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  • : Ecritures à la loupe
  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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Mes romans

histoire

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 14:03







Jorge SEMPRUN
    

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Jorge Semprún est né le 10 décembre 1923 à Madrid.
 
Issu d’une famille de la grande bourgeoisie espagnole, rien ne pouvait à sa naissance, laisser présager ce que serait son destin.
   
Son père est certes un homme connu et respecté. Avocat, professeur de droit, diplomate, écrivain, catholique pratiquant, il est pourtant par ses prises de position libérales, sa loyauté à la République en 1936 pendant la guerre civile, son activité de correspondant à la revue Esprit, vite considéré comme un espagnol « rouge ».
   
La famille prend le chemin de l’exil : la Haye dans un premier temps où le jeune Jorge apprend le néerlandais, la Suisse puis la France où il termine ses études secondaires au lycée Henri IV et fréquente le groupe Esprit.
   
En 1941, il obtient le deuxième prix au Concours général de philosophie et s’inscrit à la Sorbonne après l’obtention du Baccalauréat et le début d'hypokhâgne.
  
Dans la France de Pétain, les « exilés » espagnols n’ont pas le vent en poupe. Il abandonne ses études et rejoint la résistance via le réseau Jean-Marie Action, une émanation du réseau anglais Buckmaster, lié aux services secrets britanniques. Il noue également d’étroites relations avec la mouvance communiste, FTP et MOI.
    
Arrêté par la Gestapo en 1943, il est transféré au camp de Buchenwald dont il ne sortira qu’en Avril 1945, au moment de la libération du camp par les troupes alliées. Cette « expérience » sera décisive tant sur le plan humain, politique (le camp comptaient de nombreux et actifs communistes), que comme source d’inspiration du futur écrivain.



        

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Rentré à Paris, il devient un membre actif du PCE, travaille à L’UNESCO, fréquente autant les intellectuels de la rive gauche que les communistes français et espagnols. Envoyé dans son pays natal  pour de périlleuses missions, il coordonne jusqu’en 1962 la résistance communiste au régime de Franco.
 
Son rôle au sein du parti communiste espagnol, piloté depuis Moscou prend de l’ampleur. Cette activité le met rapidement en relation avec la nomenklatura de l’Europe de l’Est. Coupé de la réalité de l’Espagne, critique par rapport à la capacité du parti communiste à se réformer, il est démis de ses fonctions, exclu du Parti en 1964.
 
Jorge Semprun se tourne alors vers la littérature. Il est âgé de quarante ans.
 
Ce sont les années passées à Buchenwald, la fraternité des camps et ses atrocités qui vont fournir la matière première de ses romans. Le travail de mémoire a commencé :
Dans son premier livre, "Le Grand Voyage", il relate son transfert de Compiègne à Buchenwald. Suivent ensuite "Quel beau dimanche", « L’Ecriture ou la vie », qui évoquent encore Buchenwald, puis la narration et l’analyse de son expérience de militant dans « Autobiographie de Federico Sanchez » (l’une de ses fausses identités) où il se met en question, s’interroge sur l’emprise idéologique qui fut la sienne pendant ces années d’incarcération.
 
Dans les années 1960, nourri des lectures de Soljénitsyne et de Chalamov, il écrit des romans politiques ou de politique-fiction, "La Seconde Mort de Ramon Mercader", "Netchaïev est de retour", et un grand roman picaresque, "L’Algarabie", qui évoque avec verve l’après-mai.
   
Les nouvelles, pièces de théâtre, scénarios s’enchaînent, les récompenses aussi. Il travaille pour le cinéma et collabore aux côtés d’Alain Resnais à « La guerre est finie" et "Stavisky", puis avec Costa Gavras, c’est "Z" et "L’Aveu".
      

       
       

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En 1969 il reçoit le Prix Fémina pour « La deuxième vie de Ramon Mercader », en 1994 le prix de la Paix des éditeurs et libraires allemands. 
    
En 1988, “plusieurs vies plus tard”, comme il se plaît à le dire, Felipe Gonzalez, premier ministre socialiste espagnol, lui propose un poste au gouvernement. Il devient ministre de la culture et après avoir dans son œuvre fustigé sans complaisance la politique professionnelle, il fait à son tour l’expérience du pouvoir. Expérience qui durera trois ans et se soldera par un nouveau livre "Federico Sanchez vous salue bien" où il démontre entre autres choses comment la démagogie et la corruption peuvent souvent faire bon ménage. 
          

Ayant conservé la nationalité espagnole, les portes de l’Académie française lui restent fermées. En revanche, il est élu à l’Académie Goncourt en 1996 et reçoit les insignes de docteur Honoris causa de l’université de Rennes en 2007.


   


Son écriture:

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Simplicité et sobriété de forme dans cette dédicace inscrite avec un trait appuyé au bic noir.
 
Un équilibre scriptural qui se poursuit par l'emploi et le mélange de lettres ouvertes comme les "m" effectués en guirlande le "g" du mot hommage largement crénelé à gauche et d'autres plus fermées comme les "o" et les "a" du graphisme. Une écriture plutôt liée qui se déroule sans difficulté en plein centre de la page sur une ligne de base assez souple mais toujours tenue. L'idée du lien transparaît dans ce déroulement cursif, y compris dans la signature qui au niveau du patronyme ne présente aucune levée de plume. 

Ecriture également scrupuleuse, inquiète de sa clarté, qui vient effectuer une petite "retouche sur le "i" du mot amical sans doute écrit trop petit dans un premier jet. 

Le discret mais très ferme soulignement sous la signature très lisible est quand même la trace d'un petit "piédestal" qui affirme l'appartenance et la parfaite reconnaissance avec les origines familiales. 

Le naturel et la spontanéité de l'ensemble se conjuguent avec l'affirmation de son identité.







 

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14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 14:56







Albertine SARRAZIN
    

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Etrange destinée que celle d’Albertine SARRAZIN!
 
Née en 1937 à Alger d’une relation extra-conjugale de son père colonel et médecin militaire avec une servante juive de quinze ans, elle est confiée anonymement et sur ordre paternel à l’Assistance publique. Pourtant en 1939, le père décide de l’adopter tout en cachant à sa femme Thérèse les liens du sang qui le lient à Albertine. Le couple quitte Alger en 1947 et s’installe à Aix en Provence où Albertine, rebaptisée Anne-Marie, suit l’enseignement rigoureux du collège Sainte Catherine de Sienne, établissement où elle se fait remarquer par d’excellents résultats scolaires. 
 
Bonne élève, mais rebelle et indisciplinée, tout au moins aux yeux de son père, elle commence dès 1949 à écrire dans de nombreux cahiers à spirales des « aventures ». Violée par un oncle vers l'âge de dix ans, elle se tait et sa révolte prend un caractère de plus en plus agressif. Son comportement lui vaut l’internat, des visites chez un psychiatre qui recommande fortement aux parents adoptifs un éloignement familial, tout en la jugeant parfaitement normale.  Envoyée de force dans l’établissement du Bon Pasteur à Marseille où elle est censée rester jusqu’à sa majorité et où elle est à nouveau rebaptisée (à l'instar de toutes les pensionnaires arrivant dans cet établissement) Anick.
 
En effet, dans les années 50-60, on enfermait des jeunes filles dans les couvents du Bon Pasteur afin de les mettre dans le droit chemin. Leur faute ? Etre filles-mères, fugueuses, pauvres, abandonnées ou considérées comme ayant « le diable au corps » parce qu'elles avaient embrassé un garçon. Histoires narrées dans un téléfilm récent « Les diablesses du Bon Pasteur » où l’on découvre ce qu'étaient ces institutions religieuses où l'on cassait la personnalité des adolescentes. On changeait leur prénom, on coupait leurs cheveux, on bandait leur poitrine pour occulter leur corps et on vérifiait qu'elles étaient vierges. Leurs journées, ponctuées de prières, étaient consacrées à des tâches ingrates. A leur majorité (21 ans), elles sortaient déshumanisées. Ces institutions (une centaine) ont fermé dans les années 70.



        

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Elle y passe la première partie de son Bac qu’elle obtient avec mention Bien.
En rupture de bans, elle s’enfuit du Bon Pasteur et se réfugie à Paris où elle retrouve une camarade de l’établissement. Commence alors pour le duo une vie de rapines et de prostitution. Lors d’un retour éclair dans la maison familiale, elle vole à son père son pistolet et retourne à Paris où toujours accompagnée de son amie, elle se lance dans le hold-up.
 
L’affaire tourne mal, sa compagne blessant une vendeuse d’un coup de revolver. Le duo prend la fuite mais se fait arrêter rapidement par la police Boulevard Saint-Michel. Envoyée à Fresnes, Albertine commence à écrire des poèmes, reprend ses études et passe son Bac de terminale. 
 
