Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
Pierre BOULLE
Pierre Boulle est né le 20 février 1912 à Avignon. En 1920, son père, achète l'Ilon, un domaine sur les bords du Rhône qui sera le terrain de jeux favori de Pierre Boulle, puis deviendra son port
d'attache. Après avoir passé son Baccalauréat (section mathématiques élémentaires) à Avignon, il part à l'automne poursuivre ses études à Paris, réussit une Licence Es Sciences et est admis à
l'Ecole Supérieure d'électricité de Paris dont il sort avec son diplôme d'ingénieur en 1933 à l'âge de 21 ans.
En 1936 il part pour la Malaisie, où il est engagé à la plantation d'hévéas de Sungei Tinggi, à cinquante miles de Kuala Lumpur. En novembre 1939, il est mobilisé et appelé à Saïgon. De
nombreuses affectations se succèdent : La Cochinchine, le Annam et le Laos.
Démobilisé en avril 1941, il attend un visa anglais pour retourner en Malaisie, revient à Singapour et s'engage dans la France Libre. En août 1941, il participe à un stage au service anglais
spécialisé dans l'espionnage des installations ennemies à l'étranger (la Force 316) où il apprend à faire sauter des ponts. En janvier 1942, il rejoint la Chine depuis la Birmanie, en Buick
pour une mission sous le nom de Peter John Rule. Il se rapproche de la frontière avec l'Indochine, pays occupé par les Japonais, descend le fleuve Namna dans l'espoir de gagner Hanoï sur une
embarcation de bambous qu'il a fabriquée. Capturé par des villageois, il reconnaît son identité devant un officier pétainiste et est incarcéré. Déclaré coupable de trahison, il est dégradé, déchu
de la nationalité française et condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Il s'évade en novembre 1944 grâce à des complicités dans l'administration, est rapatrié à Paris et reçoit de multiples décorations comme la Légion d'honneur, la Croix de guerre et la Médaille de
la Résistance. Il reprend difficilement une vie normale et rapidement repart pour les plantations de Malaisie. L'insipidité du travail quotidien lui pèse. Il démissionne, revient à Paris en
1949, vend tout ce qu'il possède et s'installe à l'hôtel Lutèce pour écrire.
Dès 1952, il connaît le succès littéraire avec son roman, Le pont de la rivière Kwaï qui sera couronné par le Prix Sainte-Beuve.
Durant les années 50, puis 60, il explore les thèmes de la science-fiction. Si La Planète des singes est le plus connu de ses romans, il publiera également plusieurs nouvelles (Une
nuit interminable, Le parfait robot, le poids d'un sonnet) réunies dans deux recueils intitulés les Contes de l'Absurde (1953) et E=MC2 (1957) qui reçurent le Grand Prix de
la nouvelle. La majorité de ses romans comme Le jardin de Kanashima, Les jeux de l'esprit, Le bon Léviathan, L'énergie du désespoir ou Miroitements, sont des fables moralisantes
non dénuées d'humour noir. La plupart des thèmes, écologiques ou philosophiques, sont traités de façon paradoxale.
En 1955 sa sœur Madeleine devenue veuve, l'accueille dans son appartement parisien. L'écrivain y élit domicile jusqu'à la fin de ses jours, restant indéfectiblement célibataire.
En 1976, c'est le Grand Prix de la Société des gens de Lettres qui lui est décerné pour l'ensemble de son œuvre.
Le 30 janvier 1994 Pierre Boulle décède, après avoir écrit trente-cinq volumes.
Se penchant dans son autobiographie sur ses motivations profondes quant à son engagement dans la France Libre, il écrira : "Il y a un point délicat et
obscur qui me tracasse […] Il consiste à essayer de déterminer dans quelles proportions se mariaient dans cette décision le patriotisme et un certain sentiment du devoir d'une part et, de
l'autre, l'orgueil et la perspective égoïste de vivre des aventures exaltantes et hors du commun. Hélas, là encore, je n'en sais rien. C'est une question que je me suis souvent posée depuis. Je
n'ai jamais pu y répondre. Je n'ai jamais réussi à résoudre ce problème et je pense qu'il y a peu de chances pour que j'y parvienne jamais."
Ses oeuvres les plus connues, Le pont de la rivière Kwaï et La planète des singes sont rapidement remarquées par Hollywood qui les porte sur le grand écran, et le succès de ces films a largement
participé à la notoriété de l'auteur.
Ce qui ressort finalement de l'œuvre de Pierre Boulle, principalement dans sa partie "romans d'anticipation", est le côté dérisoire des aspirations utopiques de l'Homme. Jacques Goimard a mis en
évidence le "renversement ironique" qui traverse la quasi-totalité de l'œuvre de Boulle, y voyant un trait de son humour anglais. Et il considère ce renversement, si rigoureux dans sa
construction, comme propre à un "ingénieur devenu écrivain". Ce n'est du reste pas un hasard si Boulle s'est autant consacré aux nouvelles, puisque leur concision impose un traitement dynamique
de l'intrigue, avec développement d'une "idée", qui sied bien au renversement ironique.
Son écriture:
Une écriture fine, petite, au bic bleu, à la zone médiane rapetissée jusqu'au filiforme dans le mot "cordialement", au trait moyennement appuyé avec des acérations dans les barres de "t" et
certaines finales. Geste vif, avec des inégalités de liaison, de la tension dans la conduite du tracé, une ligne tenue sans raideur excessive et une direction des lignes de plus en plus
montante. Texte plutôt centré dans la page avec une grande marge de gauche. Grande signature où l'on retrouve l'opposition entre des majuscules importantes (voir le
"C" et le "B" en forme de 3) et une zone médiane parfaitement filiforme, se terminant par un paraphe en "éperon".
L'écriture de Pierre Boulle ne différe guère des écritures des jeunes "ingénieurs" de notre époque. La "pensée" s'y exprime au travers de la petitesse des formes, leur précision et le filiforme
indice de rapidité et de sagacité. Ce graphisme "cérébral" montre peu de penchants pour un registre "affectif", mais une sensibilité intellectuelle naturelle et "à fleur de peau".
L'attachement à sa liberté lui fait fuire les contraintes et si l'individualisme est sa marque de fabrique , il sait rester spontané et vivant dans ses contacts.
L'humour, le trait d'esprit, le sens critique, la vision rapide des failles, alimentent et colorent sa vision du monde qui l'entoure. La curiosité intellectuelle, l'absence d'idées arrêtées à
l'avance donnent de l'essor, de l'ouverture au regard qu'il pose sur les êtres et les événements. Les réactions rapides, parfois impulsives signent chez lui des traits de caractères assez
"juvéniles" ou pour le moins un désir de perpétuel renouvellement.
Rester disponible à l'aventure, à l'imprévu, tirer parti des expériences sans s'enliser dans les regrets posthumes et tirer son épingle du jeu,
faire circuler ses idées sont des motivations parfaitement perceptibles dans son écriture.