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  • : Ecritures à la loupe
  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 11:45



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Le calendrier de l’Avent
 
Contes et nouvelles

(18)  Où Abel Beaujour s'engage à la légère


Démarrer la semaine précédant Noël avec la migraine, Abel l’avait bien cherché. Le vin de René devait contenir plus de soufre et d’alcool que de jus de raisin. Il avala quelques cachets d’aspirine avec un grand verre d’eau fraîche en espérant que l’étau qui lui enserrait le crâne finisse par jeter du lest. Une longue douche tiède sous l’œil inquisiteur de Myrtille lui permit de se sentir un peu mieux. La journée s’annonçait chargée. Il avait projeté de passer à la mairie pour vérifier si l’on ne pouvait pas trouver un logement propre et confortable pour son nouveau protégé, déposer le sac de vêtements de madame Beaujour, puis se rendre au local informatique de l’Association du temps libre pour envoyer un e-mail au maître de Filou. Abel ne connaissait rien aux ordinateurs et la perspective d’avoir à se concentrer sur une science barbare le jour même où sa tête allait exploser, faillit le faire renoncer.
          
Sa toilette terminée, il envisagea de nettoyer la cage du mainate. Myrtille était telle que le vétérinaire l’avait prédit, une véritable cochonne. Les graines et morceaux de Kiwi s’aggloméraient en petits tas sur le rebord de la console ainsi que sur le carrelage de la salle de bains. Elle-même n’était pas vraiment nette et avait besoin d’une bonne toilette. Se souvenant des conseils du Docteur Labrusse, il remplit l’évier d’eau fraîche, ouvrit la cage et tendit la main vers l’oiseau qui recula de trois pas. Il réussit à la saisir sans recevoir de coups de bec puis la porta jusqu’au rebord de l’évier. Le mainate observa le petit plan d’eau avec intérêt. Sous les yeux médusés d’Abel, elle plongea sans réticence dans la mini baignoire et s’aspergea avec un évident bonheur. Au bout de quelques minutes, la salle de bains fut transformée en une immense pataugeoire, les graines, les bouts de fruits mélangés à l’eau maculant chaque recoin de la pièce. Satisfaite du splendide désastre qu’elle venait de provoquer, Myrtille s’envola d’un coup d’ailes pour se poser sur la tringle de rideau de la douche. Du haut de son perchoir, elle contempla Abel, l’air satisfait et narquois. L’éponge à la main, le vieil homme entreprit de réparer les dégâts. A quatre pattes, il essorait le sol lorsqu’une voix nasillarde s’éleva dans la pièce :
  
« Huuuuuuuummmm, baby… Won’t you feel, I’m in love …Huuuuuuuummmm, baby… Won’t you feel, I’m in love »
       
Le timbre exact de la voix de Buddy Boy Hawkins résonnait aux oreilles d’Abel. Le timbre, le tempo et la mélodie, tout était à l’identique. Il leva la tête en direction de Myrtille qui dépiautait avec application un morceau du rideau en plastique.
       
« Huuuuuuuummmm, baby… Won’t you feel, I’m in love …» Reprit-elle en secouant la tête. 
        
Ainsi cette tête de piaf avait préféré les roucoulades des fils des plantations de coton aux orgues du cantique de Moreau. Abel, les mains sur les hanches était partagé entre l’admiration des dons d’imitation du mainate et la conviction que si elle ne cessait pas sur-le-champ d’entonner ce refrain, son mal de crâne allait tripler d’intensité. Il l’appela, claqua des doigts, lui tendit une graine et finit par l’injurier. Myrtille n’en avait cure, elle s’égosillait de plus belle, étendait ses ailes et les agitait en proie à une intense excitation. La seule solution qui s’imposait était de garder la porte de la cage ouverte, quitter la pièce et laisser l’oiseau seul jusqu’à ce qu’il se décide à retourner dans son abri et finisse par se taire. La stratégie fut payante. Le silence enfin revenu, le vieil homme sortit le calendrier de son tiroir et Filou en guise de témoin, il décacheta le chiffre seize.
    
