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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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18 décembre 2007 2 18 /12 /décembre /2007 15:42



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Le calendrier de l’Avent
 
Contes et nouvelles

(26)  Où le calendrier livre son secret


 
  
Le grand jour était enfin arrivé. Les doutes, les hésitations s’étaient dissipés dans l’esprit d’Abel qui ne tendait que vers un seul objectif : faire de cette journée une parfaite réussite. Pour l’atteindre, il se leva tôt et récapitula sur une feuille de papier les courses manquantes et l’organisation de son emploi du temps avec le soin maniaque qu’il prenait pour les tâches importantes. La maison ayant fait l’objet d’un passage au peigne fin deux jours auparavant, un coup d’aspirateur suffirait à la maintenir en état. En revanche, l’argenterie nécessitait une inspection et la décoration des pièces, en particulier la salle à manger, laissait à désirer. Quelques bouquets de fleurs seraient du plus bel effet ainsi qu’un Poinsettia aux feuilles carmin au coin de l’âtre. Des bougies dans de petits photophores illumineraient la table et des bûches de chêne sec alimenteraient la flambée. Il avait décidé également de remettre en état de marche l’horloge franc-comtoise au caisson polychrome qu’il avait hérité de ses parents. Le souper du réveillon quoique simple réclamait aussi toute son attention. Il ajouta sur sa liste quelques menus cadeaux pour les animaux, mais lorsqu’il s’interrogea sur les goûts de Louise-Charlotte, il fut bien incapable de trouver une idée originale. En dehors des ravissants bonnets qu’elle arborait sur les marchés, la seule faiblesse qu’il lui connaissait était un penchant pour les excellents cafés. Il nota donc de se rendre au Petit Café afin de convaincre son propriétaire de lui céder une livre de l’un de ses crus d’exception. Il relut la liste et conclut qu’il n’avait rien oublié. Filou l’attendait déjà devant la porte, son nouveau collier à pattes d’ours autour du cou.
        
Ils s’engagèrent dans la rue des cordeliers où de nombreux passants s’agglutinaient devant les vitrines décorées à la recherche d’idées de cadeaux de dernière minute. Abel commença ses achats chez le boucher Lepetit afin de gâter le fox en ce jour de fête, puis il s’arrêta à la boulangerie pour faire l’emplette de petits pavés au seigle et aux noix, de truffes au chocolat et d’un pain de Noël aux épices et aux fruits. Il s’arrêta ensuite au Petit Café et rencontra accoudé au bar son ami Maître Barbot. Les deux hommes commandèrent un Maragogype du Nicaragua. La richesse des saveurs et des arômes de cette fève douce et enivrante conquit sur-le-champ Abel. Louise-Charlotte, il en était sûr, aimerait une telle délicatesse. Il réussit à convaincre le cafetier de lui vendre un paquet d’une demi-livre et reçut en prime un petit pot de confiture de pastèque qui aux dires du commerçant exaltait le velouté du breuvage. Maître Barbot lui conta en prenant les précautions d’usage, les derniers éléments du dossier de la protégée du vieil homme. L’affaire paraissait bien engagée et Abel se félicita d’avoir fait confiance à l’avocat. Ils se quittèrent en se donnant rendez-vous après les fêtes pour discuter ensemble de la suite à donner au dossier.   
 
Il fit un détour par le square Paul Démère pour laisser Filou retrouver le plaisir des ses anciennes promenades en compagnie de son jeune maître. Le visage du poète, nimbé d’une lumière argentée souriait à un moineau venu lire le poème qu’il tenait à la main. Sur le banc qui avait valu à Abel tant d’émotions, un couple d’adolescents échangeait des baisers gourmands. Il tourna pudiquement la tête pour ne pas les gêner. Ils poursuivirent ensuite par la rue des Grelots jusqu’à la boutique de mademoiselle Rose. La vitrine regorgeait d’étoiles de Noël, ces superbes Poinsettia, mis en valeur par un dégradé allant du rouge grenat au plus tendre des roses. La jeune femme le voyant perplexe devant l’abondance du choix lui fit signe d’entrer tout autant pour l’abriter du froid que pour le conseiller. Elle lui proposa une plante d’un rouge sang de bœuf qui ravit l’œil d’Abel, puis elle lui confectionna deux petits bouquets de table avec des tulipes blanches, de la camomille et des branches de sapin. Sur les étagères, Abel repéra des coupes de terre cuite émaillée et songea que l’une d’elle ferait un superbe bassin pour les ablutions de Myrtille. Lourdement chargé, mais le cœur léger Abel prit le chemin du retour. En route, il croisa Cédric et sa mère, venus comme lui chercher à la librairie du papier cadeau et des rubans multicolores. Le gamin sauta au cou d’Abel écrasant au passage une feuille de l’étoile de Noël qui finit ainsi son existence sur les pavés de la cité. L’horloge de l’église sonna les douze coups de midi et le bonhomme pressa le pas pour rentrer à son logis. 
        
