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  • : Ecritures à la loupe
  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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Mes romans

histoire

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15 juillet 2007 7 15 /07 /juillet /2007 22:00

 

Voici le célèbre conte revisité par le Dr Eric BERNE, fondateur de l'Analyse transactionnelle.

Prenez le temps de le lire, de sourire et de laisser vos commentaires

 

 

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Le petit chaperon rouge est écrit PCR dans son livre : Que dites-vous après avoir dit bonjour (Tchou)

 

 

Un jour, la mère de PCR l'envoya porter à manger à sa grand-mère à travers bois et, en chemin, PCR rencontra un loup.

 

 

Image Hosted by ImageShack.us Quelle genre de mère envoie donc une petite fille dans une forêt où il ya des loups? Pourquoi n'y va-t-elle pas elle-même ou n'accompagne t-elle pas PCR? Si la grand-mère manque de ressources à ce point, pourquoi la laisse t-elle vivre toute seule dans une cabane isolée? mais s'il fallait que PCR y allât, comment se fait-il que sa mère ne lui ait jamais recommandé de ne pas s'arrêter pour parler aux loups?

 L'histoire précise bien qu'on a jamais dit à PCR que c'était dangereux. Aucune mère ne serait vraiment aussi bête, et l'on dirait bien que celle-ci ne se soucie pas beaucoup de ce qui peut arriver à PCR, à moins qu'elle ne veuille carément se débarrasser d'elle. Aucune petite fille non plus n'est aussi bête. Comment PCR peut-elle examiner les yeux, les oreilles, les mains et les dents du loup et continuer à croire qu'il s'agit de la grand-mère?

La grand-mère et le chasseur eux-mêmes ne sont pas au-dessus de tout soupçon. En traitant les personnages de cette histoire comme de vraies personnes, chacun avec son scénario, on peut voir à quel point les différentes individualités s'imbriquent.

 

 

Image Hosted by ImageShack.us     1/ A l'évidence, la mère essaie de perdre sa fille "accidentellement". A tout le moins, elle veut pouvoir dire: "C'est affreux, maintenant on ne peut même plus traverser le parc sans qu'aussitôt un loup..."

2/ Au lieu de manger tranquillement des lapins, le loup veut se surpasser à tout prix. Il doit bien savoir que les choses vont mal  finir. Il va au-devant des ennuis. Nul doute qu'il a lu Nietzsche ou ce genre d'auteur dans sa jeunesse (s'il parle et peut nouer un bonnet, pourquoi ne saurait-il lire?). Il doit avoir pour devise: "Vivre dangereusement et finir en beauté".

3/ La grand-mère vit seule et ne vérouille pas sa porte, peut-être dans l'espoir qu'il se passera quelque chose d'intéressant. Elle est sans doute assez jeune pour appeler l'aventure, puisque PCR n'est qu'une gamine.

 

Image Hosted by ImageShack.us  4/ Le chasseur est sans conteste un de ces libérateurs aimant à martyriser, avec l'aide de petites jeunes filles, ses adversaires terrassés. Scénario typique d'adolescent.

5/ PCR dit très explicitement au loup comment il pourra la retrouver. Elle ira jusqu'à entrer dans son lit. Elle joue visiblement au viol, et toute l'histoire se déroule à son grand plaisir.

Le fin mot de l'histoire est que tout le monde veut de l'action à tout prix. Si l'on prend le résultat final au pied de la lettre, on s'aperçoit qu'il s'agissait d'un coup monté pour régler son compte au pauvre loup en lui faisant croire qu'il était le plus malin, PCR servant d'appât.

 

 

  La morale de l'histoire n'est pas que les jeunes filles innocentes doivent se tenir à l'écart des forêts où il y a des loups, mais que les loups feraient bien d'éviter les jeunes filles à l'air innocent et leurs grands-mères. Bref, un loup ne devrait jamais s'aventurer seul dans la forêt.

      La question cruciale devient la suivante: avec une telle mère, après une telle expérience, qu'est devenue PCR en grandissant?

 

Merci, cher Docteur Berne

(Article de Novembre 2006)

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13 juillet 2007 5 13 /07 /juillet /2007 09:21



Charles EXBRAYAT


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                                                                                              (1906 - 1989)




 Né en 1906 à Saint Etienne, Charles Exbrayat est connu du grand public comme auteur de romans policiers et comme Directeur du club du Masque.

Destiné à être médecin par un père qui rêvait de ce métier pour son fils, c'est sans enthousiasme qu'il commence ses études de médecine à la Faculté de Marseille. Rentrant des cours plus malade que les malades qu'il côtoyait à l'hôpital, il finit par se faire exclure de cette faculté pour... chahut notoire.

Après son mariage avec sa femme Lydie, il s'installe à Paris pour entreprendre une Licence de sciences naturelles. Mais Charles est tout sauf un scientifique et il s'ennuie tout autant que pendant ses études de médecine.

Pourtant, il décroche sa licence,  obtient un poste de répétiteur au Collège de  Melun, puis à St-Germain-en-Laye,  et au lycée Henri IV à Paris. La fibre de pédagogue ne l'agite guère, mais il dispose de temps libre pour s'adonner à ses passions, l'écriture et le théâtre.

Peu avant la guerre, sa première pièce "la Fille du Jardinier" jouée par François Périer, ne rencontre aucun succès, pas plus que son premier livre. Mais cela ne l'empêche pas de persévérer et de continuer à croire en son étoile.

Pendant le conflit, Charles Exbrayat entre dans la résistance. À la libération, de retour à Paris , il décide d'abandonner l'enseignement et s'oriente vers le journalisme en prenant, à Nevers, le poste de rédacteur en chef du journal du Centre. Quelques années plus tard un de ses amis, Maurice Bastide, lui confie un manuscrit, le priant de le recommander, aux éditions du Masque. C'est alors sa rencontre avec Albert Pigasse, le directeur, qui au cours de leurs nombreux échanges le conforte dans son désir d'écrire et le pousse vers le roman policier. 

C'est le début d'une longue carrière, puisque Charles Exbrayat écrira une centaine de romans dont certains furent adaptés au cinéma et à la télévision. Sa touche personnelle fut d'inventer le "polar humoristique", il est en particulier le créateur des aventures d'Imogène.

Un prix Charles-Exbrayat a été créé pour récompenser chaque année un roman policier paru dans l'année et « qui aurait plu à Charles Exbrayat ». Le jury est composé de lecteurs de communes où Exbrayat a vécu (Saint-Étienne, Tarentaise et Planfoy, dans la Loire).

