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  • : Ecritures à la loupe
  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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Mes romans

histoire

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29 novembre 2006 3 29 /11 /novembre /2006 23:00

 

Témoignage  d'un blogeuse et réponse d'Alaligne

 

A propos de la grapho et de l'analyse que Catherine en fait.
Je lui ai envoyé une lettre, j'avoue que je sais combien certaines choses peuvent nous révéler, et j'aime bien que certaines choses restent rien qu'à moi, sur moi.

L'analyse qu'elle a gentiment faite de mon écriture a révélé beaucoup sur moi.

Si elle n'avait pas tant dit sur moi, je l'aurais publiée ... mais je ne le fais pas ... parce que contrairement à ce que l'on peut penser, j'ai aussi de la pudeur ... et ...
bref, un gros bisou Catherine, tu as tout compris

 

 

Réponse de Catherine (alaligne):

Chère blogeuse,

 

Tu as dû attendre bien des jours pour obtenir cette petite grapho.

Le portrait que j'ai fait de toi, s'appuie uniquement sur ton écriture et non pas sur ce que je peux lire sur ton blog et cela tu as pu t'en rendre compte par toi-même.

Nous avons une technique d'observation et d'interprétation très longue à apprendre (5 ans d'études, sanctionnés par deux diplômes), très longue à maîriser (un jeune grapho est rarement bon!),  très rigoureuse qui ne laisse aucune place à l'intuition et à l'improvisation... mais cela peu de gens le savent.

C'est la raison pour laquelle j'ai crée ce blog, plutôt ludique car j'aime aborder les choses les plus sérieuses avec une certaine légèreté... ce qui ne me vaut pas toujours le respect et la compréhension de certains confrères et consoeurs.

Mes romans, La Signature et Blog-Notes ont également pour objectif, sous forme de suspense, de mieux faire connaître nos différents métiers, leurs grandeurs et leurs misères... mais le tout avec un peu d'humour... je ne peux pas m'en empêcher...

Il y a graphologues et... graphologues puisque la profession n'est pas réglementée... les écoles sont privées et les diplômes non reconnus par l'Etat. En gros, lisez un bouquin de grapho et ensuite mettez-vous à votre compte... Heureusement les pros du recrutement connaissent les formations et la valeur comparée de certains diplômes. Diplômée, je l'étais déjà..., bien avant de m'intéresser à la grapho (j'ai une maîtrise de Sciences Eco et je suis diplômée de Sciences Po) et je peux vous affirmer que la formation que j'ai suivie en graphologie est des plus sérieuses.

Ayant en charge, depuis quelques mois, au sein du comité directeur du Groupement des graphologues conseils de France, la promotion de la profession, l'idée de faire un blog sur le sujet m'est apparue évidente.

Si, à ma petite échelle, je peux, non pas convaincre, mais seulement faire évoluer un peu les mentalités sur le sujet, susciter votre intérêt, je n'aurais pas perdu mon temps devant mon écran...

De toute manière, je ne le perds pas puisque ce blog m'a permis de dialoguer avec vous et que je compte bien continuer à le faire.

Voilà, promis à partir de maintenant, je m'en tiens à ma vocation première... vous amuser... intelligement, j'espère.....

Chère blogeuse, merci à toi

Catherine

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27 novembre 2006 1 27 /11 /novembre /2006 23:00


L'idée de faire un article complémentaire sur TOLKIEN entre Baggins et Alaligne est le résultat d'une complicité de mes premiers pas sur OB, puisqu'il fut le premier à venir me rendre visite et que depuis il n'a cessé de le faire avec une gentillesse et une fidélité qui m'honorent.


Donc nous mettons en ligne simultanément (s'il est prêt??? :)))):

Baggins, une biographie de Tolkien, à laquelle vous pouvez accéder ici 

Alaligne, une petite étude graphologique de la signature de cet écrivain hors normes.

N'ayant pas eu la possibilité de me procurer des originaux et des exemplaires de son écriture, il s'agit plus de réflexions sur son graphisme que d'une étude à part entière, réalisée dans les règles de l'art.




