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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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Mes romans

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 12:30

 

medocs

 

(également un modeste hommage à Brett Easton Ellis)

 

 

 

Depuis que les cloisons ont été abattues et qu’un  bloc cuisson habillé de tôle noire et d'une surface vitrée trône dans ma cuisine-labo, je ne prends plus de Prozac.


Enfin quand je dis Prozac, c’est pour simplifier, car depuis des années, j’ai touché à tout ce qui tient rangé ou en vrac dans un tube ou un flacon de verre. À croire qu’à l’époque mon toubib, me prenait comme GC -comprenez gentil-cobaye- après avoir rapidement sauté entre deux consultations sa pulpeuse visiteuse médicale.


 « Tenez, Docteur, le labo vient de sortir une nouvelle molécule, une vraie merveille… vous devriez l’essayer sur l’un de vos patients » devait-elle ânonner, entre deux coups de boutoir.  Et bingo ! Le patient en costume-cravate Armani et shoes Derbie Boss Selection, attendait justement de l’autre côté de la double porte, avide de tester avec l’approbation bienveillante de son garde-santé, voire accessoirement pour l’avancée de la science et les bénéfices de grands groupes pharmaceutiques, les effets miraculeux de ladite molécule.


Cette fascination pour les laboratoires, leurs percées technologiques et leurs cash-flows astronomiques a fondu du jour au lendemain, quand en feuilletant « Masculin » j’ai lu un article sur les cuisines laboratoires. Le flash…  impossible de résister et de rester definitely square.


Frôlant l’arrêt cardiaque, j’ai découpé l’article et noté les coordonnées du designer sur mon iPad.


Un mois plus tard, exit les pilules… Un simple coup d’œil à ma cuisine est une posologie suffisante.


Laisser mon regard se repaître de  l’éclat sobre et viril du bloc de rangement subtilement laqué de noir, où mon architecte d’intérieur, Franck Larsène, a dissimulé un frigo-congélateur et une cave à vins, calme mes TOC. Faire tintinnabuler, du bout des doigts, les batteries d'ustensiles suspendus à un rail par des crochets de boucher, booste mes monoamines vers des sommets himalayens.   Avec son électroménager placé sur de petits meubles à roulettes sous l'évier, pour les déplacer et ranger à loisir, j’ai retrouvé le goût de vivre, le sens de l’essentiel, et lorsqu’il a recouvert le blond parquet du sol par de l’inox pour, je le cite : « laisser libre cours à mon imagination culinaire sans me soucier des éventuelles projections et finaliser le décor de cette pièce masculine et esthétique », j’ai hurlé « Au génie ! ». Quand il a ajouté –j’en ai encore les larmes aux yeux-  qu’il s’était évertué à façonner l’espace de mes rêves, tout en conférant au luxe une âme… Je l’aurais serré dans mes bras musclés. Mais le type est stylé et pudique. Les accolades, très peu pour lui, même dédain pour les 60 000 euros réglés cash qui l’ont laissé de marbre.


J’avais l’objet de mes désirs, mais je suis lucide, extrêmement lucide et ma thérapie ne faisait que commencer.


J’ai d’abord jeté à la poubelle -en acier brossé-  les livres de Balzac, ce plouc immonde qui a osé écrire : « Voilà la vie telle qu'elle est : ça n'est pas plus beau que la cuisine ça pue tout autant, et il faut se salir les mains si l'on veut fricoter. », et ceux de Bukowski, ce poivrot sinistre qui a vomi entre deux bitures, cette phrase infecte : « Trouvez-moi un homme  qui vit seul et dont la cuisine est propre en permanence et neuf fois sur dix je vous montrerai un homme tout à fait détestable. » La propreté d’une cuisine, c’est la fin des névroses ; ces deux là n’ont rien pigé !


Moi, je la bichote ma cuisine, mon labo personnel de psychothérapie cognitivo-comportamentale ; je veux qu’elle ait  le soyeux du satin, la douceur du miel, le velouté de la pêche. Je l’effleure d’un chiffon doux, masse sa table de cuisson à induction d’une crème onctueuse et sensuelle, lui prodigue mille caresses et j’huile son bois jusque dans ses moindres interstices.


