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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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Mes romans

histoire

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5 décembre 2006 2 05 /12 /décembre /2006 23:00

Blog-notes*

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Crédit photo Bettina

 PS: Il suffit de cliquer en tête de la page d'accueil sur "Romans" pour accéder aux précédents chapitres 

 

VII


 

 

Si au moins elle ressemblait à une femme, pensa Delage en s'engageant dans la rue Maurice Berteaux, mais non, dès qu'elles postulent dans la police toutes ces nanas n'ont qu'une obsession : ressembler le plus possible à un mec.

 Avec leur nuque rasée, leur démarche de piliers de rugby, leur jargon de débardeur des halles, elles en rajoutent dans le machisme et se prennent pour des pitt-bulls. Passant en revue les nouvelles recrues du commissariat, il fut dans l'obligation de constater que la seule baisable était Djamila.

Un comble ! Une beurette! Mais elle, au moins, gardait des attraits féminins avec ses longs cheveux noirs bouclés sagement noués dans un chignon d'où s'échappaient toujours quelques mèches folles, son regard de jais brillant, à peine rehaussé par un peu de khôl.

 Perdu dans ses pensées, Delage faillit emboutir le 4X4 Discovery 3 qui venait de piler devant lui. Delage donna du klaxon, et le conducteur, l'oreille vissée à son portable, lui répondit en tendant par la fenêtre un doigt d'honneur dépourvu de toute ambiguïté.

 Delage, fou de rage, hésita à mettre son gyrophare sur le toit de la Clio, histoire de lui foutre la pétoche, puis se ravisa et décida de noter mentalement le numéro d'immatriculation dans sa tête, au cas où.


Il mit à peine cinq minutes pour atteindre le bout du Quai de la République et repérer la péniche du père Matthieu.

Celle-ci, peinte dans un rouge sang de boeuf détachait magnifiquement sa masse de deux autres bâtiments fluviaux, noirs, luisants, qui semblaient juste posés là, pour le mettre en valeur.


Des touristes asiatiques, agglutinés devant l'échelle de coupée, échangeaient leurs appareils numériques pour se photographier à tour de rôle et lui en interdisaient l'entrée.

Delage dût jouer des coudes pour se frayer un chemin, s'attirant au passage des remarques qu'il jugeât déplaisantes au ton employé. Une fois arrivé sur le pont, il frappa à la porte du poste de pilotage, attendit une réponse qui peinait à venir, frappa une seconde fois, mais plus fort, supposant que le vieux marinier était un peu sourd de la feuille.


- Oui, qui c'est ? s'enquit une voix rauque


- Inspecteur Delage, père Matthieu


- Qui ?


- Inspecteur Delage, l'adjoint de Guedj, rugit le flic qui commençait à perdre patience


- Ben entrez et gueulez pas si fort, j'suis pas sourd ! tonna le vieux


Le flic poussa la porte et trouva le père Matthieu, fumant un cigarillo, assis dans un fauteuil en osier, bourré de coussins en macramé.


- Bienvenu dans la marquise ! Désolé de ne pouvoir me lever mais j'ai une sacrée sciatique qui  ne me lâche pas depuis hier soir, dit le père Matthieu en tendant une main aux doigts boudinés et jaunis par le tabac.


- La Marquise, c'est le nom du bateau ? interrogea Delage en guise de salutations


Le père Matthieu cracha une épaisse fumée bleue et se mit à rire, un rire entrecoupé de toussotements gras.


- Ben, manquerait plus que cela ! La marquise, c'est la timonerie, jeune homme. Je vois que l'on ne vous apprend pas ce genre de chose dans votre commissariat. Pas eu de problème pour monter à bord ?


- Un peu, reconnut Delage. Votre péniche est une véritable attraction. Les touristes veulent tous se faire photographier devant. En ce moment même, vous avez une quinzaine de japonais grimpés sur l'échelle de coupée.

Delage s'interrompit en voyant la tête du père Matthieu virer au rouge cramoisi et s'étrangler de rire.


- Bon Ok, soupira Delage, Ok, ce n'est pas une échelle de coupée. Vous appelez cela comment ? poursuivit-il en prenant un ton conciliant.


Le père Matthieu essuya du revers de la main une grosse larme, fut secoué par une nouvelle cascade de rires qui finit en cataracte de toux. Puis il prit une profonde inspiration, écrasa le bout humide du cigarillo dans un gros cendrier jaune Pastis 51 qu'il avait placé sur l'accoudoir du fauteuil, à portée de main.

