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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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Mes romans

histoire

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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 11:02


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Une histoire ... (8)




C’est donc en l’an 15 7… 643 ...7 de l’ère pina… que m… sort dev… se jouer. Bon, d’accord, vous ne m’écoutez pas. J’étais sûr qu’à un moment ou à un autre vous alliez décrocher. Toujours à rêvasser de La Parisette ?


Hum ! Hum ! Je reprends : c’est donc en l’an 15 798 643 227 de l’ère « pinacéenne » que mon sort se noua. Subtil changement de fin de phrase, mais étiez-vous assez endormis pour vous en rendre compte ?


J’avais superbement grandi et conforme à ma décision de me faire plaisir, mes rameaux portaient des aiguilles bien grasses, acérées, d’un vert profond et resplendissant. Tant qu’à finir mon existence dans l’exiguïté de vos demeures autant le faire avec panache ! Je m’étais fait beaucoup de copains et copines qui venaient jouer avec moi de l’aube au crépuscule. Il faut vous dire qu’en grandissant, je leur avais dégagé une nouvelle aire de jeux dans la forêt. Ma croissance s’était en effet accompagnée de la disparition progressive de la flore qui m’avait vu naître et pour laquelle, dans mon égoïsme juvénile, je n’eus pas le moindre regret.


Parmi tous ces amis, j’avais un net penchant pour un renardeau particulièrement agile avec lequel je jouais souvent au Mikado. Bien que ne lui ayant rien caché de la prédiction de Markus, il ne se passait guère de jour sans qu’il ne vienne me rendre visite. Son affection était sincère et il m’avait promis d’établir son terrier dans un talus proche afin de rester toujours près de moi. D’ailleurs la plupart de mes amis n’abordaient jamais le sujet de mon éventuelle disparition avec moi. Bien au contraire, ils élaboraient des projets d’avenir où je tenais toujours un rôle central. Même Lorentz, que j’abritais toujours sur mon écorce entre deux leçons de plus en plus espacées par la mauvaise volonté que je mettais désormais à me plier à toute forme de discipline et d’apprentissage, faisait semblant de me croire éternel. Si bien que je finis presque par oublier la prophétie du hibou.


De son côté La Parisette continuait tous les automnes à faire les yeux doux aux bûcherons venus dépeupler notre forêt mais pour l’instant elle les avait guidés vers des lieux éloignés de ma clairière à en juger par le bruit assourdi des cognées parvenant à nos oreilles. La saison des fruits secs s’était donc déroulée sans inquiétude, juste ponctuée par ses pluies tièdes, ses senteurs musquées et ses langueurs monotones comme le versifie l’un de vos poètes. Puis, quelques flocons de neige en novembre égayèrent nos jeux. Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.


Cependant au tout début du mois de décembre quelques signes extérieurs ramenèrent l’inquiétude dans mon coeur. Tout d’abord, apprenez que la forêt possède ses guetteurs. Ceux-ci vivent en lisière des bois et nous avertissent de toute intrusion par des signaux sonores. Parmi ces sentinelles, les plus rapides à donner l’alarme sont les corneilles qui nichent l’hiver à proximité des maisons des hommes. Leurs craillements nous indiquent que des membres de votre tribu à deux pattes se dirigent vers nous. Un autre indice est olfactif. Hors la foudre tombant sur le faîte d’un vénérable et le faisant s’embraser comme un fétu de paille, l’odeur de brûlé ne peut provenir que de vous. Il en est ainsi lorsqu’au mépris de toute prudence vous réchauffez vos doigts gelés autour d’un feu de camp. Le dernier est visuel. Dès qu’un homme pénètre en notre sanctuaire, les lapins cessent leurs innocents vagabondages et regagnent leurs terriers.


Et bien en ce jour de décembre gravé dans ma mémoire, j’entendis les corneilles au matin, je sentis une odeur de brûlé vers midi et j’aperçus dame lapine et ses lapereaux se réfugier en toute hâte dans leur abri souterrain alors que le soleil amorçait sa courbe descendante. Trois signes qui ne mentent pas.


C’est donc sans véritable surprise que je vis La Parisette quitter le refuge de ma ramure et tendre l’oreille en direction de la grande combe. Avant que je puisse la retenir, sa fragile silhouette s’était évaporée.


D’instinct, je repliai mes branches vers mon tronc quand un « Aïe ! » suivi d’une bordée d’injures m’arrêta net. Je venais d’enfoncer l’une de mes aiguilles dans le flanc de l’Argoulet. Il me montra en fulminant l’entaille laissée dans sa redingote en écailles de lépiotes ainsi que la minuscule goutte de rosée qui perlait à la déchirure. Je me confondis en excuses et fit suinter un peu de fraîche résine pour cicatriser la plaie. Lorentz ramené à une humeur plus pacifique, je lui expliquai l’origine de mes craintes. Il plissa le museau, se gratta le front, puis solennellement, il me promit que quoiqu’il advienne, il ne me quitterait pas d’un millième de pouce. Je l’aurais bien serré contre mon tronc mais je craignis d’endommager derechef sa redingote. Un simple sourire suffit à l’assurer de ma reconnaissance.