En novembre 1955, les deux amies comparaissent aux assises des mineures de la Seine ; le procès se déroule à huis clos. Albertine, loin de montrer de la repentance, nargue ses juges et les jurés de la cour d'assises : « Je n'ai aucun remords. Quand j'en aurai, je vous préviendrai », dit-elle au procès. Elles sont condamnées mais comme elle est considérée comme le « cerveau » du braquage, elle écope de  sept ans de prison contre cinq pour sa comparse. Incarcérée à Fresnes, puis à la prison-école de Doullens dans le Nord de la France, c’est dans cette prison qu’elle apprend la décision de ses parents de révoquer l’adoption plénière, chose rarissime en France.

       
       

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En 1957, elle s’inscrit au certificat d’études littéraires générales classiques, se retrouve au cachot pour avoir embrassé une autre détenue sur la bouche, puis s'évade de la prison le 19 avril en sautant d'une hauteur de dix mètres.
Dans sa chute elle se brise l’astragale et se traîne en rampant jusqu’au bord d’une route nationale où un jeune malfrat Julien Sarrazin, la trouve. Il la cache chez sa mère, la soigne et en tombe amoureux. L’idylle se poursuit en cachette; le couple s’installe dans le Val de Marne mais en mars 1958, Julien est arrêté et incarcéré à Boulogne. Seule à Paris, Anick recommence à se prostituer jusqu’à la libération de Julien.
Ils partent vivre à Calais. Le vol étant leur seule occupation et source de revenus, ils se font arrêter le 8 septembre 1958 et si Julien bénéficie d’une relaxe, Anick est condamnée à finir sa peine de Doullens. Transférée ensuite à la prison d’Amiens, elle s’occupe de l’entretien, de la couture, étudie la philosophie et l’anglais, écrit des poèmes. En février 1959, encadrés de deux gendarmes, les jeunes gens se marient.
En prison, Anick commence la rédaction de La Cavale.
Julien, libre, continue ses cambriolages et est de nouveau arrêté. Condamné à une peine de 18 mois, il est libéré en septembre 1960. De son côté, Anick obtient une grâce de sept mois, et sort de prison.
La vie du couple engrange les malheurs avec un accident de voiture qui coûtera la vie à la mère de Julien et de nouvelles arrestations pour divers cambriolages.
Libérée le 6 juin 1963, Anick s’installe à Alès pour se rapprocher de Julien qui purge une peine à la prison de Nîmes et devient pigiste au Méridional pour gagner sa vie. Le 7 avril elle est surprise en train de voler une bouteille de whisky dans un Prisunic et condamnée à quatre mois de prison. Elle y écrit « Les soleils noirs » qui deviendront « L’astragale ».
 
En 1964, enfin l’un et l’autre libérés, ils s'installent dans une vieille maison aux Matelles (qu'elle appellera la « Tanière ») près de Montpellier. Ils y sont hébergés par Maurice, un ancien client d'Albertine qui vient d'y prendre sa retraite et la poursuit d'un amour tout platonique.
27 avril 1964, le directeur d’édition Jean-Pierre Castelnau accepte les manuscrits de L’Astragale et de La Cavale. Anick part alors Montpellier, pour corriger les dernières épreuves. En 1966, elle est enfin reconnue et célébrée.Elle apprend dans la foulée que ses romans vont être publiés par l'éditeur Jean-Jacques Pauvert. Le succès est immédiat.

Adulée par ceux-là même qui l'avaient méprisée, elle est traduite dans toutes les langues. On la sollicite, on la photographie, on lui demande des autographes. C'est sa revanche sur ses malheurs passés.

Sa singulière beauté, sa spiritualité, sa fantaisie sont appréciées et elle multiplie les interviews. Albertine est ravie de cette nouvelle gloire dont elle ne doutait pas et qu'elle attendait avec impatience ; même si elle n'est pas dupe, sachant reconnaître l'hypocrisie où elle se trouve, sachant que certains ne sont pas mus par l'admiration de son oeuvre mais bien par une curiosité malsaine.
 La même année, elle reçoit le prix des quatre-jurys 1966. Elle achève La Traversière et l' ouvrage est publié le 25 novembre.
En 1967, elle meurt à Montpellier des suites d'une opération du rein mal préparée, fatiguée par l'alcool, le tabac, deux autres opérations récentes et sa vie chaotique. L'anesthésiste (non diplômé) ne l'a jamais vue et ne connaît ni son groupe sanguin, ni son poids (le minimum pour opérer) ; de plus, elle n'est pas surveillée en salle de réveil et comble de la négligence, il n'y avait pas de sang de réserve dans la clinique de Montpellier.
 

Julien attaque l'équipe chirurgicale en justice : le parquet s'empresse d'abord de classer cette mort sans suite. Il fait appel et gagne son procès : le chirurgien et l'anesthésiste de la clinique Saint-Roch sont condamnés à deux mois de prison avec sursis et 90 000 francs d'amende pour homicide involontaire. Peine légère, mais amende lourde pour l'époque.  



           

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Bibliographie :
 
L'Astragale (Jean-Jacques Pauvert, 1965)
La Cavale (Jean-Jacques Pauvert, 1965) adapté au cinéma par Michel Mitrani en 1971
La Traversière (Jean-Jacques Pauvert, 1966)
Romans, lettres et poèmes (Jean-Jacques Pauvert, 1969)
Poèmes (Jean-Jacques Pauvert, 1969)
Lettres à Julien (Pauvert, 1971)
Journal de prison 1959 (éditions Sarrazin, 1972)
La crèche, bibiche, l'affaire saint-jus, le laveur (nouvelles, éditions Sarrazin, 1973)
Lettres de la vie littéraire (Pauvert, 1974)
Le Passe-Peine (Julliard, 1976)
Biftons de prison (1976)
Journal de Fresnes
L'ensemble de ces livres a été tiré à plus de 3 millions d'exemplaires

 


Son écriture:

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Ce n'est certainement pas cette dédicace minimaliste d'Albertine Sarrazin qui va nous permettre de faire un portrait fouillé. La simplicité de l'écriture et de la signature au bic bleu, ne laisse à aucun moment  passer l'image d'une jeune femme en révolte, maniant le revolver et défiant les forces de l'ordre. Tout juste signalerons nous, cette curieuse absence de marge du haut qui selon les contextes et les écritures peut indiquer qu'elle cherche à abolir la distance de ce qui la sépare de ce qu'elle craint dans une attitude de défi. Identification à l'agresseur? Stratégie pour impressionner l'autre? 

Les grands espaces blancs dans la signature, celui entre le mot "en" et "hommage", sont des traces d'un besoin  d'éloignement, de coupure par rapport à ce qui pourrait venir empiéter sur un terrain personnel, interférer sur ses sentiments. Ecriture qui s'isole du reste du monde, traduisant là aussi peut-être (?) les longs moments passés en prison.  



Pour en savoir plus sur Albertine Sarrazin, je vous recommande le site suivant:

http://www.albertine-sarrazin.fr/







 

     
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26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 12:14







Yann QUEFFELEC 

   

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Yann Queffélec est né à Paris le 4 septembre 1949. Son père, Henri Queffélec, brestois d'origine, agrégé de lettres, après une carrière d'enseignant se consacra dès 1942 à la littérature et est considéré comme "l'écrivain maritime" du XXe siècle.

Ce père connu et reconnu aura une influence sur les débuts en littérature du fils qui dans une interview se souvient que : "Pendant des années, il m'a interdit d'écrire, il déchirait tout ce que j'écrivais et dessinais, j'étais un pirate à ses yeux. Il m'a parlé une seule fois de mes livres, lors d'un dîner. Cela a duré cinq minutes, ça m'a semblé des siècles, nous étions aussi gênés l'un que l'autre."

En revanche sa mère l'encourage dans cette voie et semble pendant de longues années être la seule à croire en la vocation de son fils et en son talent. Aussi quand elle meurt alors qu'il vient de passer son bac, Yann n'a plus qu'une idée : partir...
 
Sur les flots et les terres du monde entier, le breton s'acharne à coller à l'image que son père donne de lui: "Un incapable, la honte de la famille!" Des années d'errance qui s'achèvent sur une beuverie ahurissante et salutaire: c'est en 1979, sur l'île de Ré qu'il croise le chemin de la grande prêtresse de l'édition, Françoise Verny, qui lui jette son fameux: "Toi chéri, t'as une gueule d'écrivain. Tu vas m'écrire un livre!"
 
