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  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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Mes romans

histoire

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18 octobre 2007 4 18 /10 /octobre /2007 13:15



Tristan Corbière

1845-1875

Le cercle des poètes oubliés (4)



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Edouard-Joachim - Tristan - Corbière naît le 18 juillet 1845 à Morlaix. Son père, capitaine au long cours et auteur de romans maritimes est âgé de 52 ans,  sa mère de 19. 

Ce père, prénommé également Edouard, est un homme d'influence à Morlaix. Considéré comme le premier romancier maritime de France, son roman "Le négrier " a été réédité à maintes reprises. C'est un libéral anticlérical. Ses prises de position très marquées le condamnèrent notamment à un an de prison et à de nombreuses poursuites judiciaires sous la Restauration. C'est à cette époque qu'il fonde  un journal libéral "La guêpe" et participe aussi à la rédaction du journal du Havre. Durant la révolution de 1830, il prend la tête de la jeunesse du Havre qui lutte pour la liberté de la presse.  Après s'être fait une grosse fortune grâce à ses romans, ses articles et sa carrière maritime, il décide de créer la "Compagnie du Finistère" qui instaure une liaison maritime régulière entre le Havre et Morlaix.

Après une petite enfance passée dans le manoir du Launay, Tristan, âgé de 14 ans est envoyé en pension au lycée impérial de Saint-Brieuc. Des années difficiles loin de sa famille et dans un environnement sévère. Il souffre du froid, se plaint d'engelures répétitives aux mains et aux pieds. Il tombe rapidement malade et part rejoindre son oncle médecin établi à Nantes.

A 15 ans, il entre au lycée de Nantes  en qualité d'externe. Par la suite, la maladie ayant encore progressé, Tristan ne peut se présenter au baccalauréat et sur les conseils du docteur Chenantais, il vient s'installer à la station balnéaire de Roscoff.

Commence alors sa vie de marginal. 

Il navigue sur un sloop de plaisance que son père lui a fait construire, écrit des poèmes, traîne sa maigre silhouette dans les rues et les bars de la ville, s'amuse à se déguiser en forçat, en femme ou en mendiant, à se raser les sourcils ou bien encore lors de son voyage à Rome traîne un porc en laisse déguisé en évêque et ce lors du carnaval en présence du pape.


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Tristan Corbière déguisé en femme et Corbière le "dandy"



C'est sans doute parce qu'il se sent laid, malade, inactif face à un père qui, lui a tout réussi et qui force l'admiration de tous, que va naître son agressivité et son "spleen". 

En 1875, Tristan s'installe à Paris où il rencontre une jeune actrice parisienne Armida Josefina Cuchiani que Tristan appelle "Marcelle". Celle qui était également la maîtresse du comte Rodolphe de Batine inspire à Tristan la plus grande partie de son oeuvre. Les relations perverses du trio n'ont d'égales que la fougue du jeune poète à aimer une femme qui " n'aime pas qu'on l'aime ".

De cette relation masochiste, ambiguë, " cocufiante ", il écrira  les "Amours jaunes", sa seule oeuvre, un recueil de poèmes et de textes en prose sans lien apparent ou cohérence interne qu'il dédie  à son père et qui est publié en 1873 à compte d'auteur chez le petit éditeur Gladys à Paris (éditeur spécialisé dans la littérature érotique dont les livres étaient reconnaissables à leurs couvertures jaunes). 

De plus en plus malade, il entre à l'hôpital Dubois et écrit  à sa mère: "Je suis à Dubois... du bois dont on fait les cercueils". Juste présage puisqu'il y décède  peu de temps après. Il faut attendre Verlaine qui huit ans après la mort de Tristan consacre une étude  aux "poètes maudits" dont Corbière figure en tête pour que "Les Amours jaunes" sortent enfin de l'ombre. 
    
Ce livre aux images crues, rédigé dans une langue très heurtée, ne respectant ni l'orthographe ni les règles de syntaxe élémentaires, utilisant la ponctuation à outrance pour mieux briser les règles, le rythme et la fluidité de la poésie classique a pourtant exercé un influence considérable sur la poésie moderne en raison justement de sa liberté d'expression et de son côté novateur.


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lettre de Tristan à ses parents


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Il fut un des premiers à avoir eu le courage de faire passer la sincérité de son malaise avant l'apaisement harmonieux que doit produire la bonne forme. Son style et son inspiration emportèrent l'adhésion des symbolistes, puis des surréalistes: T.S. Eliot ou Ezra Pound admirèrent en lui un lointain précurseur de leurs démarches poétiques.



Voici deux poèmes qui illustrent bien son style:

 

Son épitaphe :

Mélange adultère de tout :
De la fortune et pas le sou,
De l'énergie et pas de force,
La liberté, mais une entorse.
Du coeur, du coeur ! de l'âme non !
Des amis, pas un compagnon,
De l'idée et pas une idée,
De l'amour et pas une aimée,
La paresse et pas le repos ;
Vertus chez lui furent défauts.
Ame blasée, inassouvie ;
Mort, mais pas guéri de la vie ;
Gâcheur de vie hors de propos,
Le corps à sec et la tête ivre,
Espérant, niant l'avenir,
Il mourut en s'attendant vivre,
Et vécut s'attendant mourir.



