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  • : Ecritures à la loupe
  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 12:26


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Le calendrier de l’Avent
Contes et nouvelles

(8)  Où le calendrier commence à donner des signes

 
Il trônait près de la fenêtre de la cuisine. Enfin, trôner n’est sans doute pas le verbe le mieux adapté pour désigner un cotonéaster rabougri à trois branches et aux feuilles ramollies, gisant au fond d’un pot. Abel avait en tout cas essayé de faire pour le mieux. Ne disposant pas de terreau, il avait prélevé dans le jardin public une bonne livre de terre qu’il avait soigneusement débarrassée de ses cailloux une fois rentré chez lui. Les cailloux étant plus nombreux qu’il ne l’imaginait c’est à peine cent grammes de terre grasse et meuble qu’il avait pu mettre de côté.
      
L’escapade, la veille au soir, avait pris des allures d’opération commando. La crainte intime d’Abel était qu’une personne de sa connaissance et Dieu sait qu’il était connu dans la ville, ne le surprenne en train de commettre son larcin. Entacher sa réputation en perdant au tarot était une chose, mais se faire surprendre à dix heures du soir un ridicule cotonéaster volé dans les mains, lui aurait coûté, il en était sûr, honneur et dignité.
      
Ce vendredi matin, Abel se leva un peu plus tôt qu’à l’habitude, pas seulement parce que sa nuit avait été agitée et remplie de rêves bizarres, mais parce qu’il avait de multiples tâches à réaliser avant sa partie de cartes chez son ami Benoît. En tête de liste, le calendrier, car avec ce jeteur de vœux tout son emploi du temps pouvait être chamboulé, ensuite promener Filou un bon quart d’heure, passer chez le teinturier reprendre son pardessus, faire un saut à la pharmacie pour acheter une nouvelle boite d’anti-inflammatoires, aller chez la fleuriste pour glaner quelques conseils botaniques, et enfin renouveler à la gare SNCF sa carte senior, le tout avant midi, le tout à pied. Il lui resterait juste assez de temps pour déjeuner puis se rendre chez Benoît qui habitait à deux kilomètres de chez lui. Sa vie s’accélérait.
            
Un bol de café noir à la main, il entra dans la salle à manger et chercha des yeux le calendrier. La stupeur l’immobilisa sur place. Le calendrier avait disparu. Il eut un doute, posa son bol et entreprit de regarder sous la table. Rien. Il essaya de se remémorer ses gestes de la veille, de se souvenir s’il l’avait rangé dans un tiroir ou emporté avec lui dans sa chambre au moment de s’habiller. Les images s’emmêlaient dans sa tête et au bout de dix minutes, Abel n’arrivait plus à se souvenir de rien. Il se laissa tomber sur une chaise, mit de l’ordre dans ses idées, reprit le fil des événements et conclut définitivement que le calendrier n’était jamais sorti de cette pièce. Il reprit ses recherches, examinant chaque recoin, ouvrit les tiroirs, gagna le salon, souleva les coussins, déplaça la table basse, le fauteuil et le panier du chien. Rien. Une immense tristesse mâtinée de colère l’envahit. Avait-il commis une faute irréparable et le calendrier en signe de vengeance se serait-il volatilisé ? Il s’aperçut immédiatement de l’incongruité de son raisonnement. Lui qui doutait des pouvoirs magiques du bout de carton, le voilà qui lui en prêtait de plus extraordinaires.
    
« Je deviens fou » pensa-t-il, atterré. Il alla dans la salle de bains se passer de l’eau froide sur la figure. Le miroir lui renvoya l’image d’un homme désemparé.
          
« C’est cette foutue plante, je n’aurais jamais dû… » reprocha-t-il à son double dans la glace.
     
Il retourna une nouvelle fois dans la salle à manger, refit les mêmes vérifications sans se préoccuper des aiguilles de l’horloge qui tournaient. Il en avait même oublié Filou et sa gamelle du matin. Un petit jappement provenant de la chambre à coucher le rappela à l’ordre. Il trouva le chien lové sur la descente de lit mâchonnant un bout de papier. Abel se pencha et sortit de la gueule du chien un morceau de carton rouge criblé de traces de dents. Se courbant plus encore, il distingua nettement un objet caché sous le lit. Il venait de retrouver le calendrier. Un calendrier auquel il manquait maintenant le bord droit, mais où les cases des jours étaient restées intactes. Son bonheur fut si grand qu’il en oublia de gronder le chien et de chercher à comprendre comment Filou avait pu s’en saisir sur la table de la salle à manger. Il n’avait plus de temps à perdre, il récupéra son cutter et libéra le message du six décembre.
        