A la fin des années 70, il a déjà écrit deux romans qu'il garde soigneusement rangés dans un tiroir et pour gagner sa vie devient critique littéraire au  Nouvel Observateur. La publication en 1981 d'une biographie de Béla Bartók, puis  de son roman Le charme noir en 1983 est salué par la critique mais ce n'est que deux ans plus tard en 1985 avec la sortie des Noces barbares qu'il acquiert son statut d'écrivain et pas n'importe lequel, puisque ce livre lui vaut le Goncourt !

Le succès lui monte-t-il à la tête ? Il le venge au minimum d'une critique cinglante d'Angelo Rinaldi qui avait traité ses Noces barbares de "roman dont même la Pensée universelle n'aurait pas voulu". Sans doute Yann en rajoute-t-il, sans doute provoque t-il la critique littéraire qui de son côté aiguise sa plume: La femme sous l'horizon, le roman suivant, est qualifiée de "pavé lourdingue, mélo, maso, zéro", Le maître des chimères se voit taxé d'excès de pathétisme, Prends garde au loup est transformé en "Disneyland de rêve en grande surface".

"Il faut dire que je m'étais rendu très agaçant, reconnaît-il aujourd'hui, je prends ma part de responsabilité mais cela ne justifie pas les critiques ad nominem. Tout cela m'a persuadé d'une chose, ne jamais lire les mauvaises critiques. Pourquoi se faire mal?".

Les années passent, les rapports de Yann Queffélec avec la presse littéraire se détendent  et la sortie en 1994 de Perdue dans la nuit, l'histoire de deux adolescents de la chaude banlieue marseillaise livrés à eux-mêmes, reçoit un accueil plutôt favorable.
 


Interrogé en Octobre 2002, après la publication de son roman Boris, après l'amour, par le magazine l'Express il répond ainsi aux questions du journaliste :

Le bonheur parfait selon vous?
Etre intensément amoureux et en même temps intensément créatif. Le tout, si possible, à bord d'un magnifique voilier.

Où et à quel moment de votre vie avez-vous été le plus heureux?
En 1989, aux îles du Cap-Vert, avec ma femme. En 1991, en Corse, avec mes enfants. Et en Bretagne, chaque fois que j'y vais.

Le principal trait de votre caractère?
L'appétit de vivre.

Et celui dont vous êtes le moins fier?
J'ai du mal à arriver à l'heure...

Votre dernier fou rire?
Une nuit, à 3 heures du matin, avec ma femme, en entendant notre fils Neven, 2 ans, éclater de rire en plein sommeil.

Et la dernière fois que vous avez pleuré?
Quand mon père est mort.

La qualité que vous préférez chez un homme?
La drôlerie.

Et chez une femme?
La féminité.

Votre boisson préférée?
Le vin rouge.

Votre peintre favori?
Picasso.

Votre livre de chevet?
Le Maître de Milan, d'Audiberti. C'est le plus beau roman d'amour que je connaisse.

Vos auteurs préférés?
Faulkner, Gombrowicz. Et le Britannique Jonathan Coe.

La chanson que vous sifflez le matin, sous votre douche?
Elaeudanla Teïteïa, de Gainsbourg. Vous savez: L.A., E. dans l'A., T.I.T.I.A...

Votre compositeur préféré?
Bartok.

Votre film culte?
Les Vestiges du jour, de James Ivory.

Le talent que vous auriez aimé avoir?
Très bien jouer de la guitare ou du piano.

Le personnage historique auquel vous auriez aimé ressembler?
Magellan.

Votre plus grand regret?
Que ma mère soit morte sans que j'aie pu lui dire au revoir.

Que possédez-vous de plus cher?
Le désir d'émerveiller.

Qu'avez-vous réussi de mieux dans votre vie?
A conserver le sentiment que la réussite est pour demain.

Votre devise?
Carpe diem.

Votre plus grande peur?
Mourir sans avoir donné le meilleur de moi-même.

Frère de la pianiste Anne Queffélec, il a été marié à une autre pianiste connue Brigitte Engerer, avec laquelle il a eu une fille. Il vit aujourd'hui à Paris.




Son écriture:


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Autant le dire tout de suite... cette dédicace qui date de 1985, j'ai eu beaucoup de difficultés à la déchiffrer  et je butte encore sur un ou deux mots.

La qualité du trait est en effet avec la forme et la continuité des particularités qui rendent le graphisme de Yann Queffélec particulièrement difficile à décrypter, souvent flou et même parfois illisible.

Le trait spasmodique, très inégal en largeur, parfois très fin et souvent engorgé d'encre est un trait flou, limite boueux qui révèle une hypersensibilité exarcerbée, une impressionabilité, sans doute une  difficulté à s'affirmer de manière spontanée, avec simplicité et naturel. Le fonds du tempérament ombrageux ne facilite pas la communication et les sentiments ne peuvent qu'être forts, violents, contenus avec une tension importante.

Les trous (blanc à l'intérieur des mots) le prolongement des hampes et des jambages, la contrainte qui  domine l'écriture, la relative régularité de l'inclinaison des lettres et de la tenue de ligne, mettent des bornes, des limites à ces démons intérieurs. Retranché dans une attitude sélective, dans un "monde à soi",  le scripteur peut se sentir protégé, fort, voire, paradoxalement invicible. Au sein de cette "tour d'ivoire", il se sent parfois incompris, monologue et entretient son for intérieur.  

La disposition du texte qui joue avec le format de la page, indique également, non seulement la volonté de s'affranchir des règles mais aussi et sans doute une pointe d'humour salvateur, humour qui ne fait peut-être pas forcément dans la légèreté mais qui permet de prendre ses distances par rapports aux états d'âmes et aux pulsions.

Aujourd'hui, soit 27 ans après la rédaction de cette dédicace, les journalistes qui interviewent Yann Queffélec le décrivent comme "apaisé". Il est clair que j'aimerais pouvoir le constater dans un écrit récent...




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11 octobre 2007 4 11 /10 /octobre /2007 09:05







Stephen KING
    

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La vie de Stephen King débute comme un roman noir le 21 septembre 1947 à Portland, dans le Maine. Donald et Nellie Ruth Pillsbury King ses parents se séparent alors qu'il trotte à peine et sa mère, pour l'élever ainsi que son frère aîné David (un enfant adopté), se trouve réduite à accepter tous les petits boulots qui se présentent à elle. Une partie de son enfance se passe à Fort Wayne dans l'Indiana puis à  Durham dans le Maine où Ruth compte encore de la famille dont ses propres parents Guy et Nelly Pillsbury.

Stephen fréquente l'école élémentaire de Durham Elementary puis le lycée de Lisbon Falls.
 
Son enfance est marquée par les absences de sa mère et les railleries de ses camarades de classe dont il devient rapidement le souffre-douleur. Le petit Stephen est un excellent élève mais au physique plutôt ingrat, bien en chair, et myope comme une taupe. Il n'en faut guère plus pour devenir la tête de turc de sa classe
.


        

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Stephen trouve son réconfort dans la lecture et ressent dès l'âge de 12 ans l'envie d'écrire de petites histoires. La légende veut que se soit en découvrant, par le plus grand des hasards, une malle remplie de livres fantastiques dans le grenier de sa tante, que sa passion pour ce genre littéraire soit née.

De 1966 à 1971, King étudie à l'université du Maine à Orono. Il y écrit des nouvelles dans une rubrique intitulée King's Garbage Truck dans le magazine de l'université Maine Campus. Il y rencontre également une étudiante, Tabitha Jane Spruce avec qui il se mariera le 2 janvier 1971. Trois enfants naîtront de cette union. Sa vie au campus transparaît de manière évidente dans la deuxième partie de Hearts in Atlantis, et les boulots particuliers qu'il effectue pour payer ses études, dont un dans une laverie industrielle, inspireront plus tard ses écrits comme The Mangler et la nouvelle Chantier.

Après avoir décroché sa licence de littérature (baccalauréat en arts) en 1970, Stephen King enseigne l'anglais au lycée de Hampden dans le Maine. Lui et sa famille vivent alors dans une caravane et il écrit des nouvelles fantastiques, qu'il publie principalement dans des magazines masculins. Pour boucler ses fins de mois, il est contraint de retourner travailler à la laverie. Ces problèmes, alliés à ses difficultés à se faire publier, le conduisent à chercher un réconfort dans la boisson, créant une dépendance qui durera plusieurs années.
       
       

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Il écrit un nouveau roman mais doutant de son talent, il jette le manuscrit à la poubelle. Par miracle, sa femme le trouve et le lit. Enthousiasmée par sa découverte, elle le pousse à achever le roman. Il s'agit de Carrie.

King présente Carrie en janvier 1973 à l'éditeur Doubleday & Co qui programme la publication du roman en 1974 et cède les droits pour l'édition en livre de poche, générant 200 000 dollars de revenus pour Stephen King. Ce dernier décide alors d'arrêter sa carrière d'enseignant et de se consacrer uniquement à l'écriture. Carrie est finalement publié le 5 avril 1974, peu après le décès de sa mère et sera adapté au cinéma en 1976 par Brian De Palma.
Dés lors, la popularité qu'acquiert King ne se relâchera jamais.