«  Les jours passent et nous rapprochent de Noël. Il est temps de vous préoccuper de la forme physique d’une personne de votre entourage. Comme le pensait Juvénal «  Mens sana in corpore sano ». Cette phrase doit vous rappeler que tout équilibre intellectuel doit s’accompagner d’un soin du corps approprié. Il vous sera facile en ces temps où les gens se déplacent en voitures sans chevaux de dénicher une personne manquant d’exercice. Que votre vœu soit exaucé! La perspective de devoir nous quitter dans huit jours, commence à nous peiner. Le Calendrier. »
        
Abel sourit. Toutes ses relations amicales manquaient d’activité physique et ce n’étaient pas les parties de tarot qui allaient brusquement les muscler. Il n’avait que l’embarras du choix. Cela lui laissait le temps de sortir Filou, de faire ses démarches auprès de la mairie, de prendre son premier cours d’informatique, le tout sans se presser.
      
En tant qu’élu municipal, il avait accès à tous les dossiers des affaires de la municipalité. Son collègue n’avait pas menti : Peu d’indigents sur le territoire de la commune et donc une absence de centre d’hébergement. En fouillant dans les dossiers, il finit par trouver l’adresse de quelques familles bénévoles prêtes à accueillir pour un temps limité une personne en difficulté. Il nota leurs numéros de téléphone et se promit de les appeler dans le courant de l’après-midi.
         
Le bâtiment de l’Association du temps libre était une ancienne construction des années soixante dix à l’architecture postmoderne assez massive et laide. On avait par la suite élargi les ouvertures meurtrières pour laisser entrer la lumière si bien qu’au final l’ensemble manquait de charme, de style et de cohérence. A l’intérieur, un parcours fléché indiquait dans une signalétique pour grands débiles les différentes salles et leurs activités. Ayant cru reconnaître la forme d’un écran sur l’une des affichettes, Abel poussa une porte peinte en une indéfinissable couleur oscillant entre l’orange et le jaune moutarde. Les épaules voûtées, les yeux fixés sur un écran blafard, un homme chauve pianotait sur un clavier. Abel toussa pour attirer son attention, mais le responsable de l’atelier informatique ne parut pas s’apercevoir de sa présence. Abel toussa plus fort. L’homme sursauta.
          
« Bonjour… Abel Beaujour… Je pense que vous êtes monsieur Rambeau, le responsable de l’atelier d’informatique ? » Entonna Abel
         
« Oui, oui… C’est moi… » Répondit l’homme en ôtant ses lunettes de presbyte.
          
« Je souhaiterais envoyer un message à une personne habitant le Canada. Elle m’a laissé son adresse informatique, mais je n’y connais strictement rien et je me disais que vous pourriez m’aider. »
     
« Vous avez pris votre inscription aux cours et réglé votre cotisation ? »
         
La question surprit Abel. Il ne s’était pas intéressé à l’organisation des cours ni vraiment au fonctionnement de l’Association. La gratuité, lui aurait parue normale étant donné les finances de la mairie et les subventions qu’elle accordait généreusement à ce type d’organisation. Il s’excusa de sa naïveté et promit qu’il régulariserait les choses dans les meilleurs délais.
       
« Dans ce cas, asseyez-vous là et voyons ce que je peux faire » proposa monsieur Rambeau en désignant à Abel un siège en tubes d’acier.
         