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Signatures de TOLKIEN:


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Né sous le règne de la Reine Victoria, écolier apprenant à écrire sous celui d'Edouard VII de Saxe-Cobourg-Gotha, la première question à se poser est celle du modèle d'écriture que le jeune John Ronald Reul Tolkien apprit à l'école en Angleterre. Problème complexe car l'Anglaise pouvait s'accompagner de deux modèles calligraphiques aujourd'hui encore en vogue lors de la rédaction de certains faire-part ou diplômes qui sont : La Chancery Cursive et le Formal Italic  eux-mêmes très influencés par la Gothic Cursive.

 

Si la seconde Signature de Tolkien présente des traces de la Chancery Cursive, elle s'en éloigne également par la souplesse des formes, la personnalisation du tracé, la simplification de certaines lettres.

Il s'agit donc d'une écriture à mi-chemin entre l'Anglaise cursive et la calligraphie, typeChancery.

Il en résulte un graphisme dans le premier cas aérien, élégant, très sensible, au geste ample mettant en évidence les capacités imaginatives et créatives, souligné d'un paraphe en courbes laissant présager chez le scripteur une capacité à se hisser au-delà du commun des mortels, une signature de "Gentleman", assumant une spécificité, un rôle, voire une aura avec spontanéité et naturel. Une signature en somme très "Elfique".

Dans le second cas, le trait large et différencié sans doute réalisé avec une plume ou un stylo permettant le tracé de pleins et de déliés paraît plus officielle et moins dégagée des convenances. La pâte de l'encre, se fait la "patte" de l'écrivain, conscient de son statut, de son influence et de ses connaissances. Elle renoue avec une spécificité anglaise très monarchique. L'aisance cède le pas au goût des racines, des origines, de la mère patrie et de la culture anglo-saxone.

Il y a une question qui reste pour moi sans réponse. Ayant confronté plusieurs exemplaires des signatures de Tolkien, j'ai remarqué que certaines d'entre elles sont soulignées de trois points, d'autres non. Comme on le sait, les trois points se retrouvent symboliquement dans nombre de signatures maçonniques, mais généralement tracés en forme de triangle.

Rien ne me permet donc d'attribuer à JRR TOLKIEN une quelconque appartenance à une loge. Il se peut que ces points soient là pour séparer les initiales du prénom, mais alors, pourquoi sous la ligne? 

Il est donc savoureux de constater que l'auteur d'une oeuvre essentiellement initiatique aura eu parfois la coquetterie dans sa signature d'y ajouter trois petits points...

Au final, je souhaitais également vous montrer que l'oeuvre de Tolkien a inspiré des artistes calligraphes en reproduisant ici deux illustrations parmi de nombreuses à découvrir sur le site: www.jrrvf.com


 

 

 "Ainulindale" Illustration (extrait) de Cedric Focken



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Illustration (extrait)  d'Elisabeth PETIT

 


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23 novembre 2006 4 23 /11 /novembre /2006 23:00


 Jean d'ORMESSON





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Jean d'Ormesson, surnommé par certains proches et  journalistes Jean d'O est né à Paris, le 16 juin 1925, d'une famille de conseillers d'État, de contrôleurs généraux des finances, d'ambassadeurs de France et de parlementaires, parmi lesquels un chancelier de France et un député à la Convention nationale. Elève brillant, il accumule très vite les diplômes : agrégé et diplômé d'études supérieures de philosophie, normalien... Cet érudit ne s'arrêtera pas là. Jean Lefèvre, comte d'Ormesson, embrasse une carrière de haut fonctionnaire devenant président du conseil international de la philosophie et des sciences humaines à l'Unesco. Il s'essaie également à l'écriture : 'L'Amour est un plaisir', son premier roman, publié en 1956 chez Julliard, mais celui-ci n'aura que peu de succès. Il a alors  30 ans.


C'est en 1971 que débute réellement sa carrière littéraire, avec la parution de 'La Gloire de l'Empire', Grand Prix du roman de l'Académie française.

Haut fonctionnaire, journaliste, Jean d'Ormesson dirige Le Figaro entre 1974 et 1977. Moderne académicien, il propose la candidature de Marguerite Yourcenar, première femme à entrer à l'Académie Française.


Ses oeuvres dénotent insouciance et joie de vivre comme certains de ses mots d'auteur et comme son écriture que je vous fais découvrir ci-après.




