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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 16:45


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Le calendrier de l’Avent
Contes et nouvelles

(16)  Où l'on découvre que certains enfants n'aiment pas le Père Noël


Un sifflement strident réveilla Abel. Il mit quelques secondes à rassembler ses esprits, tendit l’oreille mais un silence ouaté régnait à nouveau dans la chambre. Il jeta un coup d’œil au réveil : cinq heures du matin. Filou dressé sur ses pattes, les oreilles aux aguets semblait inquiet. Il n’avait donc pas rêvé. Il se leva les yeux gonflés de sommeil et ouvrit lentement la porte de la salle de bains. Dans l’obscurité, il crut discerner la silhouette endormie de Myrtille. Rien ne lui parut anormal. Il referma avec soin la porte et alla se recoucher. Les yeux clos, il cherchait des images, le fil d’une histoire à se raconter pour regagner le pays des songes. Hélas, le réveil brutal avait mis ses sens en alerte et son cerveau n’arrivait pas à se concentrer. Il s’agita de gauche à droite dans le lit, tira sur les draps, retapa son oreiller, s’étira, essaya une position fœtale, le tout en vain. Peu à peu, ses yeux s’habituèrent à l’obscurité et détaillèrent des formes familières qui dans la pénombre de la pièce prenaient des allures étranges, éveillaient des craintes enfouies.
 
Le souffle régulier de Filou l’avertit qu’un être au moins dans la chambre, avait retrouvé la voie du sommeil. Abel s’accrocha à une unique pensée : On était samedi et dans quelques heures il reverrait Louise-Charlotte. La paix revint dans son âme et lorsque la figure accorte de la crémière émergea de son esprit, il replongea avec volupté dans un rêve plein de promesses et de douceur. 
        
Lorsqu’il ouvrit pour la seconde fois un œil, il constata avec satisfaction qu’une petite minute le séparait du déclenchement de la sonnerie du réveil. Il l’éteignit du plat de la main, pressé de prendre une douche fraîche et de rendre visite à sa nouvelle locataire. Dans sa cage Myrtille immobile, l’observa faire couler l’eau et ne détourna pas la tête lorsque nu comme un ver, il se glissa sous le jet. Le mainate l’épiait dans chacun de ses gestes, mais restait parfaitement muet. Abel vérifia qu’elle ne manquait de rien, rajouta juste un peu d’eau claire dans une coupelle, puis sacrifia au rite habituel de l’ouverture du calendrier.
             
 « Cher calendrierophile nous sommes heureux de vous retrouver. Ce quatorze décembre notre consigne s’attachera à délivrer une personne d’une phobie. Nous pensons que le choix est suffisamment étendu et que la tâche vous sera légère puisque nous en avons recensé plus de cinq cents. Votre choix devra cependant correspondre aux critères habituels de sincérité et de motivation du Calendrier. Ouvrez les yeux et soyez perspicace. Le Calendrier »
            
Abel songea à sa propre épouse qui cédait à la panique dès qu’elle devait monter dans un ascenseur. Madame Beaujour aurait préféré grimper les deux étages de la Tour Eiffel à pied plutôt que de voir les portes de l’élévateur se refermer sur elle. Oui, mais voilà, il était trop tard pour qu’elle put bénéficier de ce vœu. Il pensa à Gontran qui sans l’ombre d’un doute développait depuis des années une Beaujourophobie, mais Monsieur le Maire avait déjà eu droit à un vœu. Deux, ce serait trop d’honneur à lui faire.
           
Il avait la journée devant lui pour trouver la bonne personne et sa rencontre avec Louise-Charlotte ne devait souffrir d’aucun retard. Le thermomètre affichait huit degrés, un redoux bien agréable après ces derniers jours glacés. De la douceur il y en avait aussi dans la brise légère qui caressa ses joues quand il prit vers dix heures le chemin du marché. La neige avait disparu des toits, un soleil généreux dardait ses rayons sur la petite foule qui se pressait autour des stands, passait commande de chapons, dindes et autres volailles. Le marchand de marrons grillés ne faisait pas recette et le vendeur de sapins tourna la tête pour ne pas croiser le regard de celui qui lui avait fait manquer une vente le samedi précédent. Dans sa liste de courses, Abel avait ajouté quelques kiwis et bananes aux pommes reinettes qu’il achetait d’ordinaire afin de varier les repas de Myrtille.
   
