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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 15:00


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Le calendrier de l’Avent
Contes et nouvelles
 
(2) Où Abel Beaujour a bien des émotions. 

 
C’est ainsi qu’Abel devint propriétaire d’un objet dont il ne savait que faire et que son porte-monnaie se trouva soulagé de cinq billets de vingt euros.
   
Sa liste de courses ressemblait à sa vie : simple, réduite à l’essentiel, dépourvue de tout chichi. Il prenait soin de laisser la file des clients s’allonger devant chaque étal pour prendre son tour. Cela lui donnait le temps de détailler les marchandises, d’en apprécier les couleurs et les parfums, d’écouter les conversations de ses voisins et d’y participer avec humour et finesse lorsque l’occasion s’en présentait, car Abel avait de l’esprit. Attendre plus d’un quart d’heure dans le froid de novembre, une escalope de veau de cent vingt grammes « ni plus, ni moins » ne lui posait pas problème. La vie des autres endormait les picotements dans ses orteils, les sourires que ses remarques déclenchaient réchauffaient le bout de ses oreilles.
   
C’est donc le cabas aux deux tiers vide qu’il prit sa place devant le stand de Louise-Charlotte. Un jeune apprenti, au visage rond comme une pleine lune l’aidait à emballer les morceaux de fromage dans un papier ingraissable, préparait les commandes mais seule Louise-Charlotte maniait le couteau, la louche à crème et celle à cancoillotte. Abel s’émerveillait de la délicatesse de ses gestes, de la précision de son œil pour fournir la part en parfait accord avec la demande du client, se liquéfiait au son de sa voix douce et chantante. Lorsque vint son tour, il se livra au petit manège habituel qui consistait à hésiter entre plusieurs produits, s’enquérir de l’origine des nouveautés, de la provenance des fromages, tout en complimentant la crémière sur sa mine et sa dextérité. Louise-Charlotte le laissait faire avec une évidente satisfaction, répondait à des questions déjà cent fois posées avec la même grâce et la même patience. Abel ayant épuisé sa palette d’interrogations et sa mosaïque de jolis mots, le rituel du Saint Marcellin pouvait commencer.
         
Ce jour là pourtant, avant de prononcer la phrase qui concluait leurs échanges hebdomadaires, Abel, un peu gêné, l’invita à prendre un café. Loin de paraître choquée, Louise-Charlotte s’empressa de se défaire de son tablier, donna quelques consignes au jeune apprenti, rajusta d’un geste coquet son bonnet et un sourire toujours épanoui aux lèvres rejoignit un Abel enchanté. Sans même en parler, ils délaissèrent le neo pub londonien de la brasserie Saint Pierre pour diriger leurs pas vers Le petit café, un endroit qui avait gardé son comptoir à l’ancienne, ses tables en bois, son grand miroir et qui proposait un choix varié de cafés délicieux. Abel s’effaça en tenant la porte pour laisser passer Louise-Charlotte la première, puis il choisit une petite table à l’écart de l’entrée, proche d’un vieux poêle à bois que l’on avait gardé pour la décoration. Les premières lapées d’un Moka d’Ethiopie au parfum d’arum scellèrent entre eux une tendre complicité. Réchauffé et rasséréné, Abel ouvrit son cabas et en sortit le calendrier de l’Avent, qu’il déposa sur la table avec précaution.
         