Hypnotisé par le défilement des couleurs à l’écran, par les pages encombrées de textes, c’est d’une oreille distraite qu’il écoutait le chargé de cours énoncer les règles, us et coutumes du parfait internaute. De fait, il ne voyait rien, ne comprenait rien. La pensée d’Abel s’envola vers le grand Nord canadien, vers le pays où l’on chasse l’ours et sur les bords de la Petite Rivière. Le maître de Filou lui avait raconté l’histoire des « galets », ces anciens entrepôts perchés sur leur bloc de granit poli par la mer, exposés aux tempêtes et aux embruns. Il lui avait si bien parlé de ces hangars pour les agrès de pêche, où l’on salait et séchait jadis la morue, qu’il crut quelques instants humer l’odeur de la saumure et entendre le cri des mouettes.
    
« Voilà, vous n’avez plus qu’à saisir votre message et cliquer sur envoyer. »
          
Abel émergea de ses pensées et regarda penaud monsieur Rambeau. Son professeur avait les traits tirés, les yeux légèrement rougis par les heures passées devant un écran. Lorsque celui-ci se leva pour lui laisser sa place, il remarqua la mollesse de son corps, l’amorce d’un enveloppement progressif mais inéluctable, les prémices d’un embonpoint disgracieux. Abel ferma les yeux et formula un vœu.
  
« Vous n’avez jamais pensé à faire un peu de sport ? » demanda Abel
     
« Comme si j’avais le temps… C’est l’hôpital qui se fout de la charité… Vous ne brillez pas non plus par votre carrure d’athlète » répliqua son interlocuteur vexé.
  
Abel en convint aisément.
 
« Je viens de m’inscrire à un cours de gymnastique. Je vous assure qu’en quelques temps séances, je me sens déjà beaucoup mieux. Vous devriez en faire autant » mentit effrontément Abel.
      
« Et bien, si vous suivez mes cours avec assiduité, pourquoi pas ? Un peu d’exercice, oui dans le fond, pourquoi pas… et cela nous donnera une occasion de nous revoir, de vous conseiller dans le choix d’un ordinateur par exemple, car vous me paraissez particulièrement doué  » mentit à son tour monsieur Rambeau.
          
Et c’est ainsi que sur deux mensonges, un pacte fut scellé.  
  
 
           

à suivre.... 


Pour accéder aux précédents chapitres, il suffit de cliquer dans la colonne de droite "Catégories": Contes et nouvelles
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commentaires

ced 08/12/2007 12:33

encore une virée fugace jusqu'à l'embouchure du Saint-Laurent..les galets!!! je vois que nous nous promenons sur les mêmes espaces virtuels...à bord d'un journal ponctuel laissé là par un poète magyaro-wallon...qu'il me manque sur over-blog! c'est d'une certaine manière mon parrain...aime bien les contours de ce Monsieur Arthur Rambeau...quinqua commun à culotte de cheval...

Alaligne 09/12/2007 10:43

Exact... clin d'oeil à L.E qui nous manque dans le paysage obéen... J'ai quand même un peu honte d'avoir appelé l'informaticien ventripotent Rambeau... Il y a des moments où sous couvert d'humour... je tombe dans la facilité... ;)...

cyril 01/12/2007 18:16

AAArrrrfff!  ça me fait penser que je ferais mieux de reprendre le sport pour éliminer un peu les toxines. Ma tentative d'arrêter de fumer a encore échoué. Bravo encore une fois pour cette suite Cathy! C'est toujours un plaisir de pouvoir te lire. Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître, comme l'on dit. J'espère que tu va continuer à écrire et nous faire rêver ainsi encore longtemps, aprés que ce conte soit fini.. Bises

Alaligne 02/12/2007 11:25

En réalité Cyril... ce n'est pas un coup d'essai puisque j'ai déjà publié la "signature" et que blog-notes le sera aussi... mais c'est la première fois que je m'attaque au conte... Quant à continuer à écrire... sans doute..; tu sais lorsque l'on a mis la main au stylo... difficile de l'abandonner... T'embrasse

L'Oeil regardait cahin-caha 01/12/2007 12:14

Pourvu que personne ne fasse le voeu que je fasse du sport!!!!!

