Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Ecritures à la loupe
  • Ecritures à la loupe
  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
  • Contact

Mes romans

histoire

  couv-pour-OB.jpg




30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 16:44

I

 

 

La tentation est grande, au moment où je trempe ma plume dans l’encrier, d’écrire sur la page blanche, cette phrase tant de fois lue et tant de fois prononcée : il était une fois…

 

Libre à vous de penser que l’usage d’une plume Sergent Major et d’un vieil encrier m’autorise l’emprunt de cette phrase à Charles Perrault et que des fées vont bientôt au fil de ces pages agiter leur baguette magique sous le nez de dragons crachant de la lave. 


Il vous est également autorisé d’imaginer - un lecteur a presque tous les droits - que j’inscris ces mots sur un antique grimoire, aux pages jaunies et à la tenace odeur de moisi. Mais il serait pourtant dommage qu’emportés par cette même imagination, vous attendiez des lignes qui vont suivre un catalogue de recettes magiques, de pratiques sulfureuses. Non, je ne vais pas vous livrer la quintessence d’un savoir ésotérique que j’aurais, toujours selon votre fantaisie, accumulé tout au long d’une vie bien remplie d’alambics et de cornues fumantes. Désolé de vous décevoir, je n’ai nul talent divinatoire, pas le moindre globule rouge de Nostradamus ne coule dans mes veines et si j’habite une contrée peuplée de fades, de pierres-sottes et de meneux de nuées, je vous assure avoir les pieds bien calés sur le plancher des vaches, la tête qui raisonne à l’endroit et non à l’envers.

 

Tout ce que je m’apprête à vous conter, je le tiens d’un cantonnier, pardon… d’un « Agent de travaux des Ponts et Chaussées » aujourd’hui disparu, qui venait, il y a fort longtemps, reposer ses os usés par de laborieux travaux départementaux, dans un fauteuil Voltaire auprès d’un feu de cheminée dans ma demeure et réchauffer ses entrailles assoiffées du vin épicé que j’avais coutume de lui préparer.

 

Point de grimoire, non plus ; c’est sur un cahier d’écolier à petits carreaux que je vide ma mémoire, ou plutôt la sienne, pour la simple et bonne raison que je dispose d’un stock de cinq cents cahiers vierges, modestes reliques d’une vie consacrée à tenter d’alphabétiser. Oui, ne vous en déplaise, j’aime entendre l’acier crisser sur la surface du papier, et je n’ai jamais pu m’habituer à la raideur d’un Bic et encore moins à la froideur d’un feutre, soit-il à gel, en nylon, à la pointe extra-fine, fine, moyenne ou large... Ces instruments glissent, alors qu’il faut qu’une plume bataille, livre une lutte sans merci pour trouver les mots justes, traduire les sentiments avec finesse, décrire les situations simples comme les plus compliquées. Il faut qu’elle interpelle son maître, lui brise le poignet pour tester sa résolution à aller au bout de son récit. Mon cantonnier n’aurait guère apprécié que je me serve d’un ordinateur. D’ailleurs, il est décédé bien avant que je n’en fasse l’acquisition. Ce qu’il m’a confié est trop étrange,  pour que je prenne le risque qu’un hacker vienne violer mon disque dur, lire ce texte à mon insu et le diffuser sur internet. Pourquoi pas le signer de son nom, par-dessus le marché ? Remarquez, je ne vois guère ce qui pourrait dans cette histoire l’intéresser. Il ne trouvera ici, rien de ce qui le fait saliver sur la toile. Et s’il aime l’univers des mangas, les films d’Hayao Miyazaki, que je ne dédaigne pas, loin de moi cette pensée, il risque d’être rapidement déçu par l’univers que je tente de ressusciter.


Tiens, je n’avais pas envisagé cette possibilité ! Si je commence mon récit par « il était une fois », et que je sois un jour dans l’obligation de le transformer en tapuscrit, tout pirate informatique laissera vite tomber son chapardage. Trop ringard ? Tant mieux ! Et puis, j’aime bien cette formule qui traduit exactement le doute dans lequel je suis immanquablement plongé lorsque je feuillette mes notes prises lors des interminables monologues de mon vieil ami et confident. Les a-t-il réellement vécus ou les a-t-il rêvés ? Par prudence, étant donné le contenu délicat de certaines des révélations qui émailleront ce texte, et mon incapacité à en assurer la véracité, je suis contraint de changer les noms des lieux et des protagonistes. Certains d’entre eux ont engendré une descendance procédurière ; je suis bien placé pour le savoir,  la plupart d’entre eux ayant râpé leur fonds de culotte sur les bancs de mon école !

Employons donc cette formule toute faite, qui laisse la place au doute, au merveilleux et au cruel…

 

Il était une fois, un petit village du Berry niché sur un éperon de granit, au cœur de la contrée du Boischaut qui surplombe une vallée profonde où le bocage dense et sinueux épouse les courbes naturelles d’une rivière. À le voir ainsi perché, vigie de pierre sur la mer verte des haies, des buissons sarmenteux, des roches moussues, surveillant nonchalamment les troupeaux de chèvres rousses paissant au pied des cormiers séculaires, guettant le vol des canards sauvages, serpentin aérien qui projette son ombre sur les chemins creux, on a le sentiment que la vie à cet endroit s’est figée à jamais. On pense à ceux qui s’y établirent en des temps immémoriaux et chaque tertre de terre, possible cachette d’une précieuse sépulture, avive nos sens tandis que les vers d’Hésiode affleurent à notre bouche : "Ils vivaient comme des dieux, le coeur libre de tout souci… Lorsqu'ils mouraient on eut dit qu'ils tombaient endormis." Tandis que ses toits se pressent les uns contre les autres en une mosaïque carmin et ocre brune, ses terrasses cascadent, lourdement chargées de plantes médicinales et lorsque l’on tend l’oreille, avec juste ce qu’il faut de finesse, il est possible d’entendre le murmure discret du ruisseau que nous nommons traîne et les plaintes des martes, ces esprits mâles et femelles qui poursuivent de leurs imprécations fluttées les laboureurs des champs de la plaine. Si les lourds murs de granit de nos demeures s’appuient et se confondent aux remparts de l’ancienne cité médiévale, c’est pour concentrer leurs forces et dresser un mur inviolable à la Grand’bête ou chien blanc dont le seul souffle décime les hommes et les troupeaux. C’est là que tout commença une tiède soirée de novembre quand le coq noir du père Baillou se fit couper la tête.