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Graphologiquement cette écriture illustre parfaitement deux phrases de Jean d'Ormesson que je ne résiste pas au plaisir de vous citer:


"Une certaine légèreté demande plus d'efforts que la pesanteur, les leçons de morale, la gravité, l'ennui qui s'en dégage. Mais elle est liée aussi à une certaine grâce, au charme, au plaisir. "

"Les honneurs, je les méprise, mais je ne déteste pas forcément ce que je méprise"


Cette écriture dansante, légère, au trait pâteux, un brin à l'étroit dans le format de la page du livre qu'il dédicace,  virevolte avec le mots, avec les lettres, avec le noir et le blanc.

La grâce du tracé, les lettres parfois à peine esquissées, la simplification des formes (le "p" en particulier) ne poussent pas l'écriture au laisser-aller. Des angles bien présents, viennent en effet raidir parfois le graphisme, donner du tonus, de l'accroche, du sens de l'effort dans cette valse à quatre temps.


Les formes pincées des lettres affectives comme le "a" et le "o" et celles des "n" soulignent à quel point Jean d'Ormesson puise sa force dans la réflexion et la retenue. Pudique, certainement et fort éloigné de l' image de grand séducteur qu'il laisse flotter autour de lui avec beaucoup de malice et d'humour sans doute un poil intéressé.

Voilà donc une écriture qui sait se donner la peine d'être primesautière sans que cela n'altère une prise en compte parfaitement lucide et sans concession de la réalité.

Si la mise en page, le format de l'écriture nous montre également que l'homme fait fi des règles pourvu qu'il les jugent inadéquates, les prolongements hauts des "p", les finales surplombantes des "t" et la signature non dépourvue d'un certain panache trahissent un  besoin de pouvoir, de mise en vedette et de contrôle de la situation.

C'est aussi l'art du sourire dans la douleur, art que l'écrivain a nécessairement appris en traversant un siècle de tragédies. Art qu'il a sans nul doute également puisé dans la lecture des "Mémoires d'Outre-Tombe"de Chateaubriand


Questionné sur le chat de Libernautes à ce sujet, voici deux de ses réponses:

Que vous apporte les lectures de Chateaubriand ?

Chateaubriand comme Proust me font d'abord beaucoup rire.

Vous dites que Chateaubriand et Proust vous font rire, s'il vous plait dites nous en plus !...

Proust et Chateaubriand ont des phrases très longues, tout le monde le sait. Ils peuvent aussi écrire :

Chateaubriand : " Il faut être économe de son mépris étant donné le grand nombre des nécessiteux ", Proust : "L'amour c'est l`espace et le temps rendus sensibles au cœur". Ce n'est pas à se tordre mais c'est mieux que ça.

  

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15 octobre 2006 7 15 /10 /octobre /2006 22:00





 

Amélie Nothomb, est née en tant que « phénomène littéraire » à l’âge de vingt-cinq ans, au mois de Septembre 1992, en même temps qu’Hygiène de l’assassin, son premier roman publié. La rencontre avec le succès est foudroyante : Hygiène sera le lieu de naissance d’un noyau dur d’admirateurs. Une vraie relation d’affection s’instaure entre les lecteurs et l’écrivain.

 Particulière fut déjà sa première naissance, plus triviale et biologique, en 1967 à Kobé au pays du Soleil Levant. Là où la majorité des nouveau-nés se montrent goulus du sein de leur mère, elle le refuse, s’enferme dans le huis clos d’une forme d’autisme pendant deux ans et demi et le quitte en faisant la découverte du plaisir par le truchement délectable d’une barre de chocolat blanc (Métaphysique des tubes). Cet anticonformisme de nourrisson s’alimentera d’un sentiment inexpugnable de toute puissance qui sera doublement conforté : d’abord Amélie est littéralement adulée par sa gouvernante japonaise, Nishio-san, d’autre part au Japon le petit enfant est considéré comme un enfant-Dieu jusqu’à l’âge de trois ans. L’autisme disparu, elle rattrape les années de retard, stupéfie son entourage par ses talents et se métamorphose en une enfant surdouée.