Il commença son tour de marché par les fruits et légumes, traîna devant l’étal du boucher, admira l’œil vif d’un turbot fraîchement pêché et se décida pour de dodues coquilles Saint-Jacques. Une petite visite au vendeur sénégalais s’imposait aussi. Il eut beau le chercher aux quatre coins du marché, force fut de constater que le fier Wolof avait quitté les lieux. Abel n’en fut qu’à moitié surpris et en conçut plus de joie que d’amertume. L’étal de Louise-Charlotte était pris d’assaut par une meute de clients auxquels elle faisait déguster de menus morceaux de Maroilles sur des languettes de pain de campagne tandis que son apprenti versait de petits verres d’un cidre de pays offert par le caviste de la place Saint Pierre. Elle portait autour du cou le collier
aux perles de rocaille et graines d’açaï qu’Abel avait choisi pour elle parmi les bimbeloteries de Malik. Quoique assaillie de toutes parts, dès qu’elle aperçut le vieil homme, d’un signe de la tête, elle l’invita à la rejoindre au Petit Café.
        
A peine furent-ils assis à leur table habituelle que le serveur vint les trouver avec une mine de conspirateur.
« J’ai une petite merveille à vous faire découvrir. Elle n’est pas encore à la carte, mais si vous me le permettez, je vous recommande notre nouveau café : Un huehue tenango du Guatemala. Un pur moment de plaisir, puissant et fruité… Vous m’en direz des nouvelles… »
       
Abel et Louise-Charlotte acquiescèrent d’emblée. Dès qu’il fut parti, Louise-Charlotte bombarda son compagnon de questions sur les vœux de la semaine. Abel se fit une gourmandise de lui narrer chacune des consignes du calendrier ainsi que leurs suites. De son côté, elle lui confia qu’elle était au courant de l’illumination du dimanche et de la réédition des oeuvres de Démère, tout un chacun dans la ville y était allé de son commentaire le matin même sur le marché. Puis elle se révolta à l’idée qu’une enfant ait eu à subir des sévices et ses yeux s’embuèrent de larmes à l’évocation de la lettre d’Abel à son petit-fils. Elle se rasséréna en découvrant que Filou n’aurait plus à souffrir de ses rhumatismes, explosa de joie en apprenant qu’il avait entre temps recouvré la vue, fut prise d’un fou-rire en imaginant Abel aux prises avec un cancre et versa des larmes de joie sur Myrtille. Ils en oublièrent leur café qui tiédissait sur la table. Les rires et les larmes avaient creusé de grands sillages dans leurs deux visages. Ils se contemplèrent un long moment et se sourirent tendrement. Avant qu’Abel n’aborde le sujet du vœu du jour, Louise-Charlotte se pencha vers lui et l’index sur la bouche en signe de secret lui confia une nouvelle.
     
« Notre ami Malik doit bientôt repartir au sénégal. A vous monsieur Beaujour je peux bien vous le dire… Le loto, c’est lui… Il est venu me le dire chez moi, il y a deux jours. Je lui ai payé son billet de train pour Paris. C’est là qu’il va recevoir le chèque puis repartir vers son pays. Je lui ai promis le secret mais il m’a autorisé à vous mettre dans la confidence car depuis que vous lui avez acheté ce collier, il a senti sa vie changer… Il m’a laissé pour vous ces noix de Kola et ce Khat à boire en tisane et il a ajouté : vous lui direz, l’eau chaude n’oublie pas qu’elle a été froide, c’est ce que mon père me disait. »
        
Louise-Charlotte tendit à Abel un paquet semblable à celui ayant enveloppé le collier de graines d’où une forte odeur de khat s’échappait. Abel en huma le parfum avec délice puis à son tour confia à son amie la dernière consigne du calendrier. Elle hocha la tête mais s’avoua impuissante à l’aider.
               
Il était temps pour elle de rejoindre son apprenti et ils quittèrent à regret Le Petit Café aux boissons exotiques. Au détour du stand d’un vendeur de sacs, un Père Noël en tenue traditionnelle, portant chausses et hotte embrassait des enfants pendant que des parents armés d’appareils numériques immortalisaient la scène. Une maman non loin de là, tentait d’attirer vers l’homme en rouge et à la barbe blanche un petit bout de cinq ans qui se débattait et hurlait de terreur. Plus la mère insistait, plus elle tirait sur les bras de l’enfant, plus celui-ci s’arqueboutait et redoublait ses cris suraigus.
     
Abel saisit la main de Louise-Charlotte et l’enchaînant dans son regard lui murmura :
  
« Avez-vous entendu parlé de paternalaphobie, Louise-Charlotte ? La phobie du Père Noël ? Fermez les yeux avec moi et essayons de soulager ce petit. »
               
Les mains liées dans une même communion, ils formulèrent le vœu. Leurs doigts se délièrent dans le calme brouhaha du marché. 
  
 
           

à suivre.... 