Deux heures passèrent à scruter le petit sentier qui menait de la combe à ma clairière. Soudain deux ombres menaçantes se détachèrent de l’entre lacis des ronces sarmenteuses au bout du chemin. Une petite tâche de lumière sautillait devant elles en fredonnant une comptine. Lorentz caressa mon écorce et me murmura : « Il va falloir être fort, mon petit. N’oublie pas ce que je t’ai dit, je ne t’abandonnerai pas ».


Plus que trente toises et les assassins seraient à portée de mes redoutables épines. Plus question d’avoir peur. Je puisai un maximum de vitamines par mes racines et brandis mes milliers d’aiguilles affûtées en leur direction.


Ils hésitèrent un instant sur la direction à prendre, mais la colère avait tellement gonflé mes branches qu’au lieu de passer inaperçu, on ne voyait que moi !


Je les observai avec attention. Sur les deux, l’un était grand et l’autre normal, c’est-à-dire de ma taille. Cette première confrontation avec deux spécimens du genre humain me déconcerta plus qu’elle n’augmenta ma colère. Dans mon imagination je les avais assimilés à des Bogey Men, des croquemitaines courts sur pattes, à la chevelure foisonnante, la barbe longue et blanche, la peau velue, tannée et rubiconde, vêtus de peau d’ours, chaussés de cuissardes, amateurs forcenés de la chair tendre et rose de petits enfants. Ceux qui inexorablement s’approchaient de moi étaient, je dois en convenir, fort différents. Le plus grand, au corps harmonieux et robuste possédait un visage glabre, agréable et de grands yeux bleus. Le plus petit avait des joues poupines, un regard espiègle et arborait un large sourire. Tous les deux étaient coiffés de bonnets bleu marine, gantés de moufles épaisses, chaussés de bottes à revers de peau de mouton. Autant le dire tout de suite, ils avaient l’air plutôt soigné. En revanche leur odeur, sans être aussi répugnante que celle du putois, me souleva le cœur. L’odeur de l’homme est une insulte au monde végétal !


Je me bouchai le nez quand ils s’approchèrent jusqu’à me toucher.

 

Quoi ? Vous vous agitez sous vos draps. Vous pensez peut-être que vous exhalez l’odeur suave des dieux et des élus ? Que la myrrhe, l’encens ou l’ambroisie suintent de votre corps ?  Oubliez ces balivernes ! Vous sentez naturellement mauvais, du moins c’est mon avis.


 


 

 

A suivre...

 

 


©Alaligne

 

 


 

 

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commentaires

voyance gratuite par mail 27/07/2015 13:17

Merci pour ces bons moments sur votre blog. Je suis souvent au poste pour regarder (encore et toujours) ces merveilleux articles que vous partagé. Vraiment très intéressant. Bonne continuation à vous !

Pascaly 21/12/2009 16:20


J'en ai connu un aussi, il est plané solidement chez mes parents depuis plus de 40 ans !!


Alaligne 24/12/2009 18:51



Aurais-tu déjà lu la fin?????????? MDR... joyeuses fêtes ma belle!!!



Dông Phong 14/12/2009 21:53


On ne peut pas s'endormir, ni assis ni debout, en lisant ton conte, chère Alaligne.
Bonne nuit,
Bien amicalement.



Alaligne 15/12/2009 10:52



Merci Dông Phong de te glisser nuitament dans mon conte endormi... Je t'embrasse très amicalement...



Farfadet 86 12/12/2009 18:23


Odeur de sainteté pour les grands
Odeur de seins tétés pour les poupons ...
Mais cela c'est encore un parfum du ciel ...
Et le miel de résineux , c'est pas pour les gueux  !...
Bon je repars illico dans le sommeil pour entendre la suite
de ce Conte à dormir debout

Bises du ça me dit ... 


Alaligne 15/12/2009 10:51



Merci Patrice de rester endormi pour lire la suite... :D



delphine alpin ricaud 11/12/2009 13:37


Excellent cathy! Si j'étais un sapin j'en tremblerais de toutes mes branches et aiguilles tellement je ne veux pas que ton héros soit "assassiné" par les hommes....Bises!!!!!!!!!!!!!!


Alaligne 15/12/2009 10:50



Je ne le souhaite pas plus que toi... ;))))))))) Gros bisous!



catherine 08/12/2009 12:29


oh le pauvre, il va y passer... il faudrait qu'il se fasse tout petit et tout moche... tu ne peux pas trouver les mots pour ça ?
bizzz je reste éveillée pour lire la suite.


Alaligne 15/12/2009 10:48



Il est beau et attractif... donc... Mais la vie réserve de belles surprises... alors ce conte y ferait-il exception? Bizz itou