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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 13:40


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Le calendrier de l’Avent
Contes et nouvelles

(11)  Où Abel Beaujour doit affronter des personnes en colère

 
Lorsque l’on frappa à sa porte en ce lundi matin, Abel terminait de préparer le repas du chien. Des visiteurs, il n’en avait guère et sa surprise fut à son comble en voyant la mine renfrognée de Gontran de la Perronière s’encadrer dans l’œilleton du judas. Il l’invita à entrer dans le salon mais monsieur le Maire refusa.
     
« Je n’ai que très peu de choses à te dire, Abel » attaqua l’élu local dont la mine empourprée reflétait tout autant le gel matinal que la colère.
      
«Je te préviens que cela ne va pas se passer comme cela. Ton initiative d’hier, ne te fais aucune illusion, j’ai bien compris. Si c’est ma place que tu brigues à la mairie, je te préviens que je ne me laisserai pas faire. Des coups bas, j’en ai pris dans ma vie, mais un comme celui-ci, j’avoue que là, je ne m’y attendais pas. On se comprend n’est-ce pas ? ». Abel leva les mains au ciel en signe d’interrogation et d’impuissance.
       
« Ne fais pas l’idiot ! Si tu voulais saboter mon action, prendre par jalousie le devant de la scène, tu ne t’y serais pas pris autrement. Alors, écoute bien ce que j’ai à te dire… Que tu essaies de mettre le feu à la ville par une action totalement irresponsable, puérile et à la limite criminelle c’est une chose, mais que ce faisant, que tu tentes de me discréditer personnellement auprès des électeurs en est une autre. Attends-toi à ce que je n’en reste pas là… A bon entendeur, salut ! ».
         
Abel n’eut pas le temps de se défendre que Gontran avait déjà tourné les talons. Il ferma la porte et resta quelques instants abasourdi.  A aucun moment il n’avait imaginé porter le discrédit sur l’action du maire et encore moins lui nuire de manière personnelle. Bien sûr, il aurait sans doute dû l’informer en premier de son initiative. Son idée première avait été de la faire, mais il ne l’avait pas contacté. Sur les coups de fils passés, le numéro du maire était tombé aux oubliettes. Un acte manqué ? La réponse l’embarrassait. Oui, peut-être, un peu de cela, finit-il par s’avouer. Abel, n’était pas le genre d’homme à se laisser démonter par des menaces. Pour le moment il avait mieux à faire. Le calendrier l’attendait avec son numéro neuf plein de promesses. Il appela Filou pour partager ce moment précieux. 
             
« Le Calendrier est bien aise de vous retrouver. Nous espérons que la lumière a éclairé les cœurs de ceux qui vous entourent et qu’un même élan vous guide tous ensembles vers le jour de la nativité. Le chiffre neuf, symbole de l’universel, doit vous conduire dans une voie permettant à un jeune enfant d’acquérir les notions élémentaires qui lui permettront d’adapter son jugement aux choses et pas seulement à l’idée qu’il s’en fait. Si cette consigne vous semble absconse, nous vous conseillons de lire Spinoza. Fidèlement vôtre, le Calendrier ».
        
Abel éclata de rire. Pour un matheux comme lui, le message n’avait rien d’abscons. Il y avait déjà belle lurette que pour Abel, essayer de comprendre, ce n’était jamais partir de l’expérience immédiate, ni se fier à l’expression de ses propres désirs afin de saisir la réalité telle qu’il aurait voulu qu’elle soit. Pourtant, il eut un doute. N’était-il pas justement en train de faire exactement le contraire en suivant les consignes du calendrier ? Il écarta l’argument qu’il jugea déplaisant. Trouver un enfant en difficulté scolaire, ne devrait pas poser problème. Le vœu serait cette fois facile à formuler. Après la sortie matinale de Filou, il irait à l’école primaire et se renseignerait auprès de la directrice pour connaître l’inévitable cancre recordman des mauvaises notes toutes matières confondues. Ce qui fut résolu dans sa tête, fut fait.
                
Madame Leboeuf, directrice de la maternelle de l’école communale l’accueillit avec une surprise qui se mua rapidement en sincère ferveur. L’enseignante oeuvrait depuis plusieurs années pour organiser un soutien scolaire auprès d’enfants rencontrant des difficultés. Qu’un élu vienne lui rendre visite sur ce thème, ne pouvait que l’encourager. Si Abel lui cacha l’origine de son intérêt pour ce sujet, il se montra ouvert et favorable à prendre sous sa tutelle un gamin qui avait usé jusqu’à la corde la vocation de plusieurs institutrices. L’heure de la récréation ayant sonné, elle lui désigna dans la cour de l’école le tueur de bonnes volontés et de talents pédagogiques. La frimousse effrontée d’un gamin de neuf ans vint narguer Abel sous le nez.
             