Dans On Writing, King admet qu'à cette époque-là il était souvent ivre, et même sous l'emprise de drogues lors de l'enterrement de sa mère. Il s'inspirera de ses problèmes pour créer le personnage du père alcoolique dans The Shining. Peu après la sortie de Les Tommyknockers, sa famille et ses amis interviennent pour le faire prendre conscience de son adduction aux drogues en vidant devant lui ses poubelles qui contiennent, des canettes de bière, des mégots de cigarettes, de la cocaïne, du Xanax, du Valium, du Nyquil, du dextromethorphan et de la marijuana. Selon ce que King a relaté dans ses mémoires, il a alors cherché de l'aide et a arrêté toute forme de drogue dans la fin des années 1980.


Stephen King est un monstre de travail, capable d'écrire plusieurs livres dans la même année. Chacun de ses livres connaît un immense succès, à tel point qu'il est aujourd'hui un des écrivains les plus célèbres, les plus aimés et surtout un des plus lus. Cela fait de lui la référence incontestable et inévitable de la littérature fantastique.
En jouant sur les peurs primaires des gens, il enchaîne les romans à succès, dont les plus connus sont Ça, Simetierre, The Shining, Le Fléau, Carrie, Christine, Les Tommyknockers, Misery, Bazaar, La Tour sombre, La ligne verte, qu'il publie exceptionnellement en feuilleton. 

King a également écrit sous le pseudonyme de Richard Bachman. Il avait même poussé le vice jusqu'à lui créer une véritable histoire, et lui donner le visage d'un parfait inconnu qui avait accepté de se prêter au jeu le temps d'une photo. Ce dernier est " tué " en 1985, il serait alors mort d'un cancer. On apprend quelques temps plus tard que Bachman et King ne font qu'un, et les ventes des ouvrages de Bachman explosent. King reprend l'identité de Richard Bachman pour l'ouvrage Les Régulateurs (1996). Le manuscrit est présenté comme découvert par sa veuve en 1994. Cette expérience avec un " double littéraire " a inspiré à King le roman La part des ténèbres (1989) dans lequel le pseudonyme d'un écrivain prend vie

Il totalise jusqu'à aujourd'hui une cinquantaine d'ouvrages qui se sont vendus à plus de 100 millions d'exemplaires et traduits dans plus de 32 langues différentes. Phénomène exceptionnel, 35 films ont été adaptés d'un de ses livres: il est très certainement un des auteurs les plus adaptés à l'écran.
 


           

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Le samedi 19 juin 1999, Stephen King est victime d'un grave accident survenu à proximité de chez lui, dans le Maine. Il a été renversé par une camionnette alors qu'il marchait sur le bord de la route. Souffrant de nombreuses fractures, il est resté hospitalisé trois semaines durant lesquelles il a subi de nombreuses interventions chirurgicales. Il a racheté le véhicule qui fut à l'origine de cet accident... pour le détruire à coups de masse !

Il vit toujours à Bangor, dans une superbe demeure de style victorien, avec sa femme et deux de leurs enfants prénommés Joe et Owen. Leur fille, Naomi, vient de faire un mariage homosexuel à Nashville, dans le Tennessee.
En dehors de son métier, King est un grand fan de base-ball et de rock. Il joue d'ailleurs de la guitare. Pour assouvir ses deux passions, il a créé et financé deux stations de radio à Bangor : WZON, station d'informations sportives, et WKIT, station de rock classique.
Fin 2006, les revenus générés par les redevances de ses différentes œuvres se montent à 40 millions de dollars par an.

Atteint d'une dégénérescence de la rétine, il devient progressivement aveugle, ce qui ne l'empêche apparemment pas de publier, puisque son dernier roman Lisey's Story, vient de paraître cette année.
 


Son écriture:

     

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Un modèle Palmer "moderne et simple" pour cette écriture au trait nourri légèrement pateux, à l'encre bleu foncé aux finales souvent longues et massuées. Traditionnellement inclinée et liée, cadrée à gauche avec des marges régulières qui isolent le texte dans la page, plutôt étalée sur une ligne de base tenue, de l'arcade anguleuse avec de la liaison secondaire entre les lettres, inégale de dimension en zone médiane, des liaisons de tête à pied, une ponctuatio haute sur les "i", des "F" majuscules en forme de chiffre "7",  quelques pochages sur les "e" le "o" de "love" et l'ove du "d" de Good.  Une signature plus anguleuse et plus étrécie avec un lasso et un paraphe final en double courbe, un "K" prolongé et un "g" assez "gothique"

Une écriture spontanée, simple, précise, assez proche du modèle scolaire américain qui  ne s'en différencie que par son étalement ses finales, sa mise en page et ses tirets allongés sur l'horizontale. Si le goût de l'isolement y côtoie manifestement le goût des contacts on se fourvoierait à chercher dans l'écriture de Stephen King les mobiles de son attirance pour le genre fantastique et pour "l'horreur". Si les pochages et les inégalités de dimension indiquent un fond de tempérament inquiet, c'est sans aucune démesure et le blanc qui circule entre les mots, la qualité du trait, prouvent qu'il sait s'en dégager et maîtriser ses affects.
 
Pédagogue oui, il devait l'être, de manière simple, efficace, privilégiant l'écoute, la finesse du raisonnement et l'acquisition des connaissances sur la base d'une relation sobre, avec la capacité de tenir sa place, de ne pas "copiner" pour mieux se faire apprécier.
 
S'il lui est sans doute indispensable de mettre une zone tampon entre lui et l'extérieur, c'est sans doute pour préserver l'intégrité et l'originalité de sa pensée mais aussi  pour mieux observer, comprendre et analyser le monde qui l'entoure. La détermination, le goût du travail bien fait, une vision claire et synthétique du monde se dégagent en filigramme d'une écriture somme toute assez conventionnelle.



De nombreux sites sur internet sont consacrés à Stephen KING.
En voici une petite sélection:
http://www.stephenking-fr.net/
http://www.stephenking999.com/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Stephen_King






 
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3 octobre 2007 3 03 /10 /octobre /2007 10:20







Pierre BOULLE
    

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Pierre Boulle est né le 20 février 1912 à Avignon. En 1920, son père, achète l'Ilon, un domaine sur les bords du Rhône qui sera le terrain de jeux favori de Pierre Boulle, puis deviendra son port d'attache. Après avoir passé son Baccalauréat (section mathématiques élémentaires) à Avignon, il part à l'automne poursuivre ses études à Paris, réussit une Licence Es Sciences et est admis à l'Ecole Supérieure d'électricité de Paris dont il sort avec son diplôme d'ingénieur en 1933 à l'âge de 21 ans. 

En 1936 il part pour la Malaisie, où il est engagé à la plantation d'hévéas de Sungei Tinggi, à cinquante miles de Kuala Lumpur. En novembre 1939, il est mobilisé et appelé à Saïgon. De nombreuses affectations se succèdent : La Cochinchine, le Annam et le Laos.
 
Démobilisé en avril 1941, il attend un visa anglais pour retourner en Malaisie, revient à Singapour et s'engage dans la France Libre. En août 1941, il participe à un stage au service anglais spécialisé dans l'espionnage des installations ennemies à l'étranger (la Force 316) où il apprend à faire sauter des ponts. En  janvier 1942, il rejoint la Chine depuis la Birmanie, en Buick pour une mission sous le nom de Peter John Rule. Il se rapproche de la frontière avec l'Indochine, pays occupé par les Japonais, descend le fleuve Namna dans l'espoir de gagner Hanoï sur une embarcation de bambous qu'il a fabriquée. Capturé par des villageois, il reconnaît son identité devant un officier pétainiste et est incarcéré. Déclaré coupable de trahison, il est dégradé, déchu de la nationalité française et condamné aux travaux forcés à perpétuité.
 
Il s'évade en novembre 1944 grâce à des complicités dans l'administration, est rapatrié à Paris et reçoit de multiples décorations comme la Légion d'honneur, la Croix de guerre et la Médaille de la Résistance. Il reprend difficilement une vie normale et rapidement  repart pour les plantations de Malaisie. L'insipidité du travail quotidien lui pèse. Il démissionne, revient à Paris en 1949, vend tout ce qu'il possède et s'installe à l'hôtel Lutèce pour écrire.

Dès 1952, il connaît le succès littéraire avec son roman, Le pont de la rivière Kwaï qui sera couronné par le Prix Sainte-Beuve.