Il existe un style Exbrayat qui reflète son goût pour la belle langue, son amour de la vie, de la nourriture et des liens amicaux. Inutile de chercher dans ses romans des tueurs psychopathes, du sordide, ou du graveleux. Exbrayat qui dès quatre heures du matin commencait à écrire, le faisait dans l'élégance, la grâce, l'humour et la légèreté.

A titre d'exemple, voici, avant de vous présenter son écriture, un petit passage de "Ce mort que nul n'aimait" :

"Le marin devait nourrir une solide rancune contre le mari de sa fille et le policier eût aimé en connaître les raisons car, pour si méprisable qu'eût pu être Joss Lauriks, il n'en restait pas moins qu'on l'avait assassiné."

Qui aujourd'hui oserait employer le plus-que-parfait du subjonctif dans un petit "polar" destiné au grand public?


Et maintenant son écriture:
 

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1958


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                                                                                                1960





Un graphisme qui prend peu de liberté par rapport au modèle, tracé au bic avec un appui plutôt léger. La prédominance de l'arcade, l'étrécissement entre les lettres et les petits espaces inégaux entre les mots montrent  la discipline, la maîtrise de soi, la capacité à résister aux impulsions.
 
Ces caractéristiques renforcées par la tenue de ligne et  sa direction régulière, l'inclinaison imperturbable des lettres, sont également le signe d'une focalisation de l'attention et de l'énergie.

L'écoute, l'observation prennent de l'intensité, la concentration et la détermination vers l'objectif à atteindre sont perceptibles et révèlent une capacité à prendre en
compte la réalité, avec certes une certaine circonspection, mais sans crainte ni inhibition.

"L'autre" est considéré dans cette écriture à l'appui léger, aux dimensions modérés et relativement régulières, aux finales très variées, souvent courtes et en courbes à peine esquissées, parfois plongeantes ou étirées sur la l'horizontale et massuées comme un partenaire à part égale, avec lequel il faut savoir être à la hauteur mais également adapter son comportement.

La signature "Charly" ou "Charles Exbrayat" parfaitement lisible et homogène par rapport au reste de l'écriture, ornée de capitales mises en valeur conclut ces courtes dédicaces sous le signe de la cohérence, de l'élégance et du sentiment de soi.


 

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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 09:45

         

Marguerite Duras

          

 

 

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                    (1914 - 1996)                

       

                                   

Autant l'avouer tout de suite... cet article a bien failli ne jamais voir le jour... 

Comment pouvais-je à la fois résumer la vie de Marguerite Duras, son oeuvre et analyser même succintement son écriture en un seul et même article? Autant vouloir bâtir un "Barrage contre le Pacifique".

Puis en glânant des informations sur sa vie, son oeuvre, j'ai découvert sur Wikipédia cette phrase qui sera le point de départ de mes interrogations graphologiques:


"La vie de Duras est une vie, et les romans de Duras sont des romans. Elle n'a cessé d'écrire une histoire de chaleur et de pluie d'orage, d'alcool et d'ennui, de parole et de silence, de désir fulgurant aussi. On peut s'interroger longuement sur sa personnalité : méchante ou douce, géniale ou narcissique."
 

Mais quelques repères biographiques avant cela:
          
 

Marguerite "Duras" est née en 1914, Donnadieu, son véritable patronyme, à Gia Dinh en Indochine, dans la banlieue de Saïgon. Son père, Henri Donnadieu devenu directeur de l'enseignement de Hanoi, du Tonkin, en Cochinchine et au Cambodge est nommé à Phnom Penh. Rapatrié en France pour des raisons sanitaires il y meurt encore jeune et sa femme, Marie Legrand, d'origine picarde décide de retourner en Indochine et de s'installer à Vinh Long dans le delta du Mékong avec ses deux fils et la petite Marguerite âgée à lors de quatre ans.

      
En 1932 Marguerite quitte Saigon pour continuer ses études en France: Licence en droit, DES d'économie politique. Une vie de fonctionnaire au ministère des Colonies semble une voie toute tracée devant elle. Elle se marie en 1939 avec Robert Antelme, jeune poète rencontré sur les bancs de la Fac et ami d'un certain Dyonis Mascolo. 
La résistance, la déportation puis l'adhésion au PCF en 1947 marquent la vie du trio qui éclate cette même année, Marguerite quittant Robert Antelme pour vivre désormais avec Dyonis Mascolo et mettre au monde son fils Jean.
 

L'écriture avait déjà prit de la place dans la vie de Marguerite Duras avec la publication sous ce pseudonyme des Impudents dès 1943, la vie Tranquille en 1944 puis de Barrage contre le Pacifique qui sera édité en 1950 (année où elle quitte le PCF) et frôlera le Goncourt.


A partir de cette date, elle publiera pratiquement un ouvrage tous les ans, romans, pièces de théâtre, adaptations cinématographiques de ces oeuvres; elle sera elle-même réalisatrice ou co-scénariste de plusieurs  films.


Ses prises de positions politiques et sociales en feront à jamais une femme scandaleuse aux yeux  des conformistes de tous poils. Elle militera activement contre la guerre d'Algérie, dont la signature du "Manifeste des 121", une pétition sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie, est le fait le plus marquant, s'engagera en mai 1968, mais prendra position d'une façon  qui lui sera reprochée avec justesse dans l'affaire "Grégory" en accusant la mère "sublime" d'avoir tué son enfant.


Duras ne connaît en effet  ni frontières, ni limites. Pour elle, il n'y en a pas entre les exigences du coeur, même les plus contradictoires. Pas plus qu'entre les caprices du corps, ou entre le vin et l'alcool, le whisky dans le Marin de Gilbratar (1952), le campari dans les Petits Chevaux de Tarquinia (1953) ou le vin rouge de Moderato cantabile (1958). Pas de frontière non plus entre le roman, le théâtre, le cinéma et le journalisme. Lorsqu'elle écrit Des journées entières dans les arbres (1954), elle en fait indifféremment un livre, une pièce, un film.


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Femme complexe, en rebellion constante contre sa mère à qui pourtant ou justement elle ressemble par de multiples traits de caractère, elle semble souvent fascinée dans son oeuvre par  l'amour, le désir physique, la vie, la mort... la destruction.

