Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
Charles EXBRAYAT
(1906 - 1989)
Né en 1906 à Saint Etienne, Charles Exbrayat est connu du grand public comme auteur de romans policiers et comme Directeur du club du
Masque.
Destiné à être médecin par un père qui rêvait de ce métier pour son fils, c'est sans enthousiasme qu'il commence ses études de médecine à la Faculté de Marseille. Rentrant des cours plus malade
que les malades qu'il côtoyait à l'hôpital, il finit par se faire exclure de cette faculté pour... chahut notoire.
Après son mariage avec sa femme Lydie, il s'installe à Paris pour entreprendre une Licence de sciences naturelles. Mais Charles est tout sauf un scientifique et il s'ennuie tout autant que
pendant ses études de médecine.
Pourtant, il décroche sa licence, obtient un poste de répétiteur au Collège de Melun, puis à St-Germain-en-Laye, et au lycée Henri IV à Paris. La fibre de pédagogue ne l'agite
guère, mais il dispose de temps libre pour s'adonner à ses passions, l'écriture et le théâtre.
Peu avant la guerre, sa première pièce "la Fille du Jardinier" jouée par François Périer, ne rencontre aucun succès, pas plus que son premier livre. Mais cela ne l'empêche pas de persévérer et de
continuer à croire en son étoile.
Pendant le conflit, Charles Exbrayat entre dans la résistance. À la libération, de retour à Paris , il décide d'abandonner l'enseignement et s'oriente vers le journalisme en prenant, à
Nevers, le poste de rédacteur en chef du journal du Centre. Quelques années plus tard un de ses amis, Maurice Bastide, lui confie un manuscrit, le priant de le recommander, aux éditions du
Masque. C'est alors sa rencontre avec Albert Pigasse, le directeur, qui au cours de leurs nombreux échanges le conforte dans son désir d'écrire et le pousse vers le roman
policier.
C'est le début d'une longue carrière, puisque Charles Exbrayat écrira une centaine de romans dont certains furent adaptés au cinéma et à la télévision. Sa touche personnelle fut d'inventer le
"polar humoristique", il est en particulier le créateur des aventures d'Imogène.
Un prix Charles-Exbrayat a été créé pour récompenser chaque année un roman policier paru dans l'année et « qui aurait plu à Charles Exbrayat ». Le jury est composé de lecteurs de communes où
Exbrayat a vécu (Saint-Étienne, Tarentaise et Planfoy, dans la Loire).
Il existe un style Exbrayat qui reflète son goût pour la belle langue, son amour de la vie, de la nourriture et des liens amicaux. Inutile de chercher dans ses romans des tueurs psychopathes, du
sordide, ou du graveleux. Exbrayat qui dès quatre heures du matin commencait à écrire, le faisait dans l'élégance, la grâce, l'humour et la légèreté.
A titre d'exemple, voici, avant de vous présenter son écriture, un petit passage de "Ce mort que nul n'aimait" :
"Le marin devait nourrir une solide rancune contre le mari de sa fille et le policier eût aimé en connaître les raisons car, pour si méprisable qu'eût pu être
Joss Lauriks, il n'en restait pas moins qu'on l'avait assassiné."
Qui aujourd'hui oserait employer le plus-que-parfait du subjonctif dans un petit "polar" destiné au grand public?
Et maintenant son écriture:
1958
1960
Un graphisme qui prend peu de liberté par rapport au modèle, tracé au bic avec un appui plutôt léger. La prédominance de l'arcade, l'étrécissement entre les
lettres et les petits espaces inégaux entre les mots montrent la discipline, la maîtrise de soi, la capacité à résister aux impulsions.
Ces caractéristiques renforcées par la tenue de ligne et sa direction régulière, l'inclinaison imperturbable des lettres, sont également le signe d'une focalisation de l'attention et
de l'énergie.
L'écoute, l'observation prennent de l'intensité, la concentration et la détermination vers l'objectif à atteindre sont perceptibles et révèlent une capacité à prendre en
compte la réalité, avec certes une certaine circonspection, mais sans crainte ni inhibition.
"L'autre" est considéré dans cette écriture à l'appui léger, aux dimensions modérés et relativement régulières, aux finales très variées, souvent courtes et en courbes à peine esquissées, parfois
plongeantes ou étirées sur la l'horizontale et massuées comme un partenaire à part égale, avec lequel il faut savoir être à la hauteur mais également adapter son comportement.
La signature "Charly" ou "Charles Exbrayat" parfaitement lisible et homogène par rapport au reste de l'écriture, ornée de capitales mises en valeur conclut ces courtes dédicaces sous le signe de
la cohérence, de l'élégance et du sentiment de soi.