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Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /2009 10:33


Fernand Pelez





 
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Foncez au Petit Palais qui honore en ce moment un peintre que j'ignorais complètement: Fernand Pelez.

Peintre montmartrois au profil de mousquetaire et au look de dandy, il commence comme tous ses copains peintres "académiques" par les grandes et insupportables tartines historiques, chrétiennes et mythologiques : Jésus insulté par les soldats ; La mort de l’empereur Commode… Le style n’est pas pompier, il est hyperpompier. C’est de la barbouille pour la salle des mariages de l’Hôtel de Ville de Carpentras… Mais, très vite, il abandonne toute cette soupe allégorico-comico-municipale pour devenir, en vrai missionnaire du pinceau, le peintre des pauvres. Et là commence la vraie vie artistique de Fernand Pelez.

L'écrivain, Patrick Cauvin, après avoir visité cette exposition nous livre ses réactions:

"Les toiles se succèdent, elles captent la misère au coin des rues : le petit marchand d’oranges, le vendeur de violettes ; sur les visages, la fatigue, la faim… Il faut voir le Saltimbanque, immense toile où, sous les oripeaux du cirque, sous les grimaces, les costumes de piste se cachent la désolation des pitres, les hontes des parias, le désespoir des Paillasse.

Peu à peu, les couleurs s’éteignent, l’art de Pelez prend son essor au fur et à mesure que sa palette s’uniformise et s’assombrit… Ses petits rats de l’Opéra qui se préparent dans les couloirs baignent dans la crépusculaire clarté d’Eugène Carrière.

C’est magnifique, c’est émouvant, on est loin des éternels ressassements des manifestations habituelles… Pelez ne connut jamais le succès… Il y a bien des raisons à cela : une société n’aime pas trop voir l’envers de son décor, surtout quand celui-ci est peuplé de malheur et d’accablement… Cela continue : les salles du Petit Palais étaient vides le jour de ma visite… La parole des humbles ne fait toujours pas recette… de l’autre côté de l’avenue, des enfants grassouillets posent dans des jardins pimpants, ici ils dorment écrasés sous des couvertures trouées… Et nul ne les regarde.

Courez voir Pelez, ne serait-ce que, pour le temps d’un regard, faire revivre, par un peintre oublié, le sombre carnaval des traîne-savates."


Pour avoir visité cette exposition... et dans les mêmes conditions (salles vides!!!) je ne peux que souscrire à ses propos.



Voici ci-dessous, la présentation en vidéo de cette exposition à ne manquer sous aucun prétexte:





Découvrez Fernand Pelez, peintre de la misère, au Petit Palais sur Culturebox !





A la même époque Aristide Bruant chantait dans les caf'conc' des textes où les héros surgissaient tout droit des barrières de la capitale.



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La publication du premier volume de ses œuvres, monologues et chansons intitulé Dans la rue, illustré par Steinlein  fit sensation. De Maurice Barrès à Anatole France , toute la critique se montra enthousiaste. Chacun salua le « poète sincère et vibrant, d’une rare originalité ».


Anatole France écrivit : « Le premier, Bruant a exprimé le pathétique de la crapule... » Quant àFrançois Coppée, il le fait recevoir à la Société des gens de lettres en 1891.


Ce dernier ne ménage pas ses éloges : « Je fais grand cas de Dans la rue et je le tiens pour un descendant, en ligne directe légitime, de notre Villon… ». C’est la réussite : on le chante sur toutes les scènes, Eugénie Buffet, déguisée en fille de barrière, fait applaudir, À la Cigale, À la Villette, À la Glacière, et lance À Saint Lazare ; Yvette Guilbert, vedette du caf’conc’, interprète À Belleville et Au Bois de Boulogne. Il atteint alors une gloire internationale et en 1895,  il abandonne son cabaret et part en tournée à l'étranger et dans des galas mondains.


Bruant est un travailleur sérieux. Dans sa poésie apparemment simple, la puissance du raccourci et la précision du terme dissimulent de longues recherches : « sept mois pour une chanson ! » a-t-il déclaré à propos de Biribi. Il lui fallait moins de temps pour composer les mélodies qu’il voulait nostalgiques et dépourvues de fioritures, à la manière de celle des cantiques de son enfance.

 

Décu et un poil cynique, retiré en 1895 dans son château à Courtenay, il tiendra les propos suivants devant un journaliste:

 

« Pendant huit ans, j’ai passé mes nuits dans les bocks et la fumée ! J’ai hurlé mes chansons devant un tas d’idiots qui n’y comprenaient goutte et qui venaient, par désœuvrement et par snobisme, se faire insulter au Mirliton … Je les ai traités comme on ne traite pas les voyous des rues … Ils m’ont enrichi, je les méprise : nous sommes quittes ! »


Que chantait-il donc, Aristide?... Par exemple ceci:

Fantaisie triste

I' bruinait... L'temps était gris,
On n'voyait pus l'ciel... L'atmosphère,
Semblant suer au d'ssus d'Paris,
Tombait en bué' su' la terre.

I' soufflait quéqu'chose... on n'sait d'où,
C'était ni du vent ni d'la bise,
Ça glissait entre l'col et l'cou
Et ça glaçait sous not' chemise.

Nous marchions d'vant nous, dans l'brouillard,
On distinguait des gens maussades,
Nous, nous suivions un corbillard
Emportant l'un d'nos camarades.

Bon Dieu ! qu'ça faisait froid dans l'dos !
Et pis c'est qu'on n'allait pas vite ;
La moell' se figeait dans les os,
Ça puait l'rhume et la bronchite.

Dans l'air y avait pas un moineau,
Pas un pinson, pas un' colombe,
Le long des pierr' i' coulait d'l'eau,
Et ces pierr's-là... c'était sa tombe.

Et je m'disais, pensant à lui
Qu' j'avais vu rire au mois d'septembre
Bon Dieu ! qu'il aura froid c'tte nuit !
C'est triste d'mourir en décembre.
J'ai toujours aimé l'bourguignon,
I' m' sourit chaqu' fois qu' i' s'allume ;
J' voudrais pas avoir le guignon
D' m'en aller par un jour de brume.

Quand on s'est connu l' teint vermeil,
Riant, chantant, vidant son verre,
On aim' ben un rayon d'soleil...
Le jour ousqu' on vous porte en terre.

(Recueil : Dans la rue)




J'ai aimé rapprocher dans cet article deux "bourgeois" qui mirent leurs talents réciproques au service des gueux. Vous pouvez écouter sur le lecteur Deezer en colonne de droite, Bruant chanter "Dans la rue".





Bon week-end!








Par Alaligne - Publié dans : Coups de coeur - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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