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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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Mes romans

histoire

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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 14:24


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Image Hosted by ImageShack.us Merci à Babou pour ce gentil lien sur son blog!




Une histoire ...  (12)


 

 

Je sais d’après les racontars qui circulent entre deux cumulus qu’aujourd’hui vos parents s’interrogent sur le bien-fondé de la fessée. A l’époque où se situe cet épisode, Birgit ne se posa pas de questions et celle qu’elle administra à sa fille, je m’en souviens encore et je sais, je peux vous le jurer, que Effy de son côté ne l’a pas oubliée. Alors que j’avais été tout de suite charmé par la grâce de la jeune femme, je m’aperçus que les humains étaient sujets à des sautes d’humeur et l’incident choqua également Lorentz que je n’avais vu lever la main sur personne. Même La Parisette, d’habitude insensible aux malheurs des autres en fut déconcertée à moins qu’elle n’y ait trouvé quelque plaisir secret car avec elle, j’avais enfin appris à me méfier. Il n’y avait que Rip pour trouver ouvertement la chose plaisante et ricaner bêtement en voyant de grosses larmes inonder les joues de boucles dorées. Comme Lorentz lui exprimait des reproches, il haussa les épaules et nous avertit que s’il le décidait, il pouvait s’amuser à hypnotiser le chat de la maison et recommencer la même farce. Un chat ? De quoi parlait-il ? Je n’en avais aucune idée.


Pendant ce temps, Klemens appelé à la rescousse, remit tant bien que mal les guirlandes en place et il décida en accord avec sa mère de confectionner des boules de papier mâché pour remplacer celles qui avaient été brisées. Il incomberait à Effy de les peindre.


L’après-midi fut plus calme et les humains vaquèrent à des activités diverses. La Parisette nous quitta quelques heures soi-disant pour partir à la découverte de la maison. En réalité, la présence de Hans lui manquait et j’avais cru discerner en elle une pointe de jalousie lorsque celui-ci s’adressait sur un ton amoureux à sa femme.

 

En son absence Lorentz s’appliqua à me donner quelques notions sur la loi de la gravitation, le calcul des masses et par conséquent du poids d’un objet. Je compris assez vite où il voulait en venir, car mes rameaux n’étaient guère habitués à supporter autre chose que la charge infinitésimale d’un lutin microscopique et d’une lutine légère comme une plume. Une de mes branches basses commençait à ployer sous le fardeau de deux boules sottement placées côte à côte. La leçon était ardue et demandait beaucoup de concentration. Sans doute est-ce la raison pour laquelle, je ne vis pas l’animal à la démarche souple qui avançait vers moi.


C’est le murmure de sa voix qui attira mon attention : « Noir entièrement, sans tâche blanche au poitrail, ni étoile blanche au front. Je n'avais même pas ces trois ou quatre poils blancs, qui poussent aux chats noirs dans le creux de la gorge, sous le menton. Robe rase, mate, drue, queue maigre et capricieuse, l'oeil oblique et couleur de verjus, un vrai chat noir. Voilà jeune épicéa, ce que Madame Colette, une grande dame de la littérature, a fait dire à mon aïeul dans l’un de ses romans. Oui, vous avez devant vous, le petit fils de celui qui lui inspira ces lignes divines. D’ailleurs nous les chats, nous sommes bien connus pour inspirer aux hommes leurs plus beaux textes et leurs plus fines poésies. Voulez-vous que je vous cite Baudelaire ? Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux; retiens les griffes de ta patte, et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux, mêlés de métal et d'agate…À moins que vous ne soyez sensible aux vers de Charles Cros ?  Chatte blanche, chatte sans tache, je te demande, dans ces vers, quel secret dort dans tes yeux verts, quel sarcasme sous ta moustache.  Cela fait une différence entre nous, car hormis ce bon Guillaume Apollinaire, bien peu d’entre eux se sont donnés la peine de vous mettre en rimes. Je ne connais guère que : Les sapins en bonnets pointus, de longues robes revêtus, comme des astrologues, saluent leurs frères abattus… Et encore, ce n’est pas ce qu’il a écrit de meilleur… Avez-vous déjà vu un chat que l’on déguise comme vous de la sorte ? Quitte à vous froisser, vous êtes parfaitement ridicule… Il n’y eut guère que ce fou de Perrault pour nous imaginer bottés… »


Le nouveau venu était totalement imbu de sa personne, prétentieux à souhait et aussi bavard qu’une pie. Impossible d’en placer une. Il étalait sa culture avec une morgue hautaine. Je n’étais ni belliqueux ni revanchard mais je reconnais avoir croisé mes aiguilles pour que Rip s’attache à son sort, lui inspire quelque bêtise et voir la tête qu’il ferait après une bonne raclée. Imperturbable, il continua ainsi de sa voix ronronnante à citer les grands auteurs ayant mis leur plume au service des chats. Une fois installé, plus possible de le faire déguerpir. Il s’était lové sur le coussin d’une chaise et les yeux mi-clos, il continuait à pérorer. Je dus souffrir sa présence de plus en plus régulière, ses citations interminables pendant que les journées s’égrenaient, que de lourds flocons de neige s’accumulaient sur le bas des fenêtres, collaient aux vitres et me cachaient de plus en plus la vision de mes montagnes.

