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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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Mes romans

histoire

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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 09:10

 

spectre

 

 

VIII

 

 

 

 

Si j’interromps ce récit, c’est pour m’adresser à l’éventuel lecteur de ces pages noircies d’encre Waterman. Je devine ou du moins j’imagine son air dubitatif à l’évocation d’un chat subitement doué de la parole, qui plus est un brin philosophe, pour ne rien gâter. Comment ne pas, tout comme lui, hausser les épaules, soupirer et penser que mes longues années d’enseignement dans un trou perdu de la France profonde n’aient chambardé à tout jamais mon entendement ? Il est probable  qu’il soit tenté de penser que ma plume, à l’instar de ma cervelle, délire. Un fou racontant l’histoire d’un vieux fou, voilà à quoi se résument ces premières pages. Sans doute as-tu raison, lecteur, ô combien raisonnable et aux neurones dressés à la logique cartésienne  lors de ton apprentissage sur les bans de l’école tout autant publique, laïque que républicaine : il n’y a dans ces lignes qu’un fatras d’inepties. C’est ce que j’avais conclu moi-même - si cela peut te rassurer - lorsque Jules me prit pour confident. Excuse-moi d’employer subitement ce tutoiement amical, mais si tu lis ce manuscrit, c’est que je te connais assez pour te l’avoir confié, voire soumis à ton jugement. À l’époque où Jules vint me trouver pour me faire ses confidences, j’avais accordé tellement peu de crédit à ses propos que je n’avais pas cédé à l’envie de prendre des notes et qu’il me fallut par la suite reconstituer le début de l’histoire. En revanche, mon attachement au Berry, mon goût tout personnel pour les écrits de la bonne dame de Nohant et ceux de son fils, m’avaient habitués aux divagations et superstitions locales. Ma curiosité, secondée par ma manie de l’ordre et du classement apporta rapidement quelques éléments supplémentaires qui éclairèrent ma lanterne.

 

L’ancien instituteur qui m’avait précédé dans ce village et préparé plusieurs générations au certificat d’études, avait lui aussi consciencieusement gardé dans des cartons entreposés dans le grenier de l’école, les multiples dictées, rédactions, exercices de calculs, interrogations d’histoire et de géographie, sources d’embarras et de coups de pied aux fesses pour les potentiels impétrants. En feuilletant ses dossiers triés par années scolaires, il me fut aisé de retrouver les copies de Jules et de m’apercevoir que si le bon maître d’école n’hésitait pas à piocher ses textes dans la littérature de George Sand, il ne boudait ni Colette, ni Stahl, ni Marcel Aymé alors jeune, peu connu et pas encore détesté. Et qu’avaient en commun tous ces auteurs ? me demanderas-tu, cher lecteur : l’amour des contes et la singulière manie de faire parler des animaux. Si j’ajoute que le sujet de l’une des rédactions de Jules était d’imaginer la suite d’un extrait du Chat Murr d’Hoffmann, chat qui, soit dit en passant, apprend à lire et à écrire en observant son maître, tu comprendras aisément que la tête truffée depuis le plus jeune âge par de telles sornettes le bonhomme avait bien des raisons de prêter au chat du vétérinaire de semblables dons. Qu’il ne t’en déplaise et afin que ma démonstration soit des plus crédibles, je tiens l’argument choc devant lequel il te sera difficile de crier à l’imposture : le jour même du certificat d’études, la dictée officielle était un extrait Du mauvais jars de Marcel Aymé. Le choix de ces textes pouvait, je l’avoue bien volontiers, retenir l’attention de minots vivant tous les jours au contact de la nature et des animaux de la ferme, les rendre par leur familiarité plus dociles aux règles de l’orthographe et de la grammaire, mais ils renforçaient, hélas, dans leur esprit crédule, la croyance en des pouvoirs surnaturels qui ne pouvait être battue en brèche par une parenté elle-même parfaitement rompue aux chansons et légendes du pays. Heureusement, j’exerce mon beau métier au milieu des années 60 ; l’éducation nationale est désormais plus vigilante et les textes d’Alfonse Daudet ou de Marcel Pagnol que je dicte à mes élèves sont choisis pour la qualité de leur syntaxe, la richesse de leurs mots, la difficulté de leurs accords, mais aussi pour la vraisemblance des idées et des images qu’ils impriment dans leur cerveau. Le cantonnier eut été mon élève, les choses eurent pris un tour bien différent. Certes, on lui avait enseigné la morale, les villes de l’Afrique occidentale et équatoriale française, les subtilités du calcul du débit d’un appareil d’arrosage, mais on avait également semé en lui les germes de la jouissance de la magie.

 

À partir de ce constat, j’en déduisis que quelques pintes de vin gris suffisaient à provoquer les pires hallucinations, à faire remonter au cortex cérébral de mon ami les croyances les plus inouïes. Du moins, c’est ce que je crus après ma petite enquête. Il ne s’agissait pourtant que d’une hypothèse. J’y tiens toujours car elle rassure ; elle me rassure. Tu es libre cher lecteur de te ranger à mon avis quoique la suite de l’histoire entretienne  toujours le doute dans mon esprit.  J’y reviendrai un peu plus tard mais tout d’abord retrouvons Arsène et Jules dans les rues du village et pardonne-moi cette longue parenthèse.

 

 


 

 

à suivre...

 


 

©Alaligne

 


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commentaires

gay telephone 01/09/2016 13:48

Très bon article, comme toujours. Il a le mérite de susciter le commentaire.

Farfadet86 04/07/2011 19:16



Le langage est une construction de l'Esprit , ce Génie des langues ...


Dans l'être de chacun il fait écho avec plus ou mins de réussite...


Il a besoin des mots mais aussi des gestes et des mimiques


Et purquoi pas des anime-mots ?...


ça n'a rien de comic ,


une caravane de chats mots... 


 


Bises des farfadets


 



Alaligne 27/08/2011 17:29



la suite arrive Patrice... ;)))



catherine 01/07/2011 21:21



qui a dit à La Fontaine je ne boirai plus de ton eau... ben tu vois Catherine,  A la ligne je goûterai toujours tes mots. Les dialogues de bestiaux... moi, j'aime et merci de nous remettre
en tête tous ces auteurs. Bizzz à +