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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 11:19

 

  dollars3

 

 

Gamers

 

(5 et 6)

 

 

À treize heures pétantes, ils se retrouvèrent tous les quatre devant la porte de la salle Lincoln, réservée par leur sponsor. Leur chemin venait de croiser le team au logo bleu d’Intel qui résidait dans le même hôtel. Peter et Gary connaissaient plusieurs des joueurs de l’équipe et les saluèrent amicalement. Echange de tapes dans le dos, sourires complices… Gary s’attarda assez longtemps avec le responsable du clan adverse qui, le prenant par l’épaule, l’emmena à l’écart du groupe et lui parla à voix basse. John était resté en retrait, muré dans sa timidité, quant à Gladys, elle avait essuyé son lot de plaisanteries habituelles. Rôdée, elle avait ignoré les remarques, juste esquissé un haussement d’épaules et avait rejoint John adossé au mur du couloir. 

- T’en as pas marre de ces réflexions idiotes ? demanda John. 

- Pffff, si ça les amuse… En réalité, ça ne me fait ni chaud, ni froid étant donné que j’ai latté la plupart d’entre eux ces six derniers mois. D’ailleurs, je trouve qu’ils sont un peu moins agressifs qu’avant et il y en a même un qui m’a souhaité bonne chance. Le petit brun là… ajouta t-elle en désignant du doigt l’un des joueurs de l’équipe adverse. Faut dire aussi que je l’ai éjecté d’un championnat, dès le premier tour. C’est le meilleur moyen de se faire respecter, tu crois pas ? Qu’est-ce qu’il fout Gary avec le gars d’Intel ? Tu savais qu’ils se connaissaient ? Moi, pas... Bon, mais qu’est-ce qu’on attend ? Je commence à avoir de sacrées démangeaisons dans les doigts… On s’entraîne ou on tchatte ? 

Peter fut le premier à les rejoindre, suivi d’un Gary à la mine pensive. La salle étant fermée à clé, ils prirent d’abord leur mal en patience, mais commençaient à pester contre le manque de ponctualité de leur sponsor lorsque la porte de l’ascenseur s’ouvrit sur la puissante silhouette de Larry, encadrée par deux hommes. Gary eut vite fait de mettre un nom sur l’un d’entre eux.  

- Le petit mec rondouillard, c’est Lowifun… 

- Arf, le travelo… ironisa Gladys. 

Le « travelo » arborait un sourire figé à la Poutine et poussa la ressemblance jusqu’à broyer les mains qui se tendaient lorsque Larry fit les présentations. 

- Je vous présente également Max Goldwin, notre homme réseau et votre coach cette semaine. Max a décortiqué une bonne centaine de tournois et vous sera d’un précieux soutien tant sur le plan technique que stratégique. Pour la petite histoire, sachez qu’il a travaillé deux ans chez Valve Corporation et est l’un des concepteurs de Counter-Strike. J’ai eu du mal à le convaincre de les quitter pour venir nous rejoindre… C’est un lion ce type ! heu… référence à son nom… hé les gars… Goldwin… Goldwyn Mayer… ha ! ha ! ha !... 

La vanne fit un bide. Nullement décontenancé par la froideur de l’accueil, Larry continua à rire seul de sa blague, sortit de sa poche la clé de la salle, ouvrit la porte puis fit entrer les joueurs et le coach. La pièce avait été équipée pour l’occasion des nouvelles consoles promises par Larry, toutes reliées en réseau et de grandes banderoles aux couleurs d’AMD décoraient les murs, épargnant à peine un portrait de mauvaise facture du Président Lincoln. Les casques top-secret encore emballés sous leur film plastique étaient déposés bien en évidence à côté des consoles.

L’équipe avait hâte de tester le nouveau matériel. Ils se précipitèrent chacun devant une console sans prêter la moindre attention aux explications techniques d’un Max, soudain galvanisé par l’ambiance. 

Comme des fauves trop longtemps privés de casse-dalle, ils entamèrent, la rage au ventre, un match à mort en lan-party. Un quart d’heure plus tard, éclata le premier clash. Gary arracha son casque-audio et le jeta au sol.

- Merde ! J’entrave rien Lowifun ! Articule mec ! Tes seins te sont remontés dans la gorge ? Pas possible ce mec… ou t’apprends l’anglais ou je me tire…t’écoutes rien… on te dit « on encercle » et là tu pars en rush*, on te dit « surveille le radar » et tu ne vois même pas l’ennemi planqué derrière la citerne…et puis ça lague à donf… ce putain de réseau lague…pas la peine de faire venir un gourou de l’informatique pour un merdier pareil…Comment voulez-vous jouer dans ces conditions ? Là, j’en ai ma claque…

Avant que Larry puisse intervenir, joignant le geste à la parole, Gary se leva d’un bond, renversa sa chaise et sortit de la salle en claquant la porte. Pour un joueur au sang-froid légendaire, le coup d’éclat laissa le reste de l’équipe abasourdie. Le réseau fonctionnait à merveille. Incompréhension totale. Gladys interrogea du regard Peter qui acquiesça d’un hochement de tête.

- J’y vais… continuer à vous entraîner… je vous le ramène…

Elle semblait sûre de son fait.

*Rush : style de jeu basé sur le mouvement agressif, ou harcèlement.