        
Mettant longtemps en danger son équilibre physique et mental par une consommation importante d'alcool, il lui faudra une réelle "fureur de vivre" pour atteindre l'âge de 82 ans et sans doute l'aide de Yann Andréa Steiner  son ultime jeune amant et compagnon, pour lequel elle écrira son dernier ouvrage (1992).
 

Celle qui puisa  la sensation puissante d’exister dans l’aura du désir d’un homme et dans la jouissance de l'écriture s'est éteinte le 3 mars 1996 à son domicile parisien de St Germain des Près.


Ci-dessous une dédicace de Marguerite Duras datant sans doute de 1995 (un an avant sa mort) du roman L'amant paru aux Editions de Minuit :

 

 

 

 

                                                                                                                                     

Le trait au stylo plume à l'encre noire épaisse et engorgée diffuse sur la page et déborde des contours. Si la qualité du papier de l'éditeur est pour partie responsable de ces bords aux contours un peu flous, j'ai retrouvé sur d'autres exemplaires cette caractéristique dans l'écriture de Marguerite Duras.
    
Un trait qui bave un peu, des engorgements d'encre dans les oves des "e" des "o" et des "a" ne sont pas rares. Il n'en reste pas moins de l'élégance dans la forme ovoïdes de certaines lettres (en particulier les "o"), la liaison aérienne du "d" " dans cordialement, dans les majuscules inégalement mises en valeur mais avec une certaine simplicité et aisance. 

Alors.... méchante ou douce, géniale ou narcissique?
 

S'il existe une certaine ambivalence dans une liaison qui alterne des espaces et des rétrécissements, de la courbe et de l'angle, de l'arcade et de la guirlande, la diversité d'un "t" final parfois scolaire et parfois effectué en rejet (mot cordialement) on est bien tenté de dire... les deux...à la fois

L'inégalité de dimension dans la zone médiane, les finales parfois en courbe ouverte ou courtes et plus raides, la très grande diversité dans la liaison, le trait lourd, pâteux parfois presque sale montrent une personnalité marquée, un peu engluée dans la "glaise de ses émotions" (Boris Cyrulnik). Le plaisir et la souffrance s'y côtoient, le "ressenti" est fort, charnel, puissant et inquiétant.

Pourtant l'écriture ne "stagne " pas, elle continue à avancer en s'accrochant... avec des reprises, des collages, une inclinaison vers la droite naturelle et habituelle (vérifiée sur d'autres documents). Il n'y a plus dans cette dédicace, le mouvement effervescent que j'ai pu constater sur d'autres écrits que je ne peux reproduire. Il semble en dehors de l'aspect "formel" d'une dédicace que le temps pour l'écrivain ne soit plus à la lutte, au bouillonnement intime, mais bien plutôt au constat et au besoin de sérénité.
 
Le paraphe final de la signature, un peu maladroit, au trait engorgé, peu assuré dans sa direction semble être l'aveu d'un certain:  A quoi bon?

 

Et pour terminer quelques citations de Marguerite Duras:

 

 Les écrivains qui pensent être seuls au monde, disait Marguerite Duras dans 'Les Parleuses', (... ) c'est de la connerie monstre. Je fais mes livres avec les autres. Ce qui est un peu bizarre, c'est cette petite transformation que ça subit peut-être, ce son que ça rend quand ça passe par moi, c'est tout....  

Il reste toujours quelque chose de l'enfance, toujours.... 
         

Ecrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit.

 

 

             

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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 15:18


 


Alphonse Boudard
  




      
Alphonse Boudard est né à Paris en 1925 de père inconnu et d'une mère prostituée.

On peut avoir plus de chance pour démarrer dans l'existence...

Confié dans sa petite enfance par sa mère à un Carnute taciturne, Auguste, ancien combattant de 14-18, bougon mais affectueux, il avait de fortes chances de devenir ouvrier agricole, au mieux petit paysan. Ramené à Paris par sa mère, à l'âge de 7 ans, il vivra de nombreuses années dans le XIII arrondissement, plus ou moins livré à lui-même. De cette époque, il restera profondément marqué par le langage, les us et coutumes, les traffics en tous genres d'un peuple hétéroclite d'ouvriers des usines Panhard et Levassor, d'apaches de la Butte aux cailles et d'anciens des Bataillons d'Afrique.

Au début de la guerre de 39-45, Alphonse, âgé de 16 ans est ouvrier typographe dans une imprimerie. Le hasard et certains liens amicaux le poussent à rejeter l'appel au calme du Maréchal et à rejoindre l'armée de Delattre.

Rentré blessé et décoré du conflit, Alphonse Boudard retrouve un Paris désoeuvré et commence une vie remplie de petits expédients, de combines illicites, de cambriolages. Le voici parti pour une dizaine d'années de séjours successifs en prison. Châtiment qui s'avéra être la "chance" de Boudard

Diagnostiqué « intelligent » par l’administration pénitentiaire, il a accès aux bibliothèques et s’enferme dans la lecture, se fait une éducation littéraire, ses gammes en quelques sortes : de la Bible à Céline, en passant par les classiques grecs, les romans de Balzac, Stendhal, Tolstoï, Proust, Mann, les biographies historiques et les récits de voyages.

Il y acquiert une "culture" mais aussi et surtout le goût de l'écriture.

Libéré en 58, il rédige des manuscrits où se mêlent des mondes originaux et une langue argotique dont il devient rapidement le maître. En 1962, après un séjour en sanatorium et Fresnes son premier texte, La métamorphose des cloportes est publié. Le fond et la forme plaisent au grand public et il enchaîne les prix littéraires:  le prix Sainte-Beuve en 1961 pour 'La Cerise', le prix Renaudot pour 'Les Combattants au petit bonheur' en 1977 et le Grand Prix de l'Académie Française en 1995 pour 'Mourir d'enfance'.

La langue de Boudard lui attire également les faveurs du cinéma à l'instar de Georges Simenon et de Fréderic Dard. Il collabore en tant que dialoguiste ou scénariste à de nombreux films policiers entre la fin des années 60 et les années 80, notamment aux côtés de Michel Audiard, Jacques Deray, Alain Delon.

Décédé en 2000, il reste "celui" qui trouva une alternative réussie à la vie de taulard grâce à l'écriture. On sait qu'il a fait de nombreux émules depuis...