Alaligne 02/12/2007 11:20

trop tard... mdr

Chuipala 28/11/2007 19:29

Combien de fois de pactes sont scellés sur nos mensonges ?Un peu de nos vies un peu partout chez toi...

Alaligne 09/12/2007 11:13

C'est effectivement ma belle un point que ce petit conte m'a permis de souligner...

Piotr Goradd 28/11/2007 11:15

En fait, ce qui me sidére, c'est la faculté que tu as de faire s'imbriquer la vie de Abel, c'est à dire ses croyances, ses joies, ses peines, ses souvenirs, que l'on dirait rééls, avec les exercices imposés de ce calendrier capricieux ! Certes, c'est là, la magie de la littérature induite par le talent de l'auteur, mais à ce niveau, c'est de l'équilibrisme....Evidemment que non, je ne te passe pas la brosse à reluireEvidemment bien sûr que je détecte fort bien les ficellesEvidemment qu' Abel n'existe que dans ton imaginationEvidemment que je suis un lecteur enthousiaste, un ami bon public !Mais il reste que cette oeuvre, dont tu nous abreuves, cette oeuvre qui nous fait grandir, cette oeuvre est un pur chef d'oeuvre ! C'est si j'ose dire, et j'emploierai une métaphore que tu as apréciée en son temps : "La sainte vierge qui nous fait pipi dans la bouche" Une pure merveille de jouvence !!!Abel, va-t-il devenir fou ?BBB EBPE.................................Piotr, homme aimablement à genoux

Alaligne 28/11/2007 12:28

Patrick... que dire... Si ce n'est ce que je t'ai déjà écrit sur ton fil... Tu prêtes à ce texte sans doute trop de qualités mais à titre d'apprenti auteur... c'est sans doute ce que j'ai écrit de plus abouti...t'embrasse l'ami

sam 27/11/2007 14:16

me revoilà dans ta communauté les vas et viens j adore !!! je plaisante je t embrasse Sam :0113:

Alaligne 27/11/2007 15:25

Il suffit de taper à la porte... ;).... t'embrasse

Melly 27/11/2007 12:52

tu nous gâtes avec ces jolis contes !

Alaligne 27/11/2007 15:22

Si tu y trouves du plaisir... alors moi aussi ;)

sam 27/11/2007 11:52

les pactes sont souvent scellés sur des mensonges lol le sam est de retour bisous à toi

Alaligne 27/11/2007 15:18

J'apprécie ta façon de me comprendre au travers de ce conte Sam... Bon retour et mille bisous

LUCQUIAUD 27/11/2007 11:44

Ah voila que la Myrtille donne de la voix ... pour acompagner bien en rythme les "toc toc" des piverts qui résonnent das la têt edu père Abel ...Et si avec ça, il se met à l'informatique , le gros bourdon de Notre Dame ne sera que doux tintements de clochette comparé au roulement des canonades qui meurtrissent ses tempes ... Oui derrière un ordi, on ne se muscle pas ... , je vais aller ua jardin moi ... ;-)Bisous des farfadets

Alaligne 27/11/2007 15:16

Enfin une personne qui suit les consignes du calendrier... mdr... Tu vois Patrice qu'il sert à quelque chose... lolGros bisous aux farfadets

Loula 26/11/2007 15:46

J'aime les surprises du calendrier de l'Avent que tu nous concoctesJ'ai adoré le passage de Myrtille dans la salle de bains mdr.Et la rencontre d'Abel  avec Mr Rambeau,  ça promet...Je sais que nous avons d'autres priorités que le blog, mais sincèrement, j'attends avec impatiente la suite de l'aventure.BisousLoula

Alaligne 27/11/2007 15:08

Oui Loula... et cette semaine mes priorités sont ... le boulot, le boulot... mais j'espère quand même avoir un peu de temps pour écrire la suite... Abel te remercie... ;) Gros bisous