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  • : Ecritures à la loupe
  • : Présenter des écritures manuscrites d'écrivains célèbres avec une étude graphologique, des comptines pour enfants, l'un de mes romans et beaucoup de mes coups de coeur, voilà l'objectif de ce blog. J'espère que vous vous y sentirez également chez vous...
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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 09:45

         

Marguerite Duras

          

 

 

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                    (1914 - 1996)                

       

                                   

Autant l'avouer tout de suite... cet article a bien failli ne jamais voir le jour... 

Comment pouvais-je à la fois résumer la vie de Marguerite Duras, son oeuvre et analyser même succintement son écriture en un seul et même article? Autant vouloir bâtir un "Barrage contre le Pacifique".

Puis en glânant des informations sur sa vie, son oeuvre, j'ai découvert sur Wikipédia cette phrase qui sera le point de départ de mes interrogations graphologiques:


"La vie de Duras est une vie, et les romans de Duras sont des romans. Elle n'a cessé d'écrire une histoire de chaleur et de pluie d'orage, d'alcool et d'ennui, de parole et de silence, de désir fulgurant aussi. On peut s'interroger longuement sur sa personnalité : méchante ou douce, géniale ou narcissique."
 

Mais quelques repères biographiques avant cela:
          
 

Marguerite "Duras" est née en 1914, Donnadieu, son véritable patronyme, à Gia Dinh en Indochine, dans la banlieue de Saïgon. Son père, Henri Donnadieu devenu directeur de l'enseignement de Hanoi, du Tonkin, en Cochinchine et au Cambodge est nommé à Phnom Penh. Rapatrié en France pour des raisons sanitaires il y meurt encore jeune et sa femme, Marie Legrand, d'origine picarde décide de retourner en Indochine et de s'installer à Vinh Long dans le delta du Mékong avec ses deux fils et la petite Marguerite âgée à lors de quatre ans.

      
En 1932 Marguerite quitte Saigon pour continuer ses études en France: Licence en droit, DES d'économie politique. Une vie de fonctionnaire au ministère des Colonies semble une voie toute tracée devant elle. Elle se marie en 1939 avec Robert Antelme, jeune poète rencontré sur les bancs de la Fac et ami d'un certain Dyonis Mascolo. 
La résistance, la déportation puis l'adhésion au PCF en 1947 marquent la vie du trio qui éclate cette même année, Marguerite quittant Robert Antelme pour vivre désormais avec Dyonis Mascolo et mettre au monde son fils Jean.
 

L'écriture avait déjà prit de la place dans la vie de Marguerite Duras avec la publication sous ce pseudonyme des Impudents dès 1943, la vie Tranquille en 1944 puis de Barrage contre le Pacifique qui sera édité en 1950 (année où elle quitte le PCF) et frôlera le Goncourt.


A partir de cette date, elle publiera pratiquement un ouvrage tous les ans, romans, pièces de théâtre, adaptations cinématographiques de ces oeuvres; elle sera elle-même réalisatrice ou co-scénariste de plusieurs  films.


Ses prises de positions politiques et sociales en feront à jamais une femme scandaleuse aux yeux  des conformistes de tous poils. Elle militera activement contre la guerre d'Algérie, dont la signature du "Manifeste des 121", une pétition sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie, est le fait le plus marquant, s'engagera en mai 1968, mais prendra position d'une façon  qui lui sera reprochée avec justesse dans l'affaire "Grégory" en accusant la mère "sublime" d'avoir tué son enfant.


Duras ne connaît en effet  ni frontières, ni limites. Pour elle, il n'y en a pas entre les exigences du coeur, même les plus contradictoires. Pas plus qu'entre les caprices du corps, ou entre le vin et l'alcool, le whisky dans le Marin de Gilbratar (1952), le campari dans les Petits Chevaux de Tarquinia (1953) ou le vin rouge de Moderato cantabile (1958). Pas de frontière non plus entre le roman, le théâtre, le cinéma et le journalisme. Lorsqu'elle écrit Des journées entières dans les arbres (1954), elle en fait indifféremment un livre, une pièce, un film.


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Femme complexe, en rebellion constante contre sa mère à qui pourtant ou justement elle ressemble par de multiples traits de caractère, elle semble souvent fascinée dans son oeuvre par  l'amour, le désir physique, la vie, la mort... la destruction.

        
Mettant longtemps en danger son équilibre physique et mental par une consommation importante d'alcool, il lui faudra une réelle "fureur de vivre" pour atteindre l'âge de 82 ans et sans doute l'aide de Yann Andréa Steiner  son ultime jeune amant et compagnon, pour lequel elle écrira son dernier ouvrage (1992).
 

Celle qui puisa  la sensation puissante d’exister dans l’aura du désir d’un homme et dans la jouissance de l'écriture s'est éteinte le 3 mars 1996 à son domicile parisien de St Germain des Près.


Ci-dessous une dédicace de Marguerite Duras datant sans doute de 1995 (un an avant sa mort) du roman L'amant paru aux Editions de Minuit :

 

 

 

 

                                                                                                                                     

Le trait au stylo plume à l'encre noire épaisse et engorgée diffuse sur la page et déborde des contours. Si la qualité du papier de l'éditeur est pour partie responsable de ces bords aux contours un peu flous, j'ai retrouvé sur d'autres exemplaires cette caractéristique dans l'écriture de Marguerite Duras.
    
