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  • : Ecritures à la loupe
  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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23 avril 2008 3 23 /04 /avril /2008 13:03

  

 

Raser les murs
   

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Les nerfs tendus, elle descendit de la voiture en ajustant la mini robe de coton dont les bretelles trop lâches découvraient des épaules hâlées par le soleil de juillet ainsi que le galbe d'une poitrine épanouie par une récente maternité. Elle claqua la portière avec violence comme si ce geste à lui seul pouvait communiquer à l'homme qui l'accompagnait toute la colère et le ressentiment qu'elle lui vouait à cet instant.

Lui, ne sourcilla pas. Il verrouilla les portes de la berline, contourna la calandre et vint la rejoindre sur le trottoir de sa démarche nonchalante. Il souriait et elle n'arrivait pas à savoir si ce sourire portait la marque d'une quelconque condescendance ou d'un encouragement amical. Il souriait si souvent et dans de telles circonstances différentes.  « Tu es très belle » lui glissa-t-il dans l'oreille en lui passant le bras autour de la taille. Elle, elle aurait voulu être particulièrement laide, voire hideuse ce jour là. Mais elle s'était maquillée avec soin, sans excès, s'était épilée à la cire d'abeille, avait enduit son corps d'une crème adoucissante légèrement parfumée qui irisait son corps souple et musclé de minuscules paillettes dorées. Pourquoi avait-elle accepté ?

Elle jeta un coup d'œil dans la rue et nota avec soulagement qu'en cet après-midi d'été les passants étaient rares et que la ville paraissait engourdie dans une chaleur visqueuse. Pourtant, elle se sentait épiée, convoitée, dévorée par des centaines d'yeux concupiscents qui derrière des persiennes à demi-closes observaient chacun de ses mouvements, détaillaient chaque repli secret de son corps.

Raser les murs... Nue, elle était nue, pensait-elle et ce n'était pas le léger frottement de la cotonnade sur son corps qui lui prouvait le contraire. Un sentiment de honte et de rage mêlées lui souleva le cœur. Il était trop tard, elle n'avait plus le choix. Trop tard vraiment ? Le petit sac de paille qui pendait en bandoulière contenait suffisamment d'argent pour héler un taxi et prendre la fuite, retourner d'où elle venait.

Trop tard ? Par rapport au « oui » qu'elle avait fini par répondre du bout des lèvres après avoir subi un harcèlement affectif pendant de longs mois. Il n'est jamais trop tard pensa-t-elle en retardant son pas,  en s'arrêtant pour renouer le lacet de cuir rouge qui glissait le long de sa cheville.

Trop tard ? Parce qu'au fond d'elle-même, elle se sentait coupable d'avoir prêté une oreille d'abord distraite aux fantasmes de son compagnon. C'était donc cela... Au final, c'est parce qu'elle se sentait coupable qu'elle  avait plus ou moins mollement dit « non, pas question », puis de guerre lasse fini par accepter. Une porte cochère, là-bas à quelques dizaine de mètres masquait à peine la silhouette d'un homme qui lorsque son regard se posa sur lui, recula d'un pas dans l'embrasure.

On la regardait... raser les murs... Peut-être même le voyeur, cachait-il un appareil photo et allait-il capter sa détresse en un cliché obscène qui animerait ses soirées solitaires. Des larmes lui montèrent aux yeux. Son compagnon, sentant sa faiblesse, resserra son étreinte autour de sa taille et se voulut rassurant. « Tu n'as rien à craindre, personne ne te forcera » murmura-t-il. Elle rejeta la tête en arrière d'un mouvement crâne. « Encore heureux ! » gronda-t-elle.  « On est presque arrivés, veux-tu que nous arrêtions là ? On retourne à la maison si tu ne le sens pas ». Il avait attendu le dernier moment pour lui proposer ce qu'elle souhaitait de plus cher.

Elle le toisa du regard et crut sentir en lui une hésitation véritable. Elle lui saisit la main : elle était moite de sueur. Elle pressa la paume un peu plus fort. Un étrange sentiment de force et de domination venait de chasser les larmes. Elle repéra la porte surmontée d'une anodine enseigne et lorsqu'ils se trouvèrent à sa hauteur, elle fixa l'œil de la caméra qui couvrait l'entrée avec un air de défi et ce fut elle qui appuya sur la sonnette.

 

 

 

 

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commentaires

Motdit 30/09/2010 15:27



Cool! j'ai passé un bon moment à imaginer la suite!



jean lehmans 24/06/2008 19:29

J'M Ton style  et ta pensée. Bisesjean

La grande soeur délurée de Ramina 14/05/2008 06:33

Tu en as trop dit ou pas assez, CathyTu m'as donné envie d'ouvrir la porte lolJ'espère que tu prendras ça avec humour.:0010:

Aux éclats ! 02/05/2008 13:54

Et bien ! Vraiment réussi ...on comprend à demi mot ...On partage son ambivalence, on pressent des enjeux pour le couple; et quelle détermination tout à coup à sonner elle même et se jeter dans la gueule du loup ...Et alors pour couronner le tout, j'adore les chaussures rouges ...

undefined person. 30/04/2008 14:42

:)... j'adore ce début!

undefined person. 30/04/2008 14:42

:)... j'adore ce début!

Jo 28/04/2008 20:57

De toute évidence, elle n'y va pas pour de bonnes raisons. Il se peut que ce soit souvent le cas pour ce genre d'endroit ... ?  

Melly 27/04/2008 20:41

j'ai toujours pensé que les gens qui osent mettent des chaussures rouges, sont...."des gens bien" , enfin "à caractère" !(j'en ai plusieurs paires, et...pas de cheville enflée !!)

Quichottine :0010: 26/04/2008 09:51

Hors sujet......mais :Je sais que tu y penseras... c'est l'anniversaire de Siratus demain... Tu es invité demain sur la Galère pour le lui souhaiter. Gros bisous... http://siratus-alabaster.over-blog.com/

marc 25/04/2008 22:26

Hé ben ...je ne sais pas où ils vont mais ils y vont..lolde gros bisous pour toi et repose toi bien.jaguar placide