Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Ecritures à la loupe
  • Ecritures à la loupe
  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
  • Contact

Mes romans

histoire

  couv-pour-OB.jpg




15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 15:21


Image Hosted by ImageShack.us





Une histoire ...  (9)




Autour de mes futurs bourreaux, des Parisette attirées par l’odeur de l’homme – vous voyez pourquoi je n’aime pas votre odeur - braillaient comme de véritables harenguières, se traitaient de noms d’oiseaux et se disputaient la légitimité d’une hypothétique reconnaissance paternelle. Ma lutine, rouge de colère, était bien entendu la plus virulente et, tous ongles sortis, elle agressait celles qui revendiquaient la filiation mythique. Une mêlée s’ensuivit où certaines y perdirent de grand lambeaux de tignasse et des bouts d’ailes de papillon. Un véritable massacre !

Sourds au vacarme que les donzelles produisaient sur leur champ de bataille, les deux humains se mirent à m’ausculter et à échanger ce qui suit :

 

-  C’est vraiment celui-ci qui te plait le plus Klemens ?

Là, c’est le plus grand qui parle.

-  Oui papa, il est exactement de la bonne taille et en plus il est très beau, bien rond, avec de belles aiguilles.

Là, vous l’avez compris, c’est le plus petit qui répond.

 

Comme ils continuèrent à parler l’un après l’autre, je vais juste changer ma voix, en grave pour le grand en plus fluet pour le petit. Tendez bien l’oreille…

 

-   Parce que, vois-tu fiston, la journée est bien avancée. Il faut te décider pour de bon. Ta mère nous attend. Tu es sûr, bien sûr ?

-  Oui, il est parfait… Je t’en prie papa… C’est celui-là et pas un autre…

-  Bon ! Alors va me chercher sur le traîneau la bêche et la pioche. La terre est dure, presque gelée. Il y a du travail qui nous attend. Hauts les cœurs et retroussons nos manches !

 

Obnubilé par leur aspect et leur odeur, je n’avais pas noté cet ustensile appelé traîneau que le plus grand masquait derrière sa longue silhouette. Klemens bondit de joie et ce faisant, écrasa quatre Parisette qui échangeaient des horions.  Rassurez-vous, elles sont aussi prestes à reprendre forme qu’elles sont lestes en gestes et paroles !

 

Lorentz profita de l’instant pour me glisser à l’oreille : « Une bêche et une pioche… c’est bon signe… Ils font sans doute partie de ceux qu’ils nomment des abolitionnistes. Au pire, tu risques la peine perpétuelle ou l’exil. Il est manifeste qu’ils ne veulent pas te couper le tronc ». Je hochai la cime sans avoir compris en quoi cela faisait une réelle différence. Des tueurs, sont des tueurs quelle que soit leur façon d’opérer et entre une condamnation à mort et une peine perpétuelle, à l’époque, j’étais incapable de faire la différence et encore moins instruit sur les conséquences barbares de l’exil. Et puis de quoi étais-je donc coupable ? A les écouter mon plus grand péché était d’être trop beau. Depuis quand était-ce un crime que de porter gracieusement ses rameaux, de prendre soin de ses aiguilles, de ne puiser dans la terre que les aliments qui me donnaient port élégant et bonne mine ? Le regard attendri que ma mère avait posé sur moi à chaque nouvelle pousse, m’avait donné bonne conscience. Faisait-elle aussi partie du complot ?  Un bref coup d’œil en sa direction me donna la réponse : elle semblait désespérée.

 

Je n’eus guère le temps de m’interroger sur les raisons du verdict. Des chocs ébranlèrent mes racines. Un outil formé d'un fer allongé et pointu, muni d'un manche enserré par un bras puissant découpait avec méthode un cercle autour de moi. Cela dura de très longues minutes, sans doute pas loin d’une demie heure. Puis, le petit, à la demande de celui qu’il appelait papa, apporta un autre instrument de torture formé d'un fer plat, large et qui s’avéra fort tranchant.