Du clean d’abord, mais une fois l’enveloppe une fois créée, il faut aussi la faire vivre, l’habiter d’effluves exquis, de saveurs « hespéridées », de dressages aux recherches plastiques inédites. Faire de l’art, que diantre ! Devenir le Léonard de Vinci des courgettes, le Monet des asperges, le Bacon du foie de veau ! Que sais-je encore…

Le parcours est long, semé d’embuches.


La première phase du traitement est assez violente…  libérer son agressivité, faire voler en éclats la forteresse qui enserre tous ses faits et gestes. Alors,  je n’hésite pas  à aiguiser au fil du fusil  les couteaux à découper, à désosser, à croiser le fer avec les fourchettes et le tranchelard, à manier le fouet, le mortier et le pilon, à jongler avec la pince à arêtes, à pousser le moulin à légumes à 2000 tours minute, jusqu’à saturer mes tympans, imploser mes trompes d’Eustache.

 

Puis, viennent  ensuite des prescriptions d’une extrême délicatesse, propres à libérer ma créativité:

Je brunoise les carottes, je mijote à l’anglaise les fèves, je lève les filets de rougets, j’abaisse la pâte et je la chicote puis la vidèle, je contise les dos de cabillaud, je déglace les sucs, je manchonne les côtelettes, je foule les sauces, je singe, je mortifie les faisans, leur bride les ailes et les trousse, je blondis les oignons, je chevale les tranches de rôti, je chemise les moules, je clarifie le beurre, je cuis à blanc, au bleu, je rissole les petits légumes, j’abricote les babas.


Enfin, arrive le moment divin où j’hume, lape, grignote, goûte,  mastique avec d’infinies précautions, dans un recueillement mystique, les trente grammes d’élixir de vie qui décorent mon assiette en regardant Masterchef devant le home cinéma du salon.

Il sera toujours temps, le lendemain, de lancer des options vanilles, de spéculer sur les matières premières, d’acheter du Call et du Put de même Strike, les yeux rivés sur les écrans du floor


Ah oui, j’ai oublié de vous dire, je suis trader… prop trader, pour être plus précis… golden boy, c’est tellement dépassé… et tôt ou tard, pas besoin d’acter mes inputs, j’investirai dans le food business, je rachèterai Robuchon, Ducasse, peut-être même Ferran Adrià, le pape de la technoémocíon.


 Ahhhh, la technoémocíon moléculaire… le suprême art de vivre…  le FoodPairing… l’avenir de l’humanité… La cuisine moléculaire, prochaine étape de ma thérapie ! C’est fou comme je me sens bien, léger, zéphirien ; j’ai déjà de l’azote liquide qui circule dans mes veines.


Mais là, je vous quitte…Top Chef démarre sur M6.

 

 

 


 

©Alaligne

 


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commentaires

voyance mail gratuite 27/05/2016 11:41

Merci pour ton aide, je suis toute nouvelle dans le monde de votre blog.

delphine alpin-ricaud 08/01/2012 06:24


Bonjour ma Cathy! héhé.... Sympa ton Trader Cooker Psychotic! ce que c'est bon de revenir chez toi.... J'en profite pour te souhaiter une excellente année 2012 et te donner plein de bisous!

Alaligne 09/01/2012 10:54



Merci Delphy... que c'est bon de te voir (de te lire ;-) ici. Je pense souvent à toi et j'espère qu'en 2012 nos contacts seront plus fréquents. Je te
souhaite également une année 2012 pleine de surprises (bonnes bien entendu) et de la réussite dans tous tes projets. Mille baisers affectueux!



Baggins 15/12/2011 11:16


Que tout celà m'évoque des choses. Les medecins qui prescrivaient du prozac à tout vent...J'en ai été victime aussi pendant quelques années avant de me décider à changer de medecin et depuis fini
les anti-dépresseurs et je ne m'en porte que mieux ...Bisous Cathy, bonne journée

Alaligne 07/01/2012 12:48



Bonjour My Lord... pas passée depuis des plombes sur OB... merci pour ton com et le Prozac à la poubelle! Bonne année 2012!!!