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  • : Ecritures à la loupe
  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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Mes romans

histoire

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11 janvier 2007 4 11 /01 /janvier /2007 23:00

 

 

Blog-notes*

 

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Crédit photo Bettina

 PS: Il suffit de cliquer en tête de la page d'accueil sur "Romans" pour accéder aux précédents chapitres 

 

VIII

 

- Vous avez tort sur un point et raison sur l'autre, Corinne. Professionnellement, j'apprécie votre travail. Vous êtes précise, observatrice, rigoureuse et intelligente. Non seulement je vous ai observée depuis votre rattachement, mais je vous ai laissé, vous en conviendrez, à plusieurs occasions une grande marge de manoeuvre.

- Non ! Ne faites pas cette moue, c'est vrai ! Si je n'avais pas eu confiance en vos capacités, pensez-vous que dans l'enquête sur le règlement de comptes du Bar du Canal, je vous aurais laissée seule mener certains interrogatoires ?


Corinne esquissa vaguement un acquiescement de la tête.


- Le second point est plus délicat. Mais, puisque vous sollicitez mon avis, oui, je trouve que ce métier n'est pas fait pour une femme. Car, quelles que soient vos compétences, votre motivation, vos qualités personnelles, je ne pense pas qu'une femme soit à sa place dans la police. Regardez autour de vous, regardez vos collègues, regardez-moi ! Est-ce que la vie que nous menons est enviable ? Est-ce ce style de vie dont vous rêviez petite fille ? Regardez les gens que vous interrogez ! Avez-vous envie de passer le reste de votre existence à remuer la boue, à vous coltiner des camés, des barjos, des alcoolos ? A  patauger dans le sang, la merde, le vomis, le foutre ? Et puis, ne me sortez pas le couplet sur la veuve et l'orphelin, sur la grandeur et la noblesse du métier. Foutaises ...
 
Le ton était rapidement monté et Delage avait machinalement ramené les épaules en avant, serré les poings au fur et à mesure que les mots jaillissaient de sa bouche dans une attitude qui lui était familière lorsque la colère l'envahissait et que le jeune Lieutenant jugeait limite lors des interrogatoires.


- La grandeur et la noblesse du métier enchaîna-t-il, consisterait, Lieutenant, à ne rien avoir à faire, à vivre dans une société qui n'aurait besoin de flics que pour aider des vieilles dames à traverser les rues, à ouvrir le passage aux ambulances et aux femmes enceintes sur le point d'accoucher ! Je vais vous dire, Lieutenant, peut-être avez-vous raison sur le premier point. Je n'ai pas totalement confiance en vous... En réalité, pas suffisamment confiance en moi pour vous juger. Car, si un jour vous devez tirer et abattre un homme, je vous en voudrai de le faire, je vous en voudrai d'avoir appuyé sur la gâchette et de vous condamner vous-même toute votre vie à revivre cette scène, et pas seulement en rêve, Corinne, non, pas seulement en rêve ! Et si vous ne le faites pas, je vous en voudrai aussi, sans doute plus encore, car je serai alors obligé de le faire à votre place en bon flic exemplaire que je suis! Si vous avez un besoin désespéré de vous rendre utile, de voler au secours de votre prochain, vous n'aviez qu'à faire l'école de la magistrature, devenir juge ou avocat...


- Juge pour enfants, je suppose ? répondit Corinne avec une pointe d'ironie dans la voix. Parce que Juge d'instruction ce n'est sans doute pas non plus un boulot pour une femme, si je suis votre raisonnement jusqu'au bout.


- Tout à fait, vous avez parfaitement compris, Lieutenant. Vous pouvez me considérer comme un parfait macho, un vieux réac, c'est vraiment le dernier de mes soucis. Vous vous conduisez bien en bonne femme en allant pleurer dans le giron de Guedj et en vous attendrissant devant deux tourterelles qui n'ont qu'une envie, celle de baiser.

  
Delage s'interrompit, redressa ses épaules et desserra ses mains dont les jointures des phalanges étaient devenues blanches mais ses mâchoires restaient crispées et une lueur de rage animait le fond de ses prunelles.


Le Lieutenant n'avait manifestement pas prévu une telle sortie et semblait maintenant chercher ses mots, hésitant à contrer le policier ou se soumettre.


- Je... Je ne pensais pas,  finit-elle par balbutier


- Penser quoi ? tonna Delage. Vous vouliez connaître mon avis, vous l'avez. Maintenant, Lieutenant, si vous souhaitez travailler avec quelqu'un d'autre, faites-le moi savoir, j'appuierai votre demande. Autre chose, Lieutenant Gerbaut ?


- Non, Commissaire fit-elle d'une voix blanche. Heu, si ! se ravisa-t-elle. Je n'ai nullement l'intention de demander ma mutation. Pour le moment, je vais me contenter de récupérer les conclusions d'une autre bonne femme, la graphologue et je vous rappelle que devriez être en ce moment dans le bureau du Principal... Vingt minutes se sont écoulées ajouta-t-elle en le narguant avec effronterie.

 
Quel culot! pensa Delage en la voyant tourner des talons et quitter son bureau sans vraiment savoir si cela renforçait sa colère ou éveillait son intérêt. Il se foutait totalement d'arriver en retard à la réunion et ne désirait qu'une chose : boire une bière.

Il avait besoin de se calmer et d'analyser ce qui venait de se passer, d'en évaluer les possibles conséquences. Il essaya de se concentrer, mais son cerveau refusa de fonctionner en ce sens et des images se mirent à défiler dans sa tête en vagues de plus en plus accélérées.

