23 juin 1669
Françoise,
Voici mon portrait peint par Jean Sabatel que tu mettras dans ta chambre quand le roi n'y sera plus. Qu'il te fasse souvenir de moi et de l'excessive tendresse que j'ai pour toi, et par combien de choses je voudrais la pouvoir témoigner en toutes occasions. Mon portrait, mets-le donc en son jour et regarde quelques fois un mari qui t'adore : pauvre époux qui parce qu'on lui a ôté sa femme ne sait plus ce qu'il fait. Je suis devenu pour les précipices comme on me dit que tu es maintenant pour le mauvais air d'un palais bâti sur le sable mouvant et la fange ; il y a des gens pour qui je ne les crains plus- toi !
Mon bel oiseau, ma tourterelle, tu te retrouves le cou paré de perles et encagée derrière des barreaux d'or à deux cents lieues de moi, contraint à l'exil, alors que je n'aime aucun lieu sans toi. Est-il possible, ma déesse, que tu puisses t'envoler, me rejoindre, ou que tu n'aies point connaissance de l'amour que tes beaux yeux, mes soleils à moi ont réellement allumé dans mon cœur ? J'ai plus que de la rage à l'âme de te savoir volée par un autre qui ne t'aime pas autant que moi. Si tu n'en rougis pas, ma dame, j'en rougis pour toi...
...Pour moi, je ne condamne point tes manières ; chacun se sauve à sa guise. Mais je suis bien assuré de n'aller point à la béatitude par le chemin que tu prends. Défais-toi de l'ambition dont on t'a revêtue là-bas et tu ne t'en retrouveras pas si malheureuse que tu penses et je suis assurée, ma dame, que quand le dépit t'aura jetée dans mes bras l'amour y reviendra.
Le plus passionné des maris continue de t'adorer.
Marquis de Montespan,
Epoux séparé quoique inséparable.

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