« Je voulais vous demander Louise-Charlotte, si j’ai rêvé ou si vous ne m'auriez pas encouragé  à en faire l’acquisition ? »
« Vous aviez l’air tellement heureux devant ces livres mais également tellement hésitant que oui, je l’avoue, j’ai eu envie que vous fassiez plaisir » répondit-elle sans hésitation.
« Et bien, voilà qui est fait, mais pas pour un livre, comme vous pouvez le constater… Un calendrier de l’Avent qui détient selon les dires du vendeur des pouvoirs magiques… Oui, vous pouvez sourire, Louise-Charlotte, il n’y a qu’un vieux fou comme moi pour acheter un tel objet. Je pense l’offrir à mon petit-fils. Pensez-vous que cela peut amuser un enfant de dix ans ? »
La crémière fronça les sourcils, prit le calendrier dans ses mains et l’examina sous toutes les coutures un long instant.
« Je crains qu’il ne soit trop tard » finit-elle par déclarer.
«  Oui, j’y ai pensé. Nous sommes déjà le 30 et le temps de l’emballer, de le poster, même en colissimo, mon petit-fils ne l’aura que le lundi ou mardi prochain »
« Je ne parle pas de cela, monsieur Beaujour. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a en bas du calendrier, là, sur le bandeau rouge inscrit en petites lettres un avertissement qui dit quelque chose d’intéressant : Les vœux correspondants à chaque jour devront être sincères et motivés. Ils ne pourront être émis que par la personne ayant fait l’achat de ce calendrier, à l’exclusion de toute autre. Enfreindre cette règle, enlève à ce calendrier tout pouvoir. Voilà, il n’y a que vous qui pouvez vous en servir, car il a l’air neuf et vous en êtes sûrement le premier propriétaire ».
         
Louis-Charlotte reposa le calendrier sur la table, but le reste de son café et jeta un rapide coup d’œil par la fenêtre en direction de son étal.
             
« Il va falloir que je vous quitte, monsieur Beaujour, les clients font la queue et le gamin semble complètement débordé. Grand merci pour ce délicieux café. Pour le calendrier, je suis certaine que vous en ferez bon usage et surtout n’hésitez pas à me tenir au courant, j’adore les mystères ».
      
Elle se leva, hésita un bref instant, puis se pencha pour déposer un léger baiser sur la joue droite d’Abel.
         
Beaucoup d’émotions pour le bonhomme en une seule matinée. Que Louise-Charlotte n’ait montré aucune surprise à la révélation des pouvoirs magiques du calendrier était déjà difficilement croyable, mais qu’en plus elle le quitte sur un baiser le laissait stupéfait. Le chemin du retour vers sa demeure se déroula comme dans un rêve. La confusion des sentiments et des idées qui traversaient son esprit était telle qu’il dépassa la porte de sa maison sans s’en rendre compte et dut rebrousser chemin quelques vingt mètres plus loin.
              
Enfin, une fois rentré, il rangea machinalement ses courses dans la cuisine puis gagna le salon où il se laissa lourdement tomber dans son fauteuil préféré. Il s’y assoupit d’un sommeil lourd  sans que la faim ne vienne le réveiller. Vers cinq heures du soir, il ouvrit les yeux, mit de longues minutes à trouver ses repères. Le jour faiblissant, il se leva pour allumer le lampadaire et buta contre le cabas qu’il avait déposé au pied du fauteuil. La lumière filtrant de l’abat-jour fit briller la couverture du calendrier de l’Avent qui débordait d’un bon centimètre des rebords usés par le temps de son sac à provisions. Sept longues heures le séparaient encore du premier jour de l’Avent.
  
   

à suivre.... 


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commentaires

Bettina 01/12/2007 09:03

Pour combler mon inconfort à lire (en général et de plus un long texte via l'écran....j'ai pris mon petit déj. devant...L'effet fait son effet...(dans le silence aussi...d'une belle matinée qui s'annonce)...Je m'arrête volontairement à ce deuxième chapitre pour préserver ce plaisir (à ce jour )fragile chaque matin.Lire les commentaires des autres aussi va contribuer à maintenir cette attention.Sinon...je me sens déjà prise par la magie qui à ce stade commence à se dévoiler. Tu vois par nature les contes ne sont pas vraiment des univers dans lesquels je parviens à trouver un point de repère...Mais à cette heure de ma vie, à l'approche de ce petit....il est bien évidemment le moment  (de me réconcilier probablement) avec le genre...pour ne pas l'en priver et surtout d'avoir entre autres, ce point de partage.Voilà...à demain CathyJe t'embrasse

Alaligne 01/12/2007 11:37

je t'imagine... ;) un bol à la main dans le calme de ta campagne, t'immiscer en douceur dans le monde d'Abel Beaujour... pour moi un vrai délice...

katy/lutins 26/11/2007 23:26

J'en suis à la deuxiéme parti , il se fait tard mais j'ai hate de lire la suite ...

