Jorge Semprún est né le 10 décembre 1923 à Madrid.
Issu d’une famille de la grande bourgeoisie espagnole, rien ne pouvait à sa naissance, laisser présager ce que serait son
destin.
Son père est certes un homme connu et respecté. Avocat, professeur de droit, diplomate, écrivain, catholique pratiquant, il
est pourtant par ses prises de position libérales, sa loyauté à la République en 1936 pendant la guerre civile, son activité de correspondant à la revue Esprit, vite considéré comme un espagnol
« rouge ».
La famille prend le chemin de l’exil : la Haye dans un premier temps où le jeune Jorge apprend le néerlandais, la Suisse
puis la France où il termine ses études secondaires au lycée Henri IV et fréquente le groupe Esprit.
En 1941, il obtient le deuxième prix au Concours général de philosophie et s’inscrit à la Sorbonne après l’obtention du
Baccalauréat et le début d'hypokhâgne.
Dans la France de Pétain, les « exilés » espagnols n’ont pas le vent en poupe. Il abandonne ses études et rejoint
la résistance via le réseau Jean-Marie Action, une émanation du réseau anglais Buckmaster, lié aux services secrets britanniques. Il noue également d’étroites relations avec la mouvance
communiste, FTP et MOI.
Arrêté par la Gestapo en 1943, il est transféré au camp de Buchenwald dont il ne sortira qu’en Avril 1945, au moment de
la libération du camp par les troupes alliées. Cette « expérience » sera décisive tant sur le plan humain, politique (le camp comptaient de nombreux et actifs communistes), que comme
source d’inspiration du futur écrivain.
Rentré à Paris, il devient un membre actif du PCE, travaille à L’UNESCO, fréquente autant les intellectuels de la rive gauche
que les communistes français et espagnols. Envoyé dans son pays natal pour de périlleuses missions, il coordonne jusqu’en 1962 la résistance communiste au régime de Franco.
Son rôle au sein du parti communiste espagnol, piloté depuis Moscou prend de l’ampleur. Cette activité le met rapidement en
relation avec la nomenklatura de l’Europe de l’Est. Coupé de la réalité de l’Espagne, critique par rapport à la capacité du parti communiste à se réformer, il est démis de ses fonctions, exclu du
Parti en 1964.
Jorge Semprun se tourne alors vers la littérature. Il est âgé de quarante ans.
Ce sont les années passées à Buchenwald, la fraternité des camps et ses atrocités qui vont fournir la matière première de ses
romans. Le travail de mémoire a commencé :
Dans son premier livre, "Le Grand Voyage", il relate son transfert de Compiègne à Buchenwald. Suivent ensuite "Quel beau
dimanche", « L’Ecriture ou la vie », qui évoquent encore Buchenwald, puis la narration et l’analyse de son expérience de militant dans « Autobiographie de Federico Sanchez »
(l’une de ses fausses identités) où il se met en question, s’interroge sur l’emprise idéologique qui fut la sienne pendant ces années d’incarcération.
Dans les années 1960, nourri des lectures de Soljénitsyne et de Chalamov, il écrit des romans politiques ou de
politique-fiction, "La Seconde Mort de Ramon Mercader", "Netchaïev est de retour", et un grand roman picaresque, "L’Algarabie", qui évoque avec verve l’après-mai.
Les nouvelles, pièces de théâtre, scénarios s’enchaînent, les récompenses aussi. Il travaille pour le cinéma et collabore aux
côtés d’Alain Resnais à « La guerre est finie" et "Stavisky", puis avec Costa Gavras, c’est "Z" et "L’Aveu".
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En 1969 il reçoit le Prix Fémina pour « La deuxième vie de Ramon Mercader », en 1994 le prix de la Paix des éditeurs
et libraires allemands.
En 1988, “plusieurs vies plus tard”, comme il se plaît à le dire, Felipe Gonzalez, premier ministre socialiste espagnol, lui
propose un poste au gouvernement. Il devient ministre de la culture et après avoir dans son œuvre fustigé sans complaisance la politique professionnelle, il fait à son tour l’expérience du
pouvoir. Expérience qui durera trois ans et se soldera par un nouveau livre "Federico Sanchez vous salue bien" où il démontre entre autres choses comment la démagogie et la corruption peuvent
souvent faire bon ménage.
Ayant conservé la nationalité espagnole, les portes de l’Académie française lui restent fermées. En revanche, il est élu à
l’Académie Goncourt en 1996 et reçoit les insignes de docteur Honoris causa de l’université de Rennes en 2007.
Son écriture:
Simplicité et sobriété de forme dans cette dédicace inscrite avec un trait appuyé au bic noir.
Un équilibre scriptural qui se poursuit par l'emploi et le mélange de lettres ouvertes comme les "m" effectués en guirlande le "g" du mot hommage largement crénelé à gauche et d'autres plus
fermées comme les "o" et les "a" du graphisme. Une écriture plutôt liée qui se déroule sans difficulté en plein centre de la page sur une ligne de base assez souple mais toujours tenue. L'idée du
lien transparaît dans ce déroulement cursif, y compris dans la signature qui au niveau du patronyme ne présente aucune levée de plume.
Ecriture également scrupuleuse, inquiète de sa clarté, qui vient effectuer une petite "retouche sur le "i" du mot amical sans doute écrit trop petit dans un premier jet.
Le discret mais très ferme soulignement sous la signature très lisible est quand même la trace d'un petit "piédestal" qui affirme l'appartenance et la parfaite reconnaissance avec les
origines familiales.
Le naturel et la spontanéité de l'ensemble se conjuguent avec l'affirmation de son identité.