Durant les années 50, puis 60, il explore les thèmes de la science-fiction. Si La Planète des singes est le plus connu de ses romans, il publiera également plusieurs nouvelles (Une nuit interminable, Le parfait robot, le poids d'un sonnet) réunies dans deux recueils intitulés les Contes de l'Absurde (1953) et E=MC2 (1957) qui reçurent le Grand Prix de la nouvelle.  La majorité de ses romans comme Le jardin de Kanashima, Les jeux de l'esprit, Le bon Léviathan, L'énergie du désespoir ou Miroitements, sont des fables moralisantes non dénuées d'humour noir. La plupart des thèmes, écologiques ou philosophiques, sont traités de façon paradoxale.

En 1955 sa sœur Madeleine devenue veuve, l'accueille dans son appartement parisien. L'écrivain y élit domicile jusqu'à la fin de ses jours, restant indéfectiblement célibataire.

En 1976, c'est le Grand Prix de la Société des gens de Lettres qui lui est décerné pour l'ensemble de son œuvre.

Le 30 janvier 1994 Pierre Boulle décède, après avoir écrit trente-cinq volumes.

Se penchant dans son autobiographie sur ses motivations profondes quant à son engagement  dans la France Libre, il écrira : "Il y a un  point délicat et obscur qui me tracasse […] Il consiste à essayer de déterminer dans quelles proportions se mariaient dans cette décision le patriotisme et un certain sentiment du devoir d'une part et, de l'autre, l'orgueil et la perspective égoïste de vivre des aventures exaltantes et hors du commun. Hélas, là encore, je n'en sais rien. C'est une question que je me suis souvent posée depuis. Je n'ai jamais pu y répondre. Je n'ai jamais réussi à résoudre ce problème et je pense qu'il y a peu de chances pour que j'y parvienne jamais."


Ses oeuvres les plus connues, Le pont de la rivière Kwaï et La planète des singes sont rapidement remarquées par Hollywood qui les porte sur le grand écran, et le succès de ces films a largement participé à la notoriété de l'auteur.

           

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Ce qui ressort finalement de l'œuvre de Pierre Boulle, principalement dans sa partie "romans d'anticipation", est le côté dérisoire des aspirations utopiques de l'Homme. Jacques Goimard a mis en évidence le "renversement ironique" qui traverse la quasi-totalité de l'œuvre de Boulle, y voyant un trait de son humour anglais. Et il considère ce renversement, si rigoureux dans sa construction, comme propre à un "ingénieur devenu écrivain". Ce n'est du reste pas un hasard si Boulle s'est autant consacré aux nouvelles, puisque leur concision impose un traitement dynamique de l'intrigue, avec développement d'une "idée", qui sied bien au renversement ironique.
 


Son écriture:


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Une écriture fine, petite, au bic bleu, à la zone médiane rapetissée jusqu'au filiforme dans le mot "cordialement", au trait moyennement appuyé avec des acérations dans les barres de "t" et certaines finales. Geste vif, avec des inégalités de liaison, de la tension dans la conduite du tracé, une ligne tenue sans raideur excessive et une direction des lignes de plus en plus montante. Texte plutôt centré dans la page avec une  grande marge de gauche. Grande signature où l'on retrouve l'opposition entre des  majuscules importantes (voir le "C" et le "B" en forme de 3) et une zone médiane parfaitement filiforme, se terminant par un paraphe en "éperon".

L'écriture de Pierre Boulle ne différe guère des écritures des jeunes "ingénieurs" de notre époque. La "pensée" s'y exprime au travers de la petitesse des formes, leur précision et le filiforme indice de rapidité et de sagacité. Ce graphisme "cérébral" montre peu de penchants pour un registre "affectif", mais une sensibilité intellectuelle naturelle et "à fleur de peau". L'attachement à sa liberté lui fait fuire les contraintes et si l'individualisme est sa marque de fabrique , il sait rester spontané et vivant dans ses contacts.

L'humour, le trait d'esprit, le sens critique, la vision rapide des failles, alimentent et colorent sa vision du monde qui l'entoure. La curiosité intellectuelle, l'absence d'idées arrêtées à l'avance donnent de l'essor, de l'ouverture au regard qu'il pose sur les êtres et les événements. Les réactions rapides,  parfois impulsives signent chez lui des traits de caractères assez "juvéniles" ou pour le moins un désir de perpétuel renouvellement.  

Rester disponible à l'aventure, à l'imprévu, tirer parti des expériences sans s'enliser dans les regrets posthumes et tirer son épingle du jeu, faire circuler ses idées sont des motivations parfaitement perceptibles dans son écriture.

 

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27 septembre 2007 4 27 /09 /septembre /2007 13:02







René Barjavel

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René Barjavel est né à Nyons en 1911. Son père Henri,  boulanger dans cette ville,  se retrouve mobilisé au début de la guerre. Sa mère, Marie Paget, le remplaçe dans la boulangerie, et n'a que peu de temps à consacrer à l'enfant. Le jeune René, jouissant d'une liberté de circonstances découvre la nature et s'émerveille de ses prodiges. Il se plonge dans la littérature, grandit dans l’amour d’une mère happée par le travail, et l’affection de sa cousine, Nini. Son père revenu, il travaille à la boulangerie tout en poursuivant ses études.
   

À l’école, il se montre médiocre écolier, sauf en français et son professeur  Abel Boisselier, remarque vite ses qualités dans cette matière et l’exhorte à continuer ses études. Son père ne pouvant les lui assurer, le professeur en fait son protégé et le recueille.


Marié en 1936, père de Renée (Nanou) et de Jean dans les deux années qui suivent, il est à son tour mobilisé en septembre 1939 comme caporal d'intendance dans un régiment de zouaves. Révolté par l’esclavage du soldat et la bêtise militaire, il développe un net penchant antimilitariste. De retour parmi les siens dans Paris qu’il ne quittera plus, il publie son premier roman, Ravage. Il vit, seul, la libération de la capitale où s'affrontent les Allemands en fuite, les jeunes idéalistes du maquis et les voisins devenus justiciers. Il n'échappe pas à la vague de suspicion qui agite les pensées de l'époque, mais ses amis écrivains le blanchissent des accusations de collaboration portées contre lui. Robert Denoël n'a pas cette chance, et lorsque le comité d'épuration le démet de ses fonctions, Barjavel dirige de fait la maison d'édition jusqu’à l'assassinat de l'éditeur le 2 décembre 1945.

  

Après la guerre, il mêle les activités de journaliste à Carrefour, de critique, de romancier et de scénariste. Le manque d’argent et l’échec en 1948 de Le Diable l’emporte marquent le début d'une rupture avec sa carrière de romancier; il s’aventure alors dans le cinéma. La tuberculose et ses lacunes financières l’empêchent de réaliser son projet de film Barrabas. Adaptateur, dialoguiste, le cinéma ne gardera pas de son passage dans le septième art un souvenir marquant, malgré son empreinte profonde dans de nombreux films, dont les Don Camillo, Les Misérables (de Jean-Paul Le Chanois), Les chiffonniers d’Emmaüs, Le Mouton à cinq pattes, Le Guépard, etc.

  

En 1962, il participe à l'essor de la science-fiction française en publiant des nouvelles dans la revue Fiction. En 1963 avec Colomb de la lune, en 1968 avec La faim du tigre, puis en 1969  avec La nuit des temps qui obtient le prix des libraires,  Barjavel renoue avec la littérature et remporte un franc succès populaire. En 1972, il participe à la création du Prix de science-fiction Apollo. En 1973, d'un projet de film non réalisé avec André Cayatte, il tire un roman 
Le grand secret.
A partir de cette époque il continuera à écrire des pièces de théâtre, collaborera avec son ami Olenka de Veer pour l'écriture de romans, prendra des positions écologistes dès 1977  face à la montée de l'énergie nucléaire, publiera des photos de nature ainsi qu'un autobiographie romancée La charette bleue en collaboration avec son demi-frère Paul Achard.
  

En 1980, alors âgé de 70 ans, il met un terme aux chroniques qu'il tenait au Journal du Dimanche et se consacre entièrement au roman avec Une rose au paradis (1981), La tempête (1982) L'enchanteur (1984) et La peau de César (1985) un polar. 
 

Une crise cardiaque le foudroie à Paris le 24 novembre 1985.
 

Il reste dans l'esprit du public un écrivain français précurseur dans le domaine de la SF, mais sa production littéraire montre aussi et surtout un homme amoureux de la nature qu'il dépeint avec tendresse et une palette de mots colorés, un "fabuliste" comme il aimait lui-même se définir, un amoureux des femmes et de l'amour avec des termes et des métaphores pleins de sensualité, un dialoguiste de talent pour le cinéma, un "fataliste" empreint d'une vision sans concessions de la nature humaine et fasciné toute sa vie par l'avenir de l'homme.


