Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
Hervé BAZIN
Né dans le cadre étouffant de la bourgeoisie angevine du début du XXème siècle, enfant, il se heurte à sa mère, sèche et autoritaire. Pour rester en paix dans son milieu familial, Hervé BAZIN satisfait à l'exigence de ses parents en commençant des études de droit.
Mais rapidement, Il multiplie les fugues, et refuse de passer ses examens. Pour mater ce révolté permanent, qui étudie en cachette la botanique, ses parents l'obligent à préparer Saint Cyr : au bout de six mois, il s'enfuit.
Sur la route qui le conduit à Paris, au volant de la voiture de son père, un terrible accident le rend amnésique et le condamne à un long séjour dans une maison de santé. À sa sortie, Hervé Bazin mène une existence brouillonne et, souvent, misérable.
Durant quatorze ans, il est tour à tour marchand ambulant, garçon d'ascenseur, ferrailleur et même batteur de tapis. Il fonde en
1946 une éphémère revue poétique, La Coquille, et, dans l'angoisse d'être un raté, dans les souffrances d'un divorce et de liaisons malheureuses, il écrit des poèmes et des romans jamais
publiés. En 1947, le prix Apollinaire qu'il reçoit pour son recueil de vers, "Jours", brise cet anonymat, mais c'est avec son premier roman, "Vipère au poing" en 1948, qu'il
atteint une véritable notoriété artistique. Ce fut la grande révélation de l'année bien qu' il manqua de peu le Goncourt.
Son talent est confirmé dès l'année suivante avec un deuxième roman, La tête contre les murs qui sera adapté à l'écran par Georges Franju en 1958, avec Pierre Brasseur, Paul Meurisse, Jean-Pierre Mocky, Anouk Aimée
Lui, qui ne reçut pas le prix Goncourt, est membre en 1950 de l'Académie Goncourt, puis président en 1972.
Romancier d'abord révolté contre sa famille, Bazin est devenu peu à peu le peintre des moeurs modernes. Ses observations minutieuses et son écriture incisive font de lui un écrivain "naturaliste", en quête perpétuelle de fraternité à l'image de son engagement, depuis 1949, dans le mouvement "mondialiste" qui lutte pour l'amélioration du sort des opprimés et des déshérités.
Dans une émission de radio, Bazin fit la confidence suivante : « J'aimais bien mon père, je ne l'estimais pas. C'était l'inverse en ce qui concerne ma mère : j'estimais son caractère, sa force, mais je ne l'aimais pas. » « Les enfants privés d'amour, ajoutait-il, se détestent, ne s' aiment pas. Parce que quand on n' est pas aimé, on croit qu' on n'est pas aimable. »
Cette force dans l' affirmation d'une jeune révolte est peut-être le secret de l'amour que lui portent des légions de lecteurs de par le monde. Identification assurée, pouvoir de persuasion dans le récit, style coup de fouet. L' équivalent, au fond, dûment pensé, écrit, de ce souvenir d'enfance, entre autres, qui de son propre aveu le marqua à jamais. Il a onze ans quand sur un quai de gare, sa mère, retour de Shanghai débarque en lui flanquant une magistrale paire de claques.
De ce souvenir Hervé BAZIN créa un personnage, celui de Folcoche. Comme Balzac en créa beaucoup, du Père Goriot à la Cousine Bette. Bien rares sont les écrivains qui peuvent se targuer de cela.
La grande Colette, au jury Goncourt lors de la discussion autour de « Vipère au poing » s' exclama : « La fille de Sido ne peut pas donner sa voix au fils de Folcoche. »
Autant dire que les écrivains détestés dans leur enfance ne sont pas aimés par ceux qui le furent.
L'écriture d' Hervé BAZIN
Cette écriture simple au bic bleu, verticale, claire, lisible en dépit d'un contenu qui reste assez énigmatique, pourrait passer pour relativement banale, si l'on n'était attiré par plusieurs points majeurs:
Le graphisme relativement scolaire, aux formes plutôt rondes et agréablement "féminines" s'orne parfois de formes scripturales esthétiques comme les "d" minuscules dits en forme "lyrique" le "E" de Emma en epsilon, le "q" minuscule en "phi" et le "Z" de la signature particulièrement stylisé.
Recherche d'esthétisme, mais aussi de qualité et cela sans emphase, le plus discrètement du monde.
La succession de légers étirements suivis de rétrécissements entre la base des lettres (voir le mot "hommage" en particulier la liaison entre le premier "m" et le second, puis celui-ci avec le "a" suivant), l'alternance entre des "m" effectués en arcade et d'autres en guirlande renseignent sur l'alternance de mouvements d'attirance et de retrait dans la communication, dans le contact avec les autres.
Mais ce qui attire immédiatement l'attention du graphologue, c'est l'espace régulier entre les mots apparaissant de facon verticale sur les trois lignes du texte commençant par "cette" et finissant par le mot "carrière".
Ce blanc entre les mots formant deux cheminées propices à laisser surgir l'inconscient. Blanc que l'on retrouve également présent dans l'écriture du prénom Emma et le nom Delache.
Mais blanc cadré par l'écriture verticale, freiné et domestiqué par les combinaisons de liaison comme dans la liaison du "o" avec le "r" du mot "normal".
Bazin garde le cap, maîtrise et utilise son inconscient ce qui lui permet de reprocher en tant qu'auteur à son héros Arthur Gérane qui alterne internements et incarcérations, de se livrer à des enfermements en acte mais aussi psychologiques:
Le héros a beau fuir à travers champs, il demeure captif de lui-même : Les murs sont avant tout tes murs. Ils peuvent reculer devant tes pas, mais ta liberté même reste une enceinte si tu ne sors pas de toi-même, lui souffle la bouche rouillée des serrures de sa chambre de détention.
"La Tête contre les murs" n'est autre que la banale histoire d'un infirme de la liberté, écrite par un amoureux de cette même liberté.
Deux citations d'Hervé BAZIN:
Moyen: le pire de ce qui est bon ; le meilleur de ce qui est mauvais Un euphémisme pour médiocre
Aimer: Voilà bien le seul verbe qui, en tout lieu, en en tout temps, du plus mauvais sujet fasse un bon
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