Mary Roberts RINEHART
1876 - 1958
Mary Roberts Rinehart est née le 12 août 1876 à Pittsburg, Pennsylvanie.
Son père Thomas, personnage séduisant, grand rêveur et totalement dépourvu de sens pratique n’avait qu’une obsession: devenir un grand inventeur. La seule
invention qu’il réussit à mettre au point fut une navette rotative pour les machines à coudre. La grand-mère, pratiquement aveugle était… couturière. La famille vivait dans la pauvreté, mais dans
une ambiance fertile en émotions et donnait le change à leurs relations en voulant sauver les apparences.
Très tôt en opposition avec sa famille, M.R. Rinehart fit sa scolarité au collège d’Allegheny où son amour de la littérature se développa rapidement.
Gauchère, elle fit partie de ces élèves auxquels on attacha la main gauche dans le dos pour apprendre à écrire.
Elle commença à rédiger de courtes nouvelles pour le journal local, nouvelles payées royalement un dollar l’unité.
Mais ce n’est réellement qu’à partir de 1906 avec la parution de The Man in Lower Ten, puis en 1907 de The Circular Staircase que sa carrière d’écrivain prit
son envol. Ces deux romans inauguraient une carrière d'auteur de romans policiers, soit quinze années plus tôt que celle qui fut sa concurrente directe en la matière, Agatha Christie.
Mêlant dans ses romans, intrigue, aventure et humour elle devint rapidement très populaire et écrivit en 1909 une comédie Seven Days qui remporta un immense
succès à Broadway. Toute la période précédant la première guerre mondiale, elle milita activement auprès des suffragettes, développa des thèmes féministes que l’on retrouve dans son roman The
Borrowed House publié en 1909 dans les pages du prestigieux Saturday Evening Post.
L’année suivante, elle invente le personnage de Tish, jeune femme très libérée qui, en compagnie de ses amies Aggie et Lizzie, se lance dans des aventures
« dévergondées » comme des courses automobiles, le pilotage de dirigeables, la conduite d’ambulances ou la chasse aux requins et aux grizzlys! Ayant suivi, comme Agatha
Christie, des études d’infirmière, elle situe rapidement certains de ses romans dans un cadre hospitalier et prend prétexte de ses connaissances médicales pour donner de la crédibilité à ses
intrigues, comme dans The Buckled Bag (1914) et Locked Doors (1914). Son personnage principal, une infirmière, Hilda Adams, plus connue sous le nom de Miss Pinkerton, aide la police à
résoudre des affaires criminelles.
A partir de cette année, la production de M.R. Rinehart change d’orientation à la fois sous l’influence des critiques littéraires qui nonobstant l’immense succès commercial de ses livres lui
reprochent de faire de la littérature de bas étage et sous la pression de son mari, le Dr. Stanley Rinehart, bien décidé à user de son influence pour ramener « à la raison » une
femme émancipée qui lui fait de l’ombre. Ces rapports tendus, amèneront Mary Roberts à décrire les maris comme autant de « porcs chauvinistes, dépourvus de cœur, libertins, intolérants à la
carrière de leur épouse et se mêlant de tout dans les plus infimes détails ».
Correspondante de guerre, elle couvre le conflit avec ferveur mais également avec un fond de tempérament dépressif. Ses trois garçons participent à la guerre et fort heureusement pour eux et
pour elle, reviendront indemnes du combat. Elle publie en 1915 Kings Queens and Pawns (Rois, reines et pions) où les véritables héros de cette guerre sont les sans-noms, les jeunes soldats
tués ou blessés dans cette ignoble tuerie.
King, Queens et Pawns se termine ainsi :
« War is a boy carried on a stretcher, looking up at God’s blue sky with bewildered eyes that are soon to close; war is a woman carrying a child that
has been injured by a shell; war is spirited horses tied in burning buildings and waiting for death; war is the flower of a race, battered, hungry, bleeding, up to his knees in filthy water; war
is an old woman burning a candle before the Mater Dolorosa for the son she has given.
