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  • : Ecritures à la loupe
  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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Mes romans

histoire

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15 octobre 2006 7 15 /10 /octobre /2006 22:00





 

Amélie Nothomb, est née en tant que « phénomène littéraire » à l’âge de vingt-cinq ans, au mois de Septembre 1992, en même temps qu’Hygiène de l’assassin, son premier roman publié. La rencontre avec le succès est foudroyante : Hygiène sera le lieu de naissance d’un noyau dur d’admirateurs. Une vraie relation d’affection s’instaure entre les lecteurs et l’écrivain.

 Particulière fut déjà sa première naissance, plus triviale et biologique, en 1967 à Kobé au pays du Soleil Levant. Là où la majorité des nouveau-nés se montrent goulus du sein de leur mère, elle le refuse, s’enferme dans le huis clos d’une forme d’autisme pendant deux ans et demi et le quitte en faisant la découverte du plaisir par le truchement délectable d’une barre de chocolat blanc (Métaphysique des tubes). Cet anticonformisme de nourrisson s’alimentera d’un sentiment inexpugnable de toute puissance qui sera doublement conforté : d’abord Amélie est littéralement adulée par sa gouvernante japonaise, Nishio-san, d’autre part au Japon le petit enfant est considéré comme un enfant-Dieu jusqu’à l’âge de trois ans. L’autisme disparu, elle rattrape les années de retard, stupéfie son entourage par ses talents et se métamorphose en une enfant surdouée.

Persuadée d’avoir à l’âge de trois ans quitté définitivement son statut divin, Amélie Nothomb devenue écrivain peut clore Métaphysique des tubes sur cette phrase : « Ensuite, il ne s’est rien passé ». Au seuil de la puberté, elle devient anorexique, met gravement en danger sa santé et se réfugie dans la lecture des grands romans classiques, du théâtre de Racine, des philosophes. Revenue adolescente en Belgique et ciselée par des études de philologie, à l’instar de Nietzsche qu’elle dévore, elle découvre le pouvoir des mots, la force étayante de l’écriture. Ne sachant rien faire à moitié, Amélie Nothomb se donne toute entière à sa passion, libère ses sens affûtés par des années d’autarcie, jouit avec gourmandise des mots qui peuvent donner vie et qui peuvent tuer, se laisse aspirer avec horreur et délectation dans les méandres de son inconscient. Les « psys » ne la verront donc pas hanter leurs cabinets. Elle fourrage seule, avec un mélange de crainte et de superbe indifférence, un culot qui déclenche l’engouement ou le rejet.

Pour en découdre avec «l’ennemi intérieur» qui la tyrannise, elle développe dans son œuvre ce que Béatrice Commengé nomme « Danser sur le chaos ». L’écriture d’Amélie Nothomb permet d’illustrer cette métaphore :


 

 


Dans cet extrait d’une lettre de juillet 2006, l’instabilité du graphisme, les inégalités qui touchent tous les genres, l’hypostructure, la ligne de base fluctuante, la mise en tension et le mouvement très composites illustrent un passage de l’ouvrage de Lauréline Amanieux  où celle-ci écrit: « Chez la romancière domine un goût du jeu qui lui permet de s’extraire d’un « je » fixe, clairement identifiable. Sur un « Je » en devenir, nul ne peut avoir de prise».

 Si le dialogue angle courbe particulièrement indécis et soumis à de brusques variations, les longs jambages courbes ouverts à gauche et cunéiformes, montrent le flou des identifications, la violence possible des réactions, le fond de frustration et le sentiment de faiblesse, ils n’inhibent pas pour autant le comportement, ne coupent pas la relation au monde mais décuplent les capacités de réflexion et stimulent la créativité dans ce contexte vivant, original, dextrogyre, au trait différencié, fin et net.

 L’ambivalence qui règne dans l’écriture, illustre la force d’une bataille intime où l’insécurité de fond, l’inconfort personnel agitent un tempérament en état d’alerte permanent. Elle renseigne sur les thèmes qui viennent de manière récurrente tisser la trame de ses romans : culpabilité-innocence, lâcheté-héroïsme, amour-haine, soumission-domination …

Ce graphisme à la fois fragilisé et intense, où le lâché coexiste avec des raidissements, où certaines finales accrochent et griffent la ligne de base en écho à d’autres plus hésitantes, voire descendantes, où les petits cabossages émaillent le graphisme, se fait l’écho du combat qu’elle mène contre « son ennemi intérieur », la violence de la révolte tout autant que la fascination pour l’abandon. L’écriture joue également avec les lois de la pesanteur en attaquant les « p » et les « q » par le bas dans un geste habile et efficace qui enchaîne les combinaisons à un rythme soutenu, inverse l’ordre des choses en attaquant les « d » par le haut. Nul doute qu’avec tant de capacités à changer son point de vue, à jouer des paradoxes, elle ne puisse envisager le monde sous des aspects différents, redécouvrir, comme dans un miroir, l’image de son double et d’entamer avec lui le dialogue.