***


Les appels sur le portable de Gary finissaient inexorablement au fin fond de la messagerie vocale. Gladys laissa un message sibyllin, longea le couloir et regagna par l’escalier le hall de l’hôtel. Elle repéra dans le casier 927 le pass de la chambre de Gary et en déduisit qu’il venait de quitter précipitamment l’hôtel. Mais où donc était-il parti ? Sans se faire trop d’illusions, elle s’approcha du comptoir et demanda au réceptionniste s’il avait vu Gary et si celui-ci lui avait indiqué le lieu où il se rendait.

- Désolé Miss, Mister Logfieldt ne m’a rien dit, juste confié son pass. Je l’ai simplement vu quitter l’hôtel et se diriger vers la droite… vraiment désolé…

Avant même que le gars en uniforme de pingouin n’ait fini sa phrase, elle se ruait vers la sortie dans l’espoir d’entrapercevoir son ami. La fraîcheur humide de l’air la saisit dès qu’elle fut dans la rue. Elle ne portait sur elle que deux T-shirts superposés, un jean et des tennis élimés sans chaussettes. Elle repéra à gauche de l’hôtel une file de taxis et supposa que si Gary avait pris la direction opposée, c’était pour se rendre à pied quelque part, ce qui augmentait d’autant ses chances de le retrouver. Oubliant la brise glacée qui piquait à vif son visage et son cou dénudé, elle partit à petites foulées dans la Gaspee street, jouxtant les jardins du State House de Rhodes Island. En forçant l’allure elle crut reconnaître, cent mètres plus avant, le blouson bleu marine d’un Gary qui avançait d’un pas décidé. Elle hésita à l’appeler. Son envie de le rejoindre pour le convaincre de regagner l’hôtel cédait peu à peu la place à la curiosité. La silhouette disparut dans une rue à hauteur d’un parking. La peur de perdre la trace de Gary libéra une décharge d’adrénaline dans le sang de Gladys. Mixture explosive de frayeur et de rage…

« Toi, mon gars, je commence à t’avoir dans le collimateur… Si tu nous prépares un coup fourré, compte sur moi pour te cadrer maousse sévère. Cinq années de jujitsu, ça laisse des traces… pas besoin de gros bras pour une dérouillée, ni d’hommes de main pour une bastonnade… une chiquenaude d’Ovocyte et te voilà hémiplégique pour le restant de tes jours… Embaumé « Le Scolopendre », avant d’avoir dit ouf ! »

Elle oublia le froid et la chair de poule pour se lancer à sa poursuite. Il réapparut brièvement pour de nouveau tourner à droite. Gladys commençait à ressentir un point de côté quand elle arriva au croisement. Elle s’arrêta pile à l’angle de North Main Street et de Park Row. Le souffle court, elle s’avança prudemment pour repérer Gary. La rue était droite, longue et déserte. Une vague de déception la submergea et elle faillit rebrousser chemin convaincue d’avoir échoué. C’est le grincement d’une enseigne en métal découpé qui attira son attention. Sur le trottoir opposé, de petites maisons en brique de deux étages abritaient des restaurants et cafés à demi-cachés par les frondaisons désolées de maigres tilleuls. Tous arboraient des pancartes à l’ancienne et celle qui couinait au vent appartenait à l’XO café. Les nerfs à vif, comme poussée par une intuition subite, Gladys traversa la rue et se glissa sous l’auvent de l’établissement. Accolée au rebord d’une fenêtre à petits carreaux séparés par des meneaux peints d’un rouge sombre, elle hasarda un coup d’œil à l’intérieur et repéra sans trop de peine Gary en compagnie d’un homme en costume noir, accoudé au bar.

 « Le scolopendre » avait l’air très excité et agitait les bras sous l’œil désapprobateur de la barmaid. L’inconnu, dont Gladys ne voyait qu’un dos massif et une nuque à la coupe de cheveu irréprochable, entraîna Gary vers une table au fond du café. Lorsqu’ils s’assirent, Gary tourna machinalement la tête en direction de la fenêtre. Gladys crut un instant qu’il l’avait reconnue. Elle se rejeta d’un mouvement brusque dans l’encoignure de la porte heurtant violemment un jeune homme à la longue chevelure bouclée qui s’apprêtait à entrer dans le café. Elle allait lui présenter ses excuses lorsque le bellâtre entonna la main sur le cœur :


« Que ce bras si charmant qui m’enfonçât les côtes,

Soit béni d’avoir éveillé en mon cœur la passion,

Ce coup de poing vengeur est un sans-faute

Et suggère qu’ici même nous nous enlacions… »


Un barjo, un toxico ou peut-être les deux à la fois, c’était vraiment sa chance ! Gladys le fusilla du regard, puis en guise d’excuse et de remerciement, lui balança un « fuck off », fort peu enamouré. L’incident aurait dû en rester là, mais le poète n’apprécia pas la réponse. Il haussa le ton, attirant l’attention des clients de l’XO. Craignant d’être découverte, Gladys s’éloigna rapidement du café pour rejoindre l’hôtel, plus que jamais décidée à surveiller Gary et lui tirer les vers du nez.

 

(à suivre...)
 

 

 


 


 

©Alaligne, tous droits réservés


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commentaires

voyance gratuite par telephone 22/01/2016 15:00

Sincère félicitation pour votre site, c'est un réel plaisir que de le parcourir. Surtout continuez ainsi. Je vous remercie pour ce magnifique partage.