           

La dédicace qui suit ne peut être formellement datée. Elle apparaît sur une édition de 1977 du livre "Les combattants du petit bonheur" à la Table Ronde. 

alphonse-boudard2.jpg 

  

 

L'écriture au stylo noir griffe littéralement le papier. Le trait net et sec semble accrocher l'espace et se raidir en angles abruptes pour pouvoir faire sa place dans la feuille de papier. L'avancée est chaotique, en tension avec une prédilection pour l'étalement sur l'horizontale et simultanément des saccades, des raidissements, des cabrages, une pression souvent déplacée sur l'horizontale, des tiraillements d'inclinaison qui viennent démentir ou pour le moins nuancer l'apprente "aisance" du tracé.

L'inconfort transparaît donc en premier lieu dans ces quelques lignes. Inconfort, révélateur d'une personnalité qui bien que poussée à établir des liens avec ceux qui l'entourent, reste en attitude de défense et parfois de résistance.  Personnalité qui perçoit plus facilement et rapidement les aspérités de l'existence que ses facilités.

Il en résulte une mobilisation de l'énergie pour affronter et surmonter les obstacles, prendre la main sur les événements et sur les gens rencontrés. Ne pas baisser la garde, rester vigilant, semble dire cette écriture, ce trait coupant à la limite du tranchant.

Tant d'énergie pour se défendre certes, mais pas que cela... Gagner en estime de soi, en confiance en soi, en plénitude, en identité, en indépendance  et en cohérence, c'est également ce que nous livre la spectaculaire signature, liée à hyperliée et hors normes par sa dimension.

                 

 

Et pour terminer quelques citations d'Alphonse Boudard:

 

 L' Histoire, l'orsque l'on a le nez dessus... dedans, je dirais même, on n'y voit rien, on ne s'occupe que des détails.

 

Je pense  à présent qu'il faut se conduire toujours en homme du monde avec les putes et souvent  en julot  avec les bourgeoises. 
         

Un psychanalyste est un homme  qui va au Crazy Horse Saloon et qui regarde les spectateurs

 

 

PS: Pour en savoir plus sur Alphonse Boudard, consulter le site : André Pousse

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7 mai 2007 1 07 /05 /mai /2007 11:33

 

       

           

Marcel Achard

 (1899 - 1974)

 

                                  

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Marcel Achard, né le 5 juillet 1889 à sainte Foy lès Lyon fut un auteur dramatique qui connut un retentissant succès dans l'écriture de comédies douce-amères aux saveurs de "boulevards" mais où la poésie, une mélancolie et un humour souvent teintés d'amertume l'emportent sur le comique de situation.

Il se plaisait à déclarer à propos de sa naissance : « Je suis né par autorisation spéciale du pape et du Président de la République. Mon père avait épousé la fille de sa sœur. De sorte que mon grand-père était en même temps mon arrière-grand-père, mon père, mon grand-oncle et ma mère ma cousine germaine. »

Après avoir passé sa jeunesse dans le café-tabac de son père, il envisagea une carrière d'instituteur, prépara  l’École normale puis abandonna ses études. Très tôt le théâtre l'attira. A peine âgé de huit ans, il avait déjà écrit une petite pièce de cape et d'épée.

Arrivé à l'âge de dix-huit ans à Paris, pratiquement sans le sou, il se fit embaucher comme souffleur au Théâtre du Vieux Colombier. Un temps journaliste, il se mit à écrire pour le théâtre et rencontra un honorable succès en 1924 avec sa troisième pièce Voulez-vous jouer avec moâ ? mise en scène par Charles Dullin au théâtre de l'Atelier.

Mais c’est avec Jean de la Lune (1929), qu’il connut véritablement le succès et une renommée bientôt internationale.

Dès le début des anneés 30 et jusqu' aux années 60, il écrivit un nombre important de scénarios pour le cinéma.

Peu de personnes savent par exemple qu'il fut le co-scénariste du film en 1964 de Blake Edwards: "Quand l'inspecteur s'emmêle" (A shot in the dark).

 

                             

                              

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Elu au troisième tour à l’Académie française, le 28 mai 1959, cet ancien souffleur de théâtre a permis à des comédiens tels que Sacha Guitry , Louis Jouvet ou Jean Sarment d'exprimer pleinement leur art de la scène.

Son talent, sa gaieté, son brio et son regard de myope derrière de grosses lunettes rondes lui avaient conquis non seulement le suffrage des membres de l'Académie, mais également l'amour des femmes dont il était ouvertement fort friand.

 

Son écriture présentée ci-dessous est une dédicace de 1959 de sa pièce "Domino", créée en 1931, jouée pour la première fois à la Comédie des Champs Elysées dans une mise en scène de Louis Jouvet. La pièce sera reprise en 1958 à la Comédie française dans une mise en scène de jean Meyer avec Paul Meurisse dans le rôle principal.

    

            

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L'écriture au bic bleu, montante, petite et inégale en zone médiane, parsemée de combinaisons astucieuses qui facilitent la progression en avant de l'écriture, sa projection vers l'avenir avec souplesse et ingénuosité, donne le "tempo" d'une activité cérébrale alerte, fine et vive.

Il y a du tonus et du ressort dans l'appui et ses allégements, dans les inégalités de liaison, dans le dialogue sans cesse en question entre l'angle et la courbe, dans les formes pleines et d'autres plus étrécies. Les oves ovoïdes, les simplifications du tracé, la vivacité du trait mettent en évidence les ressources d'adaptation spontanées, la capacité à faire face au changement, les réserves d'énergie à la fois physiques et mentales pour  maintenir le cap, savoir faire face de manière instinctive aux difficultés éprouvées et aux aléas de l'existence.

Les finales appuyées et souvent recourbées marquent également une certaine véhémence, un besoin non seulement de marquer son emprise et le caractère assez "captateur" de sa relation à l'autre...

       

Quelques citations de l'écrivain aux lunettes rondes:

                    

 

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  ... La Justice coûte cher.
- C'est pour ça qu'on l'économise.

 

Il n’y a que deux sortes de femmes: celles qui trompent leur mari, et celles qui disent que ce n’est pas vrai.

 

L'important, ce n'est pas ce qu'on réussit, c'est ce qu'on essaie.

                  

  

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18 avril 2007 3 18 /04 /avril /2007 08:46




Paul FORT (1872-1960)



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Qui ne connaît aujourd'hui "Le petit cheval blanc" ou "Le bonheur est dans le pré" mis en musique et chanté par Georges Brassens?