Persuadée d’avoir à l’âge de trois ans quitté définitivement son statut divin, Amélie Nothomb devenue écrivain peut clore Métaphysique des tubes sur cette phrase : « Ensuite, il ne s’est rien passé ». Au seuil de la puberté, elle devient anorexique, met gravement en danger sa santé et se réfugie dans la lecture des grands romans classiques, du théâtre de Racine, des philosophes. Revenue adolescente en Belgique et ciselée par des études de philologie, à l’instar de Nietzsche qu’elle dévore, elle découvre le pouvoir des mots, la force étayante de l’écriture. Ne sachant rien faire à moitié, Amélie Nothomb se donne toute entière à sa passion, libère ses sens affûtés par des années d’autarcie, jouit avec gourmandise des mots qui peuvent donner vie et qui peuvent tuer, se laisse aspirer avec horreur et délectation dans les méandres de son inconscient. Les « psys » ne la verront donc pas hanter leurs cabinets. Elle fourrage seule, avec un mélange de crainte et de superbe indifférence, un culot qui déclenche l’engouement ou le rejet.

Pour en découdre avec «l’ennemi intérieur» qui la tyrannise, elle développe dans son œuvre ce que Béatrice Commengé nomme « Danser sur le chaos ». L’écriture d’Amélie Nothomb permet d’illustrer cette métaphore :


 

 


Dans cet extrait d’une lettre de juillet 2006, l’instabilité du graphisme, les inégalités qui touchent tous les genres, l’hypostructure, la ligne de base fluctuante, la mise en tension et le mouvement très composites illustrent un passage de l’ouvrage de Lauréline Amanieux  où celle-ci écrit: « Chez la romancière domine un goût du jeu qui lui permet de s’extraire d’un « je » fixe, clairement identifiable. Sur un « Je » en devenir, nul ne peut avoir de prise».

 Si le dialogue angle courbe particulièrement indécis et soumis à de brusques variations, les longs jambages courbes ouverts à gauche et cunéiformes, montrent le flou des identifications, la violence possible des réactions, le fond de frustration et le sentiment de faiblesse, ils n’inhibent pas pour autant le comportement, ne coupent pas la relation au monde mais décuplent les capacités de réflexion et stimulent la créativité dans ce contexte vivant, original, dextrogyre, au trait différencié, fin et net.

 L’ambivalence qui règne dans l’écriture, illustre la force d’une bataille intime où l’insécurité de fond, l’inconfort personnel agitent un tempérament en état d’alerte permanent. Elle renseigne sur les thèmes qui viennent de manière récurrente tisser la trame de ses romans : culpabilité-innocence, lâcheté-héroïsme, amour-haine, soumission-domination …

Ce graphisme à la fois fragilisé et intense, où le lâché coexiste avec des raidissements, où certaines finales accrochent et griffent la ligne de base en écho à d’autres plus hésitantes, voire descendantes, où les petits cabossages émaillent le graphisme, se fait l’écho du combat qu’elle mène contre « son ennemi intérieur », la violence de la révolte tout autant que la fascination pour l’abandon. L’écriture joue également avec les lois de la pesanteur en attaquant les « p » et les « q » par le bas dans un geste habile et efficace qui enchaîne les combinaisons à un rythme soutenu, inverse l’ordre des choses en attaquant les « d » par le haut. Nul doute qu’avec tant de capacités à changer son point de vue, à jouer des paradoxes, elle ne puisse envisager le monde sous des aspects différents, redécouvrir, comme dans un miroir, l’image de son double et d’entamer avec lui le dialogue.

 La liaison soutenue et la prééminence de l’axe horizontal, le trait net et différencié sont autant de signes graphologiques illustrant un besoin farouche de rester en lien avec elle-même, d’éviter la rupture, de contenir, d’empêcher le débordement, le morcellement, l'explosion, la pulvérisation pour mieux garder, protéger, assurer l'unité, la cohésion et la continuité.

Si tout désir naît d’un manque, il porte cette ambiguïté de receler autant d’aspiration à la plénitude. Le monde du désir apparaît donc dans l’écriture d’Amélie Nothomb comme le monde des aspirations d’un être humain qui n’est plus tout à fait en quête de sa divinité mais sans doute en quête d’une pleine réconciliation avec Soi. La double signature au bas de sa lettre semble reproduire tacitement et cette dualité et cette complémentarité.