 
- Ha, vous êtes trop drôle, hum, bon, faut pas m'en vouloir, mais ça me fait le même coup à chaque fois. Une échelle de coupée... Ha, ha, ha ! pardon, j'peux pas m'empêcher. On est pas sur un voilier, ni dans la Royale... Bon, c'est vrai, vous pouvez pas savoir. La grosse planche que vous avez empruntée pour monter à bord, on appelle cela un pont d'écurie... Vous pigez ? Un pont d'écurie. Ca vient du temps où y'avait des écuries à bord des péniches et que les bêtes empruntaient cette planche pour descendre à terre. Si vous saviez le nombre de termes spécifiques, que nous les mariniers, on emploie. Tenez, par exemple...


- Attendez, père Matthieu, l'interrompit Delage. C'est sûrement passionnant et je ne demande pas mieux que de revenir un jour de congé prendre un cours de batellerie avec vous, mais je suis là pour entendre ce que vous n'avez pas pu confier au commissaire Guedj, ce matin au téléphone. Il m'a précisé que vous vouliez lui montrer quelque chose de particulier, en rapport, paraît-il avec le suicide de la jeune fille dont on a retrouvé le corps dans la Seine.


Le sourire du père Matthieu, qui quelques secondes plus tôt irradiait son visage, fondit brutalement et fit place à une moue boudeuse, puis renfrognée. Dans ses yeux, l'ancienne trace des larmes de rire accentuait l'impression de tristesse et d'abattement dans laquelle il venait de sombrer.

 

                                                                            à suivre........

 

 

*BLOG-NOTES est un manuscrit déposé, ayant reçu un numéro d'ISBN mais non encore corrigé et édité. Les amis bloggeurs qui auront le courage et la ténacité de lire ce petit suspense jusqu'au bout seront nommément cités sur le livre en dédicace.

 

 

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commentaires

L'oeil regardait cahin-caha 17/12/2006 00:05

Ouf, il bouge encore !!

Baggins 09/12/2006 11:02

L'enquête avance ...suite au prochain épisode ...Bisous et bon week end Cath

alaligne 09/12/2006 12:18

épisode suivant en ligne My LOrd ;)

alaligne 08/12/2006 21:10

Vu Fifi...... et reconnu......... ;))

fifi 08/12/2006 17:51

vu§ j'ai rien compris... c'est pour rire...

Jo 07/12/2006 22:08

Z'êtes sûrs que c'est moi qui ai écrit le commentaire précédent ? Je ne devais pas avoir les yeux en face des trous: je voulais écrire "sacrée personnalité"
et
"sans qu'on s'en rende compte"

Jo 07/12/2006 12:13

Sacré personnalité que celle du père Mathieu !
L'enquête avance, doucement mais on sent qu'elle avance.
Le style est très agréable, on lit et s'en qu'on s'en rende compte, c'est déjà la fin. Allez, on attend le prochain passage !  :)

Kromatic - Nato 06/12/2006 18:31

Il faut que je relise le début. Mais ce n'est pas facile de lire sur l'écran. Alors pourquoi ne pas imprimer une bonne partie de ce roman et l'envoyer contre quelques timbres aux lecteurs-bloggeurs curieux ??

tiphaine 06/12/2006 15:35

un vrai plaisir de te lire !!bonne journée , et a bientôt

Ingénue 06/12/2006 15:22

Ah.... quelques bonnes minutes passées grace à toi... merci!

Lucquiaud 06/12/2006 14:59

Un vrai régal cette description d'une parcelle d'enquête . Le père mathieu est un personnage bien campé  quelque peu truculent quat à Delage, vieux briscar de la police "remontée" il est bourru et attachant comme on le souhaite... J'aime bien sa vision des flicquette de notre temps ... y pas mal de vraissemblance dans la description ... C'est vrai que plus ça va , plus les femmes de notre temps se mascunilise ...et réciproquement , il y a de plus en plus d'homme qui se féminise...  Un signe des temps ?... Enfin là ce n'est plus tout à fait le sujet ...
J'y prend du plaisir à ce polar et il mérite qu'on le blogue note ...  (5/5)
Bisous de l'introspecteur Farfa "D" ....