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  • : Ecritures à la loupe
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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 16:42

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Anne avait fini par me convaincre. Elle m’attendait là-bas.


J’avais laissé ma voiture au parking, pris un billet de train pour Dijon avec un changement pour Montbard. À l’heure où l’homme dépasse sans moufter le mur du son, l’escapade ferroviaire m’avait parue a priori aussi incongrue qu’accommoder du foie gras avec du topinambour. Encore que.... Mais ma douce était passée experte dans l’art de me faire avaler non seulement des tubercules au passé douloureux mais aussi des couleuvres encore bien vivantes.  En raison de son tempérament aussi docile que celui d’un pitbull, je fuyais la moindre escarmouche, restais sourd à son penchant naturel pour la provocation. Une balade de trois jours en automne à la découverte des crus de l’Auxois valait bien la peine d’y sacrifier quelques kopecks et d’endurer sans broncher les mortelles attentes sur les quais de gare pour voir s’épanouir enfin un sourire sur son tendre visage, divinement planté sur un long cou de femme-girafe. Après m’avoir vanté, au téléphone, la décoration exquise de la chambre d’hôtes qu’elle avait dénichée sur internet, mon Ipad avait été inondé de photos de l’ancien presbytère, où se nichait notre futur nid de turpitudes sensuelles, demeure jadis enfouie sous les images pieuses et aujourd’hui « designée », selon elle, par des gens au goût parfait. S’en était suivi, un long mail où elle m’assurait avoir trouvé enfin le lieu idéal où terminer les derniers chapitres du roman qu’elle avait entrepris d’écrire depuis qu’elle avait compris que l’on pouvait être publié sur la toile, sans subir l’affront d’une lettre de refus d’une major de l’édition. Le message se concluait sur une description précise, pointue, magistralement détaillée des troubles perturbants, liés à une légère infection intestinale qu’elle venait de contracter. Dans son infinie délicatesse, elle avait omis de joindre au mail les photos qui auraient pu l’illustrer. Une pensée précieuse dont je remercie encore Dieu, dans mes prières vespérales, de la lui avoir inspirée.

 

Le panneau de la gare de Lyon affichait pour mon train une demi-heure de retard. Là, où certains commençaient à râler et à couvrir les agents l’administration de noms variés d’oiseaux, je sentis poindre en moi une vague de satisfaction mielleuse. C’était juste le temps qu’il me fallait pour choisir un polar à la librairie de la gare et pour déguster vite fait au zinc, une mousse bien fraiche. À la devanture du buraliste, mon œil fut attiré tour à tour par un livre ceint d’un bandeau rouge, symbole du prix Goncourt, puis par le sticker noir et jaune du prix du polar SNCF.  Anne, sans l’ombre d’un doute, eut préféré que je lui offre le Gallimard. À bourse bien garnie, rien d’impossible. La solution brillait d’évidence : paquet cadeau pour elle et thriller compulsivement parcouru de mon côté au gré de cette brève transhumance vers les plateaux d’argile et le long d’un chemin musardant au pied des vignes, pour moi. Accoudé au bar, je relisais pour la énième fois la quatrième de couverture du livre de poche : une châtelaine anglaise, ancienne maîtresse de l’un de ses domestiques, scieur de long de son état, avait été exhumée de son cercueil pour des analyses ADN. Le tout, à la demande de sa fille Suzan qui doutait de sa filiation ainsi que de la mort naturelle de sa mère. Au moment où la police scientifique allait dévoiler les résultats et classer l’affaire, la jeune femme avait été retrouvée allongée sur les marches de l’abbaye de Westminster, énuclée, un couteau planté entre les omoplates, la robe inondée d’un flot poisseux à la nuance purpurine. Quant l’amant… il s’était fait la malle…

 

 

C’en était trop ou du moins pas assez. Une table au fond du bar m’invitait à en apprendre davantage. Après tout, il me restait dix bonnes minutes.  Dès la première page, je fus accroché. Lorsque je découvris le fin mot de l’histoire, la mienne, ou du moins celle qui me liait encore à ma fiancée prit fin. Un laconique message sur le répondeur de mon portable m’apprit que ma tendre et douce ne supportait pas qu’on lui pose un lapin.

 


 

 

 


 

©Alaligne, tous droits réservés


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commentaires

voyance en ligne gratuite 02/05/2016 11:38

Félicitations pour cet excellent travail et de nous donner l’opportunité de ’glander’ intelligemment !

voyance mail gratuite 03/11/2015 11:14

Félicitation à tous ceux qui veillent pour le bon déroulement de ce magnifique blog !!

voyance gratuite par email 21/03/2015 12:30

Bonjour ;
il est sympa ; votre site ! Beaucoup de choses à voir et à savoir… je le mets dans mes favoris, et je reviendrais sûrement.

bruno michard 18/01/2014 14:15

L'on use et abuse de cette expression : " tourner la page ". Et parfois, certaines de nos histoires personnelles mériteraient qu'on ferme carrément le bouquin et qu'on le jette. Je conserverai, si vous le permettez, votre blog en mémoire.

alaligne 22/01/2014 13:40

merci bruno... je viens d'en créer un tout nouveau plus centré sur mes activités littéraires, s'il vous intéresse c'est ici : http://catherinedutigny.over-blog.com/

voyance gratuite par mail rapide 22/11/2013 17:10

bonjour,
trop top ton blog et on apprend plein de chose! Bonne continuation par la suite que j'irais voir avec merveille! Bonne semaine remplie de joie que j'espère pour toi une bonne continuation

Jo 05/12/2012 15:01


Un joli texte. Cela fait plaisir de revenir par ici ;)


J'espère que tout va bien pour toi.

Farfadet 86 04/11/2012 18:37


Eh bien alors si en amour on ne peut même plusprendre son temps !...


un flagrand de lire qui ne vous met pas sur les rails ...


Peut m^me pas impliquer son retard  à la SNCF ... un malheureux  Goncourt de circonstances !...


 


Bises des farfadets