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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 14:30


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Le calendrier de l’Avent
Contes et nouvelles

(14)  Où la roue de la fortune tourne dans le bon sens
 
Ce jeudi allait marquer les débuts d’Abel Beaujour dans la carrière de précepteur à domicile.D’Aristote à Zénon d'Elée, de Fénelon à d’Alembert le métier s’enorgueillait d’assez de beaux esprits, de penseurs illustres pour qu’Abel n’ait point à en rougir. Il songea que ces hommes brillants n’avaient pas tous eu la chance d’avoir des élèves de qualité et que l’abbé Guénée avait bien failli en perdre son latin à tenter d’élever la pensée du jeune Duc de Berry en son temps. Il avait fait vœu de patience et de sens pédagogique; au calendrier de lui prouver maintenant qu’il méritait sa confiance.
        
Contrairement au rituel établi depuis douze jours, il décida de commencer sa journée par la sortie matinale de Filou et de remettre à plus tard la découverte du douzième vœu. Le thermomètre extérieur et de perfides douleurs dans les articulations annonçaient en effet l’arrivée prochaine de la neige. Il ne souhaitait pas devoir promener le chien sous les bourrasques, risquer de glisser sur la fine pellicule blanche traîtresse, se casser un membre quelques jours avant Noël. Chaudement vêtu, coiffé et ganté, il opta pour un trajet court lui permettant de faire au mieux quelques achats de nourriture et de laisser suffisamment de temps au petit fox pour dégourdir ses membres et satisfaire à ses besoins naturels. Un tour par la rue Grande et la place Saint Pierre serait largement suffisant.
       
Les décorations de Noël accrochées aux lampadaires, les guirlandes lumineuses, les boules multicolores, le faux givre appliqué à la bombe sur les vitrines des boutiques, les Pères Noëls animés à l’étalage, conféraient aux rues du centre ville un petit air cosy qui lui seyait à merveille. On avait élevé sur le terre-plein un sapin gigantesque lourdement chargé de faux paquets cadeaux, de nœuds rouges et d’ampoules clignotantes multicolores. Le pub café-tabac Saint-Pierre était en pleine effervescence. Le patron, un homme râblé, à la face rubiconde et au poil raide, collait une grande banderole sur la vitrine de son établissement. Abel s’approcha pour la lire. On y annonçait en lettres tricolores que la somme mirobolante d’un million huit soixante cinq mille cent trente euros avait été gagnée au second tirage du loto de la veille.
        
Les commentaires allaient bon train autour de l’affiche et Abel se mêla aux badauds et aux habitués du café pour fêter l’événement. L’heureux gagnant ne s’était pas encore manifesté, et les discussions s'animaient pour essayer de deviner son identité. Des paris fusaient de toutes parts. Les rêves les plus fous s’exprimaient sans retenue. D’un côté les adeptes du « tout claquer » apostrophaient les partisans du « tout placer ». Les uns évoquaient les largesses dont ils seraient capables, d’autres se gaussaient et se mettaient en tête de la liste des éventuels bénéficiaires de ces dons. Une grande majorité avouait qu’à l’instar du joueur de grilles, ils éviteraient de se faire connaître. Quelques-uns  enfin se voyaient déjà donnant leur démission. Abel s’amusait à l’écoute de ces propos, partageait l’excitation ambiante et bénéficia d’une tournée générale offerte par le patron. Des cacahouètes circulèrent ainsi que de grosses olives vertes. Le petit blanc sec finit par faire tourner les têtes. Abel sentit qu’il était temps de prendre congé. Au moment où il quittait le bar, le tenancier goguenard l’interpella familièrement :
        
« Et toi Abel, t’as pas ta p’tite idée, de qui que ce serait ? »
 
Abel n’avait pas de petite idée mais il avait fait un vœu quelques jours plutôt et c’était bien plus important.
     
« Pas la moindre… Je souhaite pourtant que ce soit quelqu’un qui en ait réellement besoin »
      
« Pour sûr, que ce serait bien… » conclut fort philosophiquement le patron. 
     
De fins flocons zébraient le ciel plombé d’épais nuages et de vifs coups de vent glacés agitaient les cadeaux factices de l’arbre de Noël. Abel, pressa le pas, soucieux de rentrer. La décision fut prise au bon moment car lorsqu’il ouvrit la porte de sa maison de lourds et drus flocons de neige s’abattaient sur la ville.
          
Il sortit le calendrier de son tiroir et chercha son cutter pour découper le chiffre douze.
        
