Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
Catherine Breillat
Catherine Breillat, soeur de l'actrice Marie-Hélène Breillat est une romancière, une réalisatrice et une scénariste française, née le 13 juillet 1948 à Bressuire, dans les Deux-Sèvres.
Elle « monte » à Paris à l'âge de 16 ans, pour publier un an plus tard, son premier roman L'homme facile. Celui-ci est interdit aux mineurs de moins de 18
ans, chose cocasse puisque l'auteur ne peut donc lire son propre livre! Mais un phénomène littéraire est né.
Des années plus tard, dans une interview elle dira à propos de ce roman:
"Quand j'ai écrit par exemple L'homme Facile, on me disait toujours que l'érotisme c'était le beau, et que la pornographie c'était affreux. Moi je disais : je déteste l'érotisme, je préfère la pornographie. Parce que la pornographie, c'était Francis Bacon. Il y a le consensus bourgeois du cinéma français semblable à de la moquette pure laine. C'est passionnant la moquette pure laine, c'est beau, c'est de la bonne qualité, mais ce n'est rien. Je pense qu'il n'y a pas d'art quand il n'y a pas de dangers"
En 1976, elle rencontre André Génovès qui lui propose d'adapter un autre de ses livres Le Soupirail.
Le film "Une vraie jeune fille" traite de l'éveil à la sexualité d'une adolescente. Mais, l'époque n'est pas prête à ouvrir en grand les portes des salles obscures à un scénario qui fait scandale. Le producteur fait faillite et il faudra attendre l'année 2000 pour qu'il soit distribué.
En 1979, elle fait tourner Joe Dallesandro, acteur fétiche d'Andy Warhol, dans son deuxième long métrage, "Tapage nocturne", nouvelle adaptation de son second roman.
Peu satisfaite du résultat, Catherine Breillat met sa carrière de réalisatrice entre parenthèses et se consacre à scénariser pour d'autres, notamment "La Pelle" de Liliana Cavani, "Et vogue le navire..." de Federico Fellini et "Police" de Maurice Pialat.
Il faudra attendre la fin des années 80 et le début des années 90 pour la voir revenir derrière une caméra avec "36 fillettes", "Sale comme un ange" en 1991, "Parfait amour !" en 1996 et le très polémique "Romance" en 1999 où Rocco Siffredi apparaît pour la première fois dans un film dit "traditionnel".
Ses films déchaînent des passions et des critiques qui s'avèrent au fil du temps de plus en plus positives. Reconnue par ses pairs, elle reste avant la sortie de "Parfait amour" une quasie inconnue du grand public.
En octobre 2004, après avoir adapté son roman Pornocratie qui devient pour le cinéma "Anatomie de l'enfer", elle est victime d'une attaque cérébrale, puis, à l'hôpital, d'une importante hémorragie cérébrale qui paralyse son côté gauche. Après cinq mois d'hospitalisation et une lente rééducation, elle parvient à reprendre le travail et réalise "Une vieille maîtresse", d'après Barbey d'Aurevilly, son premier film en costumes qui fera partie de la sélection officielle du Festival de Cannes 2007.
D'Anatomie de l'enfer elle dira:
C'est triste à dire mais j'en suis incroyablement contente ! J'en suis très contente ! Je pense que c'est un aboutissement, mon film le plus radical, ça très certainement. Le scénario était illisible. On pouvait être épouvanté par le scénario en disant ce n'est pas filmable. Qu'est-ce qu'on va filmer ? C'est une femme qui paie un homme qui n'aime pas les femmes pour la regarder par là où elle n'est pas regardable. Ca veut dire quoi ça en terme de cinéma ? Comment on montre ce qui n'est pas regardable ? C'est ça le sujet. C'est l'impératif pornographique qui est l'impératif des artistes : essayer de débusquer la pornographie pour trouver l'obscénité, pour savoir si elle existe.
Catherine Breillat a eu également une "petite" carrière d'actrice, souvent aux côtés de sa sœur, comme par exemple dans Le Dernier Tango à Paris.
Pour introduire son écriture, il m'a semblé important de vous livrer également cet extrait de l'une de ses interviews:
A chaque fois que j'ai une contrainte, cela me met très en colère et en fait j'arrive à la
contourner. Et c'est vrai que cela donne des idées de cinéma. La contrainte fonctionne, on le voit bien avec un immense cinéaste comme Kiarostami dans un pays où on ne peut rien dire. Il invente
alors la parabole. C'est aussi pour cela que je dis que je ne suis pas réaliste, car en rester au réalisme, ce n'est pas réfléchir. Et c'est vrai que la censure vous oblige à la parabole. Je ne
dis pas que la censure est nécessaire, on n'en a pas besoin, mais ça vous y oblige ou alors on est quelqu'un qui baisse l'échine. [...] Tout ce qui est interdit je veux le voir. Montrer
l'invisible parce que souvent c'est interdit. On vous dit qu'on ne peut pas le filmer parce que c'est laid. Qu'est-ce que c'est que le laid ? Surtout en art. En tout cas, l'art ce n'est pas le
joli. Vous pouvez opposer le laid au joli, le laid au beau, mais déjà on sait que le laid et le beau sont frères jumeaux. Il n'y a donc que le joli qui est affreux. C'est mièvre. C'est une demie
mesure et ce qu'on appelle à tort le bon goût.
Point n'est besoin d'être graphologue, pour constater l'originalité de son graphisme, son absence de contraintes.
Pourquoi, en effet s'embarrasser et se confiner à une page lorsque deux s'offrent à elle pour écrire sa dédicace? Une contrainte? Elle la contourne...
Des normes? Elles s'en dégage en imposant sa griffe là où elle veut et comme elle le souhaite...
Bouillonnante d'idées, donnant à montrer ce que d'autres préfèrent cacher, elle s'expose en première ligne à l'instar de son écriture qui s'offre entièrement à nos yeux. Les forces et les
faiblesses se mettent à nu. Les pulsions s'y expriment avec peu de retenue. A prendre ou à laisser, semble clamer cette écriture qui se joue des proportions, des consignes apprises de
dimension et de liaison entre les lettres. Le bon goût? Elle s'en contrefout.
Quelle impatience! Quelle rage! Quelle envie de lancer à la tête de "l'autre" que sa "vérité" on la trouve au-dedans de soi, en dedans de ses tripes, en les exposant brutalement et sans vergogne à coups de scalpel - devrait-on parfois s'y perdre... à la folie.