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  • : Ecritures à la loupe
  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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1 septembre 2007 6 01 /09 /septembre /2007 15:54




Pour continuer l'exercice d'écriture d'hier ,
voici une nouvelle prenant en compte

les dix mots imposés par Curieuse

Pyroclastique... pavés... rocambolesque... diaphane... chocolat... tachycardie... coiffure... voltage... perle...supercherie

Donc...............................

Voici..............................


Jeux de mots, Jeux de Mai


Mai68.jpg

 

 

- Tu sais quel jour on est? me demande Pierre
- Oui, vendredi
- Non, pas le jour, la date!
- Le 10, je crois... oui, c'est cela le 10 mai

Nous marchons Pierre et moi en accélérant le pas, pressés de retrouver Bobby et Serge pour fêter l'anniversaire de ce dernier. J'ai piqué une bouteille de champ' en loucedé dans la réserve paternelle. Planquée au fond de mon havresac, elle doit bien à cette heure titrer dans les 30°. La nuit est tiède et douce, une vraie nuit printanière et Paris, ce soir, a le charme d'une petite ville de province.

On remonte le Boul Mich' en sifflotant un air des Stones. A une dizaine de mètres de nous, un groupe d'étudiants barre le passage sur le trottoir et une partie de la chaussée. Arrivés à leur hauteur, un gars à la peau diaphane et arborant une coiffure très "Brian Jones" nous interpelle:

- J'serais vous, les gars, j'irais pas plus haut. Ca chauffe près du Lucal!

On le remercie, et on lui explique que l'on est attendus.
Il hausse les épaules et se détourne en marmonant: "j'vous aurai prévenus"

Quelques minutes plus tard, la raison de sa mise en garde nous apparaît sous la forme d'un impressionnant cordon de CRS, interdisant l'entrée du jardin du Luxembourg. Je fais signe à Pierre qui s'est arrêté pour observer les policiers, de me rejoindre.

- Déconne pas, on est à deux doigts de la rue Gay Lussac. Ca sent le grabuge... les mecs ont l'air sous haut voltage... Allez, viens...

J'arrive enfin à traîner Pierre vers notre destination finale. Dans la rue, noire d'étudiants, c'est l'effervescence. Au pied du 34, on retrouve Bobby et Serge en grande discussion avec un mec, légèrement rouquin, à la figure joviale, mouchetée de taches de son. Bobby fait les présentations:

- Daniel, voici Pierre, et le brun, c'est Francis, un futur écrivain. Il n'y a pas meilleur que lui pour inventer des histoires rocambolesques, précise-t-il en me désignant.

Le Daniel en question, nous serre chaleureusement la main et nous gratifie d'un: " Bonsoir, camarades! La soirée ne fait que commencer et des histoires, tu vas pouvoir en écrire, mon pote!"
On le regarde s'en aller de sa démarche nonchalante, riant de tout et s'amusant comme un gamin.

Un gars barbu, à la dégaine de clochard ( je verrai le lendemain sa trombine dans tous les journaux) apostrophe la foule d'étudiants à coup de slogans et montant sur le capot d'une 4Rl vocifère subitement:
- Camarades! Sous les pavés la plage ! C'est ici que l'on dressera notre barricade!

L'harangue déclenche une salve d'applaudissements et de rugissements. En quelques instants, la rue est mise à nu. Ca se bouscule, ça rigole comme des potaches. J'ai donné mon havresac à la gardienne de l'immeuble, qui en concierge curieuse et zélée a délaissé sa télé, noir et blanc, pour venir reluquer les jeunots. A ses côtés, une vieille dame à la gorge parée d'un somptueux collier de perles, nous encourage. Je demande à Bobby, s'il la connaît?

- Pultôt mon pote! c'est Madame Paul Fort, la femme du poète. Elle habite l'immeuble. Elle ferait mieux de rentrer chez elle, car je crois qu'elle souffre de crises de tachycardie et là... elle risque d'être servie.

Il est onze heures, la rue a pris des allures de camp retranché. L'atmosphère commence à devenir irrespirable. On entend les CRS piaffer d'impatience. Des deux côtés, on ne croit pas à un coup de bluff, à une supercherie. Ce soir, on va en découdre...

A minuit moins cinq, le son mat et brutal des matraques sur les boucliers résonne. On se jette des regards de connivence. Les poings se serrent, puis sans le moindre signal, le moindre aboiement de chef, tout le monde se tourne vers l'entrée de la rue.

Une première grenade "non offensive" explose au-dessus de nos têtes dans une gerbe d'étincelles pyroclastiques. Pierre me tend une barre de chocolat ovomalté qu'il a trouvée dans la poche de son blouson bombardier.