Pour accéder aux précédents chapitres, il suffit de cliquer dans la colonne de droite "Catégories": Contes et nouvelles

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commentaires

ced 02/12/2007 11:38

Tu l'as judicieusement baptisé "ton" débit de boissons...renvoi majuscule et éponyme à l'oeuvre de Tristan Bernard? en tout cas c'est la Rhumerie de Saint-Germain-des-Prés ou la Brûlerie de Lutetia ton abreuvoir de patelin!!! du guatemaltèque maintenant! Louis -Charlotte est toujours aussi délicieuse..le sage Malik un sapristi de veinard...et Abel le roi d'une jungle domestique que tu sais  ...disons-le...accorder avec talent....

Alaligne 02/12/2007 11:45

Mais, c'est qu'il remarque tout le bougre!!!!!!!! Pour la petite histoire, la phrase de Malik est un vrai proverbe sénégalais... j'y tenais... ;)...  Merci Ced pour tes coms qui me réjouissent... t'embrasse

marie-laure 26/11/2007 06:26

IA ORANA,Un bonjour en passant entre tes pages.Je devrais revenir pour entreprendre la lecture de ton écriture.A bientot,AMITIES,NANAMarie-laure

Alaligne 26/11/2007 11:00

Ia Orana Marie Laure... Il est à ta disposition... ;) c'est quand tu voudras... Amitiés

BIDUDULE 25/11/2007 14:06

P'tit coucou du dimanche placé entre tes lignes.Passionnant, comme d'hab !Excellente journée ! 

Alaligne 26/11/2007 11:06

Bonne semaine pour toi Brigitte...

Chuipala 24/11/2007 22:07

Rituel. Il est bon ce rituel qui est le sien et le notre à la fois. Juste pour dire que je suis là.

Alaligne 25/11/2007 10:42

Le sais ou du moins le pense et l'espère... T'embrasse ma belle

Motdit 23/11/2007 12:59

j'ai craqué... je n'ai pas résisté....je ne suis plus une enfant et j'ai perdu la volonté de m'empêcher d'aller au bout des mots...comment vais-je faire?le temps sera-t-il long à espèrer la suite...forcément.... puisque déjà je le trouve long...

Alaligne 24/11/2007 11:07

Il faut qu'il soit long... le calendrier est par lui-même un apprentissage de la frustration... C'est une partie du message (si message existe?) de ce conte... Merci ma belle

Loula 23/11/2007 11:56

Tout d'abord grand merci de  m'accueillir dans la communauté. J'ai été accroché dès le départ par ce conte magnifique, très bien écrit, agréable à lire. Le récit est plein d'humanité, de tendresse, d'amour. Je suis impatiente de lire la suite.A très bientôtLoula

Alaligne 24/11/2007 11:01

A la lecture de tes textes Loula... il eut été dommage que tu n'en fasses pas partie... Suis très heureuse de te compter parmi nous... Bises

Curieuse 23/11/2007 10:58

Une suite toujours aussi agréable à lire, dans un style vraiment riche. Quel talent Oh grande Dame ! Je m'incline dans une révérence respectueuse en attendant avec toujours autant d'impatience la suite de ce conte empli de la magie de Noel. Merci pour tout ce travail formidable que tu fais. Je t'embrasse 

Alaligne 23/11/2007 11:31

C'est effectivement un "travail"... qui me prend la tête... Le talent?... Il y en aura toujours pour faire la moue et je sais qu'il y a des passages à refondre... mais l'important c'est que ce petit récit vous délasse en cette période de marche à pied forcée... T'embrasse ma belle Nath

Aux éclats ! 22/11/2007 21:06

La phobie du Père Noël ? Je ne m'attendais pas à celle là ...lol ! Bon, quand est-ce qu'Abel passe la seconde avec la crémière ? Est-ce qu'il va avoir droit à un voeu pour lui ??

Alaligne 23/11/2007 11:28

Tu veux du sexe... dans ce conte de Noël!!!!!!!  Mdr... Mon tendre époux me l'a déjà suggéré... vais-je finir par craquer???

cyril 22/11/2007 19:01

C'est tout à fait charmant... émouvant, plein d'imagination, et d'humanité, de douceur, d'amour. Bravo Cathy! Tu es vraiment douée. Quelle belle leçon de vie! Grosses bises

Alaligne 23/11/2007 11:26

Merci Cyril... j'avais envie d'écrire ce genre de texte... un poil à contre-courant... de ce qui s'écrit en ce moment et de ce les maisons d'édition nous proposent... Tant mieux si cela te charme... c'était le but... Grosses bises à toi

Piotr Goradd 22/11/2007 14:27

J'adore la "bouille accorte" de sa future moitié... Je m'avance un peu, là ?! Je ne voudrais rien dévoiler...Une pure merveille, mais ça, tu le sais déjà.BBB EBPE....................Piotr

Alaligne 23/11/2007 11:24

avance-toi mein Piotr... avance-toi... Je t'attends... au coin de mon conte... mdr... Smackys à foison