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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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Mes romans

histoire

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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 15:10


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Une histoire ...
  (2)


 




N’ayant jamais été précoce, il me fallut attendre la fin du printemps pour émerger de mon nid douillet et prendre toute la mesure de la beauté de ma pouponnière sylvestre. Il faut surtout vous dire que j’ai débuté mon existence dans un écrin de verdure, un monde magique, le Scwarzwald. Je sais, ce mot chuinte beaucoup, mais si je murmure ce nom, il glisse comme de la guimauve, s’effiloche comme de la barbe à papa.

 

Vous n’êtes pas convaincus ? Bon, alors si je vous dis, la Forêt-Noire… Pas le gâteau, bande de gloutons, mais la belle et profonde forêt, celle des contes des frères Grimm, de Hänsel et Gretel, du petit Hans, des musiciens de Brême, des trolls et des lutins. Si j’ajoute que j’ai grandi dans les senteurs des digitales, des orchidées sauvages, de la gentiane et des pensées sauvages, que mes premiers compagnons de jeux furent des faons, puis des chevrillards, de jeunes chamois, des daguets, et des marcassins, que j’ai été bercé par le chant des fauvettes, des bergeronnettes des ruisseaux, du bruant jaune, de la gelinotte et des mésanges, que j’ai été veillé la nuit par des hiboux et des chouettes, vous comprendrez aisément que cette période de ma vie sous la houlette du principe de plaisir ait duré un peu plus longtemps que pour certains de mes congénères, élevés en rase campagne. Pas de quoi entrer en thérapie, mais quand même !

 

Une enfance bénie par Dame Nature, sans contraintes, sans soucis. Mon premier été fut un délice. Chaque journée apportait son lot de nouvelles découvertes et je me m’enivrais de bonheur en sentant ma jeune sève darder jusqu’à la pointe de mes premières aiguilles, les propulser de quelques millimètres supplémentaires vers le ciel. Je n’ose à peine vous avouer les rêves de grandeur qui m’envahissaient dans ces moments là, particulièrement quant au loin j’apercevais ma mère droite comme un « i » dominant du haut de ses vingt toises un parterre d’épines roussies. Oui, un jour, moi aussi, je pourrai faire le fier, jeter mon ombre sur les eaux scintillantes du Schluchsee, devenir le refuge des écureuils, abriter à mon tour des couples de becs-croisés.

 

Le premier bémol à ce tableau paradisiaque arriva un soir d’octobre. Tout d’abord je crus que mon ami Markus, le hibou, perdait son duvet de plumes blanches. Mais au rythme où les plumes tombaient sur le sol et noyaient de blanc le paysage alentour, je dus me rendre à l’évidence : un seul Markus ne pouvait être à l’origine d’une si profonde transformation. De petits picotements dans mes racines, le silence qui régnait sur la forêt, la livrée de ma mère qui devenait bicolore, tout cela me parut fort bizarre. Instinctivement, je serrai mes aiguilles, me recroquevillai sur mon tronc, lorsque soudain elle m’apparut.

 

Haute de dix pouces, elle cachait une délicate chair d’un rose pale sous de longs cheveux piquetés de mousse et sous une cape translucide d’ailes de papillon. Pieds nus dans le tapis de plumes blanches, elle tremblait de tous ses membres, jetait des regards éperdus dans ma direction.

Mon inexpérience et mon inconscience m’inclinèrent à lui proposer l’abri de mes chétives branches pour lui venir en secours. Elle ne se fit guère prier pour accepter mon offre.

 

Je découvris un sentiment sans l’aide de personne: celui de l’autosatisfaction.

 

Blottie contre moi, elle m’expliqua qu’elle était une Parisette, lutine connue pour son humeur joyeuse, mais impitoyablement poursuivie par les maléfices de son ennemie jurée, la Tourmentine. Jalouse de sa beauté, celle-ci l’avait condamnée à ne vivre qu’une saison et à périr dès les premières gelées. La jeune lutine cherchait un moyen de déjouer les plans de l’odieuse créature et profitant de son aversion des sapinières, s’était réfugiée au cœur du domaine des grands épiceas pour échapper au sortilège. Hélas, l’hiver avançait à grands pas et ce que j’avais pris pour des plumes blanches étaient, me précisa t-elle, des flocons de neige, signes annonciateurs de son imminent trépas.

 

Que ne l’ai-je alors rejetée à son sort, que ne l’ai-je laissée grelotter sous les flocons assassins, que n’ai-je résisté à ses adorables yeux bleus emplis de fausse candeur. Elle s’était bien gardée, la traîtresse, de me préciser que de sa dépouille renaîtrait au printemps une nouvelle Parisette et qu’il en était ainsi depuis la nuit des temps.

 

La colère me fait perdre le souffle et les oiseaux migrateurs, eux-mêmes glacés par mes propos, battent moins bien des ailes.


Vous ont-ils transmis mes paroles ? M’avez-vous entendu ? Dormez-vous toujours ?

 

 

 

 

A suivre...

 

 


©Alaligne

 

 

 

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commentaires

Pascaly 20/12/2009 11:20


Quelle idée géniale que de faire parler un sapin !!! J'adore le début, BRAVO !!
Je crois que tu as oublié le h de forêt noire en allemnd ??
Allez, je me plonge dans la3ème page...


gari 22/11/2009 02:46


non,  pas spike inglich  lol  !   l'allemand  j'en ai fait deux ans , mais c'était il y a longtemps , j'avais pourtant demandé  anglais    , bref deux langues  me suffisent pour me faire comprendre , pis y a les mains ! 


bise! 


Alaligne 22/11/2009 10:17



et le pinceau... avec lequel tu te fais très bien entendre... gros bisous Gari



delphine alpin ricaud 21/11/2009 09:53


Oh, mais je n'arrive pas à dormir moi avec ce conte! J'adore! ca y est maintenant, je situe le narrateur et il me tarde de savoir dans quel pétrin il va s'embourber....Tu es vraiment douée!
Bisoussssssssss


Alaligne 22/11/2009 10:16



Pourtant Delphine, il faut dormir pour pouvoir l'entendre... Ce ne serait d'ailleurs pas une critique... Il m'arrive de m'endormir en lisant un très bon
bouquin... ;)))))))))))))
Je t'embrasse



Farfadet 86 20/11/2009 11:22


Ah la séduction a aussi ses épines pour mieux vous attendrir mon bel Epicéa !...

Alors, on ne fais "pas risette" à ses vieux amis de la Forêt !

Le lutin farceur

Farfaderière  et par deux vents : Bise et Zephir


Alaligne 22/11/2009 10:19



Vais-je me lancer dans un conte érotique et du coup voir mon blog être classé X?

Farfadet, mon lutin préféré... Bon dimanche



gari 19/11/2009 00:15


ja  ich  libe foret  noireeuu !!  lol

à suivre donc ! ;)


Alaligne 19/11/2009 10:43



Polyglotte Gari?... l'italien, l'allemand, le français... Do yu speak english too???????????? Merci l'ami de t'attarder sur mes petits délires...
t'embrasse



rozéfré 17/11/2009 16:48


Moi je connais bien Creutzwald en Moselle !


Alaligne 19/11/2009 10:39



Voilà un commentaire qui fait avancer le schmilblink... Merci Rozéfré... ;)