Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
Blog-notes*
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VII
- Là, aidez-moi à m'asseoir là, intima le Père Matthieu en désignant de sa main libre un fauteuil recouvert d'une grande couverture de laine rouge.
- Vous n'avez qu'à vous installer dans l'autre fauteuil et le rapprocher du mien. Je suis pas sourd, mais le toubib prétend que j'ai l'ouie qui baisse. Il m'a fait une ordonnance pour me faire appareiller. Non mais, de quoi il se mêle ce blanc-bec ? Vous me voyez, moi, avec un truc en plastique rose dans l'oreille qui se met à grésiller et à siffler les trois quarts du temps ? Pourquoi pas une plume de paon dans la raie des fesses ?
Delage trouva l'image cocasse et dut chasser la vision fugitive d'un père Matthieu transformé en danseuse du Casino de Paris pour reprendre son sérieux.
- Bon, venons-en aux faits. Qu'avez-vous de si important à me montrer ?
- J'vous ai vu reluquer mes bouquins en entrant. Jolie collection, pas vrai ? Amassée au fil du courant de mes navigations, dans toutes les foires que le long cheminement de cette péniche m'a permis en plus de quarante ans de visiter. Ben justement c'est dedans. Comme cela, vous vous ferez doublement plaisir, ajouta le vieil homme, en plissant malicieusement les yeux.
Delage compta mentalement les dos reliés de la bibliothèque. Plus de quarante titres. Vertigineux ! Avec des cartonnages d'une rareté exceptionnelle. Une fortune rangée sur des étagères rustiques.
De quoi rendre fou et transformer en monte en l'air le moindre collectionneur amateur vaguement éclairé.
Or Delage était plus qu'un amateur éclairé. Sa passion pour les livres de Jules Verne remontait à son adolescence, à l'époque où ses parents, faute de moyens financiers, le confiaient pour les vacances d'été à un oncle célibataire, ancien combattant de la Grande Guerre, amputé, misanthrope, habitant un coin paumé dans le Limousin.
Le grincheux, n'ayant pour seule passion que la compagnie des livres, s'était constitué au fil des ans une abondante bibliothèque, aux titres, auteurs et thèmes variés.
Si la compagnie de l'oncle taciturne et l'isolement de la demeure, nichée au creux de la vallée de la Maulde, transformaient en cauchemar chaque " déportation " estivale, la fréquentation assidue de sa bibliothèque était venue au fil des années, panser le sentiment d'abandon et de solitude dans lequel Delage, jeune homme, s'abîmait désespérément.
Délaissant, au grand dam de son oncle, la collection complète des oeuvres de George Sand, il avait lu et relu au cours de ces longs étés ponctués d'orages effrayants, les Voyages Extraordinaires, était devenu John Hatteras pour atteindre le pôle nord, avait fait le tour du système solaire avec Hector Servadac et partagé entre la Géorgie et Pékin, le voyage mouvementé de Bombarnac.
Ayant, bien des années plus tard, hérité d'une partie de la collection, son admiration pour Jules Verne, s'était enrichie d'un dévotion sincère pour les cartonnages de l'éditeur Hetzel.
Il n'avait de cesse dès lors, de compléter les ouvrages de l'oncle par de nouvelles acquisitions où la qualité de la reliure l'emportait parfois sur l'attrait de l'histoire. Les ouvrages multicolores éveillaient sa concupiscence.
- Ben, on ne vous entend plus ! se gaussa le père Matthieu
- J'admire, se contenta de répondre Delage
- Allez, fiston, c'est dans le volume rouge, le premier à droite sur l'étagère du haut. C'était celui que préférait ma femme, soupira le marinier
Delage se leva et sortit avec précaution le livre désigné. Il reconnut sans peine, une édition au portrait imprimé avec un bandeau noir au premier plat, peu courante, mais en parfait état de Mistress Branican.
- Superbe, vraiment superbe, murmura-t-il en effleurant du bout des doigts la reliure de Lenègre.
- Ouais, pas vilain, concéda le Père Matthieu
- Ya un papier dedans, c'est cela que je voulais montrer à votre commissaire
Le flic ouvrit l'album et s'attarda quelques instants sur une gravure de Bennett exempte de toute trace de rousseur.
Une feuille à petits carreaux était soigneusement pliée au dos de la page de garde. Il rangea à regrets le livre à son emplacement initial, et sans prendre la peine de se rasseoir, se mit à déchiffrer le contenu de la lettre.
*BLOG-NOTES est un manuscrit déposé, ayant reçu un numéro d'ISBN mais non encore corrigé et édité. Les amis blogeurs qui auront le courage et la ténacité de lire ce petit suspense jusqu'au bout seront nommément cités sur le livre en dédicace.