« Si tes parents sont d’accord, Cédric, ce monsieur est prêt à te donner des cours privés pour t’aider dans tes études, et cela gratuitement. C’est particulièrement gentil de sa part, car monsieur Beaujour est un homme très occupé qui a de grandes responsabilités dans notre ville. Je suis persuadée que tu auras à cœur de ne pas le décevoir. Qu’en penses-tu Cédric ? ».
              
Manifestement, l’écolier n’en pensait que du mal. La perspective de suivre des cours supplémentaires en compagnie d’un vieux bonhomme habillé comme s’il allait à une cérémonie funéraire, ne le galvanisait aucunement. Il baissa la tête d’un air buté et demanda s’il pouvait retourner jouer au foot avec ses copains. La directrice faillit s’y opposer, mais Abel opina en signe d’acquiescement.
              
« Je téléphone aux parents dès cet après-midi. Si j’ai leur accord, ce serait bien que vous puissiez le prendre deux fois par semaine. Il faudrait passer le chercher à la sortie de l’école, par exemple le mardi et le jeudi. Pensez-vous que cela soit possible ? » Demanda madame Leboeuf d’un air suppliant.
     
Abel songea que deux fois par semaine, cela faisait beaucoup, mais il n’eut pas le courage de la décevoir et finit par en accepter l’idée. Alors qu’il prenait congé, elle lui adressa un dernier conseil.
« Je vous préviens… avec lui, il va falloir être ferme et patient. Il n’a pas un mauvais fond, mais une force d’inertie au-delà du concevable… ». 
                  
Abel en prit bonne note et ferma les yeux pour formuler son vœu.
Sur le chemin du retour, son attention fut attirée par une intense agitation à l’angle de la rue des Cordeliers. Un camion de livraison bouchait le passage et une file de voitures s’agglutinait derrière lui. Abel s’approcha pour satisfaire à sa curiosité. Monsieur Tellier, le libraire, s’agitait en tous sens, houspillait le livreur, vociférait en proie à la plus grande des colères. Des dizaines de cartons s’entassaient devant la porte de sa boutique au rideau de fer baissé. Abel qui connaissait bien cet amoureux de la littérature, se porta à sa rencontre.
        
« Et bien Monsieur Tellier, que vous arrive-t-il ? »
« Ha ! Monsieur Beaujour ! Vous vous rendez compte… On me livre un lundi, mon jour de fermeture. Si je n’avais pas donné mon numéro de portable, tous ces colis seraient restés là sur le trottoir jusqu’à demain matin. C’est du grand n’importe quoi… Deux cents livres exposés aux intempéries et à la concupiscence, sans personne pour les surveiller.. ».
« Deux cents livres ? Vous renouvelez tout votre stock ? » Demanda Abel, soudain perplexe.
« Comment ? Vous n’êtes pas au courant ? Allons, monsieur Beaujour… C’est une livraison pour Noël… La réédition complète des œuvres de Paul Démère… Une idée de notre maire, pour relancer l’intérêt de ses administrés pour notre poète local… Ne me dites pas que vous n’en avez pas entendu parler ? Cela dit, s’il n’y avait pas eu une subvention, croyez-moi que je n’aurais jamais accepté de m’encombrer d’autant de livres, parce que maintenant, je vais devoir les vendre… et la poésie, ce n’est pas ce qui marche le mieux… ». 
           
« C’était donc cela… » pensa Abel. Gontran avait lancé cette réédition pour se faire de la publicité, redorer un blason qui commençait à se rouiller. L’illumination de la veille, il l’avait donc interprétée comme la volonté de saper son action et de le prendre de vitesse. Mais voilà, Abel n’avait pas été tenu au courant de l’intention du maire, ni de la subvention attribuée. Un oubli ? Abel en doutait. Dans son cœur, pourtant, germa un sentiment de reconnaissance. Paul Démère renaissait de ses cendres…N’était-ce pas ce qu’il avait souhaité ?
 
   

           

à suivre.... 


Pour accéder aux précédents chapitres, il suffit de cliquer dans la colonne de droite "Catégories": Contes et nouvelles

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commentaires

Bettina 07/12/2007 11:15

Comme j'aurais aimé...me procurer un recueil de poésies d'une figure locale...propre à ma région d'enfance...Pour les fêtes j'y passe quelques jours...je vais faire en sorte d'en trouver un...Chaud au coeurBien à toi

Alaligne 08/12/2007 10:53

Tu risques de découvrir de petites merveilles... tiens-moi au courantBises chaudes...