En chantant les vers de Paul Fort, Georges Brassens a rendu un bel hommage et un fier service à celui qui fut élu Prince des Poètes en 1912.




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  Georges Brassens et Paul Fort









Paul Fort  est né le 1er février 1872 à Reims.

A dix-sept ans, il fonde le Théâtre d'Art à Paris qui deviendra plus tard le célèbre Théâtre de l'Oeuvre. On y joua  les oeuvres de Marlowe, Maeterlinck, Mallarmé, Verlaine.

Grand ami de ce dernier, il fréquenta les plus grands écrivains et poètes de son temps comme Stéphane Mallarmé, Pierre Louÿs ou André Gide.

En 1897,  le premier volume de ses "Ballades françaises" est publié au Mercure de France. Le style de Paul Fort est un subtil mélange de prose et de vers mêlés. Le poète s'adresse à ses lecteurs dans une langue simple, voire limpide, sans effets inutiles.

En 1905, il crée la revue Vers et Prose qu'il dirige avec Paul Valéry et édite les oeuvres de Laforgue, Jarry, Apollinaire, Carco, Gide, Claudel, etc.

Il contribue également à "lancer" Montparnasse et rassemble autour de lui la fine fleur de la littérature française de cette époque. L'écriture pour le théâtre le tente et son goût prononcé pour l' Histoire le guidera dans le choix de ses sujets. Ses pièces regroupées sous le titre de Chroniques de France seront écrites dans les années 20: (Louis Xl, curieux homme, 1922; Ysabeau, 1924).

Maintes fois comparé à Villon et à Charles d'Orléans, il a su pourtant donner un "son" très personnel et unique à ses poèmes et à ses ballades.

Balladin donc et poète à l'exquise sensibilité, il savait également s'entousiasmer, rire et plaisanter en inventant d'innombrables calembours.

"P. Béarn dans son livre: "Paul Fort" (édité chez Seghers en 1963) a dit de lui: "Paul Fort est notre dernier trouvère"...

Attachons-nous maintenant à découvrir son écriture...













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Il s'agit ici d'une dédicace de 1948 du tome XI

des Ballades françaises et Chroniques de France:

Contes de ma soeur l'oie et de mon frère le Jars

Pour compléter cette dédicace,

 voici  un bristol de 1947 adressé au même destinataire







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Tout est dit ou presque dans ses quelques lignes:

"Rêve... féerie... clarté spirituelle... gaulois et vigoureux bon sens....Tout recommencer comme si on avait 18 ans...


Le "poémier" de 76 ans n'a guère besoin d'un graphologue pour se connaître...


L'écriture au trait large, pâteux,  moiré dans sa texture, passant du gris pâle au noir renforcé, aux lettres juxtaposées avec rythme et vivacité sur le papier montre à la perfection que la nature de Paul Fort est une manière incroyablement exarcerbée  de sentir autant qu'une manière de dire.


L'hypersensibilité, l'émotion qui transparaît  à l'instant précis où la plume va laisser sa trace est vigoureusement dominée par une mise en tension sur une ligne bien tenue, des jambages particulièrement "encrés" dans le sol. Les "t" de la signature en forme de croix, les amorces stylisées et raides sur l'horizontale du "P" de Paul et du "F" de "Fort", les jambages parfois lourds et massués, illustrent l'enracinement du poète dans une culture du "terroir", une culture chrétienne sans aucun doute,  une volonté de rester concret et proche de ses origines.


La superbe jeunesse d'une écriture qui à l'âge de 76 ans ne laisse apparaître ni déformation, ni altération dans le cursus de son déroulement accrédite l'idée d'une vision toujours neuve et juvénile d'un monde qu'il perçoit sans idée préconçue, mais avec bonne humeur et ouverture d'esprit.


Paul Fort repose à Montlhéry dans sa propriété d'Argenlieu.







Pour terminer, voici un petit extrait (le début) de la "Chanson du poète immolé"

écrit en 1945, juste au sortir de la guerre:




Je n'étais qu'un petit poète - (si petit coeur chantant de si petit oiseau) - ils ont dit: Frappons à la tête, comme un boeuf ce poétereau

Je n'étais qu'un petit poète - (si petit coeur chantant de si petit oiseau) - ils m'ont nommé, dans leur défaite, bouc émissaire du troupeau.

Je n'étais qu'un petit poète - (si petit coeur chantant de si petit oiseau) - chantant la France en dueil, en fête, si bien, que pour eux c'était trop!

Je fus donc ce petit poète? - (si petit coeur chantant de si petit oiseau?) - comme un cerf mort, je suis la bête aux yeux plaintifs changés en eau.




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2 avril 2007 1 02 /04 /avril /2007 08:02

 

 

Patrick MODIANO

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Patrick Modiano est né le 30 juillet 1945 à Boulogne-Billancourt.

Né d'une mère actrice flamande et d'un père juif italien, Patrick Modiano vivra son enfance dans une atmosphère particulière, entre les relations troubles de son père  Albert Modiano  "homme d'affaires" et les récits entendus. 

Il arrête ses études après le baccalauréat, et se lance dans une seule et unique entreprise: l'écriture de romans.

Les trois premières œuvres de Modiano, La Place de l'Étoile, La Ronde de nuit et Les Boulevards de ceinture, en 1972, constituent une trilogie qui, sur fond d'Occupation, jette les bases de toute l'œuvre à venir. Rien pourtant de moins historique que ses romans où l'Histoire n'agit qu'en tant que catalysateur et cadre de référence de destins humains complexes, flous et empreints de dualité.  

Patrick Modiano s'interroge sur l'identité.  Si les références familiales sont fréquentes dans l'oeuvre, si le monde de Modiano fait la part belle aux tourments et interrogations qui ont jalonné sa petite enfance, le thème central repose sur le sentiment de n'appartenir à aucune communauté, d'être seulement de passage, comme un étranger dans son pays d'adoption.  Les romans de Modiano, mis à part Remise de peine et Livret de famille (1976) sont pourtant tout sauf des récits autobiographiques.

Patrick Modiano enquête. De nombreux romans de Modiano sont construits comme des romans policiers autour d'une enquête, d'une disparition. Dans son livre "Rue des Boutiques obscures" couronné par le prix Goncourt en 1978, il utilise correspondances postales, extraits de police et comptes-rendus d'enquêtes policières pour ponctuer la quête d'identité du héros et dynamiser le récit.