Les courses rangées, les bouquets de fleurs disposés dans deux petits vases en faïence, il enveloppa le café, l’os acheté pour Filou et la coupelle dans du papier doré, puis il noua les paquets de plusieurs mètres de ruban dont il fit bouffer les bouts. Satisfait de l’effet, il s’accorda quelques minutes de pause et se souvint soudain qu’il n’avait pas ouvert la dernière case du calendrier. Cette entorse aux habitudes troubla Abel. Il sortit le carton de son tiroir mais le laissa intact sur la table du salon. 
       
Après avoir déjeuné, il s’attaqua au mécanisme de la Franc-comtoise, sua sang et eau pour vérifier et huiler tous les rouages, nettoyer le pendule en prenant de multiples précautions. Les aiguilles une fois réglées à l’heure exacte, il embraya le pendule et le tic-tac de la vieille endormie vint caresser ses oreilles de son tempo régulier. Ce bruit le ramena des années en arrière lorsque petit enfant il passait de longues veillées auprès de ses grands-parents. Il s’assit dans le fauteuil et laissa son âme vagabonder dans les souvenirs des moments chaleureux passés auprès d’eux. Il n’y avait pas de nostalgie dans ce retour dans le passé. Les ombres volatiles des anciens l’entouraient de leur tendresse, de leur joie de le retrouver. Abel fit un somme en leur compagnie bienveillante. Lorsqu’il se réveilla, la nuit avait déjà jeté son voile sur la cité. Il se sentait heureux et calme. Il pensa alors au calendrier, appela Filou et sacrifia pour une ultime fois au rite de l’ouverture d’une case. Un papier d’une longueur exceptionnelle s’échappa de la case découpée. 
      
« Nous sommes arrivés au terme du chemin de l’Avent. Il se peut que vous nous ayez prêté des pouvoirs magiques, nous en sommes bien marris et nous tenons à nous en expliquer… La réalité et l’illusion sont deux ingrédients indispensables à nos vies. Démêler le vrai du faux, le réel du songe est une occupation de philosophe. Notre but est plus modeste et il tient en bien peu de choses : Il y a en chaque homme un calendrier sommeillant dans son âme dont il est le seul à pouvoir ouvrir les cases jour après jour jusqu’au terme de son existence. Le calendrier est en vous. Vous avez appris à vous en servir, il ne tient qu’à vous de le faire vivre et de faire découvrir à ceux qui vous entourent le trésor qu’ils possèdent. Notre Aventure n’est donc pas terminée et nous n’allons certes pas nous quitter. Néanmoins et afin de préserver votre penchant pour le merveilleux, nous vous encourageons à faire un dernier vœu. Qu’il soit personnel, sincère et motivé et qu’il vous apporte par le soin que vous prendrez à en faire une réalité, le bonheur que tout homme est en droit d’espérer. S’il échoue, peut-être que les résultats des précédents n’étaient qu’illusion, s’il réussit, ce que nous espérons, peut-être êtes-vous devenu un homme dans toute la magie du terme ? Votre serviteur fidèle et dévoué. Le Calendrier » 
         
Abel remit le papier dans sa case, referma l’habitacle et posa le calendrier sur le dessus de la cheminée. Le bonheur et la paix se lisaient sur son visage. Il prépara le souper, juponna la table d’une nappe de dentelle blanche, brodée aux monogrammes de sa mère, sortit les assiettes de porcelaine, les verres de cristal et l’argenterie. Il prit une douche, se vêtit de bleu marine et de blanc, installa la cage de Myrtille dans la salle à manger et alluma une flambée. Enfin, vers dix heures du soir, les trois notes annonçant l’arrivée de Louise-Charlotte retentirent à la porte d’entrée.
          
Elle avait remonté ses cheveux en un épais chignon d’où s’échappaient des mèches argentées et tenait à la main un plateau enveloppé de cellophane où de tendres Saint-marcellins agrémentés de noix fraîches s’offraient à sa convoitise. Il l’aida à se défaire de son épais manteau et découvrit la charmante robe de velours myosotis qu’elle avait choisie pour ce jour de fête. Louise-Charlotte était belle à croquer. Emu, le bonhomme lui fit les honneurs de la maison, lui présenta Myrtille, puis lui proposa une flûte de champagne. Il essayait d’agir avec naturel mais se sentait intimidé, gauche, pour tout dire maladroit. Louise-Charlotte, de son côté n’était guère plus entreprenante et ce n’est que lorsque le moment vint d’ouvrir les huîtres qu’ils retrouvèrent dans la cuisine la complicité de leurs rencontres habituelles. Ils parlèrent, rirent, se confièrent, burent quelques bulles dorées et le reste du repas faillit au final se dérouler dans l’office si un Filou exigeant sur les principes n’avait fait le siège de la table de la salle à manger pour rappeler ses hôtes à de meilleures convenances. A minuit moins dix on en était au fromage. Abel partagea un Saint-Marcellin en quatre parts égales.
      