BIDUDULE 03/12/2007 16:25

P'tit coucou du lundi.Bonne fin de journée.

Alaligne 04/12/2007 10:47

Bonne semaine Brigitte... ;)

ced 19/11/2007 12:48

Abel Beaujour..maître-répétiteur d'un petit ced morveux et back-bencher....rectificatif à ton inspiration...adorais "taper le foot" en cour de récré...ne rechignais pas à des travaux péri-scolaires mais..que diable!...les résultats devaient être performants il en allait de ma survie..suis devenu totalement parano...la menée du recit est excellente...

Alaligne 20/11/2007 10:46

Il s'agit juste d'un clin d'oeil... pas d'une projection.. mais cela m'a amusé qu'un Cédric soit un cancre... Va donc savoir pourquoi... T'embrasse

Chuipala 15/11/2007 20:48

On a rien sans rien, on fait parfois le bien pour en subir le mal. Ou est le bonheur des uns et le malheur les autres ?   Partout à la fois. Bravo.

Alaligne 16/11/2007 10:29

Ambiguité perpétuelle ma belle à laquelle ce "conte" n'échappe pas... Bien vu... ;)

Melly 15/11/2007 14:14

euh...j'arrive ICI au fil des blogs, et...comme j'aime lire et écrire (un tout petit peu, sur Jordan, mon fils ...) et bien je reviendrai fouiller ton blog très prochainement, je le tague dans mes favoris !

Alaligne 16/11/2007 10:22

bienvenue dans mon petit univers Melly... J'espère que tu y trouveras de quoi te faire plaisir... et merci pour les favoris...!!!

BIDUDULE 15/11/2007 07:48

Je t'adresse un p'tit coucou : belle journée Cathy !

Alaligne 15/11/2007 13:52

Bonne journée à toi Brigitte... bises

LUCQUIAUD 15/11/2007 01:19

Avec toutes ces petites bougies allumées la veille, voilà que l'on s'enflamme dans la localité où vit Abel ...Les taches augmentent : après l'entretien et la garde du brave filou le voilà qui va prendre en charge d'un jeune élève cancre de son état qu'il va devoir intéresser aux fondements de la pensée ... Tout un programme ... Va bien être occupé notre Abel ... il a du Beaujour devant lui ... En fait, il va de l'Avent ... ;-)Mais la poésie de paul Démère va certainement apaiser les esprits...Et nous n'en sommes qu'au 9ième jour ...Bises des farfadets

Alaligne 15/11/2007 13:49

A sa place, je fouterais le calendrier à la poubelle... c'est vrai cela !! de quel droit ce bout de carton l'oblige à changer ses habitudes!!! un véritable scandale..;)

L'Oeil regardait cahin-caha 14/11/2007 20:21

Ah les petits égo surdimensionnés des maires. La mise en place se tisse de plus en plus, je sens poindre les clins d'oeil aux voeux précédents...

Alaligne 15/11/2007 13:46

Il le faut bien l'Oeil... si non vous seriez les premiers à me le reprocher...

Aux éclats ! 14/11/2007 12:28

Tu ne sais pas ce qu'il m'arrive ? (en plus de la gastro ...) Je ne me souviens plus du voeu concernant le maire ...Il y en a bien un ? C'était quelque chose qu'il avait raté enfant non ? Tu n'y vas pas de main morte avec ce dernier voeu ! Deux soirs par semaine avec un môme récalcitrant...c'est pas un voeu mais une plaie !!

Alaligne 15/11/2007 13:44

C'est siffler avec les doigts... tu as un rappel en chapitre 10... car tu ne dois pas être la seule à avoir oublié... Même moi... c'est tout dire MDR... Soigne-toi bien ma belle

Piotr Goradd 14/11/2007 10:33

C'est la nuature humaine ! La colère est toujours plus simple à produire que... L'amour. Et si la politique s'en mêle, alors... MAIS, il y a le calendrier qui du fond de sa sagesse s'amuse à mixer ces deux sentiments pour le bien de la communauté...Bien joué Ma Cathy-Lilas, c'est de la grande "broderie" Je suis fier de te cnnaître...BBB EBPE .........................Piotr, homme dévoué

Alaligne 14/11/2007 11:33

Sentiment plus que réciproque mein Piotr... pas la colère... le fait de te connaître lolT'embrasse