Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Ecritures à la loupe
  • Ecritures à la loupe
  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
  • Contact

Mes romans

histoire

  couv-pour-OB.jpg




5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 12:50


Image Hosted by ImageShack.us





Une histoire ... (7)


 


 



 

 

Je ne me souviens plus exactement combien de temps dura mon malaise. Lorsque je recouvris les esprits, le soleil avait disparu derrière les cimes en laissant derrière lui de larges bandeaux d’un mauve violacé. Un vent du nord, chargé de la fraîcheur des glacis me rendit peu à peu tous mes moyens. Instinctivement, je cherchai des yeux Lorentz mais c’est l’image d’une Parisette dansant avec frénésie qui s’imprima dans mes prunelles et les paroles d’une nouvelle comptine qui vrillèrent mes oreilles :


 

« Scie, scie, scie

Bûcheron, l’ami

Cogne, cogne, cogne

Fais ta besogne

Hache, hache, hache

J’aime ta moustache

Coupe, coupe, coupe

Je chauffe ta soupe

Frappe, frappe, frappe

Je mets la nappe »


 

Je l’aurais volontiers étranglée sans l’ombre d’un remords, sentiment par ailleurs parfaitement inconnu de votre narrateur à cette époque. Comme tombée en transes, elle semblait ne plus pouvoir arrêter sa chorégraphie démoniaque et piétinait l’herbe telle un chamane qui aurait dévoré un kilo de champignons hallucinogènes. Un rapide coup d’œil en direction de la petite futaie de bouleaux qui bornait du côté du levant ma clairière, me confirma dans mes soupçons : une énorme amanite tue-mouches avait disparu du paysage.

 

Mon ami l’argoulet m’avait expliqué l’usage et les abus dont certains lutins et lutines faisaient de ce flamboyant champignon rouge et blanc, mais de là à penser que La Parisette en consommait sans retenue, je vous avoue que ce fut pour moi une terrible découverte. Etant donné d’une part que les effets toxiques ne s’effaçaient qu’au bout de longues heures et que d’autre part je ne savais pas quand elle avait commencé à croquer dans l’amanite, il ne me restait plus qu’à prendre mon mal en patience et croiser mes aiguilles pour qu’elle sorte de ses vapeurs au plus tôt.

 

Je mis à profit ce délai pour questionner plus avant Lorentz sur les raisons de l’état de La Parisette. Je dus insister car mon ami s’en voulait de m’avoir brutalement confronté à une réalité cruelle et s’était enfermé dans le mutisme. L’ayant rassuré sur ma santé et sur ma capacité à tout entendre, il céda à mes instances et voici ce qu’il me confia : « les Parisette sont connues pour leur goût prononcé des bûcherons, leurs forts biceps les « han » qu’ils poussent à chaque effort. Elles tournent autour d’eux, font les coquettes dès qu’ils se livrent à leur sinistre travail. Bien entendu, ils ne les voient pas, car ils sont assez rustiques et font partie de ceux qui nient notre existence. Pourtant ce sont elles qui les guident jusqu’aux plus beaux spécimens de ta race. Une vieille légende prétend qu’elles doivent leur existence aux amours de l’un deux et de la belle nymphe Oréade qui vivait au creux d’un grand chêne. Compagne de la déesse Artémis, elle avait fait vœu de fidélité, virginité et de consacrer son existence à l’accompagner dans ses chasses. La colère d’Artémis fut terrible lorsqu’elle découvrit qu’Oréade attendait un enfant. Pour la punir elle décréta que les fruits des entrailles de la nymphe seraient condamnés à ne mesurer que quelques pouces, resteraient invisibles au genre humain mais vivraient éternellement dans la quête de leur père. Aussi dès que le bruit d’une cognée résonne à leurs oreilles, les Parisette affluent pour charmer ceux qu’elles considèrent comme les descendants de leur géniteur. Nulle malice, vois-tu mon petit, juste une destinée qui par ricochet s’acharne contre ta famille. Si la légende dis vrai, tu ne dois pas lui en vouloir, mais tu dois t’attendre un jour à faire les frais de sa recherche en paternité ».

 

Ne pas lui en vouloir, il en avait de bien bonnes l’argoulet ! J’avais abrité sous mes jeunes branches celle qui serait un jour à l’origine de ma perte. On fait nettement mieux dans le registre de l’amitié !

 

Comprenant mon humeur Lorentz se tourna vers Markus qui observait les deux yeux écarquillés dans la pénombre les gesticulations de la lutine et lui demanda ce qu’il en pensait. Le hibou prit son air le plus docte et décréta ce qui suit : « Hum ! Tant que ce godelureau n’aura pas quatre à cinq verticilles sur son tronc, il ne craint pas grand-chose, cela lui laisse environ six à sept bonnes années devant lui »

 

Six à sept années ! Quand je pense que certains de ma parenté atteignent quatre cents ans… Je vous laisse imaginer l’effet que fit sur moi un tel pronostic.

 

Heureusement je suis d’une nature plutôt optimiste et puisque le destin m’avait donné si peu de réserves de vie devant moi, je décidai illico de mettre un soin particulier à me faire plaisir.

  

Je vais donc vous épargner la narration des années qui suivirent, mes problèmes d’oedipe étant donné la décision que je venais de prendre. Ce fut une période de mon existence dont je ne tire aujourd’hui aucune fierté particulière. En gros et pour être totalement clair, je me conduisis toutes ces années là en parfait égoïste.

 

Il est temps, oui, grand temps, que je vous narre l’hiver de mes huit ans.

 

Oups ! J’ai détecté que vos songes se concentrent sur La Parisette. Méfiez-vous, elle a de multiples tours dans son sac à malices et si vous la suivez dans ses batifolages, il se pourrait bien que vous ne soyez plus à même de suivre le cours de mon récit. Un peu de tenue, s’il vous plaît ! Ressaisissez-vous et laissez votre respiration reprendre son cours normal.


 


 

 

A suivre...

 

 


©Alaligne

 

 


 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Pascaly 21/12/2009 16:17


C'est que l'on a tendance à se mettre en apnée ...


delphine alpin ricaud 11/12/2009 13:32


haha tu t'en es sortie très bien finalement face à l'idée de la mort ! Je cours lire la suite....Ces huit années sont alléchantes!


Alaligne 15/12/2009 10:45



Oui... thème difficile... et ce n'est pas fini... si je trouve le temps d'écrire la suite... Big smacks Delphine



Farfadet 86 07/12/2009 16:07


Oh ! c'est vraiment adorable cette histoire même  si une once de tragédie se glisse à travers ces lignes ...
Branches de Diou et pones en terre , cette Parisette hallucinée n'est point l'idéale dulcinée pour un sapin de bonne renommée !...
Par sa contine endiablée, on voudrait bien ne pas devoir trancher entre  belles essences et petits esprits de la foêt pour conserver tant de belles amitiés ...
Bises des Farfadets  bien moins "foufou" que Parisettes


Alaligne 15/12/2009 10:46



Il y a toujours une once de tragédie dans la vie... ;))) Mais tu le sais... je suis trop optimiste pour laisser les choses en l'état. Gros bisous
Patrice



L'Oeil regardait cahin-caha 06/12/2009 20:10


J'aime ce petit détour quasi mythologique...


Alaligne 07/12/2009 11:37



moi aussi... mdr... gros bisous l'Oeil et bonne semaine!