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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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Mes romans

histoire

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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 12:05


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Une histoire ... (10)




Je m’étais endormi, plongé dans un sommeil sans rêve. Les aboiements d’un chien me sortirent de cette léthargie. Nous étions arrêtés au seuil d’une massive demeure et soudain tous mes sens retrouvèrent leur acuité normale. Immédiatement une odeur mixte, à la fois nouvelle et ancienne flatta mon odorat. J’y retrouvais certes la senteur poivrée et musquée de mes ancêtres mais exacerbée et enrobée d’une fragrance de miel. Elle se doublait d’un arôme animal inconnu ou du moins seulement déjà perçu lorsque le vent passait sur les pâturages au printemps et remontait les flancs des alpages jusqu’à ma clairière. Mais là, les deux effluves se mêlaient puissamment et créaient un parfum lourd qui devint rapidement entêtant.

 

 

Je fus libéré de mes liens et le plus grand me remit dans une position verticale qui fit redescendre la sève jusqu’au bout de mes racines. Il m’examina des pieds à la tête et retassa la petite motte de terre qui protégeait mes radicules. Il m’adossa au mur de la demeure tout à côté d’une ridicule maisonnette où un petit bonhomme immobile, entortillé dans une longue cape, coiffé d’un large chapeau, fixait d’un air hagard le ciel étoilé, les bras serrés sur un animal gracile. Etait-ce une nouvelle espèce de petit homme de la plaine, un lutin condamné à vivre en compagnie des hommes dans une chétive maison ouverte aux intempéries?


Je m’en ouvrai à Lorentz qui profitait de l’accalmie pour remettre un peu d’ordre dans ses vêtements froissés par le voyage.  Il sourit et me confia ceci : «  Il s’agit, mon petit, d’une statuette qui représente Saint Wendelin. Les humains lui attribuent le pouvoir de veiller sur leurs troupeaux. Beaucoup de fermes dans la vallée possèdent ce qu’ils appellent un autel, en réalité une niche sur la façade de leur maison où ils exposent leurs saints protecteurs. Vois-tu, ils ne croient pas en mon existence, pas plus qu’en celle de la Parisette, mais ils prêtent à certains de leur race, disparus aujourd’hui, des pouvoirs bien supérieurs aux nôtres. Cela fait partie de leurs paradoxes. N’essaie pas de comprendre, ils sont tellement déroutants ».


La Parisette qui était jusqu’ici restée parfaitement muette, calme, allez,..avouons-le...sage comme une image, gigota sur mon verticille et entonna une nouvelle comptine :

 

« Qu’il pleuve ou qu’il vente,

Sans repos, ni détente,

Du vêlage à la tonte,

Le berger tient ses comptes »

 

Décidemment tout était bon pour ma starlette lorsqu'il s'agissait de se lancer dans de nouvelles chansons.

Une autre question me taraudait l’esprit, mais je n’eus pas le courage de la poser à Lorentz tant je redoutais une réponse négative. Les hommes érigeaient-ils aussi des autels aux épiceas ?

 

Les miens paraissaient fatigués, pressés de rentrer à l’intérieur de la maison. Klemens ouvrit le vantail de la porte et précédant de peu son père, il pénétra dans un espace très lumineux. Je pus encore entendre le timbre d’une voix douce les accueillir, le son amorti de furtifs baisers, puis la porte se referma, nous laissant tous les trois dans l’obscurité en seule compagnie d’une statuette indifférente à notre sort.

 

Nous bivouaquâmes toute la nuit.

 

Au petit matin le grand vint prendre des nouvelles de ma santé. Il examina l’état de mes racines et hocha la tête. Il partit quelques instants puis revint, tenant dans ses mains un sac à forte odeur d’humus et un grand pot évasé. Il versa la terre au fond du pot, me saisit par le tronc et m’enfourna dedans. Il combla les trous avec de grandes poignées de terre, la tassa si bien que je sentis mes racines engourdies reprendre peu à peu leur sensibilité habituelle. Puis il recula de quelques pas, m’observa et son visage exprima la plus totale satisfaction. Il nous traîna, moi, le pot, Lorentz et La Parisette à l’intérieur de sa maison. La pièce était grande et pavée de pierres extraites au cœur même de nos montagnes. Dans un angle, un poêle de faïence jouxté d’un massif banc en bois délivrait une douce chaleur. J’écarquillai les yeux ébloui à la vue de tous les aménagements, accessoires, meubles, horloges, tables entièrement nouveaux pour moi. Soudain,  un immense « bienvenue » résonna dans l’espace. Ce cri accueillant tourbillonnait autour de moi, emplissait l’air d’une ouate affectueuse. Je fis un effort pour distinguer chaque voix et c’est là que je me rendis compte qu’elles provenaient l’une d’une armoire, l’autre d’un coffre, celle-ci d’une table et beaucoup d’autres des fondations en passant par les murs, en finissant par les charpentes et le toit. Un brouhaha joyeux fêtait mon arrivée dans ce lieu. Toute la maison me parlait, me félicitait pour ma belle taille, mon aspect réjouissant. Nous fîmes les présentations et ce fut comme si cette demeure était un arbre généalogique vivant… D’ailleurs c’était le cas… tantes, cousins, oncles, arrière-grands-parents, tous entonnaient en chœur une incantation de bonheur à mon endroit.

 

Je découvris alors un sentiment nouveau, celui de l’appartenance.


Je dois vous avouer que cela effaça les tourments et sombres pensées de la veille. La liesse s’empara de moi à tel point que les émois de La Parisette au contact de celui qu’elle prenait pour son géniteur me parurent des broutilles. Je venais de retrouver une famille qui sans nul doute prendrait soin de moi, me protégerait de la menace humaine. Quelle joie ! L’horizon rosissait devant moi…

 

Evoquer ce moment me trouble encore et je dois faire une pause.

Je sens que vous vous réjouissez avec moi. Un léger sourire a fleuri sur vos lèvres. A vous voir ainsi, endormis et souriants, savez-vous que vous ressemblez à des anges ?


 


 

 

A suivre...

 

 


©Alaligne

 

 


 

 

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commentaires

voyance gratuite mail 27/07/2015 13:17

Merci pour ce très bon site, vraiment un panaché de bonnes et intéressantes idées. Surtout continuez ainsi. Bon courage .
Cordialement .

voyance en ligne gratuite 27/07/2015 13:16

Je suis vraiment fière de vous découvrir, votre blog est vraiment super ! J’aime bien son interface, et j’ai trop adoré le contenu aussi. Surtout continuez ainsi !

Farfadet 86 21/12/2009 01:04


Le bois chante sous l'effet des variations de température et du degré d'humidité   mais il crépte dans le feu ...
Alors lui Lorentz et la Parisette préfèrent chanter ...


Alaligne 21/12/2009 10:39



Assassin!!!... tu veux peut-être faire brûler mon héros? tsssssssssss, c'est bien une idée de Farfadet cela.... ;)))



catherine 18/12/2009 19:21


Le bois ne meurt pas ! c'est vrai il ne peut pas... quand on voit les artisans-menuisiers travailler avec tant de passion. Les anges ne dorment pas, tu as raison Catherine, ils veillent... à la
suite... bizz