- Tiens, avale! Il paraît que cela rend invincible...

Je fais non de la tête. J'ai l'estomac retourné... Mais je suis devenu un "enragé".



PS: Bobby, Serge et le barbu (Gérard) ont réellement existé. Daniel, je pense que vous avez deviné de qui il s'agit. Quant à Madame Paul Fort, âgée de 85 ans, elle habitait bien au 34 rue Gay Lussac en mai 68... Le reste n'est que le fruit de mon imagination...



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commentaires

voyance gratuitement 01/06/2020 11:42

Merci pour ce très bon site, vraiment un panaché de bonnes et intéressantes idées. Surtout continuez ainsi. Bon courage
Cordialement

Busta 10/09/2007 13:39

Respect pour ce récit fictionnel ! On entre bien dedans, c'est agréable ! :)Bien vu !

Alaligne 11/09/2007 12:08

merci Busta ;)... je viens de faire un ch'ti tour sur ton blog... mais pas encore sur Youtube et dailymotion... en tout cas... ce que vous faites semble très intéressant...

Al Maury 06/09/2007 20:20

A la ligne point à la ligne pointe la ligne la ligne de pointe points en suspension...................................................................................................?Je crois que je ne comprendrais jamais. AlainenligneA toi du bien

Alaligne 07/09/2007 13:19

Certes,.............. moi non plus....... ;) merci Alain

Francisco 05/09/2007 23:52

Bonsoir.J'ai articipé à ces manifs au mois de mai 68.Des souvenirs que je garde au fonf de moi.Mais dépuis nous sommes prèsque au meme point, il faut que ça bouge.Bonne soirée et merci pour m'avoir inscrit dans ton blog.

Alaligne 06/09/2007 10:56

merci Francisco... Pas vraiment au même point... tant de choses ont changé depuis, surtout les mentalités et 68, c'est bel et bien du passé... Cela dit, j'en avais un peu marre que ce sujet soit devenu quasi "tabou"... Plus personne n'écrit dessus et pourtant cette époque là est exceptionnelle sur beaucoup de plans... Au plaisir de te lire

LUCQUIAUD 05/09/2007 01:24

Le pavé de ceux qui en ont marre ... Bravo Catherine ça c'est peut être pas un pavé mais un bel essais transformé ...Bises des farfadets

Alaligne 06/09/2007 10:32

merci Patrice... d'autant que je connais tes réticences sur l'évènement...gros bisous

ced 04/09/2007 15:20

"La" Nuit des Barricades en plein Quartier Latin...comme si vous y étiez...inspiration d'une collégienne d'alors? récits hérités? Viva la Revolucion...Les voix hygiaphoniques de Danny-le-Rouge, Geismar et Sauvageot...les clichés d'Elie Kagan...les cortèges de CAL revivent sous ta plume avec élégance...Keep on' remembering...

Alaligne 06/09/2007 11:01

réponse plus détaillée sur ton fil........... ;)

Piotr Goradd 04/09/2007 14:18

J'avais 7 ans lorsque volèrent les pavés et 39 printemps plus tard alors que ma face de vieux loup se sillonne de rides, terreau de l'oubli, ton écriture force le barrage de mes synapses endormies et lui fait boire un philtre d'outre-mémoire salutaire...

Briant exercice, bravo, tu es... Grande.

BBB EBPE ................Piotr, homme admiratif

Alaligne 06/09/2007 11:03

spèce de gamin......... mdr....... sensible à ta critique bien sûr.......... Gros bisous mein Piotr

Aux éclats ! 03/09/2007 14:44

Génial ! Bravo pour l'exercice !! Je viens de lire "Contre l'imagination" de Christophe Donner dans lequel il dénigre le roman, tous les romans. Pour lui il n'y a de texte que celui qui commence par je. Sa bête noire est Daniel Pennac.  Je trouve qu'il y a de la place pour tous les genres...et je me suis régalée de nombreux romans.

Curieuse 03/09/2007 09:04

Relecture, pour le plaisir et je remarque un détail que je n'avais pas noté : le mot "perle" était au singulier dans la liste.... (histoire d'éviter le collier de perles sans doute ! ).... Sinon, j'adore toujours autant ce texte !

Alaligne 03/09/2007 12:15

J'avais failli écrire que la concierge était une perle... zélée, curieuse, une perle... cela t'aurait fait trop plaisir...; niark!!!!!!!!!!!

siratus 02/09/2007 20:35

Merci pour ton Crabe vert, tous les visiteurs l'apprécie !Belle soirée, CatherineGros bisous  :0010:

Alaligne 03/09/2007 12:13

tant mieux Sophie... on va continuer à leur faire plaisir... ;)Gros bisous