Au terme d'une vie faite de questionnements sur le futur de l'humanité, ses derniers écrits renouent avec  l'émerveillement de l'enfance, et adoptent une position optimiste, tolérante, pleine de compassion. 


Son écriture:
 

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Une écriture au feutre bleu, au trait large, nourri et à l'appui différencié avec des finales massuées, grande et plutôt régulière, mélangeant l'arcade et la guirlande, la courbe et l'angle, liée avec quelques arrêts dans la continuité, à la conduite ferme à tendue...

 

Ecriture qui affiche son tonus, sa vitalité. Le goût de la vie, des contacts humains s'y exprime sans parcimonie et sur un fond de confiance en soi évident. Le pathos domine le graphisme et traduit une foi qui éveille les espoirs, inspire l'ardeur, l'idéalisme, l'ampleur de vues et de projets. Les facultés sensitives et l'affectivité engrangent les images et les impressions, nourissent l'imaginaire et la créativité.

La générosité, la capacité à donner de soi ne sont cependant pas exempts d'un besoin de reconnaissance et du désir d'être à son tour apprécié, reconnu, aimé. La spontanéité du geste mais aussi son contrôle traduisent une discipline personnelle pour mieux assurer une surveillance entière sur les émotions et la sensibilité.

Caractère entier, certes, souci de l'opinion d'autrui sans doute, mais un tempérament prêt en tout à assumer ses choix, à partager pour le plaisir, à offrir aux autres le meilleur de lui-même.


Pour  mieux approfondir votre connaissance de Barjavel, un site incontournable ICI


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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 11:37



Catherine Breillat

 

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Catherine Breillat, soeur de l'actrice Marie-Hélène Breillat est une romancière, une réalisatrice et une scénariste française, née le 13 juillet 1948 à Bressuire, dans les Deux-Sèvres.


Elle « monte » à Paris à l'âge de 16 ans, pour publier un an plus tard, son premier roman L'homme facile. Celui-ci est interdit aux mineurs de moins de 18 ans, chose cocasse puisque l'auteur ne peut donc lire son propre livre!  Mais un phénomène littéraire est né.

Des années plus tard, dans une interview elle dira à propos de ce roman:

"Quand j'ai écrit par exemple L'homme Facile, on me disait toujours que l'érotisme c'était le beau, et que la pornographie c'était affreux. Moi je disais : je déteste l'érotisme, je préfère la pornographie. Parce que la pornographie, c'était Francis Bacon. Il y a le consensus bourgeois du cinéma français semblable à de la moquette pure laine. C'est passionnant la moquette pure laine, c'est beau, c'est de la bonne qualité, mais ce n'est rien. Je pense qu'il n'y a pas d'art quand il n'y a pas de dangers"


En 1976, elle rencontre André Génovès qui lui propose d'adapter un autre de ses livres Le Soupirail.

Le film "Une vraie jeune fille" traite de l'éveil à la sexualité d'une adolescente. Mais, l'époque n'est pas prête à ouvrir en grand les portes des salles obscures à un scénario qui fait scandale. Le producteur fait faillite et il faudra attendre l'année 2000 pour qu'il soit distribué.

En 1979, elle fait tourner Joe Dallesandro, acteur fétiche d'Andy Warhol, dans son deuxième long métrage, "Tapage nocturne", nouvelle adaptation de son second roman.

Peu satisfaite du résultat, Catherine Breillat met sa carrière de réalisatrice entre parenthèses et se consacre à scénariser pour d'autres, notamment "La Pelle" de Liliana Cavani, "Et vogue le navire..."  de Federico Fellini  et "Police" de Maurice Pialat.

Il faudra attendre la fin des années 80 et le début des années 90 pour la voir revenir derrière une caméra avec  "36 fillettes",  "Sale comme un ange" en 1991,  "Parfait amour !" en 1996 et le très polémique "Romance" en 1999 où Rocco Siffredi apparaît pour la première fois dans un film dit "traditionnel".

Ses films déchaînent des passions et des critiques qui s'avèrent au fil du temps de plus en plus positives. Reconnue par ses pairs, elle reste avant la sortie de "Parfait amour" une quasie inconnue du grand public.

En octobre 2004, après avoir adapté son roman Pornocratie qui devient pour le cinéma "Anatomie de l'enfer", elle est victime d'une attaque cérébrale, puis, à l'hôpital, d'une importante hémorragie cérébrale qui paralyse son côté gauche. Après cinq mois d'hospitalisation et une lente rééducation, elle parvient à reprendre le travail et réalise "Une vieille maîtresse", d'après Barbey d'Aurevilly, son premier film en costumes qui fera partie de la sélection officielle du Festival de Cannes 2007.

D'Anatomie de l'enfer elle dira:

C'est triste à dire mais j'en suis incroyablement contente ! J'en suis très contente ! Je pense que c'est un aboutissement, mon film le plus radical, ça très certainement. Le scénario était illisible. On pouvait être épouvanté par le scénario en disant ce n'est pas filmable. Qu'est-ce qu'on va filmer ? C'est une femme qui paie un homme qui n'aime pas les femmes pour la regarder par là où elle n'est pas regardable. Ca veut dire quoi ça en terme de cinéma ? Comment on montre ce qui n'est pas regardable ? C'est ça le sujet. C'est l'impératif pornographique qui est l'impératif des artistes : essayer de débusquer la pornographie pour trouver l'obscénité, pour savoir si elle existe.


Catherine Breillat a eu également une "petite" carrière d'actrice, souvent aux côtés de sa sœur, comme par exemple dans Le Dernier Tango à Paris.

Pour introduire son écriture, il m'a semblé important de vous livrer également cet extrait de l'une de ses interviews:


A chaque fois que j'ai une contrainte, cela me met très en colère et en fait j'arrive à la contourner. Et c'est vrai que cela donne des idées de cinéma. La contrainte fonctionne, on le voit bien avec un immense cinéaste comme Kiarostami dans un pays où on ne peut rien dire. Il invente alors la parabole. C'est aussi pour cela que je dis que je ne suis pas réaliste, car en rester au réalisme, ce n'est pas réfléchir. Et c'est vrai que la censure vous oblige à la parabole. Je ne dis pas que la censure est nécessaire, on n'en a pas besoin, mais ça vous y oblige ou alors on est quelqu'un qui baisse l'échine. [...] Tout ce qui est interdit je veux le voir. Montrer l'invisible parce que souvent c'est interdit. On vous dit qu'on ne peut pas le filmer parce que c'est laid. Qu'est-ce que c'est que le laid ? Surtout en art. En tout cas, l'art ce n'est pas le joli. Vous pouvez opposer le laid au joli, le laid au beau, mais déjà on sait que le laid et le beau sont frères jumeaux. Il n'y a donc que le joli qui est affreux. C'est mièvre. C'est une demie mesure et ce qu'on appelle à tort le bon goût.  

 

 

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Point n'est besoin d'être graphologue, pour constater l'originalité de son graphisme, son absence de contraintes.

Pourquoi, en effet s'embarrasser et se confiner à une page lorsque deux s'offrent à elle pour écrire sa dédicace?  Une contrainte? Elle la contourne...

Des normes? Elles s'en dégage en imposant sa griffe là où elle veut et comme elle le souhaite...
 
Bouillonnante d'idées, donnant à montrer ce que d'autres préfèrent cacher, elle s'expose en première ligne à l'instar de son écriture qui s'offre entièrement à nos yeux. Les forces et les faiblesses se mettent à nu. Les pulsions s'y expriment avec peu de retenue.  A prendre ou à laisser, semble clamer cette écriture qui se joue des proportions, des consignes apprises de dimension et de liaison entre les lettres. Le bon goût? Elle s'en contrefout.

Quelle impatience! Quelle rage! Quelle envie de lancer à la tête de "l'autre" que sa "vérité" on la trouve au-dedans de soi, en dedans de ses tripes, en les exposant brutalement et sans vergogne à coups de scalpel - devrait-on parfois s'y perdre... à la folie.

 

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30 août 2007 4 30 /08 /août /2007 10:59



Patrick Cauvin


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Patrick Cauvin, de son vrai nom, Claude Klotz est né le 6 octobre 1932 à Marseille.  
De 1951 à 1954, il poursuit ses études à la Sorbonne, où il obtient une licence de philosophie, puis époque et âge obligent part en Algérie faire la guerre.
Rentré en France, marié et père en 1964, il enseigne le français au lycée technique de Bezons (Val-d'Oise).