Alaligne 27/11/2007 15:13

j'espère que tu t'es endormie en faisant de beaux rêves... lol

Pascaly 19/11/2007 21:33

Que de surprise .... le baiser était-il un de ses voeux ???Aujourd'hui, je fais le voeu que mon p'tiot aille mieux ... :-(gros bisous ma belle

Alaligne 20/11/2007 10:47

je forme également le voeu et non virtuel que ton p'tiot aille beaucoup mieux... Je t'embrasse et lui aussi ma Pascaly

alain munsch 09/11/2007 18:53

le style et le rythme sont parfaits, on lit cette histoire comme on boit son café: avec délectation!Pour te répondre a propos de mon blog, je tente de reproduire, avec des mots plus hard, un best seller qu'on nomme "La Bible", du moins pour l'instant "la Genese" ensuite on verra. bonne soirée, a plus!

Alaligne 10/11/2007 10:34

Merci Alain. "Parfaits", on peut toujours en douter mais si mon écriture ne te lasse pas, c'est déjà un franc succès. J'avais bien compris le thème de ton blog... mais je regrettais de ne pas avoir découvert ton texte plus tôt, car entre mon boulot et l'écriture de cette nouvelle, j'ai peu de temps à consacrer à OB. Donc il faudra que je m'organise pour combler ce retard.

ced 06/11/2007 19:44

l'intrigue et le rythme sont excellents...vais me garder la lecture d'un épisode pour chaque jour qui arrive...comme les bon comics de ma jeunesse lus et relus patiemment entre verres de limonade et  "carensac" niqueurs de chicots...

Alaligne 07/11/2007 10:32

l'idée du feuilleton m'a toujours tentée... c'est le moyen de sortir sur la page, le meilleur de toi-même et de mettre la pression sur l'imagination... Lis à ton rythme mon Wilounet

Chuipala 04/11/2007 15:31

Qu'il est calme.. comment dormir dans un instant pareil ? Je sais je sais je ne suis pas Abel. J'avance...

Alaligne 07/11/2007 10:50

Parce que Abel est un septique... et que l'on est pas encore le 1er décembre (ajout de l'auteur) mdr.... T'embrasse

sam 04/11/2007 13:43

un souffle de noel me fait du bien en ces moments difficiles... bisous et merci de ton amitié

Jo 03/11/2007 22:05

Une lectyure des plus agréables ! Je file vite voir quels voeux seront exaucés (et de quelle manière) par ce mystérieux calendrier.

Alaligne 04/11/2007 13:44

Oui JO... il y a aussi "la manière"... Dieu que c'est difficile l'écriture ;)

LUCQUIAUD 03/11/2007 18:07

Abel a de beaux jours de l'Avent à se faire ... Magie de Noël Fête entre les fêtes si remplie de lumière et d'espoir .Adorable cette Louise Charlotte qui ne fait pas étal  âge de ses sentiments  tendre, pudique et charmante . Une personne à aimer ...Bisous des farfadets Au fait ,Catherine, que devient Blog note ?... Le père Matthieu , Delage et Compagnie  , vont-ils nous revenir dans ces pages ?... 

Alaligne 04/11/2007 13:34

Merci Patrice ;)Pour BN, ne t'inquiète pas, ils reviendront tous faire un petit tour ici... et tu connaitras la fin de l'histoire... gros bisous aux Farfadets

Aux éclats ! 03/11/2007 14:38

C'est léger comme une bulle de savon, avec tout de même l'intrigue qui nous prend. La légèreté grâve des contes. Les personnages sont hyper attachants. J'aime beaucoup certains détails comme le fait qu'il dépasse sa maison, pris par sa rêverie : on imagine en quelques mots l'état d'esprit du personnage.

Alaligne 04/11/2007 13:41

L'image de la bulle de savon me plaît "hénaurmément"!!!!!!!!!!