 La liaison soutenue et la prééminence de l’axe horizontal, le trait net et différencié sont autant de signes graphologiques illustrant un besoin farouche de rester en lien avec elle-même, d’éviter la rupture, de contenir, d’empêcher le débordement, le morcellement, l'explosion, la pulvérisation pour mieux garder, protéger, assurer l'unité, la cohésion et la continuité.

Si tout désir naît d’un manque, il porte cette ambiguïté de receler autant d’aspiration à la plénitude. Le monde du désir apparaît donc dans l’écriture d’Amélie Nothomb comme le monde des aspirations d’un être humain qui n’est plus tout à fait en quête de sa divinité mais sans doute en quête d’une pleine réconciliation avec Soi. La double signature au bas de sa lettre semble reproduire tacitement et cette dualité et cette complémentarité.


 



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commentaires

Curieuse 30/07/2007 19:14

Il a fallut que j'aille loin chercher cet article et je suis ravie. Ton analyse reflète bien ce monde où elle évolue et où elle nous fait évoluer à travers ses écrits que j'adore. Mes préférés étant Hygiene de l'assasin (bien sur), Biographie de la faim et dernièrement lu Acide sulfurique. Merci pour ton article que j'ai dévoré avec autant de plaisir que les oeuvres de AN.Bises

Jacqueline 01/05/2007 11:35

J'ai lu Stupeur et Tremblements et puis... j'ai un peu oublié Mlle Nothomb . J'y reviens après avoir assisté à une interview où je l'ai trouvée "curieuse" mais percutante, et je ne suis pas déçue. Au moins, elle a des choses à dire et elle les dit bien. Bien que souvent à grande tendance biographique, chacun de ses romans traite d'un sujet différent et l'écriture est riche. Son analyse grapho.. correspond assez bien au sentiment que j'ai de cette auteure. Son " Journal d'Hirondelle" est plein de ce mélange de tendresse et de sauvagerie, l'étude des caractères de Blanche et de Chrita aussi, d'ailleurs.
**Je reviendrai régulièrement sur " Alaligne" et je serais flattée de rejoindre la communauté de l'écriture dans tous ses états.

Alaligne 01/05/2007 11:53

merci Jacqueline... tu y es la bienvenue.Oui, Amélie... à l'oral c'est un véritable supplice pour elle. J'ai eu la joie de l'avoir au téléphone et elle est totalement la même qu'en interview... hypersensible, sincère et généreuse... mais un débit saccadé qui met un poil mal à l'aise...

Emeraude 24/04/2007 19:22

J'ai lu ton article avec beaucoup d'intérêt!
Les études graphologiques ont toujours attisées ma curiosité, bien que je n'y connaisse pas grand chose.
La tienne révèle la complexité du personnage qu'est Amélie Nothomb qu'on retrouve dans ses romans, mais je t'avouerai que ça ne me donne pas plus envie de la lire que ça...
Je crois que connaître l'auteur, le comprendre, l'étudier, le fouiller de fond en comble est quelque chose que je n'aime pas... Soit ça me rappelle trop l'école ;-), soit c'est parce que je trouve que ça enlève un peu de magie.
Beaucoup de magie même, à ses oeuvres.
Bien sûr, un écrivain se révèle, consciemment ou non, dans ce qu'il écrit, mais des génies comme elle (si je peux l'appeler ainsi), réussissent quand même à pondre des choses extraordinaires. Dans le premier sens du terme.
Et si on farfouille son cerveau (que ce soit avec de la graphologie, de la psychologie, des interviews ou n'importe quoi d'autre) alors ça devient ordinaire...
Et il n'y a pas de magie dans l'ordinaire!
Et j'aime trop cet aspect un peu magique, à chaque fois diffférent, qu'on retrouve dans les bons romans...

