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  • : Ecritures à la loupe
  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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Mes romans

histoire

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24 novembre 2006 5 24 /11 /novembre /2006 23:00

Je viens de recevoir un mail de mon amie Françoise Donaire (voir Mimo le Fantôme dans ma rubrique Romans)

Une de ses nouvelles vient d'être primée...comme vous pouvez le constater en cliquant sur ce lien:

  Site de Delirium

 

Avec son autorisation, je vous laisse découvrir

le début de: "Les duellistes"

La suite très bientôt 

 

Les duellistes

 

 

 

Ils sortaient juste d'un dîner chez une amie. Plutôt une amie à elle. Mais il avait ceci de bon qu'il savait bien s'installer chez les gens, le temps d'une soirée ou d'une semaine de vacances. Il s'asseyait, s'épanouissait, se faisait doux.  Il y en avait qui le croyaient facile, un tempérament facile. Quand elle entendait ça, elle implosait discrètement.
Ils sortaient juste et dès le porche, parce qu'elle s'était abstenue pendant trois heures, elle s'en alluma une. Première erreur. Il détestait ça. L'odeur, le geste, l'empressement, il détestait. Il l'avait supporté, ou plus exactement il avait fait avec, mais depuis quelque temps, depuis qu'il était devenu assez sévère avec lui-même, il n'y arrivait plus. Disons plutôt qu'il ne faisait plus l'effort. La boîte à efforts était vide.
Quand elle releva la tête de dessus son briquet, il était déjà parti à grandes enjambées, droit devant. Elle connaissait ça par c?ur, il était coutumier du fait. Il ne savait pas crier, ou protester, ou dire. Il faisait ça avec son corps. Un grand coup de pied dans le mur, par exemple. Ou bien ça : s'en aller d'un coup, très vite et tout droit, en renversant tout sur son passage. Un genre de Caterpillar, avec moteur gonflé. 
Elle se propulsa à sa suite, s'obligeant à planter ses talons très loin en avant pour faire des pas d'homme. Elle avait ses bottes noires, avec des talons bottines. Elle marchait si brutalement qu'elle les sentait rentrer dans sa chair, elle aurait pu en dessiner très précisément l'impact. Elle imaginait l'écrasement, la meurtrissure  de l'épiderme, celle des collants 15 deniers qui ne s'en remettraient pas. Lui, il était très loin devant maintenant, à plusieurs dizaines de mètres. Elle le distinguait en silhouette floutée car elle n'avait pas pris ses lunettes. Deuxième erreur.

Elle déboucha sur l'avenue du Général Leclerc juste au moment où le cinéma régurgitait son public du samedi soir. Elle dut s'immiscer entre les corps jusqu'au carrefour, jeter au milieu des jambes sa cigarette à peine entamée. Elle ne le distinguait plus que très mal, de temps à autre. Il traversait l'avenue, toujours lancé, toujours sûr et net dans son mouvement.
Elle descendit du trottoir en se tordant la cheville, en s'inclinant soudain vers le bras d'un type qui avait du réflexe. Elle s'excusa, se détacha pour traverser à son tour. Le type s'agrippa plus fort à sa manche : attention, voyons. Les voitures démarraient, avec l'appétit féroce qu'elles ont quand le feu passe au vert. D'un jeté de l'épaule, elle récupéra sa manche. Troisième erreur, le type était plutôt bien.
Pendant que le flot s'écoulait, elle s'obligea à regarder des choses, en détail. Camionnette blanche portant bannière Rentokill, motarde avec cheveux carotte s'envolant du casque, livreur de pizza rouge lâchant son engin pour s'engouffrer dans une porte, cinq cartons chauds sur le plat d'une main, cinq. Une dame aussi, qui toussait dans son dos, non, c'était un homme. Une fille qui criait c'est vrai ? et qui restait comme ça, la bouche élargie sur le ai, élargie tellement qu'on voyait ses gencives, très rouges, presque bordeaux. Des détails. Elle se dit qu'elle ne savait pas où il avait garé la voiture. Qu'il n'avait pas pensé à le lui dire. Ou qu'il s'en foutait. Qu'elle rentrerait en métro. Ou qu'elle ne rentrerait pas. Elle passait en revue ceux qui pourraient l'héberger. Il n'y en avait pas tant. Trois, en fait. Ils étaient peut-être sortis. Probablement, même, puisqu'on était samedi. Elle s'occupait la tête, en attendant le rouge, en écrasant ses talons bottines dans un piétinement minuscule.