Patrick Modiano déambule. Les errances dans Paris de ses personnages, le soin qu'il prend à préciser  les lieux, immeubles, appartements, cafés, restaurants etc.  montrent son goût pour camper des êtres aux contours difficilement cernables dans une réalité concrète.

Patrick Modiano suggère. Loin de décrire par le menu détail les sentiments et les émotions de ses personnages, il procède avec une extrême pudeur, laissant au lecteur le soin de mesurer la violence des propos et  des situations qui émaillent ses romans. Le style clair, économique, précis, le maniement astucieux des retours en arrière et des anticipations, apportent les outils nécessaires pour que chacun puisse se construire sa propre perception des héros de Patrick Modiano.

 

 


La dédicace reproduite ci dessous provient d'un exemplaire du roman "Rue des Boutiques obscures"

 

 

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Cette attirance pour la zone du haut, ces surélévations dans le "p" le "l" et les "t"signent le besoin de "prendre de la hauteur", d'être "plus", en refusant de céder à la facilité en se dépassant et en exigeant toujours plus de soi.

Les lignes montantes, le geste vif et acéré du paraphe, le "t" final de cordialement exécuté en coup de fouet montrent l'empressement, l'impatience à se libérer des entraves, à vaincre des épreuves avec courage et dynamisme, sans doute aussi à ne pas "se laisser marcher sur les pieds...  Les "o" étrécis confirment l'état d'alerte, la vigilance face à un monde qui peut être source de déceptions. Le caractère volontaire, la tension vers le but à atteindre, mais aussi en filigrane un certain besoin de provoquer, de surenchérir  et de faire autorité sont bien présents dans cette écriture qui date de 1978.

Quelques citations de Patrick Modiano:

A la profondeur du tourment, je préfère la légèreté du bonheur.

Si l'on habite près d'une gare, cela change complètement la vie. On a l'impression d'être de passage. Rien n'est jamais définitif. Un jour ou l'autre, on monte dans un train 

Moi non plus je ne me suis jamais senti au diapason de rien.

Vous savez, j’ai toujours eu le sentiment que ma nature profonde était la faculté au bonheur, mais qu’elle avait été détournée tout au long de ma vie par des circonstances extérieures

Entre autres... pour en savoir plus sur Patrick Modiano

http://mandiano.free.fr/

et le livre de Yannick Pelletier, "Dictionnaire encyclopédique de la littérature française" édité chez Robert Laffont

 

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25 février 2007 7 25 /02 /février /2007 14:37

 

 

Georges SIMENON

 

 

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Difficile de présenter un écrivain comme Georges SIMENON sans se référer aux multiples études, biographies, thèses qui ont été écrites sur lui.

Un petit exemple: si vous tapez son nom sous Google, vous obtiendrez environ 1.330 000 réponses. J'ai donc décidé de vous laisser en liens, à la fin de cet article, les principaux sites sur lesquels vous trouverez un maximum d'informations sur la vie et l'oeuvre de ce Liégeois d'origine.

Je ne me consacrerai dans les lignes qui suivent qu'aux années entourant la sortie du roman "La nuit du carrefour", livre publié chez Fayard en 1931 et qui contient une dédicace que je vous invite à découvrir:

 

 

 

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Il s'agit ici d'un des premiers "Maigret" paru aux éditions Fayard en 1931.

Georges Simenon a alors 28 ans, puisqu'il est né officiellement à Liège, rue Léopold, le jeudi 12 février 1903. C'est du moins ce qu’a déclaré Désiré Simenon, son père. En réalité, Henriette Simenon a accouché à minuit dix, le vendredi 13 février 1903, et a supplié son mari de faire une fausse déclaration pour ne pas placer l’enfant sous le signe du malheur...

Depuis 1924, son activité d'écrivain est déjà florissante: c'est près de deux cents romans qu'il va écrire sous dix-sept pseudonymes. Il vient d'arriver à Paris avec sa première épouse Régine RENCHON et découvre cette ville,  apprend à l'aimer pour ses désordres, ses délices et ses délires. Il est tout de suite attiré par la vie de ce Paris des années 20, se perd dans ses ruelles, ses bistrots, ses hôtels minables, fréquente ses prostituées et s'intéresse à la vie du petit peuple parisien composé d'artisans besogneux, de concierges acâriatres et de pauvres types à la double vie.

Ses publications populaires éditées chez Ferenczi, Tayllandier et Fayard se composent alors de romans pour certains licencieux, sentimentaux mais aussi d'aventures. Il écrit beaucoup et gagne déjà très bien sa vie. Il dépense énormément, sort très souvent pour assister à des spectacles, se lie d'amitié avec des peintres comme Vlaminck et Picasso ainsi que des poètes comme Max Jacob. Lors d'une de ces soirées parisiennes, il rencontre Joséphine Baker, en tombe follement amoureux et ménera une vie de couple à trois jusqu'en 1929.

En 1927, Eugène Merle, directeur de plusieurs journaux parisiens le met au défi d'écrire un roman sous les yeux du public , enfermé dans une cage de verre. ... Attiré par la somme importante que lui propose son employeur, il accepte de le faire mais le projet n'aboutira pas pour des raisons qui restent encore obscures. Cependant le phénomène est né et la légende se forme autour de lui. Plusieurs journaux raconteront cet exploit qui de fait ne s'est jamais produit!

 

 

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Simenon décide alors de quitter Paris, achète un canot de cinq mètres de long et parcourt en compagnie de sa femme Tigy, du chien Olaf et de sa machine à écrire, les canaux et les rivières de la France. Ravi par l'expérience, il décide de passer son brevet de capitaine au long cours et fait construire un côtre de 10 mètres, appelé l'Ostrogoth, afin de traverser la Belgique et les Pays-Bas. C'est durant ces  voyages vers le cap Nord que la légende veut que soit né le personnage du commissaire Maigret.

En réalité, Simenon l'avait déjà crée dans plusieurs romans populaires sous une forme plus ou moins élaborée. En conflit avec son éditeur Fayard qui n'est pas pressé d'éditer une nouvelle collection, Simenon, homme de marketing avant l'âge, organise le 20 février 1931 une soirée où le Tout-Paris sera invité. Il s'agit du fameux bal "anthropométrique" où les invités sont priés de se déguiser en gangsters ou en prostituées. L'événement qui s'est déroulé dans une boite de nuit de Montparnasse est largement commenté dans la presse. Les "Maigret" se vendent comme des petits pains. Fayard peut être rassuré quant au sort de la collection.