Alaligne 25/04/2007 18:48

Je comprends parfaitement ton point de vue de lectrice... pour moi c'est un peu différent et au-delà du texte j'aime bien connaître l'être humain qui est derrière l'oeuvre... d'où mes études bios et graphologiques.Mais c'est une démarche tout à fait personnelle...;)La vie d'un écrivain est parfois magique également, sa personnalité aussi... c'est ce que j'essaie de faire passer dans mes textes lol

cat 06/12/2006 13:25

J'aime beaucoup amélie nothomb. je m'étais méfiée (enfin ça tu sais) du côté trop mise en avant du personnage. je me suis donc complètement fermée à ça, et je connais peu de choses d'elle sinon ce que j'ai lu dans ses livres. C'est mon amie Véro qui pour un noel m'offrit Attentats. Et c'est ainsi que commença ma descente en Nothomb ... J'ai beaucoup aimé Antéchrista ... et moins le sabotage amoureux. Je viens d'acheter les combustibles, a force je finirais par tous les avoir :Dbisous Cath

Baggins 01/12/2006 20:02

Ca me fait penser ..a propos de cet écrivain que je ne connais que peu j'ai une amie à Bruxelles qui l a croisé quelques fois..elle habite la bas   ....Bisous Cath

Lucquiaud 24/11/2006 18:27

Curieux cette situation autistique au début de son existence ... Aussi curieux ce réveil à l'entourage, au monde intérieur et extérieur . par cntre le côté "surdoué" ne m'étonne pas, beaucoup d'autiste le sont  et donc le reste au delà de leur état quand il ont surmonté ce "mal"
les autistes sont généralement des "écporchés vif" ... pas étonnant que ceux ou celles qui s'en sort sortis, soient d'une exytrème sensibilité et si riche intérieurement ... Alors ce qu'ls peuvent exprimer hors cette impasse, est comparable à un fleuve infini ...
ils viennet nus parler de ces sphères inconnues de ces mondes angéliques ou démoniaques , au delà de notre espace-temps...
Bises et bon week-end à toi Catherine

alaligne 25/11/2006 10:19

la relation autisme-surdouement peut exister mais à ma connaissance elle est loin d'être systématique et cela reste encore un mystère pour beaucoup de médecins, de psychiatres et de nombreuses études sont réalisées en ce moment sur le sujet...
c'est un sujet que je suis sur le plan professionnel et que je trouve passionnant..
Mille bisous Patrice

serge 13/11/2006 18:39

Les interprétations "psychologisantes" n'ont jamais été ma tasse de thé. Il me semble que, dès lors que l'on croit voir un "signe" là où il n'y a que de du fortuit, on finit par tomber dans les filets du language et on passe à côté de l'essentiel.Votre blog est pourtant très intêressant. J'y reviendrai avec plaisir. Si ça vous tente, j'ai trois signatures d'auteurs célèbres sur mon blog ( eh oui! je l'avoue, malgré ce que je viens de dire, je suis tout de même curieux de savoir ce que la graphologie aurait à m'apprendre sur ces trois lascars)cordialement

alaligne 13/11/2006 18:45

J'irai voir... merci de votre visite...

andré 29/10/2006 09:19

Voilà une étude tout à fait intéressante qui ne pouvait qu'attiser la curiosité de l'inconditionnel d'A. Nothomb que je suis.
Très cordialement       André

cat 20/10/2006 20:32

c'est le dernier nothomb que j'ai lu hygiène de l'assassin, le premier c'était attentat, et mon préféré sans conteste antechrista, le prochain que je lirais sera acide sulfurique, j'adore son monde ... peutetre parce que je m'y retrouve ;)
bises

alaligne 21/10/2006 12:25

Contrairement à une certaine "critique" littéraire, j'ai beaucoup aimé le dernier sorti "journal d'hirondelle" car lorsque tu la connais un peu, c'est un roman qui est très perso, sans doute le plus "perso", mine de rien, qu'elle ait écrit. Pour la petite histoire, sâche que suite à l'envoi de mon article sur son écriture chez son éditeur, elle m'a téléphoné dès le lendemain pour me remercier. Amélie qui tire à 300000 exemplaires, est comme cela... simple et spontanée.

Mirmo 17/10/2006 19:50

Un article très intéressent, ça me donne envie d'en savoir plus sur cette auteur.

alaligne 19/10/2006 16:15

Merci Mirmo, te connaissant un peu ;) je te suggère "Biographie de la faim", un très bon livre d'amélie Nothomb
bises