Un trait qui bave un peu, des engorgements d'encre dans les oves des "e" des "o" et des "a" ne sont pas rares. Il n'en reste pas moins de l'élégance dans la forme ovoïdes de certaines lettres (en particulier les "o"), la liaison aérienne du "d" " dans cordialement, dans les majuscules inégalement mises en valeur mais avec une certaine simplicité et aisance. 

Alors.... méchante ou douce, géniale ou narcissique?
 

S'il existe une certaine ambivalence dans une liaison qui alterne des espaces et des rétrécissements, de la courbe et de l'angle, de l'arcade et de la guirlande, la diversité d'un "t" final parfois scolaire et parfois effectué en rejet (mot cordialement) on est bien tenté de dire... les deux...à la fois

L'inégalité de dimension dans la zone médiane, les finales parfois en courbe ouverte ou courtes et plus raides, la très grande diversité dans la liaison, le trait lourd, pâteux parfois presque sale montrent une personnalité marquée, un peu engluée dans la "glaise de ses émotions" (Boris Cyrulnik). Le plaisir et la souffrance s'y côtoient, le "ressenti" est fort, charnel, puissant et inquiétant.

Pourtant l'écriture ne "stagne " pas, elle continue à avancer en s'accrochant... avec des reprises, des collages, une inclinaison vers la droite naturelle et habituelle (vérifiée sur d'autres documents). Il n'y a plus dans cette dédicace, le mouvement effervescent que j'ai pu constater sur d'autres écrits que je ne peux reproduire. Il semble en dehors de l'aspect "formel" d'une dédicace que le temps pour l'écrivain ne soit plus à la lutte, au bouillonnement intime, mais bien plutôt au constat et au besoin de sérénité.
 
Le paraphe final de la signature, un peu maladroit, au trait engorgé, peu assuré dans sa direction semble être l'aveu d'un certain:  A quoi bon?

 

Et pour terminer quelques citations de Marguerite Duras:

 

 Les écrivains qui pensent être seuls au monde, disait Marguerite Duras dans 'Les Parleuses', (... ) c'est de la connerie monstre. Je fais mes livres avec les autres. Ce qui est un peu bizarre, c'est cette petite transformation que ça subit peut-être, ce son que ça rend quand ça passe par moi, c'est tout....  

Il reste toujours quelque chose de l'enfance, toujours.... 
         

Ecrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit.

 

 

             

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commentaires

S
Zut j'ai oublié :0036:j'ai trouvé ça chez Wikipédia:"La graphologie n'a aucune validité scientifique. Aucune étude scientifique n'a montré de corrélation statistique entre des caractères de l'écriture et des profils psychologiques. Le sujet continue de faire l'objet d'études, mais aucune conclusion pratique qui pourrait servir dans le cadre de la graphologie n'est parue à ce jour."Du coup, pour moi qui n'aime pas beaucoup la science, ça me rend la graphologie beaucoup plus sympathique :0036:Surtout lorsque la graphologue et aussi poète:souvenir, souvenir  :0010:
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S
Très bel article sur Duras. Je me souviens avoir conservé pendant longtemps l'article paru dans libération: "Sublime, forcément sublime Christine V." et je n'avais pas été choqué à l'époque par la prise de position de Marguerite Duras. Peut etre fallait-il comprendre le mot "sublime" tel que le défini Anne Ubersfeld (trouvé sur le net):Sublime: Catégorie esthétique qui désigne un sentiment faisant sortir celui qui l'éprouve des limites habituelles de sa perception du beau, pour le conduire vers la grandeur ou l'horreur.Tu as choisi une très belle photo de Marguerite Duras mais plus tard ce visage, dévasté par les excés et le temps, gagnera en intensité et ne laissera jamais indifferent.voir: http://minotaure.centerblog.net/rub-MARGUERITE-DURAS.htmlMes livres préférés: "L'amante anglaise" et "détruire dit-elle"
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T
bravo pour ton article , j'aime beaucoup Marguerite Duras !
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C
Je comprends que tu ne trouves pas mon clic "ajouter un commentaire", le mien est en bas des coms et toi en haut... MDREt bien ! Quel article ! Riche riche riche.... merci merci merci...
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A
Oui Chuipala... c'est uniquement un pb de position dans la page....... mdrJe t'embrasse et merci à toi
P
Merci pour cette lecture .. passionnant Marguerite !! C'est quand -même incroyable que certaines personnes aient besoin de se faire du mal pour écrire, peintre .. être un autre en fait ... elle n'est pas la seule ! belle et douce journée pour toi ... qui semble toujours aussi surbookée !! fais une pause ...gros bisous Pascaly   
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A
Le rapport de MD à l'alcool... n'était sans doute pas le pb de se faire mal... Il est vrai pourtant que pas mal de créateurs vivent dans les excès... ce n'est pas toujours facile d'être géniaux pour certains... à jeun...J'espère que tu n'as pas mal pris ma remarque sur l'autre com... c'était une boutade...Gros bisous Pascaly
A
un petit coucou en passantbises Annie
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A
un grand bonjour pour toi Annie
J
Bonsoir,De ce superbe écrit, je retiendrai cette citation que je ne connaissais pas : Ecrire, c'est se taire. C'est hurler sans bruit...Superbe !  Amitiés,   Jyckie.
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L
RONN RONNN DU MATIN  PICASSO
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L
bisou
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E
je n'hésiterais pas à venir te laisser un commentaire le jour où je déciderai de m'y attaquer! :-)
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A
Je t'attends de pied ferme...;)