XVI
- Ayo ! Parlez pas de malheur ! Allons, bon, 37,7… C’est une température de gamin… Et même s’il fait
pas la boue avant la pluie, 37,7, c’est encourageant doudou.
Le père Matthieu considéra avec perplexité
son sosie en quintal qui notait au bic noir la température sur la feuille de soins au pied du lit.
- Vous savez que si je suis cloué dans ce lit, c’est pour réparer un vieux cœur et pas pour soigner une maladie
infectieuse. Il ne manquerait plus que je fasse de la fièvre.
- Oh doudou, on n'est jamais trop prudent ! Et puis la température à l’hôpital c’est plus qu’une
habitude, un vrai rituel. Une infirmière sans thermomètre, c’est comme un plat sans piment : aucun intérêt. Mais arrêtez de sacouyer votre perfusion comme un jacquot ! Ajouta-t-elle en
le voyant tenter de faire passer le tuyau du bon côté de la desserte.
Elle l’aida à trouver une position plus confortable, vérifia le goutte à goutte qui à force d’être coudé et manipulé par le
malade commençait à donner des signes de faiblesse.
- Je peux vous demander une faveur ? demanda le père Matthieu
- Pas de problème doudou, répondit l’infirmière
- Apprenez-moi un peu de créole et je vous apprendrai des termes de marinier
- Ha ! Les mots doudou, c’est pas le problème, c’est l’accent qui va avec qui est le plus
compliqué.
- J’apprendrai aussi, rétorqua le père Matthieu
- Têtu avec cela, s’esclaffa la matrone. Comme disait ma grand-mère : « Avec p’tit hache y coupe gros
bois, mais faut pas espérer trouver boudin cuit dans l’ vent » ajouta-telle en levant l’index vers le plafond.
- Alice, vous vous appelez bien Alice, n’est-ce pas ? déclara le père Matthieu en fixant le badge de l’infirmière
de son regard de myope. Alice encore quelques mots et vous faites de moi un amoureux transi.
- Hou là, doudou ! Faut se calmer si non la température va grimper et j’aurai gros cœur. Vous me faites bien
rigoler, mais j’ai d’autres malades à voir. Prenez vos médicaments et on continuera à papoter demain. Je suis de garde, on aura tout le temps de jouer au professeur, dit-elle en éclatant de
rire.
Deux coups secs frappés à la porte retentirent. L’infirmière jeta un coup d’œil interrogatif au père Matthieu.
- Vous attendez de la visite ?
- Ça se
pourrait bien. J’ai demandé à un inspecteur de police de passer me voir. C’est sans doute lui.
- Ayo ! La loi dans l’hôpital ! Vous ne seriez pas un marron en cavale ? Puis pivotant sur son axe d’un
seul bloc, elle apostropha la porte.
- Allez, entrez, personne ne va vous croquer, le baya est tout beau et tout frais !
Puis se tournant à nouveau vers le père Matthieu, elle conclut :
- Bon, je vous laisse. J’aime pas trop les gens qui pèsent sur la tête pour voir si la queue y bouge… A demain,
doudou.
La porte s’ouvrit laissant apparaître un Delage
songeur. Il dut se ranger de côté pour laisser passer l’infirmière qui avait pris avec un malin plaisir la démarche chaloupante de son île natale en arrivant à sa hauteur. Il ne s’en fallut que
de quelques centimètres pour que les pieds de l’inspecteur ne soient transformés en crêpes réunionnaises.
à suivre......
*BLOG-NOTES est un manuscrit déposé, ayant reçu un numéro d'ISBN mais non encore corrigé et édité. Les amis blogeurs qui auront le courage et la ténacité
de lire ce petit suspense jusqu'au bout seront nommément cités sur le livre en dédicace.