La trogne hilare du père Matthieu émergeant de reliures colorées prit subitement les traits de son oncle furieux, hurlant de rage et brandissant de sa main valide, un livre de collection dont il avait corné une page, puis ce furent les traits effarés d'un jeune collègue venant de prendre une balle à bout portant dans le ventre, s'affaissant lentement la bouche ouverte, les yeux exorbités en un ultime appel qui émergèrent de sa mémoire.


Arrête de déconner, pense à un truc sympa, se dit mentalement le policier. Il bloqua ses neurones et entreprit méthodiquement l'exploration des zones roses de ses souvenirs, mais rien ne filtra de sa recherche. Il était sur le point d'abandonner la partie, de jeter l'éponge lorsque surgirent quelques mèches folles, aux reflets cuivrés au henné d'un chignon à demi défait.


- Il y en a qui ne profitent pas assez du printemps, soupira intérieurement Delage, les yeux mi-clos.

 

 

 

 

 

                                                                            à suivre........

 

 

*BLOG-NOTES est un manuscrit déposé, ayant reçu un numéro d'ISBN mais non encore corrigé et édité. Les amis blogeurs qui auront le courage et la ténacité de lire ce petit suspense jusqu'au bout seront nommément cités sur le livre en dédicace.

 

 

 

 

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commentaires

bettina 14/01/2007 11:06

Intéressante, l'invitation...comme rien ne me vient, je me mets à ta place...qu'elle question j'aimerais que lon me pose?
Ah oui...hors sujet, mais c'est ce qui me vient...
Pourquoi l'écriture, comment l'écriture, raconte moi ce chemin?
Gros gros bisous
Il y a une superbe faute...plus haut...(s'en...)

alaligne 14/01/2007 11:25

C'est une longue histoire ma Bettina... ;) que je te raconterai sans doute par mail. C'est vrai que mon blog reste discret sur moi... ce n'est pas un journal intime... en dépit d'articles et de coups de coeur qui "parlent" à leur façon de moi...
En réalité la question risque de ne jamais venir... c'est toute la différence entre le lecteur et celui qui écrit... :D On ne se pose pas les mêmes questions... lol

L'oeil regardait cahin-caha 13/01/2007 12:14

A ce rythme-là, il ne va pas se faire que des amis au sein du lectorat notre macho de service. De là à instaurer une "machette", ça rajouterait une arme du crime!

alaligne 14/01/2007 13:24

tous les héros d'un roman ne peuvent être sympatiques.... on se lasserait... lol

bettina 13/01/2007 10:51

Les commentaires recueillis j'imagine sont comme tu les aimes, constructifs...tu vas au bout de chaque description...le rythme est savamment équilibré...c'est agréable à lire, on s'en des personnages bien plantés...
Gros bisous à toi

alaligne 13/01/2007 11:39

Oui Bettina, c'est très intéressant... j'adore cela, même si leur influence est au final minime au moins sur un roman qui a sa structure et ses personnages déjà bien campés. Mais toutes ses remarques sont enregistrées dans mon cerveau... ;)))
En revanche il y a une question qui ne m'a jamais été posée... et je trouve cela assez drôle... j'attends... lol

Michka :0010: 13/01/2007 09:09

alaligne 13/01/2007 11:41

Bon week-end à toi Michka lol

Jo 13/01/2007 01:22

Je suis comme Serge: j'attends de pied ferme la graphologue impitoyable qui remettra à sa place le macho... qui, j'en suis sûre, s'avèrera plus subtil qu'il  n'en a l'air.

alaligne 13/01/2007 11:41

Pourquoi voulez-vous que la graphologue soit impitoyable? Et puis un Delage qui est un collectionneur de livres anciens ne peut pas être qu'un beauf.... lol

Annie 12/01/2007 21:11

excelente soiréOn est en train d'apprendre la poésie. L'apprentissage est toujours un peu lon. J'espère que ça sera fini pour la semaine prochaine.BisousAnnie

alaligne 13/01/2007 11:23

OK Annie tiens-moi au courant lol

serge 12/01/2007 15:22

Bon je reprend l'histoire en cours, occupé que j'étais ces derniers temps avec Gallimard & Co.Je retrouve Delage: tu trouves pas que tu lui fait la "part belle" à ce macho en lui donnant le rôle principal. Il faudrait pour donner la répartie à un personnage aussi carré, une femme de caractère genre macho au féminin, une "machette" , quoi ! En même temps j'ai pas tout lu, peut-être nous réserves-tu une mise à mort symbolique de Delage par la graphologue. à suivre...

alaligne 12/01/2007 16:14

ARF... j'adore vos extrapolations et réactions... j'ai en partie répondu à ton com via celui de Tiphaine. C'est la première fois que dans un roman, je donne la place à autant de personnages différents. Mais Delage n'est pas plus "important" que le père Matthieu, qui ne l'est de la graphologue, qui elle-même ne l'est d'Alex, qui ne l'est de X, le personnage devant son écran.... (et d'autres encore) lol... Merci de suivre... lol

tiphaine 12/01/2007 14:50

expressif le rapport entre les deux personnages!  on sent  qu'il y a toute une histoire derriere delage et répréente aussi peut être une autre génération..

alaligne 12/01/2007 16:07

Oui Tiphy, c'est ce que j'ai voulu exprimer (le com de farfadet était bien vu par rapport à ce pb sur le précédent extrait). Opposition de générations de mentalités, de sexe. mais comme je n'aime pas les personnages trop tranchés, et préfère l'ambiguité.... à suivre lol