For King and Country!”
Pour la pourtant très « républicaine » Mary Roberts, la charge est forte et sans concessions.
Les années 30, marquent le retour de l’écrivain aux romans policiers avec la réapparition de Miss Pinkerton et surtout en 1934 avec « The Inside
story » où elle crée un personnage de jeune policier d’origine modeste, se laissant peu abuser par les apparences et les conditions sociales de ses suspects. Héros auquel elle fera dire
« Trouble is my business », phrase que Raymond Chandler reprendra cinq années plus tard comme devise de Philip Marlowe.
La vision « sociale » de Mary Roberts s’étoffera en 1933 dans « Mr Cohen Takes a Walk » d’un personnage, homme d’affaires juif, décidé à aider financièrement des gens dans le
besoin. Dans « Looking For The Magic Word” (1934) elle dénonce à la fois le nazisme et le communisme.
Sa carrière se poursuit avec de nouveaux succès, comme « The Great Mistake » (1940) qui se situe dans un monde totalement onirique. Les relations entre les personnages féminins, la
délicatesse des émotions, la subtilité psychologique qui transparaît entre les lignes ont fait dire à de nombreux critiques qu’elle était la mère spirituelle de F. Scott Fitzgerald.
Son dernier roman "The Swiming Pool" est publié en 1952.
Elle meurt en 1958 à l’âge de 82 ans après avoir écrit plus de 50 romans, huit pièces de théâtre, des centaines de nouvelles, des poèmes, des récits de voyages et des articles pour les journaux.
Ce sont plus de dix millions d’exemplaires de romans vendus de son vivant et traduits dans toutes les langues. Elle repose aux côtés de son mari dans la section 3 du Arlington National
Cemetery.
Son écriture :
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On retrouve dans l’écriture manuscrite de Mary Roberts Rinehart les principales caractéristiques du modèle Palmer enseigné à son époque dans les écoles américaines. L’inclinaison et l’extrême
liaison entre les lettres, les majuscules imposantes et ornées sont des signes typiques de ce modèle.
Plus personnel et plus significatif est la très grande irrégularité de la dimension de la zone médiane variant de 6 à 1 millimètres à l’intérieur de certains
mots. La longueur des jambages est également très personnelle, certains atteignant cinq fois la hauteur de la zone médiane alors que le modèle préconise une dimension égale à la hauteur de la
zone médiane. Autre particularité étonnante, l’élision quasi systématique dans cette dédicace des « o ». Dans les mots « work », « doing »
« congratulations » « author » . Les oves sont souvent remplacés par de l’angle, des formes pincées qui ôtent de la lisibilité et de la clarté au texte.
Cette dédicace est à replacer dans son contexte. En 1916, M. R. Rinehart sort à peine d’une longue période dépressive. Sa vie de couple est particulièrement
pénible et sa carrière d’écrivain de romans policiers, mise entre parenthèses. Les flottements de confiance en soi, la frustration d’une demande affective non entièrement satisfaite qui a besoin
de se réassurer dans une action directe, concrète et effective apparaissent clairement dans ces lignes. Une personnalité qui pour maintenir sa cohésion et son équilibre, endiguer son émotivité a
besoin de bouger, d’entreprendre quitte à tomber dans une certaine forme d’activisme.
C’est en puisant dans les réserves de son imagination, mais aussi dans sa curiosité naturelle, son goût de la recherche et de l’approfondissement qu’elle arrive à maintenir le cap, se fixer des
objectifs et aller de l’avant.
La pression déplacée sur l’horizontale confirme cette volonté de s’accrocher, de persévérer en dépit des embûches de
« faire » pour compenser une certaine difficulté à « être », de ne pas « s’écouter » et répondre sans ambiguïté à un niveau d’exigence personnelle
élevé.