 

Un matin, ce devait être peu de temps avant Noël, je me réveillai avec la faim au ventre. C’est bien connu, la culture ne nourrit pas son épicéa. Si ma tête se remplissait jour après jour de nouvelles connaissances, mes racines de leur côté puisaient de moins en moins de nourriture dans le pot : principe assez proche de celui des vases communicants que Lorentz m’avait enseigné. La terre se desséchait et bien que rompu à l’art de ne prélever que le juste nécessaire à ma subsistance, je sentais mes radicules réclamer de l'eau. Un autre signe m’inquiéta. Pour la première fois de ma jeune existence, je vis deux de mes aiguilles commencer à roussir, puis se détacher d’une branche. Ce qui est normal dans la vie d’un sapin croissant au grand air et se régénérant chaque printemps, devenait inquiétant dans un pot que l’on oubliait d’arroser.


Allait-on me laisser dépérir ? N’y aurait-il personne pour voler à mon secours?


Les humains avaient l’esprit ailleurs. Je les entendais chuchoter des secrets, suggérer d’écrire au père Noël, comparer les mérites des chapons de maître Keinemann et ceux d’August Bäsler, évoquer les fruits confits, les raisins secs, les épices, le rhum et de la pâte d'amande que l’on devait acheter pour préparer le Christstollen, gâteau dont le simple nom faisait briller leurs yeux.


Au milieu de toute cette effervescence, je pouvais bien  mourir d’inanition, personne ne s’en préoccupait. Personne ? Peut-être pas…

 

Mais je vois que mes dernières lignes vous font saliver. Je vais faire attention de ne pas aiguiser votre appétit pendant votre sommeil. Je vous connais, vous seriez capables de vous éveiller et d’aller fureter du côté de votre frigidaire au lieu de rester endormis à portée de ma voix.




 

 

A suivre...

 

 


©Alaligne

 

 


 

 

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commentaires

voyance gratuite par telephone 29/04/2016 10:41

Merci pour ce très bon site, vraiment un panaché de bonnes et intéressantes idées. Surtout continuez ainsi. Bon courage
Cordialement .

delphine alpin ricaud 21/12/2009 19:03


Bravo Cathy! C'est un vrai bonheur de lecture....de la forêt jusqu'au foyer humain, notre ami est bien vivant, la Parisette reste la même, heureusement que Lorentz est là....et le personnage du
chat colle comme un gant au...chat!!! Merci à toi, je te souhaite d'excellentes fêtes si je ne repasse par ici avant! Bises aussi!!!


Alaligne 24/12/2009 18:51



Merci ma Delphy... c'est dommage que tu ne puisses lire la fin avant Noël... je t'embrasse affectueusement



Farfadet 86 21/12/2009 01:46


"Le Chat botté et le Sapin motté" une nouvelle fable à mettre en mot

De peaux en pot de quoi jouer aux chats mots:
Dans la nuit un cri persan
La scie à moi !...
Quel allant gore a ...
Ce greffier en émoi !....

Allez "Ripe" de là  le lutois !...

La suite de ce discours du bois  dans une langue qu'on comprenoit pas seulement langue de bois mais langue de foi qui n'a rien de gras ...

Farfadel de la Cerne aux Bois


Alaligne 21/12/2009 10:44



Chat alors!!! quelle verve! je ne suis qu'une modeste chatte de goût d'hier... et te remercie pour ta fidèle présence ici mon Patrice



Lud 20/12/2009 19:12


Voilà une éternité que je n'étais pas passé par ici. Du coup j'ai 12 chapitres à rattraper pour connaître ce conte de Noël de ton cru.


Alaligne 21/12/2009 10:37



Un grand bonjour Lud... et un grand bonheur de te croiser sur mon blog. Passe de bonnes fêtes!!



catherine 20/12/2009 16:11


J'ai beaucoup aimé les extraits choisis... et je te remercie pour ce lien qui me ravie, vraiment. Ton histoire arrive à son happy-end (enfin j'ose y croire) et je peux t'assurer que j'aurai eu un
grand plaisir à te lire... jusqu'au bout ! bizz


Alaligne 21/12/2009 10:36



C'était le but recherché Catherine... Si le plaisir est au bout de ma plume, je ne me serai pas donné du mal pour rien... Bonnes fêtes à toi!!!
Bizzzzzzzzzzzzzzzzz