Un seul trou les a rassemblés,

Trois petits oiseaux dans les blés.

 

 

 

 

 

Et je ne résiste pas au plaisir de vous montrer son écriture et ce texte particulièrement bien "envoyé":


 

écriture Richepin

 


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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 08:58

 

 

 

Accouchement sans douleurs... qu'ils disent...

 

 

 

 

flyermanuscrit.jpg

 

 

 

 

Voili, voilà... Tout chaud...

 

Je vous transmets le flyer de mon dernier-né qui a les mots et déjà les rêves de sa maman.


Il pèse 100 pages, ce qui par rapport à ses frères et soeurs est en dessous des normes familiales. Maigrichon, certes, mais prometteur!


Il mesure 25,5cm de hauteur et 14 cm de largeur, juste de quoi le ranger amoureusement dans la biblio-nursery en compagnie de sa fratrie.


Il est plein d'épines, mais son coeur est tendre et il n'attend que votre sommeil pour vous raconter son incroyable histoire. Oui, j'ai bien dit... votre sommeil...  Indice: n'oubliez pas qu'il s'agit d'une histoire à dormir debout!


 

Joyeuse découverte!

 

 

 


 

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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 15:06

 

Bientôt la rentrée des classes...

Alors, voici un petit hommage à l'instrument indispensable...

 

gomme

 

 

 

Poème ... à la gomme

 

 

 

 Inutile d’avoir suivi de longues études

Pour savoir qu’une gomme est condamnée à effacer.

C’est même la toute première des certitudes

Dans la caboche de nos jeunes et fiers écoliers.

 

Eh oui ! C’est moi le recours ultime, si efficace

Pour corriger vos erreurs et fautes coriaces,

Celles qui émaillent vos dictées que le zéro menace,

Et déclenchent chez le maître de comiques grimaces.

 

Je gomme… Pardon… c’est dans ma nature,

Le « t » en trop du pauvre mot « bouture »,

J'aime l'élégance et amincis les boursouflures

Des grosses hampes dodues de votre écriture.

 

Souvent, j’enrage, posée à plat sur votre pupitre

De repérer en minuscules, le début d’un titre,

L’absence de retrait pour un nouveau chapitre,

Alors que vous vous amusez à faire le pitre.

 

Que dire ensuite des taches d’encre bleutée,

Des restes disgracieux d’une boisson chocolatée,

Sur les multiples pages définitivement cornées

D’un cahier de texte, à la couverture déchirée !

 

Oh ! Oh !... Je suis là ! J’ai même deux côtés :


L’un tout rose, qui vous laisse l’entière liberté

D’ôter les oreilles de lapin et les moustaches effilées

Du portrait d’un enseignant secrètement croqué,

 

L’autre tout bleu, dont la très grande fermeté

Viendra vite à bout des lettres massacrées,

À moins que vous n'ayez, c'est fort à parier,

Obtenu comme résultat: un papier bien troué.

 

Je gomme… Pardon… c’est dans ma nature,

Les erreurs, les taches, les affreuses souillures,

J’efface, avec bonheur, les injures et les meurtrissures

À la langue et à l’orthographe de votre riche culture.

 

 

 

 

©Alaligne

 

 

 

 

 

 

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 08:29

 

A tout seigneur, tout honneur, voici l'aigle royal.

 

Un site très intéressant vous permettra de satisfaire votre curiosité

si vous souhaitez en savoir plus sur ce splendide rapace...

 

ICI

 

 

 

 

 

 

aigle.jpg

 

 

 

 

Merci Denis!

 

 

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 10:12

 

Voici maintenant deux clichés d'isards dont l'occupation favorite l'été se résume à ce qui suit  ( source ICI)


 

 

"Dès l’aurore, l'isard se consacre à la recherche de nourriture sur les pâturages et vires herbeuses. Cet herbivore raffole des graminées et surtout du trèfle des Alpes. Fuyant les grosses chaleurs, il dédie les heures chaudes à la sieste, à l’ombre d’un versant, ou sur un névé. Les chevreaux ont un goût prononcé pour les jeux : courses poursuites sur les névés, glissades, sauts, cabrioles, poursuites effrénées…toujours sous l’œil attentif des mères. En fin de la journée, la harde retourne pâturer. La nuit, elle rejoint son aire de repos."

 


 

 

chamois.jpg

 

Hé les potes! regardez... je vais sauter...

 

 

 

 

 

chamois2.jpg

 

 

Nous on laisse les petits s'amuser...mais on les surveille quand même!

 

 

 


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