«  Ami du Calendrier bonjour ! Si vous avez scrupuleusement suivi nos consignes, vous voici à deux doigts de découvrir celle du six décembre. Ne voulant pas plus longtemps vous faire attendre, la voici : Le vœu que vous aurez à formuler en ce jour concerne un objet qui vous est cher et qui a disparu. La sagacité de votre choix ainsi que sa motivation, nous le répétons, est déterminante quant à la réalisation de ce vœu. Nous vous laissons en compagnie de votre mémoire. A bientôt. »
      
« Ha ! Il ne manque pas d’humour ce calendrier, ou bien, il se moque ouvertement de moi. Un objet à retrouver, c’est déjà fait et sans que j’aie eu besoin de formuler un vœu » .
  
Il prit néanmoins la consigne au sérieux et explora ses souvenirs. Abel était un homme méticuleux, organisé et conservateur. Les objets, chez lui, ne disparaissaient pas. Il avait même conservé dans la penderie de la chambre les vêtements de sa femme, ses chaussures et ses sacs à main. S’en séparer lui aurait procuré trop de peine. Si un objet venait à disparaître de son monde réglé comme du papier à musique, c’était qu’il avait décidé de le jeter. Alors qu’il cherchait, ses yeux se posèrent sur un cadre en argent guilloché posé sur la bibliothèque. Lorsque sa fille était partie, elle avait emporté avec elle la photo. Une photo prise un soir de Noël, où l’on voyait madame Beaujour, sa fille et lui-même ouvrant leurs cadeaux au pied d’un rutilant sapin abondamment décoré. Ce cliché et les souvenirs qui l’accompagnaient lui manquaient cruellement. Plus aucun doute dans son esprit: motivé, il l’était. Il ferma les yeux avec conviction et formula le vœu.
           
La cloche de l’église Saint Pierre sonnèrent dix coups. Abel n’avait plus le temps de remplir toutes les tâches prévues dans la matinée. Le passage à la gare SNCF serait remis à plus tard. Il se vêtit de son vieux Loden, fit reluire le revers de son feutre taupé et attacha Filou à la laisse. Il vérifiait sa mise dans le couloir de l’entrée lorsque la sonnerie du téléphone le surprit.
            
Le filet de voix pointue de madame Champlain résonna au bout du fil.
       
« Allô ! Abel ? … C’est Sylviane au téléphone ».
« Bonjour Sylviane, comment vas-tu ? »
« Moi, bien Abel, mais c’est Benoît qui m’inquiète. Il a dû choper une saloperie, une sorte de microbe ou de virus, que sais-je ? Il a passé la nuit à délirer et ce matin 39,9 de fièvre ! J’attends le docteur qui doit passer ».
« Mince, le pauvre vieux… De la fièvre et du délire, dis-tu ? »
« Oui, Abel..  Je ne savais plus quoi faire… Je te jure qu’il m’a fichu la peur de ma vie. Des heures entières à marmonner la même phrase… »
« Je peux savoir laquelle, Sylviane ? »
« Oh! Un truc du genre : Il n’y a pas de mal dont il ne naisse du bien »
« Non Sylviane, ce ne serait pas plutôt : Il n’y a point de mal dont il naisse un bien ? »
« Oui, tu as peut-être raison… Un truc comme cela »
« C’est bien, c’est parfait… » commenta Abel
« Enfin, tu délires toi aussi, vous perdez la tête tous les deux… Parfait ? Tu trouves cela parfait ? »
« Désolé Sylviane, je me suis mal exprimé. Je voulais simplement te dire que c’est une phrase de Voltaire, tirée de l’un de ses romans, Zadig. Pour Benoît je suis sincèrement désolé »
« Benoît, citant Voltaire à deux heures du matin… Tu trouves cela normal, toi ? »
«  Normal, non, Sylviane, mais encourageant alors là oui… » répondit Abel en riant.
« Je ne comprends rien à vos histoires. Bon, je voulais aussi te dire que pour votre partie de cartes, c’est foutu…Oh ! Abel on sonne à la porte, excuse-moi, j’y vais, ça doit être le toubib »
Abel voulut souhaiter plein de bonnes choses à son ami mais Sylviane avait déjà raccroché.
 