« Puis-je vous offrir Louise-Charlotte ce morceau en gage d’une affection aussi tendre que ce petit fromage ? » 
      
« Puis-je avant de partager avec vous ce bout de crème qui nous a réunis, vous faire une dernière confidence » répondit Louise-Charlotte en plissant les yeux de malice.
     
« Tout ce que vous voudrez… »
      
« Je ne m’appelle pas Louise-Charlotte, Abel… Mon prénom… j’espère que vous l’aimerez, est Marcelline » 
     
Abel sentit son cœur se gonfler d’un immense bonheur et lorsque la Franc-comtoise entama en même temps que la cloche de l’église Saint-pierre les douze coups de minuit, c’est les yeux grands ouverts et plongés dans ceux humides de Marcelline qu’il prononça son vœu.
        
Dans le doux crépitement du feu dans la cheminée, dans la lueur vacillante des bougies, un chant de Noël s’éleva plein d’espoir par la magie d’une belle dont l’œil noir de geai couvait avec amour deux êtres unis par un précieux baiser.   
 
  
  
           

                                                                                FIN



Pour accéder aux précédents chapitres, il suffit de cliquer dans la colonne de droite "Catégories": Contes et nouvelles

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commentaires

Marcovaldo 04/10/2008 22:12

Bonsoir Cathy, il me tarde de découvrir vos illustrations, c'est un conte que nous avons beaucoup apprécié. Merci à toi. Amitiés, j'espère que tu vas bien.Marc

Marcovaldo 18/08/2008 14:38

J'imprime ton calendrier de l'Avent, merci de ton accord. Bon après-midi. :0010:

Marcovaldo 15/08/2008 13:56

Bonjour Cathy, j'aimerais savoir si je pouvais imprimer un conte ou deux pour le lire à mon fiston qui est malade (les oreillons).Si tu ne veux pas, ce n'est pas grave, t'inquiète.Bon vendredi 15 ! :0010:

Cécile 27/07/2008 09:14

Merci pour tes retours de commentaires :-) ok je vais patienter et attendre sa publication :-)  merci beaucoup.

Cécile 25/07/2008 12:43

Que dire ?  Que ce conte est si beau, si rempli d'amour, si tendre, si prenant que je demande la permission de l'imprimer pour pouvoir le lire (au jour le jour, comme ce calendrier) à ma petite fille de 3 ans. Puis-je ? c'est pour noël 2008.Ce conte est merveilleux, je n'ai pas eu le courage ni la force de le lire, au jour le jour, comme Abel...je l'ai dévoré et il m'a touché en plein coeur.Tous les personnages sont attachants et l'histoire est très bien menée. Merci pour ces moments d'intenses émotions.

ced 18/02/2008 17:15

Une dernière lecture pour avaliser tout ce que d'autres lecteurs t'ont certainement déjà dit..du talent et des choses vraies à ficher au plus profond de nos ventricules...très bel exercice de style ..."B.A.T...moteur!!!" Passerai certainement le 18 mars...toutes mes condoléances pour ton ami fidèle et n'oublie pas que je te suis redevable d'une bonne partie de bien-manger"...foi de Wil....à très bientôt Lalilounette...un lecteur rare mais fidèle lui aussi...

Alaligne 19/02/2008 14:46

C'est le 19 mars cédric!!!!!! pas le 18... En tout cas... je suis vraiment heureuse de retrouver ton coup de patte ici... Ton absence est cruelle... t'embrasse chaudement, Lali

Julie 16/02/2008 19:17

J'ai pensé à toi hier en découvrant le délicieux goùt du Saint Marcelin, que je ne connaissais pas. Je me suis régalée autant que lorsque je lisais ton conte de Noel !As-tu retrouvé mon adresse pour l'envoi de ton livre ? Je peux te la redonner sinon...Je t'embrasse.

Alaligne 18/02/2008 10:35

ARF.. le Saint Marcelin a frappé.... ;) Je veux bien que tu me la recommuniques Julie... suis paumée dans mes messageries... t'embrasse ma belle

pascaly :0010: 01/01/2008 12:52

L'amour, celui que tu reçois mais aussi celui que tu donnes, te donne la vie ...

sam 28/12/2007 13:20

mais c'est le 25 que tout cela aurait du arriver !!! moi je cherche toujours les chocolats mais je ne les trouve pas !!! peux tu m'aider ? bises

siratus 23/12/2007 09:54

Merveilleux, ton Conte de l'Avent, du début jusqu'à la fin !Le beau baiser de Bonheur et de Paix !Merci.Gros bisous amicaux  :0010: