Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
Blog-notes*
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XVI
Le commissaire visiblement décontenancé poussa l'hypocrisie en la gratifiant d'un sourire crispé et entra dans la chambre, Djamila
dans son sillage.
- Hé bien ! Père Matthieu, je vous croyais à l'article de la mort. Je constate, satisfait, qu'il n'en est rien. On entend des rires du bout du
couloir !
Le père Matthieu prit une mine de chien battu et maugréa des paroles inintelligibles. Le visage fermé et l'expression hostile qu'il
venait d'arborer, céda progressivement la place à une attention mâtinée de concupiscence. Il s'intéressait plus à la jeune femme coulée dans l'ombre de Delage qu'à celui-ci. Il se mit à scruter
sa silhouette sans vergogne, branla du chef, esquissa une moue approbatrice et laissa échapper un léger sifflement d'esthète.
Delage, loin de s'en offusquer, trouva la scène plaisante et décida de charrier le bonhomme :
- C'est bien ce que je disais. Non seulement vous vous portez comme un charme, mais la présence de femmes aussi différentes soient-elles,
réveille une libido que je croyais pour le moins endormie. Je ne suis pas sûr que votre coeur tiendra le choc bien longtemps sous de telles poussées de testostérone.
- Désolé fiston de ne pas correspondre à l'image que vous vous faisiez d'un père Matthieu à l'agonie, mais ce n'est quand même pas un petit
infarctus à trois balles qui va m'empêcher de trouver du charme à la gente féminine et si je dois crever au spectacle des grâces de cette jeune femme, croyez bien, jeune freluquet, que cela se
fera sans regret.
Plutôt satisfait de sa tirade, le vieux fit signe à la jeune flic de s'approcher du lit.
- Comment vous nommez-vous belle demoiselle ?
Djamila se pencha vers son oreille :
- Normalement, je m'appelle Djamila, mais pour une raison que j'ignore, le commissaire m'appelle Kate depuis aujourd'hui. Impossible de l'en
faire démordre. Mais comme dit mon père : " Ayna gh is br yan i fulky gis ", ce qui en kabyle signifie - ce que l'on supporte avec patience est profitable
-.
Le père Matthieu en resta bouche bée, trop heureux pour la seconde fois de la journée de voyager par le langage.
Delage, lui, commençait à s'impatienter. Il se racla bruyamment la gorge pour
attirer l'attention du vieux qui semblait sous hypnose. Il se sentait en totale faillite d'autorité et de crédibilité. La prise de déposition du professeur d'anglais avait été des plus pénibles.
L'enseignante, encore en état de choc, avait eu des propos méprisants à l'égard de la police. Elle avait stigmatisé son manque de fermeté face à la délinquance des adolescents et au travers de
tirades de plus en plus hystériques avait conclu en larmes que dealers et policiers oeuvraient de concert et conspiraient contre les honnêtes travailleurs de l'éducation
nationale.
Un ras-le-bol incommensurable s'était abattu sur lui et il s'était pris à rêver de retraite anticipée. Tout cela ne lui ressemblait
guère.
Et là, Djamila et le père Matthieu en remettaient une couche. S'il existait bien une conspiration, elle était dirigée contre lui sans l'ombre d'un doute. Une violente colère salvatrice lui monta du fin fond des tripes.
à suivre......
*BLOG-NOTES est un manuscrit déposé, ayant reçu un numéro d'ISBN mais non encore corrigé et édité. Les amis blogeurs qui auront le courage et la ténacité de lire ce petit suspense jusqu'au bout seront nommément cités sur le livre en dédicace.