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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 13:31

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In the dark of the sun

 


Une année à en rêver ! Elle était venue écouterTom Petty, Bjørk, Tony Bennett, Sting et Bon Iver en concert lors du festival Norwegian Wood à Frognerbadet. Armée de bikers en cuir noir, moulée dans un jean slim destroy, le piercing étincelant, elle se sentait l’âme d’une  neo-grungette. Son ami et amant épisodique, Per, lui avait donné rendez-vous à la terrasse du Hard Rock café, ce qui n’était ni original, ni tout à fait dans ses goûts, le lieu rassemblant une pléthore de vieux rockers flirtant avec l’andropause, sapés tels d’antiques charognards de la gratte : santiags, T-shirt Mike Jagger et pattes d’éph. Il existait des tonnes d’autres cafés plus ou moins branchés, mais il avait fallu qu’il choisisse celui-là. Per avaient les idées arrêtées de son père, le distingué conservateur du musée des drakkars, un homme qui déchiffrait les runes comme d’autres des textos sur un portable, mais dont le CV s’enorgueillissait de la mention d’ex guitariste du groupe Titanic, un titre que tout bon norvégien se devait d’aimer et  respecter. Elevé  dans le credo que l’âge d’or du Rock s’était arrêté dans les seventies avec  Swinging blue jeans, John Fogerty, Creedence Clearwater revival, Matchbox, Whirlwind, Billy Swan et Robert Gordon, elle avait eu beaucoup de difficultés à le convaincre d’ acheter des billets pour le concert du soir. Per avait la fibre musicale conservatrice et détestait  Bjørk, selon lui une polissonne immature, une espèce de desperado à l’innocence contrefaite.  Leurs querelles interminables sur ce sujet avaient mis plus d’une fois leur relation sur le fil du rasoir. Au lit, leurs ébats  passionnés, peu à peu minés par ces désaccords  en apparence futiles, d’un beat frénétique avaient sombré dans un tempo glacial. Elle supportait de moins en moins bien leurs étreintes qui suivaient de manière systématique leurs engueulades. Raide comme une page de bristol aplatie sous un presse-papier de fonte, elle attendait que cela passe pour justement passer à autre chose, voire à quelqu’un d’autre.  Pourtant elle l’avait aimé, elle l’aurait juré.

Le serveur s’approcha pour prendre sa commande.


- Un smørbrød au hareng et une bière, répondit-elle avec nonchalance  

- Ringnes gold ou Aass bock?


Elle fit un geste évasif de la main, indiquant qu’elle s’en foutait.  Per était en retard et cela devenait une habitude. Parti butiner ailleurs ? Elle se prit à l’espérer…   Per lui avait confié les billets et il lui serait facile d’en revendre un au marché noir. Elle vérifia que la batterie de son portable n’était pas à plat sans pour autant prendre la peine de chercher à le joindre. Après tout, pensait-elle, c’était à lui d’appeler en premier et de lui fournir une explication plausible. Elle n’allait pas écorner son forfait pour un mec qui ne se pointait pas à un rendez-vous aussi important pour elle. D’un œil charbonneux elle parcourut les tables à la recherche d’un visage attractif qui selon ses critères se devait d’être maigre, au mieux maladif et, nec plus ultra, ressembler si possible à celui de Thomas Bangalter.  Des faces pouponnes et rosies par le soleil de juin sourirent à ce qu’ils perçurent comme une invite. Elle pinça les lèvres de dégoût et abrita ses yeux derrière d’épaisses lunettes noires. Le soleil soudain lui parut noir. Au loin, tout au bout de la rue, elle distingua trois silhouettes qui couraient et qui disparurent dans une rue à angle droit. Plus loin encore, un petit attroupement s’était formé qui l’intrigua d’abord mais dont son attention se détourna bientôt sans qu’elle en sache la cause.


Elle but quelques gorgées d’Aass et regretta de n’avoir pas plutôt choisi une bière plus légère puis picora quelques bouts de hareng, régla la note et avant de quitter la terrasse du café éteignit définitivement son portable.


Per se releva à grand peine. L’arcade sourcilière ouverte suintait en un mince filet de sang qui glissait le long de la paupière, inondait sa rétine puis goutait sur son blouson et son T-shirt. Il leva les yeux vers le soleil qui prit des reflets noirs. Dans une ville réputée pour sa sécurité, ce qui venait de lui arriver relevait de l’absurde : une agression en plein jour, perpétrée par trois jeunes blancs, à visage découvert, dans une rue commerçante. L’espace qui l’entourait, déserté quelques instants plus tôt des passants effrayés par la violence des trois hommes, se peuplait peu à peu de nombreux curieux et de quelques personnes à la mine compatissante. On lui proposait de l’aide, d’appeler la police, de le conduire à la pharmacie la plus proche pour soigner sa plaie. L’air hébété, Per secouait doucement la tête et répétait « non merci, pas maintenant ».


Les voyous lui avaient arraché son sac à dos, mais avaient négligé dans leur fuite, son portable qu’il tenait à la main au moment de l’attaque et qui gisait morcelé sur le trottoir, inutilisable. Une seule idée l’obsédait : rejoindre Liv le plus vite possible, la tenir dans ses bras, la serrer contre lui et lui dire qu’il l’aimait d’un amour fou, d’un amour inconditionnel. Il avait poussé l’instinct de sacrifice jusqu’à lui acheter le matin même, Biophilia, le dernier CD de Bjørk ; CD qui se trouvait dans son sac à dos, maintenant aux mains de ses agresseurs.  Il se dégagea de la foule, épongea d’un mouchoir en papier resté au fond de la poche de son blouson sa blessure et partit, d’abord chancelant, puis à grandes enjambées vers le Hard Rock café. Lorsqu’enfin  la terrasse fut en vue, il essaya de distinguer la présence de Liv. Les gens attablés le dévisageaient avec stupeur et leurs yeux naviguaient de son arcade au T-shirt maculé de sang. Une table libre, avec un bock de bière vide et une assiette contenant les reliquats d’un smørbrød semblait l’attendre. Il s’écroula sur la chaise, la tête entre les mains pendant que du fond du café la voix de Tom Petty scandait:


“In the dark of the sun will you save me a place?
Give me hope, give me comfort, get me to
a better place”
 

 

 

 


 


 

©Alaligne


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commentaires

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