 



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25 septembre 2006 1 25 /09 /septembre /2006 22:00








Il faut sans doute avoir écouté Le Masque et la Plume sur France-Inter dans les années 70 pour savoir vraiment ce qu’est la passion du cinéma. Les joutes critiques entre Bory et Charensol, leurs arguments balancés et criés comme des actes de foi, leur fougue, leur enthousiasme et leur intime conviction nous faisaient spectateurs, en différé et par procuration, de tous les films qu’ils avaient vus, passionnément vus, aimés ou détestés, admirés ou méprisés. Des deux, Bory était souvent le plus libertaire, le plus « marqué à gauche » comme on disait alors, mais pas toujours. Là, comme ailleurs, dans ses chroniques à l’Express ou sa rubrique au Nouvel Observateur, il se préservait de toutes les étiquettes, de toutes les influences, n’étant attentif qu’à une chose : dire sa propre vérité.

 


Il pouvait parfois la dire très fort, quitte à choquer, ou provoquer, ou prendre des risques personnels. En 1960, alors qu’il était jeune professeur de lettres à Henri IV, il a signé le fameux « Appel des 121 »,  la pétition réclamant le droit à l’insoumission pour les soldats partant pour l’Algérie. Certes la sanction de l’Education Nationale n’a pas été trop rude puisqu’il ne fut suspendu qu’un mois, mais il courut le risque de se voir empêché de faire ce métier qu’il aimait passionnément, et qu’il exerçait avec autant de générosité que de charisme, un peu à la manière du professeur du Cercle des poètes disparus.

 


Il est une autre bataille, plus personnelle sans doute, dans laquelle il s’est engagé longtemps, et en première ligne, c’est celle qu’il a menée pour la tolérance de l’homosexualité. Il faut se souvenir de ce qu’était la France de 1970 et de ses tabous en la matière, que même 68 n’avait pas pu entamer, pour mesurer l’impact de cette simple phrase « Oui, je suis homosexuel ». Dans cette bataille, Jean-Louis Bory s’est beaucoup exposé, et même sur-exposé, parlant partout, et jusque sur les plateaux de la défunte ORTF en prime-time. De cette surexposition, d’ailleurs, il a fini par prendre conscience, se sentant devenu le « gugusse de l’homosexualité militante ».

 


Cet homme de médias, cet intellectuel engagé, porte-étendard de sa cause, véritable exemple-type de cette époque des années 70, était aussi bien autre chose. Né dans un village de la Beauce au lendemain de la Grande Guerre,  il demeurera si attaché à ses racines qu’il y aura, toute sa vie sa résidence principale, la « Calife », l’ancienne maison de ses grands-parents. Fils d’un pharmacien et d’une institutrice, petit-fils d’instituteur, il s’inscrira toujours dans cette lignée, où on respecte et honore la culture et le savoir. Agrégé de lettres, amoureux des beaux textes romanesques du XIX°, il fera entrer Balzac dans tous les foyers, en adaptant certaines de ses œuvres pour la télévision, et d’autres d’Eugène Sue ou George Sand.

 


Il fut, lui aussi, un écrivain, mais son parcours, sans doute, ne se fit pas dans le sens, normal, de la progression : C’est pour son 1° roman, en effet, Mon village à l’heure allemande, qu’il décroche à 26 ans la récompense suprême, le Goncourt. La suite sera forcément moins brillante : Ma moitié d’orange sera un succès public, mais le devra probablement au fait qu’il y « révèle » son homosexualité. De tous les autres, une trentaine, peu se souviennent.

 


Dans la nuit du 11 au 12 juin 1979, dans sa maison de Méréville, après avoir pris soin de brûler ses archives et ses papiers personnels, après avoir testé vers le plafond le bon fonctionnement de son pistolet, Jean-Louis Bory s’est tiré une balle dans le cœur.


Ce court autographe, écrit peu de temps avant sa disparition, confirme le pouvoir de conviction aiguisé par le besoin d’entraîner dans son sillage, de créer tant sur le plan intellectuel qu’affectif un lien indéfectible au travers de son écriture grande, liée à hyper liée, inclinée systématiquement, anguleuse, tendue et étalée.

Il illustre également la capacité à s’ouvrir aux sens, aux sentiments et aux idées, à s’en imprégner  dans ses inégalités, son trait large, léger et pâteux, ses oves crénelés et pincés.

Il montre  enfin chez celui dont la devise était « tout feu, tout flamme » la quête d’une liberté érigée en dogme, d’une farouche indépendance et le désir d’expression personnelle en première ligne dans la liberté de la mise en page, l’emphase du « J », les combinaisons et l’aisance du geste.











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