Enfin, elle put traverser. Elle espérait encore un peu qu'il la surveillait de l'autre bord du carrefour, ou même d'un peu plus loin. Encore une erreur. Elle se retrouva de l'autre coté toute seule, un peu raclée par les coudes et les épaules de ceux qui voulaient passer. Elle gênait. Elle ferma à demi les yeux dans l'illusion qu'elle y gagnerait quelques dixièmes de vue mais elle ne le vit pas, ni loin à gauche ni loin à droite, ni lui ni personne qui lui ressemble, même pas un doute à se mettre sous la dent.
Elle tourna un peu sur elle-même comme une idiote. Il lui fallait choisir une direction. Elle en appela au hasard, qui choisit la gauche. Elle obéit. Elle marchait encore assez ferme, elle voyait vaguement des hommes qui la toisaient, elle essayait de faire taire l'envie de pleurer qui montait. Elle se dit exprès qu'elle allait bientôt s'en allumer une autre, même si elle savait qu'elle n'en avait pas envie, c'était juste comme ça, par protestation. Elle commençait à marcher mou, avec des courbes encore subtiles. L'envie de pleurer venait de passer  la base de la trachée.
Un homme la regarda d'un oeil très vif, insistant, fronçant les sourcils, avec une telle attention qu'elle en fut étonnée, sincèrement. En le dépassant, elle tourna même un peu la tête vers lui. Eux. Cette manie qu'ils ont, de toujours chercher, fouiner, fureter, s'éparpiller, suivre toutes les pistes, n'importe lesquelles, des fois que. Mais ce n'est pas chercher, ça. Ou bien c'est juste un truc de chercheur d'or, s'en remettre à la chance, sous la coupe du hasard, être prêt à tout. On peut y perdre des années. Elle a eu un grand-oncle comme ça, qui voulait faire fortune. Il a macéré toute sa vie au fin fond du Vénézuela, on ne l'a jamais revu. Il ne donnait des nouvelles qu'à Noël, pour demander des mandats. Trois s?urs, trois mandats. Prêt à tout, tu parles. Bon à rien. Chercher, d'abord, c'est choisir. Sinon comment savoir ce qu'on cherche? Et toi s'engueula-t-elle, tu crois que tu as l'air de savoir.
C'était un samedi soir, les gens avaient besoin de leur dose de plaisir. En passant devant les brasseries, elles les voyaient bâfrer, s'en mettre pleine la lampe sous la lumière dorée, calculée tout exprès pour donner bonne mine et encourager l'appétit. Elle n'aurait pas su dire de quoi elle avait envie. D'ailleurs elle hésitait toujours avant de commander, parfois c'était interminable, ça le mettait en fureur. Ensuite, il était bien capable de le lui faire payer en ne décrochant plus un mot de toute la soirée. Dîner face à un mur de glace, elle ne connaissait rien de plus lourd. Là tu exagères, se dit-elle, ça n'est pas arrivé depuis au moins deux ans. Non, c'était plus grave : elle n'aurait pas su dire de quoi elle avait envie " en général ". La vérité c'est qu'elle s'était perdue de vue. Mais qu'est-ce que tu cherches ? pensa-t-elle si fort que ses lèvres formèrent les mots.
Il y avait un chien qui la dévisageait. Attaché serré à un poteau, il se tenait raide comme la justice, assis sur une très petite surface de trottoir. C'était un chien brun roux, aux traits bien dessinés, comme quelqu'un qui aurait beaucoup vécu, beaucoup bourlingué. Il la dévisageait. Elle traversa pour le rejoindre.
" Eh bien, énonça-t-elle, eh bien ? "
Il gémit un peu et inclina la tête.
- Tu attends qui ? dit-elle en se penchant.
Ses oreilles à lui se couchèrent, anticipant une caresse. Mais elle n'approcha pas la main.
- On t'a abandonné ?
Le chien ouvrit la gueule et sortit une langue démesurée, rose jambon. Elle recula.
- Ils t'ont laissé là pendant qu'ils allaient bouffer, c'est ça ?
Entre ses halètements, le chien eut un petit bruit éruptif.
- Oui, c'est ça, mon pauvre.
Il avait des yeux si brillants et brûlants qu'elle sentit les siens picoter.
- N'espère rien, lui dit-elle en serrant les mâchoires.
Pendant qu'elle s'éloignait, le chien aboya après elle. Elle se garda bien de se retourner, lui répéta seulement n'espère rien. Elle se disait tout de même qu'elle avait de la chance, qu'elle aurait pu en plus être attachée à un poteau, attachée serré, obligée de n'occuper qu'une toute petite portion de trottoir. Encore que, c'était malgré tout une place.

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commentaires

koulou (flégroll) 04/12/2006 11:53

Gniark

Moâ 26/11/2006 11:10

Kikou Catie :-)))Ben, tu fais des petites parts... lolBisous toâ...


alaligne 26/11/2006 12:42

Bon Dimanche Moâ et merci pour les fleurs....

tiphaine 26/11/2006 09:43

super félicitation et le texte est super !!!
Tiphaine depuis le "carrefour des rigolots" !!!

alaligne 26/11/2006 12:42

Je transmets à françoise....... big bisous

Jo 25/11/2006 14:17

Bon, évidemment, je reste sur ma faim. Mais c'est plutôt bon signe, preuve que l'on rentre vite dans le texte et que l'on veut en savoir plus. J'aime beaucoup le style, il est très vivant, on s'y croirait. Connaissant parfaitement bien le quartier qu'elle dépeint, je me voyais avec le personnage dans cette course folle.
J'attends la suite ...

alaligne 25/11/2006 14:27

Son texte fait dix pages.... je ne pouvais pas tout mettre en un seul morceau.... bizzzzzzz

koulou (flégroll) 25/11/2006 13:20

lbeaucoup mieu. J'aime bien les petit lettrages comme chez delphine mais pour des textes courts alors. En plus, (mais là tu n'y peux rien), il y a toujours du bruit quand je surf, en général ma femme qui regarde la télé dans la même pièce, ce qui me rend la lecture difficile bien souvent ... donc là, pas moyen de se concentrer sur ce texte, je repasserais plus tard ...

koulou (flégroll) 25/11/2006 13:09

Oooooh ! c'est écrit tout petiiiit ! pas le courrage de lire ça sous cette forme.