Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
Georges SIMENON
Difficile de présenter un écrivain comme Georges SIMENON sans se référer aux multiples études, biographies, thèses qui ont été écrites sur lui.
Un petit exemple: si vous tapez son nom sous Google, vous obtiendrez environ 1.330 000 réponses. J'ai donc décidé de vous laisser en liens, à la fin de cet article, les principaux sites sur lesquels vous trouverez un maximum d'informations sur la vie et l'oeuvre de ce Liégeois d'origine.
Je ne me consacrerai dans les lignes qui suivent qu'aux années entourant la sortie du roman "La nuit du carrefour", livre publié chez Fayard en 1931 et qui contient une dédicace que je vous invite à découvrir:
Il s'agit ici d'un des premiers "Maigret" paru aux éditions Fayard en 1931.
Georges Simenon a alors 28 ans, puisqu'il est né officiellement à Liège, rue Léopold, le jeudi 12 février 1903. C'est du moins ce qu’a déclaré Désiré Simenon, son père. En réalité, Henriette Simenon a accouché à minuit dix, le vendredi 13 février 1903, et a supplié son mari de faire une fausse déclaration pour ne pas placer l’enfant sous le signe du malheur...
Depuis 1924, son activité d'écrivain est déjà florissante: c'est près de deux cents romans qu'il va écrire sous dix-sept pseudonymes. Il vient d'arriver à Paris avec sa première épouse Régine RENCHON et découvre cette ville, apprend à l'aimer pour ses désordres, ses délices et ses délires. Il est tout de suite attiré par la vie de ce Paris des années 20, se perd dans ses ruelles, ses bistrots, ses hôtels minables, fréquente ses prostituées et s'intéresse à la vie du petit peuple parisien composé d'artisans besogneux, de concierges acâriatres et de pauvres types à la double vie.
Ses publications populaires éditées chez Ferenczi, Tayllandier et Fayard se composent alors de romans pour certains licencieux, sentimentaux mais aussi d'aventures. Il écrit beaucoup et gagne déjà très bien sa vie. Il dépense énormément, sort très souvent pour assister à des spectacles, se lie d'amitié avec des peintres comme Vlaminck et Picasso ainsi que des poètes comme Max Jacob. Lors d'une de ces soirées parisiennes, il rencontre Joséphine Baker, en tombe follement amoureux et ménera une vie de couple à trois jusqu'en 1929.
En 1927, Eugène Merle, directeur de plusieurs journaux parisiens le met au défi d'écrire un roman sous les yeux du public , enfermé dans une cage de verre. ... Attiré par la somme importante que lui propose son employeur, il accepte de le faire mais le projet n'aboutira pas pour des raisons qui restent encore obscures. Cependant le phénomène est né et la légende se forme autour de lui. Plusieurs journaux raconteront cet exploit qui de fait ne s'est jamais produit!
Simenon décide alors de quitter Paris, achète un canot de cinq mètres de long et parcourt en compagnie de sa femme Tigy, du chien Olaf et de sa machine à écrire, les canaux et les rivières de la France. Ravi par l'expérience, il décide de passer son brevet de capitaine au long cours et fait construire un côtre de 10 mètres, appelé l'Ostrogoth, afin de traverser la Belgique et les Pays-Bas. C'est durant ces voyages vers le cap Nord que la légende veut que soit né le personnage du commissaire Maigret.
En réalité, Simenon l'avait déjà crée dans plusieurs romans populaires sous une forme plus ou moins élaborée. En conflit avec son éditeur Fayard qui n'est pas pressé d'éditer une nouvelle collection, Simenon, homme de marketing avant l'âge, organise le 20 février 1931 une soirée où le Tout-Paris sera invité. Il s'agit du fameux bal "anthropométrique" où les invités sont priés de se déguiser en gangsters ou en prostituées. L'événement qui s'est déroulé dans une boite de nuit de Montparnasse est largement commenté dans la presse. Les "Maigret" se vendent comme des petits pains. Fayard peut être rassuré quant au sort de la collection.
Pour vous convaincre de la prolixité de l'auteur, voici ce que l'on peut lire au dos de la dédicace:
Vous avez bien lu!
Pour paraître le mois prochain....
Dès sa sortie Le chien jaune est porté à l'écran par Jean Tarride et c'est Jean Renoir qui adaptera au cinéma en 1932 La nuit du Carrefour
L'écriture de Georges Simenon en 1932, date de la dédicace, est remarquable par la qualité du trait à l'encre violette dit "fuselé" qui s'obtient par une pression très forte sur le milieu des pleins, sur les hampes et les jambages. On peut lire dans le manuel de graphologie (éditions Masson) que ce trait constitue une anomalie de pression liée, semble-t-il à la présence de décharges affectives et sensuelles...
On notera également les finales acérées sur le "e" de sympathique et sur le "e" de hommage". Dans un contexte d'écriture rapide, ce qui est le cas ici, l'attaque contenue dans ce geste est à mettre en relation avec un caractère impulsif. Elle est également la signature d'un sens critique particulièrement affûté mis au service d'une intelligence percutante.
Avec le renforcement de l'appui, ces acérations qui marquent la libre et forte expression de l'agressivité laissent présager des réactions pour le moins intempestives, de la susceptibilité et une attitude qui peut devenir facilement vindicative.
Pour la petite histoire, on peut également signaler que le violet, couleur de l'encre de cet autographe est une couleur qui revêt une double signification: Obstination et expiation.
Le violet est la couleur du deuil religieux. On y trouve une idée de devoir douloureux, de sacrifice et en même temps une notion de représentation, de grandeur. Le scripteur au trait violet est orgueilleux, austère, mystique. Le violet est aussi la combinaison de deux couleurs, rouge (masculin), bleu (féminin): force et douceur... Le trait en graphologie de Fanchette Lefebure (éditions Masson)
Sur la dédicace, Simenon à signé Sim... l'un de ses nombreux pseudos
Et pour finir trois petites citations de Georges Simenon:
«Nous sommes un peu comme des éponges qui aspirons la vie sans le savoir et qui la rendons ensuite, transformée, sans connaître le travail d'alchimie qui s'est produit en nous.»
« L'homme, c'est chez la femme que je l'ai trouvé »
«Un personnage de roman, c'est n'importe qui dans la rue, mais qui va jusqu'au bout de lui-même.»
Pour en savoir plus sur Georges Simenon deux sites indispensables (parmi des milliers):
http://www.libnet.ulg.ac.be/simenon.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Simenon