Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
Jean Richepin (1849-1926)
Jean Richepin est né en Algérie le 4 février 1849 à Médéa. Fils d'un médecin militaire, petit-fils de paysans, il fit de brillantes études au Lycée Napoléon, au lycée de Douai et au Lycée Charlemagne, puis entra à l'Ecole normale supérieure qu'il quitta avec le grade de Licencié es lettres en 1870. 1870, année charnière dans sa vie, puisqu'il s'engagea cette année-là dans un corps de francs-tireurs qui suivit les mouvements de l'armée de Bourbaki pendant la guerre franco-allemande. De 1871 à 1875, il mena une vie de bourlingueur, gagnant sa vie comme professeur "libre", matelot, portefaix et débardeur à Naples ainsi qu'à Bordeaux. Après avoir écrit, en 1871, dans La Vérité et le Corsaire, il débuta en 1873 au théâtre de la Tour-d'Auvergne une carrière à la fois d'acteur et d'auteur dramatique, avec l'Etoile, pièce écrite en collaboration avec André Gill.
Il s'est rendu célèbre dans les cénacles du quartier latin par une passion effrénée d'indépendance, par des théories sociales affirmées, par des excentricités et par l'effervescence d'un "sang touranien" qui disait-il, circulait dans ses veines, par sa vigueur mais aussi par son habileté dans de nombreux sports et par sa beauté virile. Il y noue des relations amicales avec Léon Bloy, l'humoriste Sapek, le poète Maurice Rollinat, le romancier Paul Bourget et surtout le poète et caricaturiste Raoul Ponchon, rencontré dans les salons de la maîtresse de Charles Cros, Nina de Viallard, et qui deviendra son ami inséparable.
En 1876, il conquit un large public avec sa Chanson des Gueux et se fit par la même occasion de redoutables ennemis. En 1876, suite à la dénonciation du Charivari, le poème fut saisi et Richepin condamné à un mois de prison qu'il dut purger à Sainte Pélagie et 500 francs d'amende pour outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs. Le résultat de cette condamnation, on l'imagine sans peine étant donné son caractère, fut qu'il s'attacha plus que jamais à "démolir les préjugés" et à défendre la cause des humbles et des opprimés.
Non content de collaborer à des journaux littéraires comme "L'Illustration" en tant que chroniqueur, où il dénonca les horreurs de la guerre 1914-1918 soutenu par son ami Paul Verlaine qui lui dédia "Dédicaces" et au Gil Blas, il écrivit des études de moeurs, des romans, des poèmes et des drames, des contes fantastiques comme "Cauchemars" (1892) ou "Le coin des fous"( 1921) .
Dans ses romans, il recherchait l'étude des "sensations curieuses et des anormalités psychologiques" selon les expressions de l'époque. Citons Les Morts bizarres (1876), Madame André (1878), La Glu (1881), Miarka la fille à l´ourse (1883) ou encore Les Braves Gens (1886).
Voyageur infatigable pour l'époque il parcourut l'Angleterre, l'Italie, la belgique, la Hollande, le Danemark, la Suède, l'Allemagne, la Suisse, l'Espagne, l'Algérie et le Maroc, où il vécut quinze jours sous la tente, dans l'intérieur du pays.
Ce révolté et cette "grande gueule" fut élu à l'Académie française le 5 mars 1908.
Jean Richepin est mort à Paris le 12 décembre 1926 et a été enterré à Pléneuf-Val-André dans les Côtes d'armor où il venait régulièrement passer la saison d´été dans sa maison La Carrière en compagnie de son ami Raoul Ponchon.

Voici l'une de ses "poésie-chanson" tirée du recueil La Bombarde:
Trois petits oiseaux dans les blés
Au matin se sont rassemblés
Trois petits oiseaux dans les blés.
Ils avaient tant à se dire
Qu'ils parlaient tous à la fois,
Et chacun forcait sa voix.
Ca faisait un tire lire,
Tire lire la ou la.
Un vieux pommier planté là
A trouvé si gai cela
Qu'il s'en est tordu de rire.
A midi se sont régalés
Trois petits oiseaux dans les blés.
Tout en chantant dans les branches
Leur joyeux turlututu,
Ils mangeaient mangeras-tu
Et lâchaient des avalanches
De caca cataractant.
Ils en faisaient tant et tant
Que l'arbre tout éclatant
Etait plein d'étoiles blanches,
A la nuit s'en sont allés
Trois petits oiseaux dans les blés
Chacun rond comme une caille,
Ils zigzaguaient, titubant,
voletant, roulant, tombant;
Ils avaient tant fait ripaille
Que leurs ventres trop gavés
Leur sembaient de lourds pavés;
Si bien qu'on les a trouvés
Ce matin morts sur la paille.
Un seul trou les a rassemblés,
Trois petits oiseaux dans les blés.
Et je ne résiste pas au plaisir de vous montrer son écriture et ce texte particulièrement bien "envoyé":
