Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
William Boyd
Une fois n'est pas coutume, je me lance dans un registre nouveau sur ce blog (mais pas forcément nouveau sur OB): vous faire partager le plaisir de l'une de mes lectures.
Ayant emprunté à la bibliothèque de mon village il y a quelques jours un roman de William Boyd : La vie aux aguets, je l'ai littéralement dévoré et n'ai depuis qu'une idée en tête vous le faire découvrir.
Je procéderai ainsi:
Vous donner un rapide résumé, une critique publiée sur le roman (je ne suis pas critique littéraire et il y a des gens qui font cela très bien à ma place), vous donner au final mes propres impressions.
Donc tout d'abord le résumé:
Pendant la canicule de l'été 1976, dans la campagne oxonienne, une jeune femme rend visite à sa mère, dont les propos la désarçonnent. Que penser en effet quand votre mère si anglaise, si digne vous annonce tout de go qu'elle n'est pas Sally Gilmartin mais Eva Delectorskaya, une émigrée russe et une ex-espionne de haut vol ? Et pourtant Ruth Gilmartin doit s'y résoudre : tout est vrai. Depuis trente et quelques années, pour tenter de retrouver la sécurité, voire sauver sa peau, Sally-Eva a échafaudé avec soin le plus vraisemblable des mensonges. Au fil de la lecture du mémoire que lui remet sa mère, Ruth - revenue d'une Allemagne agitée terminer sa thèse à Oxford et y élever son petit garçon -, voit sa vie basculer. A qui se fier ? A personne justement, comme le voulait la règle numéro un du séduisant et mystérieux Lucas Romer qui a recruté Eva en 1939 pour les services secrets britanniques. Mais Ruth comprend. Si Eva se découvre maintenant, c'est qu'elle a besoin de l'aide de sa fille pour accomplir sa dernière mission : régler une fois pour toutes son compte à un passé qui, du Nouveau-Mexique à un petit village de l'Oxfordshire s'acharne à vouloir rattraper une vie, déjà depuis longtemps, habitée par la peur.
La critique de Thomas Flamerion publiée sur le site Evene:
Quel est donc le secret d'un bon roman d'espionnage ? Qu'est-ce qui fait de celui de William Boyd une oeuvre littéraire à part entière ? Pas un simple
exercice, pas une erreur de parcours dans la carrière déjà exemplaire du romancier ? L'exception, sûrement, car Boyd foule les codes aux pieds et construit un roman double, où "l'histoire d'Eva
Delectorskaya" va lentement rejoindre celle de sa fille, au fil d'un récit croisé, subtil et sans temps morts. Pourtant pas de révélation renversante, pas de suspense haletant. Juste un texte à
la fois neutre et sensible, qui galvanise par sa justesse de ton seule, un plaisir de lecture sans ruptures.
Mais alors, est-ce à dire que Boyd y va d'un génie subliminal, instillé à l'encre invisible ? Pourquoi pas. Quand, avec l'air de ne pas y toucher, on scrute les rapports mère-fille avec tant
d'acuité, cela cache à ne pas en douter un art maîtrisé. Car au fond, plus qu'un roman d'espionnage, le britannique dessine deux vies de femmes prises dans la toile de l'Histoire. En finesse, il
caresse les interactions humaines dans le sein d'une Albion génitrice et descendance de mille cultures. Ne laissant apparaître son inimitable ton sarcastique que par touches, il distille les
crises identitaires dans la couleur du mensonge et l'insistance du doute. Le résultat est inclassable, mémorable. C’est les sens aux aguets que l’on avale ces pages, et l’esprit en suspend que
l’on tourne la dernière. Magistral !
Thomas Flamerion
Mon sentiment:
La vie aux aguets avait de multiples arguments pour me plaire.
La fluidité du style et l'apparente simplicité de la prose. La structure du récit, alternant journal intime de la mère et narration-action de la fille.
L'énigme et les rebondissements d'un pseudo roman d'espionnage. Je dis pseudo car Boyd prend de grandes libertés par rapport au "genre".
Le fond "historique" du récit:
La mère a vécu une partie de l'aventure des services secrets britaniques de 39 à 42 dont l'objectif était double - perturber les services de renseignements allemands par de la désinformation et pousser les Etats-Unis d'Amérique à entrer dans le conflit armé. La fille fréquente en Angleterre des émules de la bande à Baader ainsi que des opposants au Shah d'Iran (le récit se situe en Angleterre en 1976).
L'aspect psychologique du roman:
Les relations mère-fille basées sur un mensonge, du chantage affectif et de la manipulation sont parfaitement analysées et traitées avec une simplicité totale, sans recours à aucun artifice.
Comment une fille peut-elle réagir à la découverte de la double vie de sa mère, comment peut-elle réagir à la confrontation à un ancien amant de sa mère, comment peut-elle élever son propre fils lorsque ses propres repères familiaux volent en éclats? A contrario comment et pourquoi une mère peut un jour décider de tout réveler à sa fille?
Les questions finales:
L'amour filial peut-il survivre à ce genre d'épreuve, peut-il en sortir affaibli ou renforcé?
La mort n'est-elle pas l'ennemi que nous ne cessons d'espionner?
Si vous avez envie d'y apporter votre propre réponse ou simplement vous laisser glisser dans la peau de personnages fort bien campés alors, sans hésiter... lisez ce roman.
Alaligne
Le roman "La vie aux aguets" de William Boyd est publié aux éditions du Seuil