«  Cher ami… Permettez au Calendrier d’employer ce qualificatif et pardonnez-lui cette soudaine familiarité. Vous voici à la moitié du chemin qui vous mène aux réjouissances de Noël. Nous sommes comblés par votre soin à ne pas nous décevoir. C’est la raison pour laquelle, nous vous autorisons exceptionnellement à compléter votre premier vœu. Cette consigne ne se renouvellera pas, hors erreur d’impression de l’un de nos messages. Soyez assuré, cher ami, de notre entière considération. Le Calendrier. »
         
Abel avait lu à haute voix et Filou parut avoir compris le sens du message. Il en gémissait de plaisir. Il vint lécher la main du vieil homme et attendit qu’il ferme les yeux. De fait, Abel avait constaté que depuis trois à quatre jours le chien donnait moins de signes de faiblesses au niveau de l’arrière-train. Il lui avait administré ses médicaments avec scrupule et en avait conclu que le propriétaire de Filou s’était sans doute montré sur ce point plus négligent. Renforcer l’ordonnance par un nouveau vœu le remplissait de bonheur. Filou était devenu partie intégrante de sa vie et il ne négligerait rien pour le confort de la bête. C’est donc le sourire aux lèvres qu’il formula le vœu.
        
Le déjeuner fut savouré avec le cœur en fête et le Saint-Marcellin partagé comme il se devait en deux parties égales. La neige ayant cessé de tomber vers quatre heures, Abel pensa qu’il était prudent de se mettre en route afin de récupérer son élève à la sortie de l’école. Il trouva le jeune Cédric en pleine bagarre de boules de neige dans le préau de l’école. Le gamin ne mit guère d’empressement à le rejoindre, traîna pour ramasser son cartable, retourna trois fois bombarder un de ses camarades pendant qu’Abel et Filou faisaient les cents pas. Le trajet jusqu’au domicile se fit en silence et la silhouette courbée de l’enfant, la tête rentrée dans les épaules en disait long sur sa motivation. Loin de s’en inquiéter, l’apprenti précepteur essaya une fois rentré de réchauffer l’ambiance, prépara un bol de chocolat chaud et lui offrit des gâteaux au chocolat. De son côté, l’adepte de la technique dite « du poids mort » fit durer le plaisir en buvant à petites gorgées jusqu’à ce que le chocolat fut froid, chipota sur les gâteaux, en réclama de nouveau lorsque Abel l’invita à le rejoindre dans la salle à manger. Il eut également une envie pressante au moment fatidique d’ouvrir son cartable. Au bout d’une bonne demi-heure de simagrées, il accepta enfin de s’asseoir.
        
Abel ouvrit le cahier de textes et comprit l’ampleur du désastre. Entre des tâches d’encre et des bavures dignes du test de Rorschach, des lignes entières au bic rouge, ponctuées de points d’exclamation, de soulignés trois fois en composaient la majeure attraction. Sans l’intervention de la maîtresse, Abel aurait été bien en peine de prendre connaissance des devoirs en souffrance. Il n’était cependant pas au bout de sa peine. Lorsqu’il réclama le livre de mathématiques pour effectuer les exercices deux, quatre et cinq de la page vingt-sept, force fut de constater que le manuel manquait à l’appel. Le scénario se répéta pour la leçon d’Histoire. En réalité le cartable de Cédric ne contenait en dehors du cahier de textes, qu’une trousse tâchée d’encre, un cahier de français aux pages cornées, des photocopies d’exercices pliées en sept, deux mots d’excuses datant d’un mois, une ardoise effaçable non effacée, un chiffon aux couleurs chamarrées et le reste d’un petit beurre réduit en miettes.
           
Aux diverses questions d’Abel, le charmant minot répondait invariablement : « J’sais pas.. ». Pendant qu’Abel feuilletait d’un air perplexe le cahier de français à la recherche d’exercices recopiés, Cédric penché sous la table jouait avec Filou qui lui avait apporté sa balle en caoutchouc. 
   
« Qu’est-ce tu fais ? » Demanda Abel que l’énervement gagnait.
 
« Je joue avec votre chien… » 
  
« Laisse-le petit. C’est un vieux chien, perclus de rhumatismes et aveugle. Sois gentil, laisse-le en paix » gronda Abel.
  
« Ben, pour un aveugle, il voit vachement bien votre chien… Allez attrape… »
         
Cédric lança la balle qui ricocha sur le mur du salon, rebondit et fut rattrapée au vol par un Filou en grande forme. Abel se leva d’un bond et se précipita sur l’animal. Il lui prit la tête, examina les yeux. Au fond des pupilles de Filou, se reflétait l’image d’un vieil homme au regard d’enfant. 
 
   
 
 
           

à suivre.... 


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commentaires

Cécile 24/07/2008 21:57

C'est à mon travail (chuuut) que j'ai commencé la lecture de cette nouvelle et c'est après avoir couché les enfants et souper que je m'y suis remise ! J'ai envie de tout lire, tellement c'est bien écrit ! J'aime beaucoup. Des dizaines et des dizaines d'images naissent dans ma tête au fil de mes lectures, j'adore. J'ai juste relevé une petite coquille :-)  taches d'encre, sans accent sur tache quand c'est pour désigner une "trace"...Bon je continue ma lecture, à bientôt ! merci pour ces délicieux moments d'évasion.