Il publie en 1968 son premier livre, Les Classes (Christian Bourgois) sous son vrai pseudonyme. Passionné par la culture américaine (son père, dans sa jeunesse,  l'entraînait régulièrement au cinéma), fou des acteurs d'Hollywood aux cigarettes, il tient la chronique de cinéma , illustrée par le dessinateur Régis Franc, dans le magazine de bande dessinée "Pilote", publie des romans policiers, et écrit des pastiches de films d'épouvante ou d'action. En 1974, il apporte une histoire d’amour à son éditeur Jean-Claude Lattès. Ce dernier lui demande de changer de nom s’il espère vendre son roman L’amour aveugle. Il prend alors le pseudonyme de Patrick Cauvin.
Il pourra dire plus tard: 

«J’étais loin d’imaginer que Cauvin battrait Klotz, qu’il vendrait plus de livres, et que cette double identité […] continuerait à désarçonner les gens.»

S'enchaînent alors les succès littéraires, dont "Monsieur Papa", mais c'est sans doute avec "E=MC2, mon amour", une histoire d’amour entre deux jeunes adolescents surdoués, que Patrick Cauvin devient un auteur de best-sellers.

Aujourd'hui, après plus de soixante romans, dont certains furent adaptés au cinéma, il garde un public large et fidèle à ses romans.

Pour le connaître un peu mieux je vous livre dans la suite de cet article, ses réponses à l'équivalent d'un "Questionnaire de Proust", publiées par le journal L'express.


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Le bonheur parfait?
Un parc, l'été, le soleil qui se couche et un verre de vin blanc frais. Des oiseaux, des amis. J'oubliais la chaise longue...

A quel moment de votre vie avez-vous été le plus heureux?
J'ai 10 ans. Je joue au foot, je suis le plus mauvais de l'équipe. Dès la première minute, j'ai la balle, je shoote et je marque. Instant de gloire inoubliable...

Votre occupation préférée?
Le cinéma. On s'enfonce dans le fauteuil, les lumières baissent. Et en route pour le voyage...

Votre trait de caractère?
L'entêtement dans le travail.

Et votre principal défaut?
Je suis froussard...

La qualité que vous préférez, chez un homme?
J'aime les hommes qui ne la ramènent pas. Celui qui se tait est celui qui a le plus de choses à dire.

Et chez une femme?
Difficile de ne pas tomber amoureux d'une farceuse. L'humour, c'est l'intelligence.

Votre dernier fou rire?
Dans une soirée, une dame, avec un défaut de prononciation, chuintait. J'ai pu me contrôler jusqu'au dessert. Réfugié dans les toilettes, j'ai pété les plombs!

Et la dernière fois que vous avez pleuré?
A la mort d'un ami, Guy Vidal, l'ex-rédacteur en chef de Pilote. J'y pense chaque jour.

La figure historique que vous admirez le plus?
Pierre Mendès France, pour l'intransigeance de son honnêteté.

Votre héros de fiction préféré?
D'Artagnan. Même si j'ai du mal à lui pardonner son amour pour Mme Bonacieux, bien fade par rapport à la somptueuse Milady. Comment a-t-il pu préférer Pauline Carton à Ava Gardner?

Votre héros aujourd'hui?
Dans ma rue, un aveugle passe souvent. Il sifflote joyeusement. C'est le type que j'admire le plus.

Vos films cultes?
La Porte du paradis et Amarcord.

Vos auteurs favoris?
Dumas, qui vient de l'enfance, London, pour les bouquins enneigés, Hemingway, pour un désespoir inexplicable, et Faulkner, pour ses âmes taraudées.

Votre livre de chevet?
Voyage au bout de la nuit, de Céline. La preuve que certains textes sont inépuisables.

Votre chanteur préféré?
Eddy Mitchell. La Dernière Séance, c'est quand même un chef-d'œuvre, non?

Votre boisson favorite?
Un vin blanc doux des bords de Loire, le coteaux-du-layon. A boire sur place, l'été, quand les brumes de chaleur envahissent le fleuve.

Vos peintres favoris?
Frida Kahlo et Nicolas de Staël.

Votre couleur préférée?
Aucune. J'aime les accords entre elles. Si je portais des cravates, je resterais une heure avant de choisir celle qui va avec la chemise.

Que possédez-vous de plus cher?
Je me demande si, en égoïste forcené, à certains moments, je ne répondrais pas: «Moi»...

Votre plus grand regret?
De ne pas avoir pu chanter Tosca à l'Opéra Bastille, le samedi, et marquer trois buts au Stade-Vélodrome, le dimanche.

Que détestez-vous le plus?
Les gens sûrs d'eux, que le doute n'assaille jamais: cette suffisance m'exaspère. Je suis donc souvent exaspéré.

Les fautes qui vous inspirent le plus d'indulgence?
L'ignorance. J'aime assez les ignorants: ils ont une fragilité, et puis c'est toujours rattrapable.

Qu'avez-vous réussi de mieux dans votre vie?
Certains de mes livres. Parfois, j'ai une bouffée de fierté qui monte en moi. L'andropause, peut-être...

Votre devise?
Aucune. Ça a quelque chose de définitif que je trouve prétentieux.

Comment aimeriez-vous mourir?
En douce.

Et qu'aimeriez-vous que Dieu vous dise?
«Elle est là.» Je sais que ce serait ma mère. J'espère simplement qu'elle n'aura pas occupé son éternité à me tricoter un nouveau pull-over!


Son écriture:




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Difficile sur si peu de mots, d'engager une étude graphologique exhaustive...
Je ne retiendrai que quelques caractéristiques, comme la dimension et les proportions, l'étalement sur la ligne de base montante, le trait au bic noir à l'appui inégal, la signature presque stylisée, se terminant par un geste plongeant, sinistrogyre et acéré.

Une écriture qui par sa liberté, ses inégalités, ses appuis renforcés, son mouvement légèrement effervescent ne peut être attribuée avec le sourire confiant des pseudo-certitudes à un homme de lettres. On y trouve la marque plus volontiers d'un explorateur, d'un homme ayant besoin d'horizons larges et dégagés pour s'exprimer pleinement. 

Bouger, découvrir, avec un fond de tempérament assez impulsif et impétueux, laisser libre cours à un bouillonement d'idées, soutenu par de l'imagination et sans aucun doute de l'entrain, du ressort, une capacité à déployer de l'énergie dans une activité soutenue. 

Ecriture qui va de l'avant avec une ardeur positive et une vision plutôt optimiste, mais aussi une certaine méticulosité qui semble répondre à un besoin permanent de mise au point et de peaufinage  tant dans son activité intellectuelle que dans la vie courante.

Une écriture bel et bien... vivante.

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19 juillet 2007 4 19 /07 /juillet /2007 10:49


Mary Roberts RINEHART




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1876 - 1958




Mary Roberts Rinehart est née le 12 août 1876 à Pittsburg, Pennsylvanie.
  
Son père Thomas, personnage séduisant, grand rêveur et totalement dépourvu de sens pratique n’avait qu’une obsession: devenir un grand inventeur. La seule invention qu’il réussit à mettre au point fut une navette rotative pour les machines à coudre. La grand-mère, pratiquement aveugle était… couturière. La famille vivait dans la pauvreté, mais dans une ambiance fertile en émotions et donnait le change à leurs relations en voulant sauver les apparences.

Très tôt en opposition avec sa famille, M.R. Rinehart fit sa scolarité au collège d’Allegheny où son amour de la littérature se développa  rapidement. Gauchère, elle fit partie de ces élèves auxquels on attacha la main gauche dans le dos pour apprendre à écrire.

Elle commença à rédiger de courtes nouvelles pour le journal local, nouvelles payées royalement un dollar l’unité.

Mais ce n’est réellement qu’à partir de 1906 avec la parution de The Man in Lower Ten, puis en 1907 de The Circular Staircase que sa carrière d’écrivain prit son envol. Ces deux romans inauguraient une carrière d'auteur de romans policiers, soit quinze années plus tôt que celle qui fut sa concurrente directe en la matière, Agatha Christie.


Mêlant dans ses romans, intrigue, aventure et humour elle devint rapidement très populaire et écrivit en 1909 une comédie Seven Days qui remporta un immense succès à Broadway. Toute la période précédant la première guerre mondiale, elle milita activement auprès des suffragettes, développa des thèmes féministes que l’on retrouve dans son roman The Borrowed House publié en 1909 dans les pages du prestigieux Saturday Evening Post.

L’année suivante, elle invente le personnage de Tish, jeune femme très libérée qui, en compagnie de ses amies Aggie et Lizzie, se lance dans des aventures « dévergondées » comme des courses automobiles, le pilotage de dirigeables, la conduite d’ambulances ou la chasse aux requins et aux grizzlys!   Ayant suivi, comme Agatha Christie, des études d’infirmière, elle situe rapidement certains de ses romans dans un cadre hospitalier et prend prétexte de ses connaissances médicales pour donner de la crédibilité à ses intrigues, comme dans The Buckled Bag (1914) et Locked Doors (1914). Son personnage principal, une infirmière, Hilda Adams, plus connue sous le nom de Miss Pinkerton, aide la police à résoudre des affaires criminelles.