Pour vous convaincre de la prolixité de l'auteur, voici ce que l'on peut lire au dos de la dédicace:

 

 

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Vous avez bien lu!

Pour paraître le mois prochain....

Dès sa sortie Le chien jaune est porté à l'écran par Jean Tarride et c'est Jean Renoir qui adaptera au cinéma en 1932 La nuit du Carrefour

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L'écriture de Georges Simenon en 1932, date de la dédicace, est remarquable par la qualité du trait à l'encre violette dit "fuselé" qui s'obtient par une pression très forte sur le milieu des pleins, sur les hampes et les jambages. On peut lire dans le manuel de graphologie (éditions Masson) que ce trait constitue une anomalie de pression liée, semble-t-il à la présence de décharges affectives et sensuelles...

On notera également les finales acérées sur le "e" de sympathique et sur le "e" de hommage".  Dans un contexte d'écriture rapide, ce qui est le cas ici, l'attaque contenue dans ce geste est à mettre en relation avec un caractère impulsif. Elle est également la signature d'un sens critique particulièrement affûté mis au service d'une intelligence percutante.

Avec le renforcement de l'appui, ces acérations qui marquent la libre et forte expression de l'agressivité laissent présager des réactions pour le moins intempestives, de la susceptibilité et une attitude qui peut devenir facilement vindicative.

Pour la petite histoire, on peut également signaler que le violet, couleur de l'encre de cet autographe est une couleur qui revêt une double signification: Obstination et expiation.

Le violet est la couleur du deuil religieux. On y trouve une idée de devoir douloureux, de sacrifice et en même temps une notion de représentation, de grandeur. Le scripteur au trait violet est orgueilleux, austère, mystique. Le violet est aussi la combinaison de deux couleurs, rouge (masculin), bleu (féminin): force et douceur... Le trait en graphologie de Fanchette Lefebure (éditions Masson)

Sur la dédicace, Simenon à signé Sim... l'un de ses nombreux pseudos

 

Et pour finir trois petites citations de Georges Simenon:

«Nous sommes un peu comme des éponges qui aspirons la vie sans le savoir et qui la rendons ensuite, transformée, sans connaître le travail d'alchimie qui s'est produit en nous.»


« L'homme, c'est chez la femme que je l'ai trouvé »

«Un personnage de roman, c'est n'importe qui dans la rue, mais qui va jusqu'au bout de lui-même.»

 

 


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Pour en savoir plus sur Georges Simenon deux sites indispensables (parmi des milliers):

http://www.libnet.ulg.ac.be/simenon.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Simenon

 

 

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28 décembre 2006 4 28 /12 /décembre /2006 23:00


Michel BUTOR



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Michel Butor est né le 14 septembre 1926, dans la banlieue de Lille, à Mons en Baroeul.

Troisième d'une fratrie de sept enfants, fils d'un employé des Chemins de fer du Nord qui était également passionné de dessin, aquarelle et gravure sur bois, Michel fera des études de lettres et de philosophie à Paris, où la famille s'installe dès 1929.

Est-ce la profession du père qui donnera au jeune Michel le goût des voyages?

Ce qui est certain c'est que jeune professeur au lycée Mallarmé de Sens, il profite d'une réforme de l'enseignement égyptien pour traverser la Méditerranée avec un certain nombre de licenciés ès lettres, et se retrouve professeur dans la vallée du Nil entre les pharaons et les ermites. Puis il saisit une opportunité de devenir lecteur à l'université de Manchester en Angleterre.

Passionné par l'écriture il publie aux éditions de minuit son premier roman en 1954 "Passage de Milan".

Mais c'est en 1957 avec la sortie de "La Modification" ouvrage récompensé par le prix Théophraste Renaudot, que Michel Butor rencontre la notoriété. Grand lecteur de James Joyce, de John dos Passos, de Kafka, grand amateur de peinture abstraite, sa vision de la poétique du roman fait de lui l'un des représentants du courant du "nouveau roman" au même titre que Marguerite Duras, Alain Robbe Grillet  et Nathalie Sarraute.

Sa curiosité intellectuelle, toujours alimentée par un incessant besoin de bouger le conduira en Grèce, en Suisse où il rencontre celle qui deviendra son épouse, aux Etats-unis, au Japon, en Australie et en Chine.

Cette curiosité s'accompagne d'une capacité d'expérimentation pour représenter le monde que l'on retrouve dans tous ses ouvrages, qu'il s'agisse de Mobile, grand ouvrage fait de collages divers (encyclopédies américaines, descriptions d'automobiles, articles de journaux, etc.), de récits de voyage (série Le Génie du lieu ), de récits de rêves (Matière de rêves), ou de ses très nombreuses collaborations avec des peintres, des musiciens et photographes contemporains (recueillies dans la série des Illustrations).

Ce fabuleux chantre des oeuvres croisées a pris sa retraite en 1991 et vit désormais dans un village de Haute-Savoie.



L'écriture de Michel BUTOR


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Cette courte dédicace au stylo à bille bleu, au trait particulièrement appuyé (voir plus bas un scan du dos de la page où l'on discerne le foulage du papier), à la dimension des lettres petite, au geste rapide et assuré montre le désir d'un homme décidé à agir sur le monde qui l'entoure.

S'engager, prendre part et parti lui sont indispensables pour avoir le sentiment de sa propre existence.

Le pôle cérébral très développé (écriture petite, rapide, simplifiée, stylisée) indique une capacité à prendre position, donner son opinion et témoigne d'un désir d'infléchir le cours des événements en ayant le courage d'affirmer ses opinions et d'en assumer les conséquences.

La ligne de base en mappemonde de la première phrase et la sinuosité des lignes suivantes, alliées à la pression particulièrement forte, sont la trace graphique d'une volonté d'être l'instigateur autant que l'acteur de ses projets, tout en acceptant les influences extérieures, en s'adaptant et en laissant libre cours à l'inattendu et à  l'improvisation.

En effet, le mouvement qui anime l'écriture, le blanc dans les mots, la rapidité et la mobilité de la ligne de base, permettent d'éviter que la tendance naturelle à creuser, approfondir un sujet, ne limite le champ de perception, d'investigation et d'ouverture sur l'extérieur.




