Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
Blog-notes*
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XX
Une odeur inhabituelle de jasmin flottait sur la taie d'oreiller. Delage ouvrit péniblement un oeil qui par réflexe scruta les aiguilles du réveil-matin
années soixante qu'il avait déniché un jour de déprime au marché aux puces de saint Ouen. L'engin hideux le narguait en affichant dix heures. Son pouls s'accéléra et son estomac se noua. Il
faillit jaillir du lit comme un pantin de sa boite lorsqu'une évidence lui traversa l'esprit. On était dimanche et il ne travaillait pas.
Rasséréné, il bailla, s'étira avec volupté et son bras gauche rencontra un obstacle inattendu plutôt chaud et doux dans son lit. Djamila, nue et lovée sur elle-même, lui offrant le spectacle de
son corps gracile reposant sans couverture sur le drap, dormait à ses côtés. Un sourire creusa deux rides profondes dans le visage du commissaire. Il se tourna et entreprit de détailler le dos
menu, la courbure marquée des hanches, la courbe pleine des fesses, l'arc d'un mollet fraîchement épilé. Il se pencha en prenant des précautions pour ne pas la réveiller, huma les senteurs
sucrées de son abondante chevelure tandis que sa main se posait sur une épaule zébrée par les rayons du jour filtrant des persiennes.
" Ma main est faite pour toi, ma belle, sens-tu comme elle épouse tes formes à la perfection ? " Pensa-t-il à cet instant. Le verbe " épouser " qu'il venait de formuler mentalement lui gâcha une
partie de son plaisir. C'était un terme qu'il avait depuis fort longtemps rayé de son vocabulaire. Pourquoi fallait-il donc qu'à chacune de ses rencontres féminines, ce verbe maudit affleure son
esprit et vienne briser son sentiment de plénitude. Certes, il avait épousé, oui, une fois, très jeune, plus pour braver les recommandations du couple en rupture de bans de ses parents que par
envie sincère d'une union durable. Ce mariage n'avait duré qu'un an. Un an d'engueulades et de brèves réconciliations lors d'étreintes sexuelles débridées et épuisantes. Le sexe avait permis le
port d'un anneau au doigt pendant douze mois et le sexe avait relégué au rang de papier toilette un contrat de mariage signé sans conviction. Le divorce avait été rapide et facilité par l'absence
de biens matériels à partager.
Depuis, Delage évitait soigneusement de reprendre le chemin d'une mairie et s'accommodait de rencontres de plus en plus éphémères. Son travail, son mauvais caractère légendaire, ses horaires
fantaisistes l'avaient jusqu'à présent aidé à tenir à l'écart d'un éventuel foyer les femmes qui parsemaient sa vie et partageaient son lit. Et lorsque le mot mariage était prononcé, il l'était
unilatéralement et jamais par lui. Mais le fait était là, inexplicable et perturbant, dès qu'il venait de faire l'amour avec une femme qui lui plaisait vraiment, le verbe épouser traversait d'une
façon ou d'une autre ses pensées. Il s'en voulut, referma la paume de sa main sur l'épaule de Djamila, embrassa doucement son omoplate et s'abîma dans la contemplation d'un grain de beauté niché
au bas du dos. Est-ce le baiser ou la pression de sa main sur l'épaule ? Il la sentit bouger et sortir de son sommeil.
- Tu veux un café ? murmura-t-il à son oreille
La jeune femme remua les cils, s'étira à son tour et vint caresser la cheville de Delage du bout d'un pied. Puis elle se redressa sur ses coudes et bascula son corps contre le sien, un sourire
épanoui aux lèvres.
- Tu veux un café ? Répéta-t-il après l'avoir embrassée sur le nez. Noir ou avec du lait ?
- Noir et fort, s'teuplait, avec des tartines beurrées, des croissants et... de la confiture de fraise... et... un jus d'orange... et...
- Holà ! S'esclaffa Delage, j'ai proposé un café, pas un brunch ! Pour les tartines, ça doit pouvoir se faire, mais pour le jus d'orange, il faut d'abord que je vérifie la date de
péremption.
à suivre......
*BLOG-NOTES est un manuscrit déposé, ayant reçu un numéro d'ISBN mais non encore corrigé et édité. Les amis blogeurs qui auront le courage et la ténacité de lire ce petit suspense jusqu'au bout seront nommément cités sur le livre en dédicace.