Bettina 09/12/2007 08:23

Cath...Je me réjouis d'avance.Chaud au coeur pour cet enfant qui a l'heureuse chance de croiser le chemin d'Abel. Me délecter du chemin emprunté sous ta fructueuse inspiration..Bien à toi

Alaligne 09/12/2007 10:44

J'aime les enfants... petits, moyens, grands, très âgés... ;)T'embrasse ma Bettina

ced 29/11/2007 18:11

alors là...sans faire dans le dithyrambique..tu es une nouvelle fois au rendez-vous sauf peut-être...nan j'déconne...l'ambiance dépeinte est tellement saisonnière qu'elle en réchauffe nos coeurs..."De fins flocons zébraient le ciel plombé d'épais nuages"...divin...en revanche tu m'feras l'plaisir de rajouter le premier "cent" à 1 865 130 ....rires...d'ailleurs qu'en ferais-je ..l'achat de l'intégrale de l'Encyclopédie sur maroquin roussé d'une édition dix-neuvièmiste...à apporter sur l'îlet atlantique que je viendrais de me payer à crédit...  Suis désolé ..n'ai pas pu me contenter de dire "génial" ..ai pourtant essayé...  navré.. signé: "Le Désuperficialisé"...que la mue fut bonifiante...

Alaligne 30/11/2007 10:00

J'ai dû oublier un "s" sur le nombre... viens de m'en rendre compte... Lorsque tu auras ton île... pourras-tu avoir la gentillesse de m'y construire une petite cabane en bambou... j'y viendrai avec mes palmes...Tu aurais écrit "génial"... je sortais mon martinet...

katy/lutins 27/11/2007 20:07

J' en suis à la 14 , un peu de mal à décroché , mais l'histoire d'abdel me passionne , passe une bonne soirée et surement à demain pour la suite

Alaligne 28/11/2007 12:25

Ce n'est pas évident de lire à l'écran... je t'en remercie d'autant plus Katy... Bon mercredi...

Chuipala 23/11/2007 23:03

Whaaaaaaaaou, j'ai les poils des bras tout dréssés moi tu vois. je le savais mais je ne savais pas comment tu allais aborder ce moment important. Qui aurait fait mieux que toi ? Sans doute d'autres mais au moment où je t'écris,  je ne peux le croire.  Merci à toi pour cet instant de bonheur. Merci à toi.

Alaligne 24/11/2007 11:04

Que dire... si une chose... vraie... j'ai pensé à toi en l'écrivant... donc les coms... ça sert... t'embrasse

cyril 21/11/2007 16:12

Oui, comme tu le disais chère Cathy, il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.. Je pense que ce Cédric, trés loin d'être bête, va apporter beaucoup de choses à notre ami Abel, qui n'est pas au bout de ses surprises! Un conte de noël... humain, dans le sens le plus noble du terme!

Alaligne 22/11/2007 16:25

Bien vu pour Cédric... mais je ne t'en dirai pas plus... patience et tu le découvriras... T'embrasse mon Zé

Piotr Goradd 20/11/2007 11:09

MAIS ! Les vértables gagnant s du loto, c'est nous ! Nous, nous et nous et tout ceux qui viendront se régénérer sur ton blog. OH ! Et encore merci, aucune critique aujourd'hui. Critiquer quoi ? Ce style limpide et jouissif ? Cette créativité hors norme ? Cette culture étonnante ? La sensibilité et l'amour de l'auteur ? Non, ce serait me répéter et me rabâcher inutilemement...Bisous, bises, baisers et bien plus encore..................Piotr, homme sous le charme

Alaligne 21/11/2007 10:19

Régénère-toi mein Piotr... si mon écriture peut au moins servir à cela... quoi de plus jouissif pour l'auteur de ces lignes...PS: j'adore lorsque tu rabâches... mdr lol

LUCQUIAUD 19/11/2007 23:06

Il est des voeux, comme ça, qui s'éxaucent ... et, Filou mérite bien cette joie de voir ... Abel lui connait ce bonheur de constater que ce petit ami à quatre pattes retrouve sa vitalité et son entrain de brave toutou ... Attendons de connaître le bénéficiaire du gros loto ...  Etre heureux pour les autres, en voilà un vrai bonheur! ... Noël approche  avec son cortège de lumières et de douces chaleurs humaines ... Bises des farfadets

Alaligne 20/11/2007 10:42

pour le loto tu n''as pas une petite idée??? Gros bisous Patrice

linette...ou stef le microbe 19/11/2007 17:14

Alaligne 20/11/2007 10:41

Merci Stef... ou linette ;)

Curieuse 19/11/2007 16:31

L'avantage d'être moins disponible ces derniers temps, c'est que lorsque je trouve enfin un moment pour venir me délecter de ce récit captivant, j'ai de nombreuses pages à lire... Les chapitres s'enchainent à merveille, le suspens plane entre chaque ligne et même si je viens de profiter de tout ce retard accumulé, me voilà frustrée de devoir attendre la suite !.... Vite, vite, vite, je meurs d'impatience de savoir ce qu'il va se passer !!!!!Merci pour cette merveille qui mériterait une édition pour les fêtes de fin d'année !

Alaligne 20/11/2007 10:40

Bisous ma Nath... Vite dis-tu? Mais le principe même d'un calendrier de l'Avent... c'est d'apprendre à patienter... mdr... gros bisous ma belle