« Tu vois Filou, je pense que nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Benoît cite Voltaire ! Tu te rends compte ?  » Déclara Abel en flattant les flancs du chien. Un coup d’œil par la fenêtre finit de le combler. Un soleil éclatant dans un ciel azuré offrait bien des promesses. Dans vingt-quatre heures, il serait auprès de Louise-Charlotte. Abel releva le col de son manteau, ouvrit la porte et partit, Filou à ses côtés, vaquer à ses occupations en sifflotant.    
 

           

à suivre.... 


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commentaires

munsch 07/01/2008 22:55

je sais j'ai du retard! mais j'adore faire durer le plaisir! la vie de notre brave homme semble étre bouleversée depuis l'achat de ce calendrier!

Alaligne 08/01/2008 12:36

Et bien moi, Alain, je suis très heureuse qu'il y ait encore des lecteurs du calendrier... Alors prrends ton temps et bonne année à toi!!!!!!

Bettina 05/12/2007 18:42

Si grandir tient à la force de la frustration...alors là...chez moi il y a matière dans le domaineC'est vrai ça! Comment Filou s'est procuré le calendrier laissé sur la table?Sourire

Pascaly 04/12/2007 21:58

Toujours aussi captivant ..
Pascaly

Alaligne 05/12/2007 10:48

merci ma Pascaly... :0010:

ced 14/11/2007 13:05

c'eût été vraiment dommage de ne pas retrouver le précieux support de ton intrigue...on en redemande! potentialités-plagiat : "guilloché" et "taupé"...adore tes descriptions réalistes et ton sens touchant du détail"....une "carte sénior" mdr!...ces cheminots sont hélas ubiquistes dans nos vies...WB

Alaligne 15/11/2007 13:42

Pourtant c'est drolement tentant pour un écrivain de faire disparaître le support de l'intrigue... c'est même son côté vicelard... ;)... et sadique... Bises WB

Chuipala 11/11/2007 13:53

C'est pas beau de "grandir"... la vue se trouble MDR ! Mais il en reste un je crois.... Cette petite habitude que tu fabriques chez moi me ravie. Go ...

Alaligne 12/11/2007 10:37

J'ai le même pb que toi en lisant à l'écran... je sais, c'est très pénible... Merci ma belle

LUCQUIAUD 11/11/2007 11:53

Une de ces faryeur ! Le calendrier de l'Avent disparu !... Bon,Filou ne l'a pas trop  machouillé ... La vie de Abel est bougrement changé ... ça le bouscule un peu tous ces voeux  au jour le jour et ça va à l'amplification des tâches à assumer . A la fin, c'est des heures sup qu'il va lui falloir à ce brave Abel !Bisous des farfadets

Alaligne 12/11/2007 10:34

Pour gagner plus... travaillez plus........ hou là... je deviens dingue moi.... vais prendre du repos... Bises aux farfadets

siratus 10/11/2007 12:51

Ce conte à la manière de "Mission impossible" m'enchante.Je suis sûre que le cotonéaster va fleurir...Avec bonheur, j'ai relu tous les épisodes précédents de ce calendrier magique de l'Avent !Gros bisous, Alaligne  :0010:

Alaligne 11/11/2007 10:56

Sylvie, tu me fais un "hénaurme" plaisir, car je sais combien lire à l'écran est un exercice souvent pénible... Alors, encore un grand merci à toi ma belle

cyril 10/11/2007 00:37

Cette histoire est pleine de mystères et de rebondissements dans une vie réglée comme du papier à musique. Une véritable transfiguration de la banalité.. C'est trés prenant!J'attends la suite avec impatience une fois de plus.Bizz et papatte ma belle ;)

Alaligne 10/11/2007 10:29

merci zé... Vu l'heure à laquelle tu as laissé ce com... j'espère qu'après cette lecture tu as fait de beaux rêves...... ;)... Papattes pour toi et autant que tu veux

Aux éclats ! 09/11/2007 20:40

On dirait bien que la machine s'emballe ...Filou va t-il développer un don et voir au travers des murs ???

Alaligne 10/11/2007 10:27

le pauvre...... laisse-le déjà trouver ses repères... mdr

sam 09/11/2007 16:35

j'aime ta façon simple, ton sens du détail qui nous emmène dans ton histoire et nous laisse frustré à chaque fin d'article ptdr :0113:

Alaligne 10/11/2007 10:27

La simplicité... cela se travaille SAM... et la frustration fait grandir.... Mille bisous à toi