(à suivre)...

 

 

©Alaligne

 


Partager cet article

Repost 0

commentaires

voyance gratuite par email 28/02/2017 17:25

Merci pour ces bons conseils….c’est très agréable de vous lire…..et instructif…….

Farfadet 86 07/04/2011 10:55



Eh oui, ça faisait un bout de temps que je n'étais venu lire par ici.


Quelle joie de trouver là ce merveilleux engrenage des mots qui fluidifient notre belle langue française!


Des mots simples et jolis, "vertueux" qui nous content la Vie , des mots aux antipodes de ceux, à profusion, émis par des bouches haletantes des avidités de notre temps, tremblantes des
cupidités, des dénonciations de contenus d'actualité où chacun ramène sa "science" écornant un peu plus l'humanité de tout un chacun , grossissant de flots  de mots, des maux qui nous 
ternissent le moral ...


Oui, ça fait du bien de lire autre chose tellemnt plus proche de la Vie ...


Oui, Catherine, la plume qui gratte , comme le cep noueux qui croît contre vents et précipitations, ne peut produire qu'un bon crû à lire sans modération...





Bises des farfadets



Alaligne 08/04/2011 10:23



Merci Patrice,


J'essaie, tu le sais, de soigner le style et effectivement d'échapper à l'entonnoir de "l'actualité" et de l'instantané... Choix personnel "anti
commercial" et je l'espère peu raccoleur, mais qui correspond à mon goût pour des valeurs pérennes, des aspects humanistes qui prennent chez moi le chemin du conte, genre littéraire qui n'impose
rien et laisse le lecteur libre d'y puiser ce qu'il veut au premier, au second ou au troisième degré. Par les temps qui courent autant dire que cette démarche littéraire ne peut intéresser qu'une
minorité dont tu fais partie. Pas grave... je n'ai jamais cherché à viser large et ne pourrai jamais me résoudre à le faire. Il y a assez de gens que cela intéresse et qui le font parfois avec
talent... parfois un peu moins. Pour s'en persuader, il n'y a qu'à faire un tour dans une FNAC et de laisser son regard couler sur les têtes de gondoles. J'écris... pour le plaisir de raconter
une histoire... mon plaisir et le votre.


Sais-tu que le Calendrier de l'Avent continue son petit bonhomme de chemin et que grâce à des lecteurs comme toi, il vient par exemple d'être acheté par
un comité de lecture d'une clinique parisienne qui l'a jugé digne de "remonter le moral" de ses patients confrontés à des séjours en soins parfois intensifs et pourtant, il n'y a dans ce livre
rien qui traite "façon actuelle" pseudo documentaire, la souffrance physique et morale. Comme quoi...


 


Je t'embrasse,



delphine alpin-ricaud 02/01/2011 11:52



C'est toujours un bonheur de découvrir tes contes Cathy! je te souhaite en passant un excellent 2011! Bisous et à très vite pour la suite....



Loic 31/12/2010 10:31



Bonne et heureuse année !


La paix, la sérénité avec plein d’histoires à raconter… pour que nous les lisions dans nos soirées.


Je te souhaite cela plus d’avoir tout ce que tu cherche avec ardeur et envie.


Amicalement. Loic



Alaligne 31/12/2010 13:24



Merci Loic... Mes voeux t'accompagnent également en cette fin d'année. Que 2011 te comble de bonheur!


Je t'embrasse



Motdit 30/12/2010 19:56



Miam.... Je m'installe confortablement, je prends mon téléphone pour prévenir mes amis que les aventures recommencent. Ils vont être ravis! Puis je le débranche, je ferme la porte à double tour
(je ne veux pas être dérangée...) et je déguste!



Alaligne 31/12/2010 13:25



J'espère que tu n'es pas restée toute la nuit enfermée devant ton ordi... car la suite... il faut que je l'écrive ;))) Gros bisous ma belle



catherine 30/12/2010 19:03



Ma chère Catherine, tu me ravie... je suis en train d'écrire et Dieu sait comme cela est difficile pour moi, merci de me sortir de mes songes. A présent, les pieds bien campés sur notre bonne
terre, j'attends la suite...


 



Alaligne 31/12/2010 13:27



Merci Catherine pour ta fidélité et ton amitié. Etant donné ce que j'ai lu de toi, je te trouve très bien installée dans tes songes qui sont fort beaux!
Passe un tendre et chaleureux réveillon... tu le mérites amplement.. Baisers



Godard Patrick 30/12/2010 18:28



J'ai hâte de lire la suite... Ça semble du bon, du lourd, ça sent la plume bien affûtée... Une plume de coq animée par une virtuose !!


 


Bisous, bises, baisers et bien plus encore....................Pat



Alaligne 31/12/2010 13:29



Voilà un com qui me ramène quelques temps en arrière... pour mon plus grand plaisir... Merci à toi Patrick... et passe un superbe réveillon de fin
d'année!


Smacks et smackies...