A partir de cette année, la production de M.R. Rinehart change d’orientation à la fois sous l’influence des critiques littéraires qui nonobstant l’immense succès commercial de ses livres lui reprochent de faire de la littérature de bas étage et sous la pression de son mari, le Dr. Stanley Rinehart, bien décidé à user de son influence pour ramener « à la raison » une femme émancipée qui lui fait de l’ombre. Ces rapports tendus, amèneront Mary Roberts à décrire les maris comme autant de « porcs chauvinistes, dépourvus de cœur, libertins, intolérants à la carrière de leur épouse et se mêlant de tout dans les plus infimes détails ». 

Correspondante de guerre, elle couvre le conflit avec ferveur mais également avec un fond de tempérament dépressif. Ses trois garçons participent à la guerre et fort heureusement pour eux et pour elle, reviendront indemnes du combat. Elle publie en 1915 Kings Queens and Pawns (Rois, reines et pions) où les véritables héros de cette guerre sont les sans-noms, les jeunes soldats tués ou blessés dans cette ignoble tuerie.
King, Queens et Pawns se termine ainsi :


« War is a boy carried on a stretcher, looking up at God’s blue sky with bewildered eyes that are soon to close; war is a woman carrying a child that has been injured by a shell; war is spirited horses tied in burning buildings and waiting for death; war is the flower of a race, battered, hungry, bleeding, up to his knees in filthy water; war is an old woman burning a candle before the Mater Dolorosa for the son she has given.
For King and Country!”

Pour la pourtant très « républicaine » Mary Roberts, la charge est forte et sans concessions.


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Les années 30, marquent le retour de l’écrivain aux romans policiers avec la réapparition de Miss Pinkerton et surtout en 1934 avec « The Inside story » où elle crée un personnage de jeune policier d’origine modeste, se laissant peu abuser par les apparences et les conditions sociales de ses suspects. Héros auquel elle fera dire « Trouble is my business », phrase que Raymond Chandler reprendra cinq années plus tard comme devise de Philip Marlowe.

La vision « sociale » de Mary Roberts s’étoffera en 1933 dans « Mr Cohen Takes a Walk » d’un personnage, homme d’affaires juif, décidé à aider financièrement des gens dans le besoin. Dans « Looking For The Magic Word” (1934) elle dénonce à la fois le nazisme et le communisme.
   
Sa carrière se poursuit avec de nouveaux succès, comme « The Great Mistake » (1940) qui se situe dans un monde totalement onirique. Les relations entre les personnages féminins, la délicatesse des émotions, la subtilité psychologique qui transparaît entre les lignes ont fait dire à de nombreux critiques qu’elle était la mère spirituelle de F. Scott Fitzgerald.
 
Son dernier roman "The Swiming Pool" est publié en 1952.

Elle meurt en 1958 à l’âge de 82 ans après avoir écrit plus de 50 romans, huit pièces de théâtre, des centaines de nouvelles, des poèmes, des récits de voyages et des articles pour les journaux. Ce sont plus de dix millions d’exemplaires de romans vendus de son vivant et traduits dans toutes les langues. Elle repose aux côtés de son mari dans la section 3 du Arlington National Cemetery.
 
Son écriture :


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On retrouve dans l’écriture manuscrite de Mary Roberts Rinehart les principales caractéristiques du modèle Palmer enseigné à son époque dans les écoles américaines. L’inclinaison et l’extrême liaison entre les lettres, les majuscules imposantes et ornées sont des signes typiques de ce modèle.
 

 
Plus personnel et plus significatif est la très grande irrégularité de la dimension de la zone médiane variant de 6 à 1 millimètres à l’intérieur de certains mots. La longueur des jambages est également très personnelle, certains atteignant cinq fois la hauteur de la zone médiane alors que le modèle préconise une dimension égale à la hauteur de la zone médiane. Autre particularité étonnante, l’élision quasi systématique dans cette dédicace des « o ». Dans les mots « work », « doing » « congratulations » « author » . Les oves sont souvent remplacés par de l’angle, des formes pincées qui ôtent de la lisibilité et de la clarté au texte. 
 
Cette dédicace est à replacer dans son contexte. En 1916, M. R. Rinehart sort à peine d’une longue période dépressive. Sa vie de couple est particulièrement pénible et sa carrière d’écrivain de romans policiers, mise entre parenthèses. Les flottements de confiance en soi, la frustration d’une demande affective non entièrement satisfaite qui a besoin de se réassurer dans une action directe, concrète et effective apparaissent clairement dans ces lignes. Une personnalité qui pour maintenir sa cohésion et son équilibre, endiguer son émotivité a besoin de bouger, d’entreprendre quitte à tomber dans une certaine forme d’activisme.
 
C’est en puisant dans les réserves de son imagination, mais aussi dans sa curiosité naturelle, son goût de la recherche et de l’approfondissement qu’elle arrive à maintenir le cap, se fixer des objectifs et aller de l’avant.

La pression déplacée sur l’horizontale confirme cette volonté de s’accrocher, de persévérer en dépit des embûches de « faire » pour compenser  une certaine difficulté à « être », de ne pas « s’écouter » et répondre sans ambiguïté à un niveau d’exigence personnelle élevé.  

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16 juillet 2007 1 16 /07 /juillet /2007 22:00

James Ellroy, le Pape du roman noir américain

 

 

 

 

James Ellroy, (de son vrai nom Lee Earle Ellroy) le Pape du Roman noir américain est né le 4 mars 1948 à El Monte près de Los Angeles.

Si j'ai en commun avec lui d'être née le même jour (mais pas la même année), et un goût prononcé pour le suspense (cf. mon roman La Signature) ce ne furent pas ces petites coïncidences qui me firent tomber raide d'admiration dès la lecture de son premier roman.

Avec Ellroy, tout est en démesure… Personnage hors du commun, hanté à vie par le meurtre non élucidé de sa mère en 1958, alors qu'il n'avait que dix ans, élevé sans contrainte par un père aimant, mais fort peu à cheval sur les principes et la discipline, il devint vite un petit voyou attiré par la drogue, les filles et l'alcool. Après le décès de son père, livré à lui-même, il vécut en marginal, voire en SDF, jusqu'en 1978 où sans préparation ni formation préalable, il rédige son premier roman Requiem Blues qui sera publié en 1981.

Si l'on décide qu'un auteur ressemble à son oeuvre, le style d'Ellroy empreint d'une inventivité verbale crue et acide, dépeignant avec rudesse les recoins sombres de la société américaine,  développant des mondes ambivalents, des personnages complexes aux moralités floues, des récits politiques et des vues sociologiques vitriolés, nous avons un tableau assez exhaustif de sa personnalité. 

Ses romans dressent en effet un catalogue complet des obsessions et des folies les plus dangereuses de notre époque. Flics intelligents et ambigus (Lloyd Hopkins, le sergent héros d'une trilogie, est lui-même obsédé par un meurtre qu'il a commis), tueurs psychopathes, maniaques, pervers, personnages poursuivis par des enfances désaxées ou des crimes atroces, ivres de vertu, de coke ou d'ambition, et en quête de rédemption, tels sont les héros de James Ellroy qui, livre après livre, explore avec pessimisme la pathologie moderne.

Et si l'on accepte  qu'une écriture manuscrite nous livre quelques clés de la personnalité  et des obsessions d'un auteur de roman noir, comment ne pas ressentir au vu de ce graphisme au feutre noir, pâteux, lourd, presque collant toute l'ambivalence d'un homme qui jongle dans sa signature avec des courbes très féminines, des formes fœtales, une dimension des lettres peu ordinaire et laisse exploser dans des traits acérés, dans le condensé de l'écriture, la force de pulsions masculines inouies ?

Quelle ambiguïté entre le " TO BRIGETTE " écrit en capitales d'imprimerie, comme pour ne pas donner à voir, ne laisser rien transparaître, et l'expressivité totalement libérée du paraphe !

Quelle force dans ce graphisme, quelle énergie vitale dans les quelques lignes de ce travailleur titanesque qui dans American tabloïd, nous laisse à croire qu'il a décortiqué tous les dossiers de la CIA et du FBI de la première à la dernière page !

La noirceur du trait et la tentation de l'extrême se conjuguent parfaitement et se font l'écho de la démesure, mais aussi de la vision poétique, froide et dangereuse qui l'habite.

L'auteur du  Dahlia noir, de White Jazz, de L.A. Confidential ou d' Un tueur sur la route est  donc bien tel que son écriture nous le montre : Gigantesque!

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