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aquarelle de Jean Fougereux: Roscoff


Au vieux Roscoff

Trou de flibustiers, vieux nid
A corsaires ! - Dans la tourmente,
Dors ton bon somme de granit
Sur tes caves que le flot hante...

Ronfle à la mer, ronfle à la brise ;
Ta corne dans la brume grise,
Ton pied marin dans les brisants...
- Dors : tu peux fermer ton oeil borgne
Ouvert sur le large et qui lorgne
Les Anglais depuis trois cents ans.

- Dors vieille coque bien ancrée ;
Les margats et les cormorans,
Tes grands poètes d'ouragan
Viendront chanter à la marée...

- Où battaient-ils, ces pavillons,
Echarpant ton ciel en haillons ?
- Dors au ciel de plomb sur tes dunes...
Dors : plus ne viendront ricocher
Les boulets morts, sur ton clocher
Criblé - comme un prunier - de prunes...

- Dors : sous les noires cheminées
Ecoute rêver tes enfants,
Mousses de quatre-vingt-dix ans,
Epaves des belles années...

Il dort ton bon canon de fer,
A plat ventre, aussi dans sa souille.
Grêlé par les lunes d'hiver...
Il dort son lourd sommeil de rouille.
- Va : ronfle au vent, vieux ronfleur,
Tiens toujours ta gueule enragée
Braquée à l'Anglais !... et chargée
De maigre jonc marin en fleur.

 

 

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commentaires

Moi-Même 03/11/2007 20:56

Merci d'avoir accpté que je rejoigne la communauté et du message de bienvenue.Salutations

Alaligne 04/11/2007 13:31

Longue vie à ton blog...

stef le microbe ...mais aussi linette... 22/10/2007 10:08

LUCQUIAUD 21/10/2007 00:45

Je te rajoute un tit com avec lien sur une des dernières trouvailes de notre Charlie ...http://charlimagine.over-blog.com/article-12983413.htmlBises des farfadets

LUCQUIAUD 21/10/2007 00:36

Il y a eu comme ça des "mal aimés ", des "repousse tout "des "brutes en train," des "renverse bienséances" des "trousseurs de conventions", des révoltés pas survoltés mais révoltant, pour survoler nos sociétsé et les mettre au pilori à cause de leurs miasmes et leurs déchéances ... Oui, ceux-là viennent nous interroger et jouent la provoque ... Ce Tristan Corbière me fait penser à Toulouse Lautreclui,  dans l'univers déjanté des peintres non conformistes à l'égal de leur tenue dans l'existence ...Merci Catherine pour ces lignes très instructives et attraynates ... Bises des farfadets

alaligne 20/10/2007 14:21

Etant donné qu'il me faut 3/4 d'heure sous la V2 pour répondre individuellement à vos commentaires... je groupe ici mes réponses:Emeraude: Je suis vraiment heureuse de te l'avoir fait découvrir.Sylvie: Contente aussi pour cette découverteMein Piotr: Comment toi??? tu ne connaissais pas Corbière...... tsssssss mille bisous  tiens tu t'appelles Anthéa maintenant ? mdrCyril: Merci pour ce com fouillé, oui son écriture est assez actuelle et pourtant les gens me disent souvent: Avant tout le monde écrivait de la même façon... erreur... la preuve... ;)Baggins: My Lord, il n'y a que toi et Cédric qui le connaissait... mais un poète comme Corbière j'auraid du me douter qu'il avait fait partie de tes lectures...Jean-Pierre: Toi tu as droit à un spécial bisou... normal non?Muad: Bon week-end à toi l'ami...Voilà, désolée mais tant que la V2 me fait des soucis... je regroupe ... ;)

Muad' Dib 20/10/2007 10:18

Bonjour Alaligne,  bonne journée et bises,

JEAN PIERRE 19/10/2007 19:52

Joli moment d'évasion , le nez dans les embrums .Merci Catherine

Baggins 19/10/2007 17:07

Je connaissais ce poète ...c'est bien de le faire redécouvrir, beaucoup sont peut être passés à coté ...Bisous Cath

cyril 19/10/2007 15:47

Voilà un poète que l'on redécouvre grace à toi, pour notre plus grand plaisir! Triste destin, jalonné de douloureuses épreuves, auteur qui du fiel de sa vie a su tirer l'or des alchimistes passé au filtre de son esprit, par le biais de son écriture, qui semble tellement actuelle et contemporaine, intemporelle!Merci pour lui, et merci pour toi Cathy!Bizzz

Piotr Goradd 19/10/2007 15:20

Un problème d'adresse... lolcelle-ci est la bonne...BBB EBPE .......................Piotr