 

Peu à peu, je sentis le froid me glacer jusqu’à la sève. Non content de mettre plus ou moins à nu mes racines, le grand m’empoigna par la tête et me fit pencher à droite, à gauche, d’avant en arrière. Il m’estourbit si bien que j’eus mal au cœur et vomit un peu de résine sur ses gants. Enfin, je sentis leurs quatre mains me serrer le tronc et me tirer vers le ciel. De grosses gouttes coulaient sur leurs fronts. L’odeur devint insupportable. Allai-je défaillir ? Je rassemblai ce qui me restait de forces pour tenter de les piquer à travers l’épaisseur de leurs gants. Hélas, ce fut en vain et ni d’une ni de deux je fus jeté sur le traîneau. Lorentz baignant dans la résine était resté collé à mon tronc. Il lui était devenu totalement impossible de renoncer à sa promesse. La fidélité prend parfois des détours distrayants. Mais quelle ne fut pas ma surprise, lorsque allongé sur le traîneau, je vis ma Parisette lâcher la poignée de cheveux d’une de ses compères à demie chauve, sauter avec grâce sur le traîneau et venir se réfugier au creux de mon plus jeune verticille. Je ne m’attendais pas de sa part à une telle marque d’affection et lorsque les deux humains entamèrent leur chemin du retour, me bringuebalant sans ménagement, je lui exprimai toute ma reconnaissance. Elle fit vibrer ses longs cils soyeux et me répondit : « Tu ne croyais quand même pas que je te laisserai seul avec Monsieur -je-sais-tout ? Et puis, c’est mon père qui t’emmène avec lui. Maintenant que je l’ai retrouvé, plus question de le quitter ! »

Illusions ! Perfides et cruelles illusions ! Ce n’était donc pas pour ma belle ramure et par fidélité amicale qu’elle m’enlaçait de ses deux bras. La belle n’avait de pensées que pour la brute qui venait de m’arracher à ma tendre clairière. Connaissez-vous pire traîtresse ? Pfffffffff, les filles ! Quelle plaie !

 

Je tentai avant que le berceau de ma naissance ne disparaisse à tout jamais de lancer un dernier adieu à Markus, au renardeau qui avait partagé mes jeux, à tous ceux et celles du petit peuple de la forêt que j’avais aimés, de m’emplir du parfum des bois, des torrents, des rochers, et surtout d’envoyer un ultime baiser à ma mère. Solidement arrimé à la schlitte dans une position horizontale parfaitement inhabituelle pour mon espèce, je dus renoncer. Seul, le sol défilant sous moi à quelques pouces me renvoya l’image de ma détresse sur le miroir scintillant d’un mince tapis de cristaux de neige.

L’obscurité engloutit rapidement notre descente et les bruits s’estompèrent. Je sombrai peu à peu dans cet univers de ténèbres. Se laisser partir… partir…

 

C’est alors qu’une voix bien connue de votre narrateur entama une nouvelle ritournelle : 

 

« Maison au fond du vallon,

Prépare le réveillon,

Depuis ta cheminée

S’échappe de la fumée,

Du vin et des épices

Voici les douces prémices,

Noël sonne à ta porte

Des cadeaux plein la hotte. »

 

Ha ! Je vois que cela vous berce… Je sais, moi aussi ce soir là, j’ai succombé aux charmes de la comptine. Je vous l’avais dit, ma lutine n’a pas que des mauvais côtés. Dormez donc rassurés pour écouter la suite…


 


 

 

A suivre...

 

 


©Alaligne

 

 


 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

voyance gratuitement 27/07/2015 13:17

C'est avec plaisir que je regarde votre site ; il est formidable. Vraiment très agréable à lire vos jolis partages .Continuez ainsi et encore merci.

voyance gratuite par email 27/07/2015 13:17

Merci beaucoup pour ce site et toutes les informations qu’il regorge. Je le trouve très intéressant et je le conseille à tous !
Bonne continuation à vous. Amicalement .

delphine alpin ricaud 21/12/2009 18:49


Ouf...ils ne l'ont pas coupé!


Farfadet 86 16/12/2009 16:54


Etre déraciné  ... Oui c'est une souffrance quand on connait ses véritables origines et ce qui vous a bercé et entouré pendant une bonne tranche d'existence ...

Je me fourre la tête sou l'oreiller pour mieux ouîr tous ces échos de la forêt et les confidences de ce brave résineux ...

On va encore entendre de ces choses magiques, ça j'en suis sûr ...
Et, les farfadets ça aime bien les belles histoires ... comme tous gamins et gamines ...


catherine 16/12/2009 08:39


c'est drôle, j'ai vraiment l'impression d'y être aussi dans cette forêt... je serai heureuse de lire la fin de ce terrible conte. Je t'embrasse en attendant la suite.


Alaligne 16/12/2009 09:45



Quel beau compliment Catherine... Merci du fond du coeur... Bises à toi