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Foulage au dos de la dédicace

 

Une citation de Michel BUTOR:

« Faire de la peinture, ou de la littérature, ce serait donc bien apprendre à mourir, trouver le moyen de ne pas mourir dans la sottise de cette mort que les autres avaient en réserve pour nous et qui ne nous convient nullement. »

(Répertoire V)


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15 décembre 2006 5 15 /12 /décembre /2006 23:00


Hervé BAZIN


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Né dans le cadre étouffant de la bourgeoisie angevine du début du XXème siècle, enfant, il se heurte à sa mère, sèche et autoritaire. Pour rester en paix dans son milieu familial, Hervé BAZIN satisfait  à l'exigence de ses parents en commençant des études de droit.

Mais rapidement,  Il multiplie  les fugues, et refuse de passer ses examens. Pour mater ce révolté permanent, qui étudie en cachette la botanique, ses parents l'obligent à préparer Saint Cyr : au bout de six mois, il s'enfuit.

Sur la route qui le conduit à Paris, au volant de la voiture de son père, un terrible accident le rend amnésique et le condamne à un long séjour dans une maison de santé. À sa sortie, Hervé Bazin mène une existence brouillonne et, souvent, misérable.


Durant quatorze ans, il est tour à tour marchand ambulant, garçon d'ascenseur, ferrailleur et même batteur de tapis. Il fonde en 1946 une éphémère revue poétique, La Coquille, et, dans l'angoisse d'être un raté, dans les souffrances d'un divorce et de liaisons malheureuses, il écrit des poèmes et des romans jamais publiés. En 1947, le prix Apollinaire qu'il reçoit pour son recueil de vers, "Jours", brise cet anonymat, mais c'est avec son premier roman, "Vipère au poing" en 1948, qu'il atteint une véritable notoriété artistique. Ce fut la grande révélation de l'année bien qu' il manqua de peu le Goncourt.

 Son talent est confirmé dès l'année suivante avec un deuxième roman, La tête contre les murs qui sera adapté à l'écran par Georges Franju en 1958, avec Pierre Brasseur, Paul Meurisse, Jean-Pierre Mocky, Anouk Aimée



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Lui, qui ne reçut pas le prix Goncourt,  est membre en 1950 de l'Académie Goncourt, puis président en 1972.

Romancier d'abord révolté contre sa famille, Bazin est devenu peu à peu le peintre des moeurs modernes. Ses observations minutieuses et son écriture incisive font de lui un écrivain "naturaliste", en quête perpétuelle de fraternité à l'image de son engagement, depuis 1949, dans le mouvement "mondialiste" qui lutte pour l'amélioration du sort des opprimés et des déshérités.

Dans une émission de radio, Bazin fit la confidence suivante : « J'aimais bien mon père, je ne l'estimais pas. C'était l'inverse en ce qui concerne ma mère : j'estimais son caractère, sa force, mais je ne l'aimais pas. » « Les enfants privés d'amour, ajoutait-il, se détestent, ne s' aiment pas. Parce que quand on n' est pas aimé, on croit qu' on n'est pas aimable. »

Cette force dans l' affirmation d'une jeune révolte est peut-être le secret de l'amour que lui portent des légions de lecteurs de par le monde. Identification assurée, pouvoir de persuasion dans le récit, style coup de fouet. L' équivalent, au fond, dûment pensé, écrit, de ce souvenir d'enfance, entre autres, qui de son propre aveu le marqua à jamais. Il a onze ans quand sur un quai de gare, sa mère, retour de Shanghai débarque en lui flanquant une magistrale paire de claques.

De ce souvenir Hervé BAZIN créa un personnage, celui de Folcoche. Comme Balzac en créa beaucoup, du Père Goriot à la Cousine Bette. Bien rares sont les écrivains qui peuvent se targuer de cela.

La grande Colette, au jury Goncourt lors de la discussion autour de « Vipère au poing » s' exclama : « La fille de Sido ne peut pas donner sa voix au fils de Folcoche. »

 Autant dire que les écrivains détestés dans leur enfance ne sont pas aimés par ceux qui le furent. 



L'écriture d' Hervé BAZIN  


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Cette écriture simple au bic bleu, verticale, claire, lisible en dépit d'un contenu qui reste assez énigmatique, pourrait passer pour relativement banale, si l'on n'était attiré par plusieurs points majeurs:

Le graphisme relativement scolaire, aux formes plutôt rondes et agréablement "féminines" s'orne parfois de formes scripturales esthétiques comme les "d" minuscules dits en forme "lyrique" le "E" de Emma en epsilon, le "q" minuscule en "phi"  et le "Z" de la signature particulièrement stylisé.

Recherche d'esthétisme, mais aussi de qualité et cela sans emphase, le plus discrètement du monde.

La succession de légers étirements suivis de rétrécissements entre la base des lettres (voir le mot "hommage" en particulier la liaison entre le premier "m" et le second, puis celui-ci avec le  "a" suivant), l'alternance entre des "m" effectués en arcade et d'autres en guirlande  renseignent sur l'alternance de mouvements d'attirance et de retrait dans la communication, dans le contact avec les autres. 

Mais ce qui attire immédiatement l'attention du graphologue, c'est l'espace régulier entre les mots apparaissant de facon verticale sur les trois lignes du texte commençant par "cette" et finissant par le mot "carrière".

Ce blanc entre les mots formant deux cheminées propices à laisser surgir l'inconscient. Blanc que l'on retrouve également présent dans l'écriture du prénom Emma et le nom Delache.

Mais blanc cadré par l'écriture verticale, freiné et domestiqué par les combinaisons de liaison comme dans la liaison du "o" avec le  "r" du mot "normal".

Bazin garde le cap, maîtrise et utilise son inconscient ce qui lui permet de reprocher en tant qu'auteur à son héros Arthur Gérane qui alterne internements et incarcérations, de se livrer à des enfermements en acte  mais aussi psychologiques:

Le héros a beau fuir à travers champs, il demeure captif de lui-même : Les murs sont avant tout tes murs. Ils peuvent reculer devant tes pas, mais ta liberté même reste une enceinte si tu ne sors pas de toi-même, lui souffle la bouche rouillée des serrures de sa chambre de détention.

"La Tête contre les murs" n'est autre que la banale histoire d'un infirme de la liberté, écrite par un amoureux de cette même liberté.



 Deux citations d'Hervé BAZIN: 

 Moyen: le pire de ce qui est bon ; le meilleur de ce qui est mauvais Un euphémisme pour médiocre

Aimer:  Voilà bien le seul verbe qui, en tout lieu, en en tout temps, du plus mauvais sujet fasse un bon complément

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